‹ Thérapeutique appliquéeChapitre 91 sur 131 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

tout quand on considère la nullité d'effet ou plutôt le mauvais résultat des antiphlogistiques ou des saignées locales dans cette dernière affection ; tandis que, dans la gastrite chronique, les médications antiphlogistiques modérées procurent un soulagement positif et durable, et guérissent ordinairement. La gastrite chronique existe à tout âge ; le squirrhe jamais avant vingt-cinq ans, et très rarement avant trente ans. S'il existe des vomissements et qu'ils aient débuté tout à coup, si le malade, quoique très amaigri, n'a point encore la figure jaunâtre, on a tout lieu de croire que la maladie n'est qu'une gastrite chronique.

Le traitement du squirrhe, comme on sait, est purement palliatif, au moins quand la maladie est bien caractérisée. Nous nous bornons à prescrire un régime très adoucissant : la diète blanche, les laitages et les farineux légers, les mucilagineux sucrés, les végétaux et toutes les substances alimentaires que l'estomac supporte le mieux.

Au reste, le traitement est à peu près, sous ce rapport, celui de la gastrite chronique, hors les saignées. Les sangsues à l'épigastre ou à l'anus ne conviendraient que dans le cas où il y aurait beaucoup de douleur ou un élément pléthorique.

C'est particulièrement dans cette maladie que

nous donnons à haute dose les calmants et les stupéfiants, comme les opiacés, l'extrait de jusquiame, de ciguë, etc. , mais spécialement les diverses préparations d'opium, les eaux de Seltz, de Vichy, la bière ou petite bière, au lieu de Tin pendant les repas. Le traitement doit en général subir beaucoup de modifications, suivant l'intensité de la maladie, la prédominance des symptômes, ou les dispositions particulières du malade.

Quand les douleurs sont fort vives et que les calmants ordinaires, l'opium à haute dose, ne produisent point un soulagement notable, nous y avons ajouté quelquefois l'extrait de ciguë, non comme fondant, mais comme sédatif spécial ou stupéfiant, dans le but de changer d'une manière quelconque, directement ou indirectement, le mode de sensibihté ou de vitalité de l'estomac, ou plutôt pour en diminuer l'innervation, et d'enrayer par là et rendre stationnaire le travail organique du squirrhe, ou plutôt encore pour en suspendre simplement la marche pendant quelque temps.

Cette médication stupéfiante nous fait rappeler un fait assez remarquable que nous avons eu occasion de voir en 1815 ou en 1816. Une femme, atteinte d'une affection organique de l'estomac ou d'un squirrhe du pylore, vomissait tous les jours à peu près tout ce qu'elle prenait; elle éprouvait de vives dou-

TROISli-MP; PARTIT-. 2€3

leurs à l'estomac, avait déjà beaucoup maigri, et offrait un teint jaunâtre et cancéreux. Je lui prescrivis les pilules d'extrait de ciguë à haute dose, avec l'extrait aqueux thébaïque également à haute dose, comme trente à quarante centigrammes par jour, mais par gradation, s'entend. La dose de l'extrait de ciguë était beaucoup plus forte encore. A l'aide de ce traitement, les douleurs et les vomise^menls ont été suspendus ; la malade a pris des forces et même un peu d'embonpoint ; son teint aussi s'est éclairci au point d'annoncer presque toutes les apparences extérieures d'une santé parfaite : mais malheureusement ce mieux, aussi notable qu'inespéré, ne s'est point soutenu ; tous les symptômes d'un cancer du pylore, qui n'avaient été que momentanément comprimés ou enrayés dans leur marche, se sont reproduits avec violence, et la malade, que je perdis alors de vue, a fini très probablement par succomber à un mal radicalement incurable.

Depuis cette époque, nous avons donné encore assez souvent la ciguë à l'intérieur unie à l'opium (voyez les pilules de ciguë, p. 2(>6) , mais avec beaucoup moins d'avantage, et même le plus souvent sans eilet appréciable du côté de la ciguë : c'est ce qui, depuis déjà bien des années, nous a déterminé à ne plus traiter les alfections squirrheuses et cancéreuses que par les préparations opiacées seules

(nos pilules calmantes thébaïques, p. 118), avec le régime féculent et lacté.

Voici un fait qui peut trouver sa place ici : Un homme éprouvait, depuis quatre ans, des douleurs vives et profondes dans la région épigastrique ; il vomissait des matières aigres et de couleur chocolat, provenant probablement du sang qu'il avait également vomi ; il rejetait aussi généralement toute espèce de nourriture. Sa figure était décolorée, jaunâtre, livide, amaigrie; en un mot, il offrait un faciès ou du moins un aspect squirrheux ; et il paraît que, comme le portent les notes prises en présence du malade, nous l'avions regardé et traité comme tel. Ce qui vient encore à l'appui de cette opinion, c'est que nous n'avons pas eu la pensée de traiter les vomissements par le Colombo. Donc, d'après cela seul, nous les avons regardés comme l'effet d'un squirrhe ou d'une gastrite chronique avec érosion ulcéreuse ou variqueuse. Quoi qu'il en fût, nous avons administré au malade la potion de la p. 177 avec nos pilules calmantes et un régime féculent et lacté. Trois semaines après, il revint nous voir, se disant guéri, et nous assurant qu'il ne souffrait ni ne vomissait plus, qu'il avait recouvré à peu près sa mesure de force habituelle , et en preuve il affirmait avoir fait ce jour-là même quatorze lieues à pied. Nous lui fîmes continuer le même régime et l'usage

troisièml: partie. 205

des mêmes pilules, sans nullement partager sa grande sécurité sur sa santé à venir.

