‹ Thérapeutique appliquéeChapitre 30 sur 131 · PREMIÈRE PARTIE. 8S · texte numérisé non relu

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lades ne distinguent les objets qu'à une très faible lumière, le soir ou la nuit, parcequ' alors la rétine étant moins excitée, la pupille se dilate convenablement et la vision peut s'accomplir.

Les connaissances et les données acquises depuis une vingtaine d'années sur les propriétés spécifiques et les rares vertus de la belladone suggèrent aujourd'hui tout naturellement la médication la plus rationnelle et la plus appropriée à la nyctalopic. Il y a déjà fort longtemps que nous avons employé la belladone avec succès contre cette névrose aussi bizarre qu'incommode, comme le prouve la thèse de M. le docteur Mazier, déjà citée. En voici un fait qui y est consigné : « M. Debreync a eu l'occasion de traiter et de guérir plusieurs nyctalopies par l'usage de la belladone à l'intérieur. Parmi les observations qu'il a recueillies à cet égard en voici une que je vais rapporter. Un jeune homme nyctalope se présenta chez lui : il ne pouvait, pendant \e jour, distinguer ni les objets ni les personnes ; mais la nuit il voyait parfaitement, surtout avec un clair de lune, et alors il pouvait distinguer un petit oiseau dans un arbre à vingt pas de distance. Lespupilles étaient modérément dilatées. On lui donna l'extrait de belladone à la dose de six grains par jour (on arriva graduellement à cette dose) , et au bout de sept à huit jours il distinguait parfaitement les objets et

les personnes pendant le jour. On lui avait appliqué auparavant des sangsues, des vésicatoires, etc., qui n'avaient fait qu'augmenter le mal. M. Debreyne l'a vu plusieurs fois depuis; il est toujours demeuré parfaitement guéri par l'extrait de belladone seul à l'intérieur. » Aujourd'hui nous employons tout simplement le collyre d'extrait de belladone formulé plus loin.

LA SURDITi:.

Après avoir épuisé tous les moyens ordinaires, comme les injections excitantes et détersives, les vésicatoires, le séton à la nuque, le moxa, etc., ou plutôt avant d'y avoir recours, nous employons un moyen fort simple etpopulairemême, quoique ignoré du peuple. Il consiste tout simplement à se remplir la bouche de fumée de tabac (à l'aide d'une pipe ordinaire et avec les précautions convenables pour ne pas s'incommoder) , ou d'une plante aromatique sèche, comme la sauge, par exemple, si l'on ne pouvait supporter la fumée de tabac ; à tenir la bouche et le nez fermés, et à faire une forte expiration pour faire refouler et pénétrer la vapeur excitante dans la trompe d'Eustache. On renouvelle cette petite

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opération plusieurs fois par jour, et assez souvent on obtient quelque eilet dès les premiers jours. Nous avons vu plusieurs faits où ce moyen simple a été suivi des plus heureux succès, et entre autres un cas de surdité complète qui fut guéri subitement par la première fumigation. Elle fit éprouver au malade la sensation d'une forte détonation dans la tète. C'est surtout dans les surdités qui sont la suite d'affections catarrhales ou d'angines gutturales que convient ce remède, que sa singularité ne doit pas faire dédaigner. 11 est simple et facile ; il peut être utile à quelques-uns et ne peut nuire à personne.

Enfin les injections aqueuses dans la trompe d'Eustache ont produit plusieurs fois d'assez bons effets, et entre autres chez une jeune fille qui entendit immédiatement après l'opération.

A s T II M t..

C'est une très grande difliculté de respirer, rpii revient par accès et qui ne paraît liée à aucune affection organique.

Depuis environ trente ans nous n'employons presque point d'autre remède contre l'asthme, soit sec, soit humide, que les poudres suivantes :

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Pr. Poudre d'enula cainpana. ... 12 gram.

Fleurs de soufre .12 gram.

Poudre de racine de belladone. . . h gram.

Poudre de scille 3 gram.

Kermès min 1 gram.

Mêlez très exactement et divisez en vingt paquets.

MODE D'ADMINISTRATION

Prendre un paquet par jour, en trois fois, un tiers matin, midi et soir, dans du miel, de la confiture ou dans du pain à chanter, et une heure ou deux avant les repas.

Nota. Si absolument les malades ne pouvaient prendre ce remède sous forme pulvérulente, on pourrait l'administrer en pilules. Ou en ferait cent vingt, et l'on en prendrait six par jour, deux matin, midi et soir. On diminue la dose si la vue se trouble notablement. Nous laissons subsister cette poudre dans sa forme primitive peut-être un peu trop polypharmaque, parceque, telle qu'elle est, elle nous a rendu d'éminents services, non seulement dans les asthmes proprement dits, mais encore dans une foule d'affections chroniques de la poitrine, catarrhales, sans fièvre ni irritation phlegmasique ni lésion organique ; dans certains catarrhes chroniques

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graves avec émaciation notable, revêtant la forme de la phthisie^et appelés pour cela autrefois phtliisies muqueuses. — Dans tous les cas où il existe de la toux nous associons à cette poudre la gelée de lichen. Nous le répétons, nous conservons ce médicament dans sa forme un peu complexe et gothique, et voici pourquoi : nous avons donné quelquefois cette poudre seule sans belladone, et elle a bien fait ; d'un autre côté nous avons aussi administré la belladone seule, et elle a également bien fait. Nous les avons unies, et ce mélange, qui exclut toute incompatibilité chimique, a fait mieux encore : nous devons donc logiquement le maintenir.

