‹ Thérapeutique de la fievre typhoideChapitre 106 sur 137 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

TRA.ITEMEI«T DES COMPLICATIONS, ACCIDENTS, SÉQUELLES.

Abcès.

Nous avons déjà insisté, à propos des soins hygiéniques, sur la nécessité de surveiller attentivement tous les points du corps au point de vue de la formation possible de collections purulentes; ce n est guère qu'à partir du second septénaire qu'on en observe, et le plus souvent dans la convalescence.

Les caractères principaux des suppurations posttvphiques sont Valseme ou Vinsignifiance de la douleur qu'elles déterminent (si bien qu'iZ m faut jamais compter sur le malade pour vous les sigmler, même quand il est parfaitement conscient) et leur extraordmaire tendance à la diffusion. Ajoutons-y la rapidité de leur cicatrisation, aussitôtqu'onaconvenablement évacue

le pus et drainé le foyer.

Ces collections purulentes peuvent siéger pres- CTu'en tous les points du corps. Les plus communes sont les suppurations du tissu cellulaire sous-cutane ou profond des membres et du tronc, des glandes de la peau, des masses musculaires, des arliculations, du squelette, des cavités séreuses et de 1 épaisseur même des parenchymes.

A15CÈS

On a cru d'abord qu'elles cHaient loujours causées par les infections secondaires el en particulier par les pyogènes habituels, staphylocoques et streptocoques, ayant pénétré dans les milieux intérieurs par une porte d'entrée intestinale (infection endogène) ou cutanée (infection exogène). On sait maintenant que le bacille d'Eberth lui-môme se trouve à l'état de cultui^e pure dans certaines suppurations post-typhiques, qui se font jour quelquefois des mois et même des années après la dothiénentérie (Cornil et Péan, Chantemesse et Widal, etc.). Une troisième catégorie de suppurations post-typhiques nous montre les pyogènes associés au bacille typhique.

Si c'est bien rarement la douleur qui attire l'attention sur une suppuration typhique, ce peut être en revanche souvent une élévation insolite de la température après Vapyrexie constituée^ en sorte que, lorsque, après la défervescence, on voit la température s'élever à nouveau, les trois hypothèses qu'il faut aussitôt discuter sont : la rechute, la febris carnis et la formation d'un abcès.

Dès qu'on a constaté une collection purulente, il ne faut sous aucun prétexte en différer l'évacuation, quel qu'en soitle siège. On ne devra pas plus hésiter en face d'une arthrotomie ou d'une trépanation osseuse qu'en face d'un furoncle ou d'un abcès souscutané. Plus la suppuration est profonde, et plus l'urgence de l'évacuer s'impose, la vie du malade étant d'autant plus menacée. M. Bouchard a cité le cas d'un typhique atteint d'une suppuration sous-périostique du fémur et pour lequel il avait mandé le chirurgien ; celui-ci ayant tardé quarante-huit heures, le malade succomba au moment même de l'intervention ou pou après.

256 ABCÈS — ADKNOl'ATimi

Les foyers suppuralifs doivent être non seulement évacués, mais drainés jusqu'à accolenient complet des parois. Les pansements seront minutieusement antiseptiques.

Les plus fréquentes des suppurations posttyphiques sont de beaucoup celles des téguments et de riiypoderme ; elles sont parfois tellement nombreuses qu'il s'en fait plus d'une centaine chez un même malade. Leur multiplicité ne doit pas lasser la lancette ou le bistouri du médecin, pas plus que les protestations du malade, incapable d'apprécier les graves inconvénients qu'il y aurait à laisser s'étendre ces abcès livrés à eux-mêmes. Ces suppurations sont très souvent sans doute la conséquence d'une infection exogène (Chauffard), l'eau des bains contenant des pyogènes, notamment des staphylocoques; elles sont d'autant plus fréquentes alors que le malade a pris plus de bains ou que ceux-ci ont été plus prolongés, la macération de l'épiderme produisant des fissures qui servent de porte d'entrée aux pyogènes. (Voir page 146.) Beaucoup de ces suppurations seraient sans doute aussi évitées par une hygiène parfaite des téguments pendant la maladie; quand elles commencent à se manifester, il est bon de faire prendre tous les jours au malade, même apyrétique, un bain antiseptique au sublimé.

Adéuopathie trachéo-bronchiqne.

Cette complication, souvent méconnue parce qu'on ne la cherche pas, et qui accompagne beaucoup de bronchites et de congestions pulmonaires, de pleuriles ou de laryngites typhiques, explique certaines toux rebelles et coqueluchoïdes, certains vomissements indépendants de l'état de l'estomac, du foie,

AMNÉSIE — ANÉMIlî 257

du péritoine et des méninges. Elle peut être décelée, soit par une faiblesse avec rudesse du murmure respiratoire d'un côté du thorax (sans signe de pleurésie), soit par une expiration sibilante ou soufflante ayant son maximum à la racine des bronches et diminuant à mesure qu'on s'en éloigne. L'application réitérée de ventouses sèches, de cataplasmes sinapisés, les embrocations avec l'essence de térébenthine dans l'espace iriterscapulaire, en même temps <iue les traitements indiqués pour les autres complications broncho-pulmonaires (antiseptiques, etc., (voir page 212), constituent les seuls moyens à pré- I coniser. Nous repoussons, comme nous l'avons dit ; ailleurs, le vésicatoire proposé même par G, de Mussy.

AlbamiKurie.

Voy. Forme rénale^ page 229.

Amnésie.

