HISTORIQUE
par la thèse de son élève Pavet de Courteilles (Paris
1812), appliquait l'eau froide aux formes les plus graves de la fièvre typhoïde : il avait compris que dans celles-ci les troubles nerveux sont habituellement la conséquence des élévalions excessives de la température, que celle-ci est le grand danger dans
"les fièvres et que la réfrigération est le meilleur moyen de la prévenir. Il mit en usage presque tous les procédés de réfrigération : applications locales et permanentes, lotions, lavements froids, surtout l'affusion et l'immersion. Il ne se contentait pas d'avoir fait disparaître les symptômes les plus inquiétants par les premières immersions, il faisait reprendre
^'ïes bains à chaque exacerbation fébrile, pensant que, tant que la fièvre n'avait pas disparu, le retour d'un paroxysme pouvait ramener les accidents graves du
f^début.
En Allemagne, où le livre de Cui'rie avait été tra- ■•duitdès le commencement du xix^ siècle, pendant les vingt premières années on se passionna pour ou contre la méthode des bains froids, et de nombreuses ! publications se firent jour dont la plus notable est 'tin mémoire de Frcklicu, qui obtint le prix de 50 ducats dans un concours fondé par Hufeland sur la question du traitement des fièvres par l'eau froide (1821). Frœlich conseille le bain et l'affusion, le bain surtout, très court (une à quatre minutes), suspendu quand éclate le frisson, l'eau étant d'autant plusfroide "ijiie la température fébrile est plus élevée, glacée /quand le malade a plus de 41°. Malgré la faveur avec 'laquelle fut accueillie à cette époque la méthode réfri- ' gérante, elle tomba au bout de quelque temps en désuétude.
-^^1 C'est seulement vers 1840 en France que l'écho
102 MÉDICATION RÉFRIGÉRANTK
des pratiques hydrolhôrapiques du paysan silésien Priesnilz arriva par les publications de quelques médecins. Scliedel rapporte que l'empirique de Grœfenberg employait souvent le bain froid, l'enveloppement dans le drap mouillé, l'aflusion froide quand il avait par hasard à combattre des fièvres éruptives et continues, survenues chez les malades dont il soignait les maladies chroniques.
Scoutteten (1843), dans tin ouvrage sur l'eau envisagée au point de vue hygiénique et médical, rapporte avec détail des observations de fièvre typhoïde traitées et guéries par l'eau froide : en boissons, en demi-bain à 14" de 15 à 20 minutes, en bain de siège à 14° de 20 à 25 minutes, sous forme d'enveloppement partiel et fréquemment renouvelé du tronc et de l'abdomen, d'enveloppement général dans le drap mouillé, de lavements froids.
- Une place à part doit être faite à Jacquez (de Lure. Haute-Saône), qui en 1847 communiquait à la Société de médecine de Besançon des recherches statistiques sur le traitement de la fièvre typhoïde par les réfrigérants. 11 formule la nécessité de recourir « dans les fièvres aux moyens naturels propres à débarrasser le corps de cet excès de calorique qui, en se reproduisant sans cesse, tend à irriter, enflammer les organes et à mettre le désordre dans leurs fonctions. » Son procédé consiste à appliquer sur la tète, le ventre et la base de la poitrine des compresses imbibées d'eau de puits. Ces applications sont renouvelées, suivant l'intensité de la fièvre, à des intervalles -de cinq à, dix minutes, d'une demi-heure ou d'une -heure. Elles doivent être continuées « tant qu'on voit persister ou reparaître le moindre reste de chaleur fébrile. La seule contre-indication est le col-
niSTORIQUE i 03
lapsus. Pendant la grossesse les lotions froides générales sont substituées aux grandes compresses abdominales. Jacquez ne considère pas comme des contreindications la toux, les bronchites ni même les pneunomies, ces complications étant plutôt améliorées par l'eau froide. 11 n'admet comme tisane que l'eau pure et fraî<3he en abondance. On peut lui reprocher d'avoir méconnu la nécessité d'alimenter les fébricitanls; il les condamnait à cette diète hydrique absolue pendant plusieurs septénaires. Sa statistique était belle d'ailleurs : 19 morts sur 313 malades soignés en plus de 15 ans ; mortalité 6 0/0.
Il reste encore à mentionner en France Leroy (de Bé- Ihune) qui employa la réfrigération par application froide permanente sur le ventre (1832). Mais il ne voyait dans la réfrigération que le complément des émissions sanguines, qu'il pratiquait pendant le premier septénaire. Valleix, en 1853, l'imita à la Pitié, ■eû' substituant les lotions froides avec l'éponge aux ■applications permanentes du froid, et n'obtint que des résultats peu favorables.
- Jusqu'à Brand, en résumé, il existe dans l'histoire de la médecine un assez grand nombre de tentatives remarquables faites pour traiter par l'eau froide eu applications externes, et notamment en bains, les fièvres contagieuses graves et même toutes les fièvres. Mais aucun médecin n'avait formulé avant lui un traitement exclusivement hydrothérapique et psyohrothérapique de la fièvre typhoïde, basé sur l'observation vraiment scientifique d'un nombre suffisant de faits pour opérer une révolution dans la pratique médicale. Comme dans notre art une invention n'est définitivement viable que si elle est arrivée à complète maturité,, c'est avec justice que le nom de
104 niSTORIQUE DE IJV MÉDICATION RÉFRIGÉRANTE
Brand doit demeurer atlaclié au traitement de la fièvre typhoïde et du typhus par l'eau froide exclusivement.
Ici doit prendre place l'analyse des travaux de Brand, avec l'exposé succinct des fondements de sa doctrine. Plus loin, on trouvera dans ua chapitre ii part la description de ses procédés.
En 1861, Brand publiait à Stettin un livre intitulé : De l'hydrothérapie du typhus. L'auteur retrace d'abord l'historique des tentatives faites avant lui; il rend surtout hommage à Currie comme au créateur de la méthode. Puis il résume l'étiologie de la fièvre typhoïde, et, puisqu'elle est causée par une infection du sang, il voit dans cette notion un encouragement à employer la médication réfrigérante.
Il ne soutient plus, comme Currie et quelques-uns de ses précurseurs, que l'eau froide peut juguler le typhus; il explique que l'hydrothérapie a surtout pour effet, si on l'applique dès le début de la maladie, de prévenir le développement des complica^ tions auxquelles est due. surtout sa gravité. "i
Comparant ensuite le tableau de la fièvre typhoïdt' traitée par les moyens ordinaires à celui de la maladie quand tous les symptômes sont atténués ou modifiés par l'eau froide, il conclut à la supériorité de ce traitement.
La réfrigération a pour résultat le plus saillanl d'abaisser le niveau moyen de la courbe thermométrique ; Brand insiste sur l'aggravation qu'apporte dans l'état général du malade chaque exacerbation de la fièvre et sur l'efficacité avec laquelle chacune de ces élévations thermiques est enrayée par l'immersion dans l'eau froide. Quand on institue dès le commencement de la maladie le traitement hydrothérapique,