PREMIÈRE PARTIE
de cet opuscule, qui est, si je ne me trompe, le premier écrit qui ait paru en France sur la belladone considérée comme agent thérapeutique. Voici un passage, extrait de cette thèse, relatif à l'emploi de la belladone contre l'épilepsie. «M. Debreyne, après avoir essayé tous les traitements indiqués jusqu'à ce jour, et avec des succès variés, s'est convaincu que les fleurs de zinc (oxide de zinc) , dont il a obtenu des eflets très satisfaisants comme moyen palliatif, doivent avoir la préférence après la belladone, qui, entre ses mains, a eu des succès étonnants. Parmi les nombreux malades qu'il a traités par l'extrait de belhidone, pas un n'a subi le traitement sans une amélioration sensible. Les uns avaient des accès tous les jours, et ont lini par n'en plus avoir que tous les mois, et même moins encore ; les autres en avaient moins fréquemment, et ont éprouvé une amélioralion sensible ; enlin plusieurs ont eu une suspension complète des accès ; quelques-uns n'en ont éprouvé ([u'au bout d'un an, etc. 11 est certain que le nombre de guérisons qu'il a pu obtenir par ce moyen surpasse celui qu'on a obtenu jusqu'à présent avec tout autre. » Ces paroles de M. Mazier n'expriment que l'exacte vérité, bien que cette thèse ait été publiée à notre insu. Nous en indiquerons pourtant ciaprès quelques points qui nous paraissent incomplets, ou même empreints d'un certain caractère
20 TIIÉRAPEITIQI E APPLIQUÉE.
d'exagération. Nous signalerons aussi quelques prévisions de l'auteur en faveur de la belladone que, jusqu'à présent, nous n'avons pas encore vues se réaliser. La thèse intéressante de M. le docteur Mazier.a été publiée il y a vingt-huit ans ; et maintenant quelle masse défaits nouveaux par devers nous, depuis cette époque, et sur l'épilepsie, et sur une foule d'autres maladies nerveuses que nous avons traitées par la belladone, comme nous le verrons plus bas!
Nous devons convenir cependant que la belladone est certes bien loin d'être un vrai spécifique contre l'épilepsie; l'expérience, ce juge incorruptible, ne manquerait pas de nous donner un démenti formel. Et, en effet, il nous est assez souvent arrivé de diminuer prompteraent d'abord l'intensité et la fréquence des accès épileptiques, ou même de les suspendre tout à fait pendant plusieurs mois ou même pendant un an ; mais dès lors aussi toute médication ultérieure avec la belladone devenait tout à fait inutile, et restait sans effet appréciable. Nous ajoutons que, dans ces divers cas assez nombreux, les moyens ordinaires, même les plus actifs, demeurent également inefficaces ; et, si alors nous continuons à traiter ces épilepsies rebelles, nous associons à la belladone ou nous lui substituons une décoction de valériane et de feuilles d'oranger selon la formule ci-
PREMlf.RE PARTIE. 21
après indiquée. Mais, nous ne pouvons le dissimuler, cette nouvelle médication demeure le plus souvent également impuissante, et alors ordinairement nous renonçons à tout traitement pharmaceutique.
On nous opposera peut-être les faits, très peu concluantsen faveur de la belladone, recueillis dans les salles de M. le docteur Ferrus, et rapportés par M. Jules Picard, interne à Bicèlre. Mais cent faits négatifs ne peuvent détruire un seul fait positif. Voici la note ou le résumé des observations de M. Picard, pris dans la licvuc mi'dicatc (1838, t. 11, p. \)'l) : « Depuis le y septembre 1837, vingt-deux malades, dans les salles de M. Ferrus, ont été soumis au traitement par la belladone. Chez six d'entre eux, elle produisit divers accidents qui ont nécessité l'abandon du traitement au bout de quelques jours. Chez huit autres malades, la belladone a été employée pendant un espace de temps qui a varié de (piarante jours ;\ ([uatre mois et demi. On l'a cessée chez eux, soit à cause de son inefficacité, soit parceque les malades se sont lassés du traitement, soit encore parccqu'ils sont sortis de l'hospice. Les huit autres continuent le traitement. Trois malades ont commencé par quatre grains, quatorze par six grains, un par neuf grains, trois par douze grains. La plus haute dose qui ait été employée a été de dix-huit
grains. Sur quatre observations que rapporte M. Pi-
card, il y en a trois clans lesquelles on a vu, sous l'influence de la belladone, les accès d'épilepsie devenir plus rares ; il y en a une dans laquelle ce moyen a été inefficace. »
Nous devons exprimer ici notre opinion sur ce genre d'expériences. Ces faits donc, ou plutôt ces expérimentations nous paraissent entachées d'un double vice : d'abord il est très probable que l'extrait de belladone employé dans ces divers traitements n'était pas préparé comme le nôtre, mais suivant le procédé ordinaire, c'est à dire par l'évaporation lente du jus de la plante sans ébullition. Par ce procédé, l'extrait conserve davantage ses principes volatils, et par conséquent il est plus vireux et plus actif que celui par simple décoction de la plante et de la tige vertes. C'est ce dernier procédé que nous suivons constamment pour tous lios extraits, vireux ou non. Il peut donc s'administrer à plus haute dose que l'autre. En second lieu, l'extrait employé h Bicêtre, quoique très probablement fait par le jus, a pourtant été donné à une dose très forte, pour ne pas dire toxique. Aussi, chez six sujets, la belladone a causé des accidents qui ont nécessité l'abandon du traitement; chez huit autres, on a encore renoncé au traitement, soit qu'il parût inefficace, soit que les malades s'en fussent /(isscs, comme on le dit, ou qu'ils aient quitté l'hos-