‹ Thérapeutique de la fievre typhoideChapitre 53 sur 137 · TRAVAUX DE BRAND · texte numérisé non relu

TRAVAUX DE BRAND

on peul arrêter la fermentation alcoolique en refroidissant le malt et la levure. Le but unique, en résumé, que Brand assigne à sa méthode, est « la soustraction par l'eau froide de la chaleur fébrile pendant tout le cours de la maladie, jour et nuit, du commencement à la fin, dans le but de maintenir constamment la température à un degré modéré et par là d'assurer le fonctionnement des organes dans des conditions normales. »

^ Les travaux de ces dernières années ont permis d'aller plus loin que Brand dans l'appréciation des causes intimes des troubles fonctionnels et des altérations auatomiques : les recherches de physiologie pathologique sur l'action pathogénique des multiples poisons sécrétés par les microbes ne permettent guère de réduire à l'hyperthermie seule le danger dont l'intoxication typhique menace l'organisme, ni par conséquent d'expliquer seulement par la réfrigération les bienfaits de l'hydrothérapie froide ; aussi voyons-nous les défenseurs actuels du bain froid insister plus que Brand sur la stimulation du système nerveux et plus particulièrement sur la diurèse que provoque l'immersion dans l'eau froide, n nous semble que cette explication plus large est plus satisfaisante.

Dans cette deuxième édition de son livre Brand indique les modifications importantes que l'expérience lui a fait apporter à sa technique. Il a abandonné les multiples procédés qu'il préconisait en 1861 et, reconnaissant la supériorité du grand bain froid que Jurgensen .a établie, il l'adopte exclusivement. Il se rallie à l'opinion de Ziemssen sur les avantages de la température rectale, qui renseigne plus vite et plus exactement sur la tempéra-

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ture centrale du malade, et fixe à 39° (au lieu de 39»5, comme il le faisait dans sa première manière) le degré de température qui indique l'opportunité du bain. La température est explorée toutes les troif; heures jour et nuit, et l'infirmier met le malade au bain chaque fois qu'il constate 39°. Mais la température de l'eau et la durée du bain doivent varier suivant l'intensité de la fièvre et l'abaissement thermique obtenu après chaque bain. On trouvera plù.s loin la formule plus précise de cette technique.

Brand, après avoir repoussé l'accusation de favoriser par la réfrigération les complications Ihoraciques, qu'il pense avoir rendues au contraire moins fréquentes et moins graves, termine en affirmant que sa méthode réduit des deux tiers ou des trois quarts la mortalité de la fièvre typhoïde.

Nous dirons plus loin quelles sont les modifications nombreuses qui ont été proposées en Allemagne et en France aux procédés hydrothérapiques de Brand. Mais nous devons placer ici le résumé des études de LiEBERMEiSTER(de Bâlc) sur la fièvre et la médication réfrigérante; car elles sont venues compléter l'œuvre clinique de Brand, en permettre le contrôle et la critique, et constituer le fondement doctrinal des conclusions empiriques de celui-ci.

Voici la conception de Liebermeister sur la nature de la fièvre. Les hautes températures fébriles, quelle qu'en soit la cause, produisent des altérations du sang et des viscères et tuent le fébricitant à la manière des poisons, en produisant des dégénérescences le plus souvent graisseuses du foie, des reins, du cœur et des centres nerveux, qui aboutissent surtout à la paralysie du cœur et du cerveau. L'indication existe donc d'abaisser la température du corps du

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fébricitanl, et cette indication, beaucoup de médecins depuis Hippocrate ont cherché à la remplir en trempant le malade dans l'eau froide. Ils y ont souvent réussi ; pourquoi cependant les médications réfrigérantes n'ont-ellesjoui que d'une vogue intermittente jusqu'à l'époque contemporaine? C'est que jamais jusqu'ici les médecins n'ont clairement compris quelle est l'essence de la fièvre, quel est d'autre part le mode d'action de la médication réfrigérante et quelles conditions elle doit remplir pour être toujours efficace.

L'élévation de la température ne suffit pas à . caractériser la fièvre ; celle-ci suppose encore une production exagérée de calorique par l'organisme, puisqu'il se fait une déperdition plus grande dechajeur à la surface du corps et que cependant la température centrale continue à être plus élevée qu'à l'état normal. D'ailleurs cette production de calorique en èxcès est démontrée expérimentalement par une augmentation excessive de la quantité d'acide carbonique éliminée par le poumon pendant la fièvre. Mais l'élévation de la température et la production excessive de calorique ne sont pas encore l'essence même de la fièvre : car un homme sain peut arriver par un exercice violent à augmenter la production de son calorique et même à élever un peu sa température centrale ; seulement celle-ci ne tarde pas à retomber au chifl"re physiologique de 37», 5, parce qu'il existe une fonction de régulation thermique^ par suite de laquelle la production et la déperdition de chaleur : sont proportionnées pour ramener toujours chez I l'homme sain la température centrale à 37'',5. La \Taie caractéristique de la fièvre est une perturba- I lion de la fonction de régulation thermique ; l'orga-

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nisnie du lébricilanl est réglé, non plus comme à l'élal de santé, pour ramener constamment la température à 37'',5, mais pour la maintenir à une température plus élevée, par exemple 39" ou 40'*. De môme que l'organisme sain résiste aux influences extérieures par tous les moyens dont il dispose (modifications delà circulation, de l'évaporation respiratoire, etc.)pour maintenir sa température de37°5, — de même l'organisme fébricitant résiste, et par lés mêmes moyens, pour se maintenir à la température élevée pour laquelle il s'est trouvé accidentellement réglé par la cause morbifique, vraisemblablement par l'action des poisons microbiens ou cellulaires sur les cellules du centre nerveux thermo-régulateur .