En dehors de l'absence de mémoire qui accomi pagne naturellement la stupeur et l'adynamie de la .période d'état, on observe souvent pendant la conj'valescence une amnésie partielle ou totale, qui dure (quelquefois assez longtemps. Conséquence des I troubles profonds qu'a subis la nutrition des cellules I cérébrales, elle ne peut être combattue que par le I traitement tonique général. Parmi les toniques plus : spécialement appropriés à ce symptôme, comme à tous Iles autres d'ordre nerveux, citons les phosphates so- I lubies et les glycéro-phosphates.

Anémie.

Très profonde chez tous les typhiques traités autre- Ifois par la diète absolue, elle est plus rare et moins

2oS ANÉMIi; — ANGINES

intense aujourd'hui, sauf après les formes accidentées d'hémorrliagies intestinales.

Lorsque la lièvre typhoïde frappe des sujets en période de croissance, des jeunes filles surtout, elle peut être le point de départ d'une chlorose profonde et tenace.

II semble aussi que, dans certains cas où la rate a subi plus profondément l'atteinte du poison lyphique. rhémalopoièse reste longtemps perturbée. Quand on constate la chloro-anémie avec rate demeurée volumineuse et sensible, on peut associer utilement aux reconstituants ordinaires du sang (proto-oxalate, proto-chlorure de fer, hémoglobine, phosphates), l'arsenic (liqueur de Fowler ou arséniate de soude), et les douches sur la région splénique.

Les autres moyens de combattre l'anémie posltyphique sont la cure d'air (mer, montagnes, forêt), les inhalations d'oxygène et d'air comprimé, l'hydrothérapie froide, les bains sulfureux et salés.

Il résulte d'un travail de M. Leclerc (1) que la destruction globulaire est presque négligeable chez les malades traités par le bain froid; qu'elle est plus accusée chez ceux dont la fièvre a été combattue par l'antipyrine, et qu'elle est toujours très marquée quand on l'a traitée par l'acétanilide.

A-ngînes.

Les angines qui peuvent se rencontrer dans la fièvre typhoïde sont :

1» Vcmcjine ulcéreuse précoce, avec ses ulcérations arrondies ou ovalaires siégeant sur le voile du palais et surtout les piliers, ne dépassant guère la dimension d'une lentille, à fond blanc grisâtre : c'est l an-

(1) Lyon méd., 1887.

AORTITE — ARTÉRITES 259

gine typhoïde spéciale; 2° V angine catarrhah; 3° l'angine herpétique; 4° l'angine pidtacée cachectique; 5» la follicuJite tonsillaire; 6" Vanf/ine diphtérique. Ces cinq dernières ne s'observent guère que vers la fin du second septénaire ou au début de la convalescence. . A la première est imputable une dysphagie quelquefois très pénible; dans ce cas les irrigations gutturales chaudes avec une infusion de feuilles de coca légèrement phéniquée seront utiles, ainsi que des attouchements avec la glycérine cocaïnée.

Aux autres on opposera les moyens ordinaires. {Pour la diphtérie voir page 248.)

Aoi lite.

Cette complication rare est diificile à diagnostiquer pendant la maladie même; elle est souvent la conséquence lointaine du processus typhique sur le système vasculaire. Quand on la soupçonne, application de glace sur la région sternale, puis révulsions diverses (pointes de feu, teinture d'iode, emplâtre de Vigo). Plus tard médication iodurée et iodo-tannique. Empêcher toute cause d'excitation circulatoire (fatigue, alimentation excessive, alcools).

Aphonie.

Voir Laryngo-typhus.

Artépîte.

L'artérite localisée à îcn membre doit être traitée surtout par le repos et l'immobilité de ce membre. Les frictions, le massage sont dangereux; il faut se contenter d'onctions avec la pommade mercurielle belladonée ou de l'enveloppement dans des compresses de gaze imbibées d'eau alcoolisée et recouvertes d'un taffetas imperméable.

260 AnTDROPATHIES

Il faut s'abstenir de donner les alcalins à haute dose comme si on voulait rendre le sang plus fluide, mais se contenter du traitement tonique : fer, quinquina, vin.

Le traitement de la fièvre typhoïde par l'ergotine pourrait être incriminé comme agentde spasme vasculaire (Rendu) ; s'il était commencé, on le suspendrait.

On empêchera le malade de marcher trop tôt. On évitera tout ce qui peut éveiller une excitation circulatoire notable, par exemple, l'alimentation exagérée pendant la convalescence.

ArthropaUiies.

Outre la coïncidence, rare, mais possible, de la fièvre lyphoïde avec le rhumatisme articulaire aigu et la goutte, il existe des comj^lications 2miulo-rhumatismales de diverses formes.

Une polyarthrite subaiguë arthralgique sans épanchement articulaire, qui a été vue dans le deuxième et le troisième septénaire, des arthropathies précoces avec liquide séreux limpide et stérile [Danlos (1)], une polyarthrite suppurée par pyoémie, ayant pour portes d'entrée les ulcérations intestinales, les abcès ou les escharres. On a vu encore une monoarthrile de la hanche, très longue, tendant à l'ankylose ou à la luxation spontanée [Marfan (2), Potier (3)].

Contre les arthropathies douloureuses, mais sans épanchement, on emploiera les badigeonnages d'iode, de laudanum, de Uniment chloroformé, avec enveloppement ouaté et taffetas gommé. Il n'est pas nécessaire de supprimer les bains, s'ils sont utiles pour d'autres raisons.

(1) Société des hôp., ii janv. 1887.

(2) Gazette des hôp., 1888.

(3) Revue des mal. de l'enf., 1894.

S'il y a de l'épanchenient arliculaire, on fera une ponction exploratrice aseptique; s'il est séreux, on pratiquera l'évacuation immédiate par aspiration. S'il est purulent, l'arthrotomie s'impose.

Ataxie.

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