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LES BAISONS DE CROIRE A LA THEOSOPHIE

Bien des causes favorisent, en Occident, la propagande du Lotus bleu. Dans les pays protestants, rémiettement doctrinal, l'émancipation de toute autorité extérieure^ ridentification de la religion avec le sentiment inexprimable du divin, mettent beaucoup d'âmes à la merci des émotions plus intenses qui les sollicitent. De là ce pullulement de sectes illuministes, cette multiplication des petites chapelles, où trouvent à se satisfaire les besoins aOéctifs des dissidents delà grande Eglise : irvingiens, svedenborgiens, cent autres groupes encore plus éphémères, trouvent ainsi à se recruter. Les loges théosophiques recueillent naturellement leur bonne part de ce contingent. Dans les pays de majorité catholique, le mouvement est moins accentué, le choix n'étant laissé, semble-t-il, à ceux qui repoussent l'indifférentisme, qu'entre le christianisme intégral et Fincrédulité complète. Néanmoins, quelques matérialistes en voie de réaction cherchent dans la théosophie le moyen de faire renaître en eux un certain espoir d'immortalité, une foi quelconque au monde

spirituel, sans abdiquer rindépendance absolue de leur pensée. A côté d'eux, des protestants libéraux, des catholiques tentés ou tièdes, entendent parler, dans les cercles mondains, ou durant les loisirs des saisons d'eaux, des mystérieuses promesses du Lotus. On entr'ouvre, sous leurs yeux éblouis, les profondeurs infinies des religions de l'Inde, on leur parle d'initiation, d'enseignement ésotérique, accessible aux seules âmes majeures : la curiosité, l'attente, un attrait mêlé de crainte, et qui ressemble au vertige, font passer dans leur être un frisson qu'ils croient sacré...

A ces disciples de tout genre, venus, pour ainsi dire, des quatre vents, quelles assurances de vérité offre la théosophie? Fournit-elle des raisons de croire, et quelles ? — Nulle autre, répondent les initiés, que la valeur même notre doctrine. C'est là, du moins, l'enseignement officiel. « Quand une fois le lecteur a acquis une claire intelligence de ces doctrines (les conceptions fondamentales de la tliéosopbie) et s'est rendu compte de la lumière qu'elles jettent sur tous les problèmes de la vie, ces doctrines n ont pas besoin d'être autrement justifiées pour lui, leur vérité lui étant aussi évidente que le soleil dans le ciel(l). » Cette transcendance victorieuse de l'enseignement des Sages est attribuée par eux à la supériorité des maîtres orientaux, les Mahâtmas thibétains. Sans doute il y a eu, même en Occident, des initiés : Platon, par exemple, Pythagore, et Giordano Bruno, « le second Pytbagore (2) » ; et, « de nos jours », à défaut de « ces

(1) H. -P. Blavatsky, The secret Doctrine^ t. I, p. 20.

(2) A. Besant, Une introduction à la théosophie^ p. 18.

grandes personnalités », nous voyons surgir « des hommes inspirés par l'étude de leurs œuvres. Ainsi que dans l'Inde antique où les Rishis posèrent les assises de leurs écoles d'occultisme, nous voyons, en Allemagne^ Fichte, Kant et Schopenhauer ; en x\mérique, Emerson ; en Angleterre, Berkeley; et, à côté d'eux, nous n'aurions garde d'oublier la noble cohorte des mystiques, Boehme, Eckhart, Fludd, Saint-Martin, Yaughan, Svedenborg (1)... )> Mais (( aucun d'eux ne s'est élevé à des hauteurs aussi grandes, aucun n'a approfondi des abîmes plus immenses que ces gigantesques instructeurs du passé, aux pieds desquels se groupent les maîtres de la pensée moderne. Ceux qui veulent venger cette affirmation n'ont qu'à étudier les philosophies du monde entier (2)... » — Conseil aisé à donner, difficile à suivre ! A quoi bon d'ailleurs, puisque M""^ Besant, ayant pris cette peine, a trouvé « une parfaite identité dans toutes les philosophies non matérialistes, comme... dans toutes les religions (3)!» xMettons-nous donc, comme Pierre Loti, à son école, et ne regrettons rien du reste, a car en science y et e7i morale y et en philosophie, \b. philosophie ésotérique, VAtma Vidya, ou savoir spirituel, est l'ensemble complet des vérités, et ipsiV son étude nous pouvons apprendre ce que les hommes sauront plus

(1) A Besant, Une introduction à ta thêosophie, p. 18. — Il est inutile, je pense, de relever les erreurs de détail contenues dans cette citation et les suivantes. On sait que Kanl, loin de « s'inspirer » des doctrines théosophiques, a fait, à propos de Svedenborg, la plus amère critique de ces « rêveries ».

