LA ZONE MOTRICE ET LA ZONE LATENTE
des coulruclions musculaires, ici dans le membresupérieur, là dans le membre inférieur, ailleurs dans la face. Ces conlracUons, ordinairement composées de deux périodes (tonique et clonique) peuvent, il est vrai, ne pas rester localisées; suivant l'intensité de l'excitation, on les voit se limiter à un groupe musculaire (monospasme), ou s'étendre à tous les muscles volontaires d'un côté (hémispasme), ou enfin se généraliser aux quatre membres (épUepsie généralisée) ; mais toujours, pour un môme point central excité, elles commencent par un même point musculaire périphérique.
On peut pousser plus loin encore la dissociation et, à l'exemple déjà ancien de Ferrier ou à celui plus récent de Horsley, trouver dans une même zone (zone du membre inférieur, par exemple) le point qui commande à l'adduction , celui qui commande à l'abduction, à la Qexion, à l'extension, aux mouvements du pouce même.
Tout ce qu'on démontre par l'excitation et les contractions, on peut le prouver à rebours par la destruction et la paralysie. Ainsi les renseignements, qui concordent toujours, se complètent.
C'est là, en somme, qu'est toute l'histoire expérimentale des localisations motrices cérébrales, car j'ose à peine parler de deux tentatives à mon avis malhonnêtes d'électrisation directe du cerveau humain pratiquées par Bartholow (un Américain) et Sciamana (un Italien), non plus que d'un essai tout à fait inutile d'excitation électrique àtravers lesparois crâniennes tenté par Amidon (de New-York).
Mais à côté de la physiologie, la clinique, elle aussi, a fait ses expériences et, grâce à elle, l'histoire des localisations a avancé d'un grand pas; l'an-
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cienne aphémie de Broca a élé scindée en plusieurs groupes repi'éscnLant les aUéralions des différents types du langage artiticiel; d'autre part, les centres moteurs des membres ont été assez nettement établis.
Fig. 2. — Les centres corlicaux moteurs et sensitifs.
Au résumé, l'expérience el l'observation nous ont appris que le manteau cérébral pouvait être divisé eu trois zones : la première, frontale, est psychique ; la seconde, fronlo-pariétale, estmotrice ; la troisième, temporo-occipitale, est sensitive. La première , et la dernière constituent la zone latente; la seconde, la zone excitable. Sur chacune de ces zones, on a localisé des centres ; il reste beaucoup à trouver pour la zone antérieure, sur laquelle on ne connait presque rien en dehors de l'aphasie et sur la zone postérieure, à l'égard de laquelle il y a bien des incertitudes et. bien des inconnues. La zone intermédiaire, qui, pour plusieurs raisons, se prèle mieux à l'ex-
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périmontalion eL à robservalion, a été bien mieux explorée.
Fig'. 3. — Les centres moteurs du lobe fronto-pariétal d'après Warnot et Laurent (face externe).
Voici les cenlres connus jusqu'à ce jour : 1" Zone antérieure ou psychique. Agrayhie^ Pied de la seconde frontale gauche. Aji/iémie, Pied de la troisième frontale gauche.
2° Zone motrice. Membre su])érieur, Partie supérieure des deux circonvolutions ascendantes. Membre inférieur, Partie moyenne de la frontale ascendante, parties moyenne et inférieure de la pariétale ascendante. Face, Tiers inférieur de la frontale ascendante. Mastication, Pied de la frontale ' ascendante. Langue, A l'union de la frontale ascendante et de la troisième frontale. Têle et cou, Pied de la seconde circonvolution frontale. Tronc et abdompu, florsley et Schafer considèrent ([ue les centres des mouvements du tronc et do l'abdomen sont en majeure partit; situés à la face inlerne des hémi-
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sphères entre les prolongements internesdes centres des membres supérieur et inférieur.
3° Zone sensitive. Cé(M verbale, Premier pli de passage temporo-pariélal et parties voisines, au bout de la scissure de Sylvius. Surdité verbale, Partie postérieure de la première circonvolution temporale. Hèmianopsie, Lobule du pli courbe. Centre auditif, Partie moyenne de la première temporale. Centre du go'ât et de r odorat, Lobule de l'hippocampe et corne d'Ammon.
Comme on le voit, c'est à gauche que sont situés les différents centres du langage ; ils sont placés à droite, au contraire, chez les gauchers.
Ainsi, nous admettons sans conteste la doctrine des localisations cérébrales ; nous savons cependant que des discussions s'élèvent encore. Que nous importe si les physiologistes expérimentent pour savoir ce qui appartient, en pareille matière, à la substance blanche ou à la substance grise? Le chirurgien ne
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doil savoir qu'une chose : il y a sur le manteau une zone motrice et sur cett.e zone motrice des centres distincts; quand on les excite, il se produit des mouvements déterminés ; quand on les détruit, des paralysies déterminées.
J'ai dit que, par une excitation localisée, mais prolongée ou intense, on peut provoquer de l'hémiépilepsie, de l'épilepsie généralisée même. Certains points se prêtent à cela si facilement qu'Albertoni a voulu décrire une zone épileptogène. Cela pourrait-il donc guider le chirurgien en présence d'accidents épileptiformes très étendus? Nullement. Ce territoire épileptogène n'existe pas; c'est atïaire, tout simplement, d'intensité dans l'excitation. La zone latente elle-même, dit M. François-Franck dans son remarquable livre, peut devenir épileptogène; mais alors les accès convulsifs sont moins intenses, plus tardifs, et surtout ils n'ontpas un point de départ fixe. Le chirurgien, en effet, a un guide au milieu du désordre apparent de l'épilepsie créée par une lésion de la zone motrice : Horsley a bien fait voir que l'accès diffus commence par des spasmes localisés clans les muscles dont le centre est le plus atteint.
Au résumé, si nous avons des connaissances assez précises sur les localisations motrices, il s'en faut que la question soit aussi avancée pour la sensibilité ; l'expérimentation n'a pas toujours réponcUi de la môme façon au physiologiste ; la clinic|ue n'a pas donné de faits que leur précision et leur constance |)iiissent faire regarder comme définitivement acquis à la science. Fercier, Munkc, Ijuciani émettent sur les localisations sensitives des opinions tout opposéfîs. C'est dans le hibe occipital, le lobe temporal, la partie postérieure du lobe pariétal que seraient
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disséminés les centres psyclio-sensoi-iels ; mais il n'esl poinl, croyons-nous, dans l'état actuel de la science, de notion plus précise qui puisse servir au chirurgien. Une réserve cependant pour les troubles de la vision, qui semblent assez nettement en rapport avec des lésions du lobe occipital.
cheville
Fig. 5. — Les centres corticaux moteurs et sensitifs d'après Debove et Achard, 1893.
Des centres organiques nous ne dirons rien : les tentatives de localisation qu'on a voulu faire des centres corticaux thermiques, vasculaires. glandulaires, moteurs organiques (rate, intestin, vessie, trompes), sont dépures fantaisies jusqu'à ce jour. Ce ne sont là que des réactions d'ordre épileptique : elles accompagnent l'excitation de toute la surface du manteau, au même titre que les modilications respiratoires, cardiaques, vaso-motrices, etc.
Vouloir généraliser à ce point la doctrine des localisations cérébrales, c'est, de nos jours au moins, prêter le flanc à la critique. Les résultats attendus viendront en leur temps.