‹ Thérapeutique de la fievre typhoideChapitre 73 sur 137 · MÉTHODE DE BOUCHARD · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE BOUCHARD

lliei'mique du malade, puisqu'il faut d'autant plus de temps pour abaisser l'eau à 30° que la température rectale était plus élevée au début.

Un malade ayant 41» prend un bain de 1 h. 40 B 40° » 1 h. 30

Le nombre quotidien des bains est de 8, chiffre réduit à 6 ou 4 dans les cas légers ou dans les derniers jours du traitement.

,Les bains doivent être donnés la nuit commele jour ; mais on laisse reposer le malade de ynimiit à six heures.

Le nombre total des bains pris pendant toute la durée d'une fièvre typhoïde peut être considérable : un malade ayant fait une fièvre de 31 jours, a pris 144 bains; pendant une rechute, 79 bains; pendant la période d'apyrexie entre la première attaque et la rechute, 18 bains : total, 241 bains. Un autre, ayant pris 134 bains pendant une fièvre typhoïde de 19 jours, est resté l'équivalent d'une semaine dans l'eau. V -Inconvénients. Le long séjour dans l'eau produit, surtout chez les travailleurs manuels dont la couche cornée est épaisse et dure, la macération de l'épiderme (les mainsetdespieds ; dans l'interstice des épaisissements épidermiques se forment des fissures, points de départ de lymphangite et d'un gonflement douloureux des ganglions axillaires, d'abcès sous-épidermiques et sous-dermiqucs, de panaris profonds.

Cette complication n'est pas exclusivement propre aux bains lièdes, on peut la voir avec les bains froids très multipliés, surtout si l'eau contient des microbes pyogènes, elle y est cependant moins fréquente.

On peut la prévenir souvent pour les mains, en plaçant sur la baignoire une planche sur laquelle le

typhiqueles pose pendant la durée du bain, et en rendant l'eau antiseptique par addition d'acide borique ou de borate de soude. M. Bouchard avait essayé le naphtol, mais les malades éprouvaient dans l'eau naphtolée une sensation de froid d'alxjrd, puis de cuisson très pénible.

Enfin l'état de l'épiderme doit être surveillé chaque jour, et toute phlyctène, toute collection purulente sous-épidermique ou sous-cutànée doit éti*e incisée sans délai et pansée antiseptiquement.

La multiplicité et la longue durée des bains provoquent de la part de certains malades des protestations très vives; chaque fois qu'on les y conduit,, ils se mettent en colère ou pleurent; pendant le bain ils s'agitent et se tourmentent, et la surexcitation de leur système nerveux s'oppose aux bons effets de la balnéation réfrigérante. Leur température est abaissée à peine après le bain, et même il arrive qu'elle augmente. C'est surtout chez les Temmes, les hommes très névropathes que ce paradoxe est constaté. Il prouve combien le système nerveux a d'influence sur la thermogenèse; c'est un .des arguments fournis par M. Bouchard en faveur de la pathogénie nerveuse de la fièvre (Congrès de Rome). Quand on constate chez un malade cette dérogation à la loi d'abaissement thermique sous l'influence du bain refroidi graduellement, il faut cesser de le baigner. -•Sont considérées par M. Bouchard comme contreindications à V emploi des bains :

1° Les attaques syncopales survenant pendant ou immédiatement après le bain ;

2° L'hémorrhagie intestinale;

3° La perforation de l'intestin et la péritonite, soit par perforation, soit par simple propagation au voisinage des plaques de Peyer.

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Les complications pulmonaires ne sont une contreindication que si par leur extrême intensité elles menacent le malade de suflfocatiôn pendant le bain, ou si elles s'accompagnent de complications cardiaques de nature à provoquer la syncope.

Effets des bains administrés suivant la métiiodo de SI. Boueliard.