Nous devons à la vérité de déclarer ici qu'à l'époque où iM. le docteur Mazier a publié sa thèse sur la belladone (en 1822), nous ne connaissions encore que fort peu de faits d'asthmes vrais guéris par ce précieux végétal. Cependant ce médecin assure, p. 2/i, que nous possédions /'«vz/^co?/;^ d'observations de guérisons par la belladone. Apparemment il a compris sous la dénomination d'asthmes les diverses maladies de poitrine ci-dessus mentionnées, que l'on nomme vulgairement asthmatiques ou asthmathoïdes, en raison de la dyspnée habituelle qui les accompagne le plus souvent.

Nous avons administré cette poudre dite antiasthmatique plus de cent fois, et presque jamais en

vain. Nous avons vu un certain nombre de cas où les accès ont paru supprimés sans retour, et d'autres où, après l'avoir été pendant plusieurs années, ils ont reparu pour disparaître de nouveau sous l'influence de la même poudre. Dans quelques cas où ce remède est devenu impuissant ou inutile, nous avons eu recours avec quelque avantage aux fumigations de stramonium prises à la pipe comme le tabac. On pourrait remplacer le stramonium par les feuilles sèches de belladone ; mais nous préférons le stramonium, qui ne dessèche pas la gorge comme la belladone.

Depuis quelques années nous avons rencontré plusieurs cas d'asthmes graves où les fumigations de stramonium pur et à haute dose ont produit de très bons effets, c'est à dire qu'elles ont eu pour résultat la prompte cessation des accès. Quelques-uns de ces malades cultivent avec grand soin le stramonium dans leurs jardins. Nous joignons maintenant presque toujours la pipe de stramonium ou de belladone aux poudres anti-asthmatiques ; et même ordinairement nous nous bornons au stramonium seul, fumé pur et à très haute dose.

Enfin, dans les cas où tous les moyens demeurent sans succès, nous administrons, comme dernier remède, une forte infusion de camphrée de Montpellier {ramphoraama monspcliara). Voici entre auti'es le

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résumé d'un fait fort remarquable en faveur de l'efficacité de cette plante.

Un notaire de trente et quelques années était atteint depuis fort longtemps d'une alTection catarrliale asthmatique, qui avait résisté à toutes les médications indiquées dans les articles de l'asthme et du catarrlie de notre Tlicrapenliquc. Ce malade, outre qu'il éprouvait une dyspnée habituelle [)lus ou moins sibilante, était pris de temps en temps do crises qui duraient plusieurs jours et qui étaient caractérisées par une op[)ression suHocativectsilllante, une toux et une abondante expectoration acpieuse et spumeuse. Cet état s' aggravant toujours, malgré toutes les médications les plus rationnelles et les plus actives, le malade fut obligé de quitter son étude et de renoncer aux avantages de sa position de notaire. C'est dans cet état en apparence désespéré que nous lui conseillâmes l'usage de la camphrée de Montpellier. Comme celle [)l;iiito n'est guère employée que dans le midi, nous la lunes venir de Montpellier même pour l'avoir fraîche ou du moins de l'année. Le malade en prit plusieurs tasses par jour, et un changement étonnant ne tarda pas à se faire remarquer dans l'état de la respiration et de l'expectoration ; on constata une amélioration notable, qui fut enfin suivie d'une guérison parfaite. Le malade était tellement convaincu qu'il devait sa

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guérison à l'usage de la camphrée qu'il la conseillait à tous les asthmatiques qu'il rencontrait. Aujourd'hui, depuis environ une quinzaine d'années, notre ex-notaire jouit d'une santé parfaite.

Nous avons connaissance d'un autre fait qui ne manque pas d'intérêt : c'était un asthme très intense et rebelle dont les accès furent constamment dissipés par la respiration des vapeurs qui se dégageaient d'une forte infusion de camphrée.

Nous conseillons néanmoins ordinairement cette plante sous forme de tisane : une forte infusion faite à vaisseau clos, de trente à cinquante grammes sur un litre d'eau. On en prend plusieurs tasses par jour.

Voici le passage extrait de la Revue médicale (mars 1821), qui nous a conduit à l'emploi de la camphrée de Montpellier.

« Vers le commencement d'octobre il est survenu une dyspnée périodique et intermittente, accompagnée de suffocation (1) ; les accès étaient séparés par des distances plus ou moins éloignées. Leur caractère m'a paru être évidemment nerveux. J'ai prescrit avec succès une infusion de camphrée de Montpellier avec le sirop de menthe poivrée. L'usage

(1) L'observai ion d'où ce passage est tiré porte en tête le litre suivant : « Péricardite chronique, suivie de commencement d'Iiydro-

péricarde et d^infdivation srrciise, »

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de cette plante a toujours fait dispar?iître ces spasmes de la respiration avec une grande promptitude, et aussitôt que la malade en avait bu quelques tasses l'anxiété intolérable qui les accompagne cessait comme par enchantement.

« J'ai eu occasion depuis de confirmer Teflet de ce remède chez trois autres malades qui présentaient des accidents analogues. Chez l'un d'eux, la petitesse et l'eiraccment du pouls, la])àleur ellVayante de la face profondément f/rippcc, la. froideur de la peau, des lipothymies fréquentes faisaient craindre une issue funeste; l'emploi du l'eau camphrée seule sembla le rendre à la vie. J'olfre ces faits à la méditation des praticiens. » (Alloneau.)

Quant àl'accès même de l'asthme, voici la formule de la potion que nous administrons pour en modérer l'intensité et en accélérer la terminaison.

Pr. Eau de laitue ) de cJiaque

— d'hysope ) 50 gram.

Extrait de belladone ) de chaque

Kermès ) 10 centigr.

Oxymel scillilique ) de chaque

Sirop de capillaire ) 25 gram.

Eau de fleur d'oranger. ... 15 gram.

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Pour une potion à prendre par cuillerées à bouche dans la journée.

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