(2) Ibid.f p. 19. C'est moi qui souligne.

(3) Md.y p. 19.

tard, ainsi que ce qu'ils apprennent maintenant avec tant d'efforts et de peine (1) ».

Aussi, sure de son fait, la théosophie n'en appelle qu'à la raison. « La première affirmation de la Société théosophique est qu'on ne doit rien croire sur la parole d'autrui, et qu'on doit tout vérifier par soi' même. Donc ce qu'elle enseigne, et ce que nous venons d'exposer, ne doit pas être cru, admis, comme article de foi... 11 faut s'assimiler ces vérités, en les vérifiant une à une, et ne s'arrêter, nous le répétons, que devant la certitude... La science occulte est aux autres sciences ce que le soleil serait à une collection de bougies fumeuses (2). .»

De ces doctrines, naïvement magnifiées par leurs adeptes, et dont la vérité doit s'imposer après une critique guidée par « les méthodes les plus sévères », le lecteur a pris,, dans l'exposé fait plus haut (3), une idée générale. Et je reconnais que cet édifice, fait en partie de matériaux équarris ou fouillés par les mains patientes des constructeurs de l'Inde, possède une certaine grandeur qui en impose à l'imagination. Compréhensif et subtil, le système théosophique pose presque tous les problèmes dont l'humanité ne peut se désiniéresser, et il s'efforce d'en résoudre quelques-uns. La foi spiritualiste, ou, si l'on veut, antimécaniciste, qui l'inspire, lui gagne les sympathies des âmes lasses des horizons étroits et des simplifications arbitraires du matérialisme contemporain. Ses préceptes moraux synthétisent, en les ordonnant, plusieurs des éléments éthiques les plus élevés des philosophies séparées : dignité de la

(1) A. Besant, Une introduction à la théosophie^ p. 19-20.

(2) A. Arnould, les croyances fondamentales, p. 7L

(3) Voir plus haut, ch. IV.

personne humaine, désintéressement, altruisme, solidarité. Son anthropologie même, et sa doctrine touchant les fins dernières, pour compliquées qu'elles paraissent, n'en sont pas moins spécieuses, — et Ton sait que l'imagination du grand Origène s'est plu à des théories assez apparentées à celles-là. Le syncrétisme religieux et la discipline ésotérique, attrait éternel des sectes, achèvent de rendre la théosophie acceptable à des esprits superficiels et peu exigeants. Le syncrétisme ménage les transitions, il permet de n'exiger d'aucun croyant un reniement formel, une apostasie préalable ; il laisse subsister, à l'horizon de l'âme, les dogmes anciens, enrichis seulement, rajeunis par une interprétation nouvelle. Si la conciUation semble impossible, l'ésotérisme est là pour tout arranger : les doctrines trop résistantes seront volatilisées par une exégèse complaisante, les rites expliqués dans un sens purement symbolique, l'histoire remaniée à l'usage des initiés.

Ce sont là des avantages pratiques, mais il faut les acheter trop cher. 11 y a, pour reprendre une vieille expression, dans la théosophie, du neuf et du bon (1), seulement le bon n'est pas neuf, étant emprunté aux religions antiques et à la philosophie indienne, et le neuf n'est pas bon. Ce qui est neuf, ce sont les interprétations données aux notions traditionnelles du Karma, du Nirvana, les précisions imprudentes apportées à la pensée flottante des grands ancêtres, la prétention surtout de faire coïncider

(1) J'appelle bons, au sens relatif, les éléments philosophiques cohérents, et les préceptes moraux élevés qui donnent aux religions de l'Inde une consistance apparente, et leur ont permis de faire, ou de garder, des adeptes.

leurs doctrines avec les données chrétiennes et les théories philosophiques de l'Occident. Gomment concilier, par exemple, le monisme intransigeant des principes avec l'affirmation, non moins claire^, de personnalités distinctes, douées de liberté, responsables ? Gomment expliquer que le Karma, identifié d'une part avec la loi suprême et immuable, soit fait, d'autre part, et différemment, par la volonté libre de chaque homme ? S'il dépend de nos actions libres, il n'est donc pas immuable ; et, s'il n*en dépend pas, tout disparaît de ce qui donnait au système son apparence de rigueur morale et de justice rétributive. On nous répond : c'est le mystère ! Le Karma est « inconnaissable (1) »". Mais une contradiction n'est pas un mystère.