1° Effets sur la température. — L'introduction d'un fébricitant dans un milieu dont la température est inférieure à la sienne ne produit pas toujours l'abaissement de celle-ci. Il peut au contraire pi'ovoquer son augmentation. Obernier (de Berlin) avait déjà signalé ce fait, qui n'est paradoxal qu'au point de vue de la physique, — car la physiologie l'explique aisément;— il avait vu une élévation deO°,3. M.Skinner cite une élévation de 1°,3 comme le maximum qu'il ait observé chez une jeune femme, que j'ai soignée dans le service de M. Bouchard, quand j'étais son interne, et dont l'observation se trouve consignée à un autre point de vue dans ma thèse de doctorat (1). Soignée pour dilatation de l'estomac, chlorose et phlegmatiaalba dolens, elle contracta dans le service une dothiénentérie. Les bains fréquents et prolongés l'irritaient au point de provoquer cette réaction des centres thermogènes. Les autres élévations thermiques de même ordre signalées par M. Skinner(3 femmes et 2 hommes) ont varié de 0,2 à 0,7. M. Bouchard, dans ses leçons à la Faculté sur la fièvre en 1893, a repris cette question et l'a développée avec ampleur.

V ahaissempM m%ximum produit par le bain de Bouchard a été de S^jO. Un homme de 30 ans, au trente-

(I)^Dilatation de l'estomac et fièvreltjpholde. Thèse deTaris 1886.

septième jour d'une dolhiénentéric, est tombé de 39''8 à 36", 3, sans qu'aucun médicament antithermique eût été préalablement administré. On observe fréquemment des abaissements de 1° à 2", même dans la période de la plus grande activité fébrile, aux douzième, treizième et quatorzième jours de la fièvre typhoïde.

L'abaissement thermique produit varie d'ailleurs suivant la température (rectale) du malade, l'heure du jour, le septénaire dans les cas simples et dans les cas suivis de rechutes. L'analyse de 38 cas pris dans le service de M. Bouchard a permis îi Skinncr d'apprécier ces variations qui sont très étendues.

On peut les résumer en disant que l'abaissement moyen dans les cas simples est — suivant le septénaire : de0",4dans le premier septénaire, 0°,6danslt' second, 0", 5 dans le troisième, 0'',6 dans le quatrième, 0°,7 dans le cinquième, 0',7 dans le sixième.

Suivaut la température du malade : de 0'',5 audessus de 41°, de 0°,7 au-dessus de 40", de 0'',8 audessus de 39°, de 0"',5 au-dessus de 38°, de 0°,4 audessus de 37°, de 0'',3 au-dessus de 36°.

La moyenne générale de l'abaissement obtenu ptfiun bain, sans tenir compte ni delà température rectale du malade, ni du septénaire, ni de l'heure du jour, est de 0°,53.

Dans les rechutes, la moyenne des abaissements est plus élevée ; elle est dans les mêmes conditions de 0°,96.

2° Effets sur le système nerveux. — La température de ces bains, qui serait trop élevée pour l'homme sain, est agréable pour le typhique. Il lui semble rarement un peu chaud, mais jamais froid. Cesl seulement quand la température de l'eau n'est plus qu'à 31 ou 30° que le malade éprouve une sensation

de fraîcheur, suivie quelquefois d'un léger tremblement. La lenteur avec laquelle se produit l'abaissement évite en général la sensation du refroidissesement et la rend presque imperceptible. A Lariboisière, dans la salle commune où étaient installées les baignoires et où, pourla simplification du service, les typhiques étaient baignés en série, j'ai pu bien des fois constater la vérité de la description suivante,: « Les malades causent entre eux dans le bain et souvent entretiennent une conversation assez animée. Ils parlent avec intérêt de leur maladie, de leur température, discutant même le nombre de dixièmes de degré qu'on aurait dû marquer sur leur feuille d'observation; à les voir, on ne dirait pas que les baignoires contiennent autant de typhoïsants. »

Le malade, aussitôt remis dans son lit, s'endort; ce fait est presque constant. La disparition de l'insomnie et de la céphalalgie est un des premiers effets des bains.

Les autres symptômes nerveux graves sont influencés de la manière la plus favorable. Le délire persiste rarement au delà du cinquième jour du traitement et, lorsqu'il faisait défaut pendant les premiers jours, on ne le voit presque jamais apparaître pendant le cours du traitement.

Les phénomènes ataxiques, la carphologie, sont notablement diminués.

Dans un cas où existaient des secousses musculaires tétaniformes, je les ai vues disparaître après le quatrième bain.

Les bains agissent aussi favorablement sur la prostration et l'aspect typhique, quand ils existaient au début du traitement. Après quinze ou vingt bains, le typhique peut changer seul de position dans son lit.

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