TROISIÈME PARTIE
dix gouttes. Il n'y a que quinze jours qu'une jeune fille, dépassant imprudemment notre ordonnance, en a pris quatre-vingt-dix gouttes par jour sans autre effet qu'un mieux notable. Mais cette dose excessive , outre qu'elle est inutile pour obtenir de bons effets , pourrait , chez certaines personnes , causer des accidents ou des inconvénients graves qu'il est toujours du devoir d'un médecin consciencieux d'éviter ou de prévenir quand et autant qu'il le peut. Nous pensons donc que les insuccès journaliers de la teinture de digitale doivent être attribués principalement à l'exiguité de la dose à laquelle on l'administre ordinairement, et peut-être encore à un vice dans la forme ou dans le mode de préparation , ou enfin au mauvais choix de la plante ou à sa vétusté. (1)
Depuis une vingtaine d'années nous avons joint i\ la digitale le nitrate de potasse à titre de sédatif du cœur. Cette propriété sédative du nitrate de potasse vient d'être parfaitement constatée par les faits nombreux rapportés par M. Aran dans le Journal
(1) Il y a quelque temps, un de nos anciens élèves se plaignit à moi de ce qu'entre ses mains la teinture de digitale ne produisait plus les bons effets qu'il avait si souvent constatés chez nous, bien qu'il la donnât à la même dose et dans les mêmes circonstances que nous. Je lui répondis : Êtes-vous bien sur de votre teinture ? — Je crois que oui. — Produit-elle souvent des nausées, des étourdissenienls ou des vertiges?— Jamais,!.. Lecteur, lirez la conclusion.
des connaissances médico-chirurgicales (n** février et avril 1841). Déjà le docteur Autlienac, en 1821 , avait dit dans son Manuel médico-chirurgical que le nitrate de potasse modère l'action du cœur et des gros vaisseaux peut-être avec autant ou plus d'énergie que la digitale pourprée, et c'est particulièrement cette assertion qui nous a fait naître l'idée de l'employer, mais à dose plus élevée, c'est à dire plus sédative.
Le traitement que nous venons d'exposer a été administré à un nombre considérable de malades , et presque toujours avec un avantage marqué. La raison en est, outre celle déjà alléguée ci-dessus, qu'en général ces malades (déjà pour la plupart traités par d'autres médecins), étant encore en état de faire le voyage pour venir nous consulter, prouvaient par là même que leur maladie n'était pas encore arrivée à sa dernière période et au dessus des ressources de la thérapeutique; au contraire les chances de succès sont souvent presque nulles quand les malades ne sont plus transportables. Voici cependant un fait récent qui prouve l' efficacité de notre traitement chez un sujet placé dans cette dernière circonstance, c'est à dire, généralement parlant, dans un cas désespéré.
Il y a quelques années on nous consulta pour un homme abandonné , disait-on , de son médecin. Ce