Ce n'est pas là seulement, d'ailleurs, c'est à la racine même de la théosophie que la contradiction éclate. L'enseignement premier de la secte est le panthéisme émanatiste : là-dessus accord complet parmi les maîtres ; mais comme on a vite senti que cette conception d'un Dieu qui n'est pas une Personne, sage, intelligente et bonne, d'un Dieu qui est et qui n'estpas, d'un Dieu dont la substance déborde en une série de formes éphémères, d'un Dieu qu'on ne peut prier sans folie, d'un Dieu qui est moi, qui est vous, qui est tout, n'offre à l'esprit humain qu'une notion contradictoire à l'âme religieuse qu'un aliment sans consistance et décevant, — voici que l'on rétablit subrepticement, et comme par une porte dérobée, dans cette divinité amorphe et neutre, les attributs du Dieu personnel. Cet Inconnaissable, ce SAT ineffable, dont on ne doit pas même dire : (( il

(1) H. -P. Blavatsky, The Key to Theosophy^ p. 136.

46 THÉOSOPHÉS ET TnÉOSOPHIE

est », ou : c< il existe (1) », cet océan de flammes sans fonds et sans rivages, dont les émanations successives finissent par se résorber, à la suite d'inexplicables avatars, voici qu'on le définit, qu'on le reconnaît, qu'on le nomme : Il est la a Sagesse divine » ; il est la (( Vie unique, l'Esprit unique, Source et Fin unique de tous les êtres (2)... » ; il est « le Chef divin... administrant par d'immenses hiérarchies d'intelfigences spirituelles » les mondes, « dont les lois sont l'expression de la Volonté divine (3) ». Il est enfin « l'Esprit éternel », et l'homme peut le connaître comme tel : « Je ne dis pas seulement qu'il (l'homme) peut croire en Lui, mettre en Lui son espérance, aspirer vers Lui, soupirer après Lui avec ce désir passionné, toujours vivace, qui porte l'esprit humain vers sa source ; je dis encore qu'il peut le co;2?z«z/r^ positivement, et, par là, trouver la vie éternelle (4) » .

Et l'on ne voit pas, l'on affecte de ne pas voir la contradiction flagrante que cette théologie introduit au cœur de l'enseignement théosophique ! Contradiction à propos de la connaissance de Dieu, contradiction à propos de sa nature et de ses attributs ! Qu'est-ce qu'un esprit impersonnel ? Où résident cette sagesse, cette providence qui règlent tout de si haut ? Où bat le « Cœur éternel de Dieu » dans lequel « chaque battement du cœur humain trouve assurément sa réponse (5) » ? C'était bien la peine de

(1) A. Besant, Theosophy, dans Religions Systems of the World, p. 642.

(2) A. Besant, La théosophie est-elle antichrétienne 'î p. 11.

(3) îbid., p. 13.

(4) Ibid,, p. 7.

(5) A. Besant, La théosophie esl'dle anlichrétienne ? p. 21.

maintenir, à rencontre du « Dieu personnel, anthropomorphique, des monothéistes », ce qu'on appelait: l'unique éternel, matière ou substance, sans forme, neutre, inconcevable, même à notre sixième sens, ou à notre esprit (1) » !

