DEUXIÈME PARTIE
les sangsues à la gorge, parceque celte médication, quoique fort rationnelle d'ailleurs, était rejetée avec horreur par le peuple, comme dangereuse. Et, en effet, on a reconnu qu'elle avait été dès le principe réellement nuisible, bien qu'elle fût f;iite selon toutes les règles de l'art. C'est là une de ces bizarreries thérapeutiques qui tiennent au caractère et au génie d'une épidémie, que le peuple constate comme le médecin, et que le médecin n'explique pas mieux que le peuple. Dans le cours de cette épidémie on a fait très peu de cautérisations, et on avait fini par les regarder comme inutiles ou du moins comme insuffisantes. Cependant, si nous avions aujourd'hui une pareille épidémie à traiter, nous insisterions davantage sur ce genre de médication, conformément au principe que nous venons de formuler à la page lui, et qu'alors nous n'avions point assez médité. Assez souvent des gargarismes stimulants ont été utiles; ils étaient faits avec l'acide hydrochlorique ou le chlorure d'oxide de sodium. Quelquefois on a employé des vésicatoires d'une manière locale ou générale, selon la circonstance et le besoin. Dans quelques cas très graves ou très opiniâtres, on a donné le calomel à haute dose, deux à quatre grammes, dans la vue de modifier la nature et la composition des humeurs, et surtout dans le but de changer ou de diminuer la plasticité du sang et de
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prévenir par là la formation des concrétions albumineusesou des fausses membranes. Nous étions même décidé à y joindre les frictions mercurielles à très haute dose, comme dans la péritonite puerpérale ; mais l'épidémie s'éteignif, et rendit heureusement notre nouvelle médication inutile.
On pense Lien que les médecins n'ont pu suflireà traiter un aussi grand nombre de malades répandus dans cinq ou six communes au moins; aussi nous n'avons pas balancé à choisir une demi-douzaine de nos élèves les plus instruits et les plus dévoués, et nous les avons chargés de faire face à l'épidémie. Munis de nos instructions, ces jeunes gens se sont mis tous à la hauteur de leur mission de dévouement et de charité. Un d'entre eux m'a dit n'avoir perdu que trois malades sur au moins quatre-vingts sujets qu'il avait traités. Souvent ils nous apportaient, comme marque de leur triomphe sur le fléau, de longs fragments de tubes membraneux que les malades avaient vomis. Voilà certes des travaux bien généreux et bien désintéressés; mais ils sont obscurs, et personne ne les remarque : c'est l'œuvre d'une jeunesse pleine d'espérance et d'avenir. A peine entrés dans la carrière médicale, ces jeunes gens ont compris la sublimité de leur vocation et la gravité des devoirs qu'elle leur impose. Ces devoirs découlent de l'esprit de sacrifice, d'abnégation et