I. — Néoplasmes des téguments du crâne
Les tumeurs qui se développent sur l'épicrâne sont de nature épithéliale ou conjonctive.
A. — Des luuieurs d'origine épitliéliale.
I. —Kystes dermoïdes.— Les l<ystes dermoïdes, qui sont produits par une inclusion de l'ectoderme dans la gouttière dorsale, sont ordinairement médians ; ils forment des tumeurs arrondies, mollasses, rénitentes, mobiles sous la peau et fixées à l'os. Ils sont irréductibles, apparaisent quelques temps après la naissance et grossissent peu à neu sans jamais atteindre un gros volume.
Il faut en pratiquer l'énucléation et détruire, pour éviter toute ciiance de récidive, le point du périoste sur lequel ils sont implantés.
II. — Kystes sébacés. — Le cuir chevelu est le terrain d'élection des loupes ou kystes sébacés.
Quand les loupes sont infectées, et beaucoup de malades ne se décident à en solliciter l'extirpation que le jour où elles le sont, le mieux est de les
210 MALADIES IJK l'aIjULTL;
inciser, d'en évacuer le contenu et d'en écouvillonner fortement la paroi interne avec des tampons imprégnés de teinture d'iode. Pansement compressif. Cela guérit très vite.
Voici comment j'opère les kystes sébacés non infectés. Sur chaque flanc et près de la base de la tumeur, je taille un petit lambeau tout juste suifisant pour assurer la réunion des deux lèvres de la plaie. Je dissèque ces deux lambeaux assez profondément pour aborder le fond de la tumeur que je sépare facilement du tissu cellulaire environnant avec le bec de la spatule ou la pointe des ciseaux fermés. Le kyste se trouve de la sorte enlevé avec une grande partie de la peau qui le recouvre. 11 est bon, pour bien réussir cette petite opération et ne pas ouvrir la poche, de se donner du jour et, pour cela faire, de prolonger assez loin, en avant et en arrière de la tumeur, les deux incisions qui limitent les lambeaux.
m. — Des cornes. — Les cornes, « néoformation épithéliale d'aspect exubérant et verruqueux », sont plus fréquemment observées au cuir chevelu que partout ailleurs. Elles sont quelquefois multiples; mais la palme reste, en pareille matière, à ce monstre dont parle Ambroise Paré, u lequel monstre naquit en Piedmont en la ville de Quiers d'une honneste dame et de la tête duquel il sortait cinq cornes approchantes à celles d'un bélier, rangées les unes, contre les autres en haut du Iront, et au derrière une longue pièce de chair pendante le long du dos, en manière d'un chaperon de Damoiselle « ! Extirpation par le bistouri : on circonscrit largement la base de la tumeur et on dissèque celle-ci profondément. Suture.
THAITEMENT DES NÉOPLASMES il 1 :
IV. - De rEpiiiiélîoina. — L'épi Ihélioma du cuir chevelu alïecLe deux formes cliniques tout à fait différentes : 1° \si forme rcmcrouMe, iyi)e ordinaire, qui, dans Tespèce, n'a rien de spécial, ressemble tout à, fait à l'épithélioma de la face et envahit peu à peu, au fur et à mesure que, d'autre part, il gagne en largeur, le crâne et les méninges; 2° \gi forme sébacée , . très rare, caractérisée par l'apparition, sur le cuir chevelu, de multiples tumeurs arrondies, bombées, de consistance ordinairement assez ferme, pendant longtemps mobiles, n'altérant que tardivement la. peau, d'une évolution très lente et d'un pronostic relativement très bénin. J'ai récemment observé un cas très remarquable de ce polyépilhéliome circonscrit du cuir chevelu chez un homme dont le crâne et la face étaient littéralement couverts de néoplasmes.
J'ai peu de choses à dire du traitement du cancroïde. Il faut, ici comme ailleurs, en pratiquer l'ablation sans craindre de faire, autour du néoplasme et à sa base, un large sacrifice de tissus. Quand l'os sous-jacent est atteint, et cela arrive souvent, il faut pratiquer avec les gouges, le maillet et la pince-gouge, la résection en surface et en profon deur de toute la zone envahie, et au delà plutôt qu'en deçà.
En ce qui concerne la thérapeutique du polyépithéliome sébacé du cuir chevelu, je crois qu'il est indiqué d'en l'aire l'exérèse, ou, à défaut de celleci, le curettage, chaque fois que cela est possible. Si lente, en effet, que soil l'évolution de cette, variété bizarre de néoplasme, elle n'en tendpas moins à envahir tût ou tard la peau, à faire coi'ps avec elle, à l'ulcérer et, au total, à se comporter un beau
212 MALADIES DE l'aDULTE
jour comme une véritable tumeur maligne. Malheureusement, il y a des cas où la multiplicité des tumeurs est une véritable contre-indication à l'acte opératoire en tant, tout au moins, que cet acte opératoire peut être envisagé comme méthode radicale. Tel était le cas du malade que je disais tout à l'heure avoir observé. Le mieux, alors, est je crois, de surveiller le patient, de détruire les tumeurs au fur et à mesure qu'elles grossissent, qu'elles menacent la peau, qu'elles deviennent douloureuses. L'éradication de ces masses épithéliales sébacées détermine une hémorrhagie assez importante si l'incision passe trop près d'elles ; d'autre part, le sacrifice nécessaire, quand plusieurs néoplasmes confluent vers la même région, d'une large surface cutanée, retarde dans de singulières proportions l'heure de la cicatrisation. Aussi le cureltage après simple incision, recommandé par Poncet, me semble-t-il une heureuse méthode. Reste à savoir si elle est suffisante.
B. — Des tumeiii-t* d'oi-îgîne conjonctive.