SQVinmiË ET CANCER DES SEINS.

Nous avons encore employé, il y a vingt et quelques années, l'extrait de ciguë à l'intérieur contre les tumeurs squirrlieuses des seins ou réputées telles. Nous nous rappelons seulement deux ou trois faits au plus de guérison de tumeurs lymphatiques qu'on avait crues squirrlieuses et qu'on avait môme voulu extirper. Nous les avons traitées d'abord par les antiphlogistiques , les sangsues , les cataplasmes émoUients laudanisés, suivis d'emplâtres de ciguë et de l'extrait de ciguë à l'intérieur. Ces tumeurs se sont dissipées au bout de plusieurs mois ; et nous en avons conclu que nous n'avions eu aflaire qu'à des tumeurs purement lymphatiques ou des engorgements du tissu cellulaire qui entoure la glande mammaire, ou tout au plus à une induration ou à une inflammation chronique de cette glande ellemême (mammite chronique) . Depuis ces faits, nous avons encore employé quelquefois l'extrait de ciguë,

266 THÉUAPECTIQIE APPLIQUÉE.

mais en vain : les squirrhes ou les tumeurs squirrhoïdes ont marché malgré les sangsues, les topiques émollients et calmants, les emplâtres réputés fondants, les pommades sédatives d'extrait de belladone, de ciguë et d'iodure de plomb, l'extrait de ciguë à l'intérieur, etc.

C'est d'après la formule suivante que nous avons employé la ciguë :

Pr. Extrait de ciguë (par simple décoction aqueuse) 25 gram.

Poudre de ciguë , quantité suffisante pour cent vingt pilules.

MODE D'ADMIMSTRATIO.N.

On prendra une demi-pilule le premier jour, une entière le deuxième, deux le troisième, et l'on augmente ainsi chaque jour d'une pilule jusqu'cà six en vingt-quatre heures, deux le matin, midi et soir, et deux heures avant les repas.

Si à la dose de six pilules par jour on n'éprouve point de vertige, ni céphalalgie, ni nausées, etc., on pourra en augmenter graduellement le nombre jusqu'à douze ou quinze en vingt-quatre heures, ou plutôt jusqu'à dose vertigineuse et nauséeuse.

TIIOISIÈME PARTIE. 267

Eiifin, depuis seulement une dizaine d'années, nous avons cherché à étendre l'emploi du chlorure d'or et de soude au traitement des tumeurs des seins, qui n'ont pas encore acquis un volume considérable et qui ne sont pas de nature, c'est à dire de consistance, d'aspect ou de forme, à faire croire indubitablement toute tentative de résolution inutile. (Voyez p. 250.) Nous avons donc voulu expérimenter encore sur l'hydrochlorate d'or et de soude, et nous assurer si cet agent si éminemment actif ne porterait pas également son action dissolvante sur les tumeurs mammaires aussi bien que sur les engorgements ou les masses lymphatiques du cou. Nous n'avons encore que quatre faits qui paraissent déposer en faveur de ce nouveau remède. Le premier nous a été communiqué par un de nos anciens élèves, qui, à l'aide de nos pilules de chlorure d'or et de soude, est parvenu à faire disparaître assez promptement une tumeur située tout près du sein ou de la glande mammaire. Cette tumeur, grosse comme un œuf de poule, avait résisté à peu près à tous les topiques excitants, fondants et calmants ci-dessus énumérés, et même en dernier lieu aux préparations d'iode. Le deuxième cas, qui s'est présenté chez nous, c'était une tumeur au sein, grosse à peu près comme une petite noix inégalement aplatie, que portait une dame encore jeune à la vérité, mais dont la mère

268 rH£RAPELlX)LE APPLIQUÉE.

avait eu un squirrhe vers l'âge de quarante à cinquante ans. Tout avait été employé inutilement. La malade avait consulté les notabilités chirurgicales et médicales de Paris. On lui avait proposé l'extirpation, elle s'y était refusée. Nous ne pouvons nous rappeler la date de cette tumeur : mais qu'importe la date d'un mal si, après l'avoir vu rebelle à toutes les médications, on a jugé nécessaire son ablation par une opération chirurgicale? Les pilules d'or furent administrées comme dernier remède. Au bout d'un mois environ, le mari de la malade nous fit savoir que la tumeur avait un peu diminué, et surtout qu'elle était bien moins douloureuse (on avait conseillé, comme moyen accessoire, des cataplasmes laudanisés). Six semaines après, il nous écrivit de nouveau pour nous marquer que le squirrhe avait beaucoup diminué. Au bout de quelque temps encore, une troisième lettre nous fit juger que la tumeur pouvait être réduite à une espèce de petit noyau désormais irrésoluble par les remèdes internes, mais probablement atrophiable par la compression méthodique, que nous conseillâmes sur-lechamp. Depuis cette époque nous n'avons plus reçu de nouvelles de cette malade, ce qui nous autorise à croire que le mieux s'est soutenu jusqu'à présent. Il y quelques années, une dame d'environ une soixantaine d'années, que la distance des lieux em-

Page 1