‹ Thérapeutique appliquéeChapitre 18 sur 131 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

fixait attentivement la terre, comme si elle eût écouté avec la plus vive frayeur ; son œil s'animait, et, après ce petit temps d'arrêt, elle bondissait en poussant un cri horrible. En même temps sa figure devenait rouge, et sa bouche s'agitait convulsivement. Ses membres se tendaient, tremblaient et exécutaient les mouvements les plus singuliers et les plus variés. Tantôt elle sautait sur un meuble, et y prenait la position la plus bizarre, la plus difficile. Elle gardait quelquefois cette pénible attitude pendant plusieurs iiiinutes, comme le font les sauteurs de corde pour donner au spectateur le temps d'admirer leur force; tantôt c'était une succession rapide de sauts, de bonds, de contorsions, de coups de pied par terre, et tout cela accompagné de cris effroyables, de véritables hurlements. Assise sur une chaise, elle sautait d'un seul bond par dessus une table, et quelquefois plus de deux pieds au dessus. Chaque crise durait de cinq à vingt minutes, et se répétait ordinairement tous les huit ou quinze jours : elles se terminaient toutes par des pleurs.

u II y avait six ans que cette pauvre fille bien pieuse, peu intelligente, était dans cet état affreux, lorsque j'entrepris delà traiter. Plusieurs personn,es qui me portaient intérêt essayèrent de me détourper de cette entreprise, trop hardie peut-être pour un jeune homme débutant ; mais j'avais étudié, j'avais

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VU à la Trappe; j'osai : je donnai la belladone, et dès le début j'eus la satisfaction de voir les accès revenir moins fréquemment. Enfin ils devinrent de plus en plus rares à mesure que j'augmentai la dose du médicament (je n'ai pas dépassé trente-cinq centigrammes par jour) , et au bout de six mois tous les accidents avaient cessé. Trois mois plus tard, la malade éprouva une sorte de vertige qui lui fit craindre de revenir à son premier état. J'administrai de suite quelques centigrammes d'extrait de Ijelladone, et depuis trois ans et demi la malade n'a éprouvé aucun accident nerveux ; bref, je regarde sa guérison comme radicale. »

Un autre de nos anciens élèves nous a communiqué le fait suivant, qui prouve encore mieux que l'observation précédente l'eflicacité de la belladone dans l'hystérie .:

H Une femme de quarante ans, d'un tempérament nervoso-bilieux très prononcé, apprend que son fils aîné s'est noyé en se baignant dans la rivière. Aussitôt syncope prolongée, suivie d'un état de folie complet. A cet état d'aliénation succède une attaque de nerfs très forte, avec perte de connaissance, et revenant tous les soirs de huit à neuf heures. Le médecin ordinaire conseille les bains de rivière; mais, au seul aspect de la rivière, tombeau de son fils, la malade tombe dans des crises alfreuses.

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