II. — Microcéphalie
La craniectomic, opération destinée à faciliter l'expansion du cerveau dans les crânes prématurément synostosés, fut entrevue par Fiiller en 1878, netlement indiquée par Gueniot en 1880, réalisée et décrite par Lannelongue en 1890.
Cette opération, pratiquée plus de cent fois depuis quatre ans, a é.té l'objet d'assez vives controverses. La théorie sur laquelle elle repose est-elle exacte? Lannelongue a-t-il pensé juste en donnant une importance notable à la suture prématurée du crâne dans l'arrêt de développement du cerveau, ou bien l'affirmation de Bourneville, jugeant que l'emploi de la craniectomie contre la microcéphalie ne repose sur aucune base sérieuse et que celle-ci doit être rayée de la pratique, suffit-elle à arrêter la main du chirurgien? Wirchow, Benedickt surtout, avaient déjà fait le procès de l'opération en termes cruels; en 1892 Tacquet, après d'autres, lui a porté un coup funeste en prouvant que jamais les microcéphales ne sont frappés de soudure prématurée des os du crâne.
A. — Technique de la eraiiiectoniie. — Je serai bref sur la technique opératoire : aussi bien cette intervention n'a-t-elle été pratiquée, comme je viens de le dire, que par quelques chirurgiens, et vat-elle restituer bientôt aux anciens traitements pédagogiques la place qu'elle semblait un moment leur avoir injustement usurpée dans la thérapeutique.
Trois méthodes ont été mises en i)ratique et décrites : la craniectomie linéaire, la craniectomie à lambeau et les larges craniectomies.
■112 THAITKMENT DES MALAIJIES CO.NGÉiMTALES
a) La craniectomie linéaire coiisisle ii enlever, suivant une simple ligne, une J^ancle de lissu osseux de i à 8 milliuièli'es, sans incision de la dure-mère, avec ou sans résection du périoste. Lu ligne d'opération suit ordinairement le sinus longitudinal supérieur dont elle s'écarte de 2 à 4 centimètres; mais on a pratiqué aussi la craniectomie transversale et la craniectomie latérale. La brèche peut être prolongée sur une longueur de 14 à 18 centimètres.
b) La craniectomie à lambeau ne diffère de la précédente que par la disposition de la résection crânienne. La bandelette osseuse enlevée prend ici des formes variées, en T, en (J, en V, etc.; entre ses branches sont dessinés de véritables laml)eaux osseux qui restent adhérents au crâne et deviennent ordinairement plus ou moins mobiles.
Cette dernière est à peu près la seule employée: chaque chirurgien choisit à son gré la forme et la disposition du lambeau.. La brèche, comme pour la craniectomie linéaire, est commencée avec le trépan, puis prolongée avec des pinces coupantes.
Quant au siège de l'opération, indiqué quelquefois par une dépression ou quelques symptômes de lésion en foyer, il peut être quelconque; les sutures, même, sont souvent comprises dans le lambeau.
Un n'a pas à se préoccuper de la dure-mère qui se décolle facilement, sauf cependant au niveau des sutures d'où il faut prendre, queh|ues précautions pour la dégager, la craniectomie étant une opération extra-méningée.
C) Les larges craniectomies. Aux procédés que je viens de, décrire conviendrait beaucoup mieux de nomdecraniotomie ; ils neconslituentpas,en elfet, de vraies résections crâniennes. Récemmcnl, on a
LA MICHOCÉPUALIE
tonio de leur substituer des méLliod(>s plus complètes : Wyelli, Keen, Doyen, ont imaginé, après avoir décollé sur une très grande étendue la duremère dtî la voûte du crâne, de creuser sur celle-ci de larges travées et même de pratiquer de véritables hémicraniectomies. J'ai déjà décrit le procédé de Doyen qui, dans l'espèce, en matière d'audace, tient indiscutablement la corde ; je n'y reviens pas.
B. — Rë<siiUat«i de cranîceloiiiie. Ses Indications.
— Beaucoup de microcéphales meurent après la craniectomie : c'est, je crois, le seul bienfait qu'ait rendu jusqu'à ce jour l'opération. Sans tenir compte de cette imposante léthatité (un sur quatre), dans quelle mesure peut-on dire que les survivants hénétlcient de l'intervention? Pour beaucoup, le résultat a été nul; pour quelques-uns, il a été insigniliant: en tous les cas l'amélioration a été de très courte durée. La plupart des petits idiots sont restés des idiots; quelques privilégiés, parmi eux, sont devenus des imbéciles. Il n'y a rien dans cette inutile transformation qui puisse ni doive encourager le chirurgien. .]'ai personnellement décliné deux fois l'honneur d'une intervention que de malheureux parents sollicitaient de moi; je serais plus formel encore aujourd'hui dans mon refus. Pourquoi tenter, en effet, une opération dont la gravité n'est en rien compensée par les bé n é ti ces qu'elle peut, le cas écliéant, assurer au malade? Doyen dit bien que l'hémicraniectomic, même bilatérale, ne fait pas courir au patient plus de risques qu'une laparatomie exploratrice. Cela n'est pas, je crois, faire un grand compliment à la statistiquf! des laparotomies exploratrices.
lli TRAITEMENT DES MALADIES CONGÉNITALES