Cela est décisif, et je dois ajouter pourtant que cette vue générale du système est la plus favorable à la théosophie. Si Ton en vient au détail, l'impression première va s'afTaiblissant, et enfin s'efface. Les lacunes, les incohérences deviennent palpables, et l'incroyable suffisance des maîtres fait ressortir, par contraste, leurs ignorances et leurs erreurs. Histoire, sciences, philosophie, ils savent tout, jugent de tout, tranchent sur tout, et leurs ejuhousiasmes ne prêtent guère moins à sourire que leurs dédains. Le colonel Olcott, qui n'a pas assez de mépris pour l'ignorance « abyssale » des Occidentaux, formés à l'école « de Mill, de Darwin, de Tyndall, de Bain, de Schlegel et de Burnouf (2), détaille, en revanche, avec attendrissement, les encouragements qu'a reçus la Société « du vénérable métaphysicien français Cahagnet », et « du noble président de la Société théosophique ionienne, de Gorfou, Grèce (3) ». M. Arnould, qui prend en pitié « nos professeurs de philosophie... ignorants du premier mot de ce dont ils parlaient (4) »^ nous démontre, comme suit, au nom

Dans ce même passage, M™« Besant nous parle d'une action immédiate de Dieu, oii il y a « communion d'Esprit à Esprit ».

(i) H.-P. Blavatsky, cité par A. Besant, Why 1 becamea Theosophist, p. 18.

(2) H.-S. Olcott, Theosophy^ Religion and Occult Science, p. 73.

i3)lbid., p. 188, 189.

(4) A. Arnould, op. cit., p. 47.

de « la raison », rimpossibilité de la création:

« Dans l'éternité, il n'y a qu'un seul moment :

Toujours !

« Dans l'infini, il n'y a qu'une seule Loi : la LOI I

« Si, un seul instant, il n'y avait ?ie?i ei/, RIEN

eût été toujours !

« Avant la création, comme après ^ c'est l'éternité.

« Où prendre, où placer l'instant de la création ? (( Il n'existe pas, il ne peut exister (1) 1 » Les « professeurs de philosophie y> peuvent se le tenir pour dit !

jVP° Blavatsky, dans sa Doctrine Secrète, raille impitoyablement « les paléontologistes et les sancritistes, qui nient tout (2) ». Elle sait bien, elle, en dépit des conclusions des savants « presque invariablement erronées (3) », que « la cinquième Race- Mère (nous avons l'honneur d appartenir à la cinquième sous-race de cette cinquième race, qui fait partie elle-même de la quatrième ronde de notre Manvantara) (4) existe déjà... depuis environ un million d'années (5) » . Elle est également renseignée sur la race « des géants Atlantéens... qui périrent il y a quelque huit cent cinquante mille ans ». Les Atlantéens étaient nombreux, variés et de types

(1) A. ÂRNOULD, op. cit.f p. 12. L'ouvragG entier est plein de logomachies aussi pitoyables.

(2) H.-P. Blhvatsky, la Doctrine secrète {IrBiducVion françaiee), t. III, p. 544.

(3) Ibid., p. 542.

(4) D'après le glossaire publié à la fin de la Key to Théosophy, p. 229. « le terme Manvantara est appliqué à différents cycles, particulièrement au jour de Brahmû : quatre mille trois cent vingt millions d'années solaires )>.

(5) H.-P. Blavatsky, la Doctrine Secrète^ l. 111, p. 536.

multiples ; ils représentaient plusieurs « humanités » , Il y avait des « Atlantéens bruns, rouges, jaunes, blancs et noirs ; des géants et des nains (1) ». Leur civilisation était fort avancée ; elle comprenait l'aéronautique, l'art de voler dans des véhicules aériens, et, par suite, les grands arts de la météorographie et delà météorologie. C'est d'elle encore que les Aryens héritèrent leur très précieuse science des vertus cachées des pierres précieuses et autres pierres, de la chimie, ou plutôt de l'alchimie, de la minéralogie, de la géologie, de la physique et de l'astronomie (2) ». Heureux ancêtres !

Je dois me borner à ces échantillons, empruntés presque au hasard à la Doctrine secrète. Il y a six gros volumes de ce ton, et qui passent pour contenir l'exposé le plus profond, comme le plus complet, des doctrines théosophiques (3). En quittant le terrain préhistorique, l'érudition de M"^^ Blavatsky ne devient guère plus sûre. Dans son Glossaire, où il est aisé de voir que les autres théosophes ont puisé le plus clair de leurs notions, l'auteur nous dit (art. Josephus) qu'Eusèbe de Gésarée a été « le plus grand faussaire des Pères de l'Église». Dans l'article suivant : C'est chose bien connue^ nous diton, que le Christ est regardé , dans l'Eglise catholique romaine^ comme le chef des Èons, Telle était également, ajoute simplement Hélène Blavatsky, la foi des gnostiques (4).