D'autre part, que se passe-t-il quand on sounièt un homme sain à la réfrigération, au bain froid par exemple? La température centrale, loin de s'abaissèiimmédiatement, s'élève un peu : car le spasme dés vaisseaux de la peau provoqué par le contact dé l'eau froide diminue le rayonnement du calorique à lasurface du corps, et l'organisme par réaction tend à produire plus de calorique pour maintenir sa température centrale. Si cependant la réfrigération se prolonge, ou est plus intense, les moyens dont dispose l'organisme pour maintenir sa température deviennent insuffisants, la déperdition du calorique n'est plus compensée par une production équivalente ; à ce moment éclate le frisson, signe caractéristique de la rupture de la compensation et de la défaite du centre thermo-régulateur.

Quand le fébricitant est mis dans un bain froid, les mêmes phénomènes se passent. Si l'application du froid est trop courte ou l'eau trop peu froide, l'prganisme du fébricitant qui défend, nous l'avons dit,

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température excessive par les mêmes procédés que l'homme sain, peut augmenter encore cette temj)érature momentanément ; toutefois, au moment où .ç,qsse la réfrigération, il se produit un abaissement Xle la température centrale presque toujours plus marqué que l'élévation provoquée par l'immersion. M9,is, quand le bain est suffisamment froid ou prolongé, on arrive à vaincre même pendant le bain la Résistance du centre thermo-régulateur et à obtenir un abaissement de température plus grand et plus ^urable. Le frisson en pareil cas donne, pour ainsi ^^ire, par son intensité et sa durée, l'indication que jf^^.t effet est obtenu. Tant que les médecins se sont ç.ontentés de lotions, d'affusions ou d'immersions courtes, trop peu froides ou trop rares, ils n'ont . .gu se flatter d'obtenir d'une façon durable la réfrigération du malade. Car il ne suffît pas d'avoir momentanément abaissé la température, même d'une façon considérable; trois heures, deux heures plus tard l'organisme, stimulé par les poisons générateurs de la fièvre, aura fabriqué un nouvel excès de caloriqùe et ramené le même degré excessif de température centrale avec ses dangers qu'on avait crus con- , jurés. Si on veut les écarter d'une façon permanente, il faut sans cesse recommencer cette lutte contre la régulation thermique, aussi longtemps que la cause dont elle dépend restera dans l'organisme. C'est ce qu'avaient pressenti Currie, Giannini et Récamier, > en disant qu'il faut combattre toutes les exacerba- ; tions fébriles ; c'est ce que n'ont pas assez compris I leurs imitateurs immédiats, c'est ce qu'ont démontré I les contemporains, Brand, Jurgensen, Bartels et Lie-

I bermeister.

j . Liebermeistera différé de Brand en ce que, tout en

proclamant la supériorité du grand bain froid sur les autres procédés de réfrigération, il n'a pas cru que le bain froid pût toujours suffire. 11 a reconnu qu'il peut être dans certains cas inapplicable et que, dans d'autres, il ne réussit à abaisser que trop peu la température; aussi a-t-ii admis l'utilité de médicaments capables d'abaisser la température à titre au3f.i-, iiaire.

Son choix s'était fixé sur la quinine, la digitale et la vératrine.

Il donnait, nous l'avons dit, la quinine à, doses massives, 1 gr, 50 à 2 gr. 50 en une demi-heure ou une heure au plus, dans l'après-midi ou la soirée, tjU; façon que le maximum de l'eff^et, produit cinq à six heures après l'ingestion du médicament, coïn^ cidât avec l'heure où chez le typhique la fièvre s'a-r baisse d'elle-même, et afin d'accroître ainsi l'inteosité de cette rémission.

Il donnait la digitale en poudre ou en pilules, 0 gr. 50 à 0 gr. 75 centigrammes en trente-six heures.

Il avait confiance en la vératrine, 5 milligrammes en pilule toutes les heures jusqu'à production de vomissements ou d'un abaissement de température suffisant, sans craindre un coUapsus que l'alcool Ql.hi vin permettraient de combattre.

En France l'écho de la méthode de Brand n'est arrivé qu'en 1870. Quelques médecins militaires français, voyant leurs collègues des ambulances allemandes appliquer avec succès les bains froids, les imitèrent. M. Liebermann commença dès cette époque des essais qu'il ne publia qu'en 187 4.

Mais le véritable initiateur de notre pays à la pratique de la réfrigération méthodique des typhique s est sans contestation Fr. Génard (de Lyon). Le pre-

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