Sur la personne même du Sauveur, voici ce que

(1) H-P. Blavatsky, la doctrine secrète ^U III, p. 536, note

(2) ]bid., t. III, p. 527.

(3) Voir là-dessus le Lotus bleu, septembre 1904, p. 237.

(4) Glossary, en appendice à la Key ta Theosophy^ p. 222. C'est moi qui souligne.

50 THÉOSOPHES ET TEÉOSOPHIE

nous apprend, dans un ouvrage qu'on vient de traduire en français (1), M'^^ Annie Besant. Il faut distinguer trois Christs : le Clirist historique (rhomme Jésus) ; le Christ mythique (dieu solaire) ; le Christ mystique (type et symbole du développement ésotérique de l'initié). Je résume fidèlement la notice consacrée au Christ historique. L'enfant juif, dont le nom fut traduit par celui de Jésus, naquit en Palestine Van 105 avant notre ère : ses parents l'instruisirent dans les lettres hébraïques. A douze ans, il visite Jérusalem, et est confié à une communauté essénienne du sud de la Judée; à dix-neuf, il entre au monastère du mont Serbal, où il trouve constituée « une magnifique bibliothèque délivres occultistes, dont beaucoup venaient de l'Inde transhimalayenne (2) ». 11 parcourt ensuite l'Egypte, et s'y affilie à la loge ésotérique « de laquelle toutes les grandes religions reçurent leur fondateur ». Jésus parvient ainsi à l'âge de vingt-neuf ans. Cette longue préparation l'avait rendu apte à servir de tabernacle et d'organe à un puissant « Fils de Dieu, Seigneur [Bouddha] de compassion et de sagesse », qui devait se réincarner pour donner vie et lumière aux hommes. Ce maître descendit donc en Jésus, et c est «Lui qui vivait et se mouvait, dans la forme de l'homme Jésus, prêchant, guérissant les maladies, et groupant autour de lui quelques âmes plus avancées (3) ». Rejeté d'abord par les esséniens, Jésus

(1) Esoieric Chnstianiiy y or the lesser Mysteries, by Annie Besant. London, 1901 ; Iraduclion française, 1904. Je cite l'édition anglaise originale.

(2) Ibid., p. 130 .

(3) A. Besant, Esoteric Christianity, or the lesser Mysteries^ p. 134.

provoqua peu à peu, par la liberté inspirée de sa parole, des jalousies et des haines. Après trois ans, l'orage éclata, ce et le corps humain de Jésus porta la peine d'avoir abrité la présence glorieuse d'un maître plus qu'humain (1) ». Les disciples qu'il avait formés restèrent néanmoins sous son influence. Durant plus de cinquante ans il continua de les visiter, au moyen de c< son corps spirituel » [astral], et paracheva leur formation en les initiant aux mystères ésotériques. Les apôtres, pleinement instruits, commencèrent alors à prêcher, — vers l'an 35 avant l'ère chrétienne ! -- toujours soutenus par la présence nirvânique de leur maître. Bientôt, autour des récits de la vie historique de Jésus, se cristallisèrent les mythes qui caractérisent un dieu solaire. De là, les notions de naissance virginale, de crucifixion, d'ascension, qui ont, en encadrant quelques récits authentiques, formé nos Évangiles, et donné naissance, après qu'on eut cessé de comprendre leur signification symbolique, aux dogmes du christianisme. Telle est, abrégée, élaguée d'une foule de détails apocryphes ou blasphématoires, la répugnante fable gnostico-bouddbique que M""" Besant propose sérieusement à ceux qui sont « arrêtés par les contradictions des Évangiles (2) ». Par ce moyen, nous dit-elle, c( le fil de la vie historique de Jésus peut être démêlé... sans aucune grande difficulté (3) ». Je le crois bien, du moment qu'on est disposé à faire bon marché de l'histoire^ du bon sens et du goût le plus élémentaire.

(1) A. Besant, Esoteric Christianiiy, or the lesser MysterieSy p. 136.

(2) Ibid., p. 125.

(3) Ibid., p. 127.

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