‹ Thérapeutique de la Maladie de Basedow: Indications et Résultats du Traitement ChirurgicalChapitre 16 sur 91 · V.— Anatomie pathologique · texte numérisé non relu

V.— Anatomie pathologique

Résumé. — Les lésions histologiques du goitre exophtalmique sont caractéristiques. Elles subissent des modifications parallèles aux poussées aiguës, aux accalmies cliniques de la maladie : l’involution spontanée.

Les lésions anatomiques permettent elles aussi de maintenir l’individualité du syndrome qu’avait fait isoler la clinique. Les lésions thyroïdiennes sont actuellement les mieux connues et les plus caractéristiques, ce sont les seules que nous étudierons renvoyant aux ouvrages classiques pour les lésions du sympathique et

du thymus.

A l’examen macroscopique

L'augmentation du volume de la glande est constante, mais cependant d'importance variable selon les cas. En général le lobe droit est le plus volumineux, les lésions n'en sont pas moins diffuses et étendues à toute la glande, les deux lobes et lPisthme. Le corps thyroïde est, mou, mais ferme, élastique, et son aspect rappelle tout à fait un parenchyme glandulaire ; on le compare souvent dans les comptes-rendus opératoires au tissu pancréatique. Sa structure est uniforme, pas la moindre possibilité d'énucléer un nodule ; il se développe en plus très précocement des adhérences intimes entre la surface de la glande elles plans fibreux capsulaires. L’abondance de la vascularisation est extrême, cette glande est de-

ie

venue une véritable éponge, les vaisseaux artériels et veineux sont distendus et,ce développement de lirrigation de la glande est un des points capitaux que doit envisager la technique opératoire. Sur la tranche de section le parenchyme thyroïdien ressemble, comme le dit Rienhoff, à de la viande de bœuf crue, le plus souvent finement granuleuse et lobulée et sur des fragments minces on voit le peu d’abondance de la colloïde dont la transparence‘a diminué.

Sur les coupes histologiques

Les lésions thyroïdiennes de la Maladie de Basedow sont en général absolument caractéristiques, contrairement à ce que pensaient les anciens auteurs et à ce qu’a affirmé au récent Congrès Noguchi d’après les examens histologiques d’Ohno.

Le P' Roussy, d’abord en 1914 avec Clunet, puis en 1924 avec R. Huguenin, les a décrites avec la plus grande précision : « à faible grossissement sur une préparation intéressant un fragment important de lobe thyroïdien, on est frappé de l’homogénéité des lésions, de la lobuiation du tissu thyroïdien, de l’énorme prépondérance de. l'élément épithélial sur le conjonctif, de la pâleur de la substance colloïde qui ne prend pas les colorants basiques et ne se leinte que très légèrement par les colorants acides, de la présence de follicules lyÿmphoïdes dont beaucoup présentent des centres germinatifs,. de la présence de petits nodules épithéliaux éosinophiles.

A un plus fort grossissement :

La plupart des acini sont limités par une basale conjonctive extrêmement réduite, souvent difficile à mettre en évidence, sur laquelle s’implantent des cellules épithéliales qui, au lieu d'être cubiques ou même aplaties comme la thyroïde normale avec protoplasma chromophile et noyau central sphérique très.avide des colorants basiques, sont au contraire hautes, cylindriques, à pro-toplasma chromophobe. Leur noyau est volumineux, souvent ovalaire, disposé dans la base d'implantation de la cellule et se colore d’une façon élective, mais légère par les colorants nucléaires, ce qui met bien en évidence la nucléine et le réseau de linine. Le revêtement épithélial n’est pas uniforme — c’est là un des caractères fondamentaux de l’épithélium thyroïdien dans le Basedow — il tend à faire des saillies plus ou moins prononcées dans la cavité et l’on voit tous les intermédiaires entre le soulèvement simple, l’ondulation de la paroi et la véritable papille végétale dendritique. A lintérieur des acini, la colloïde pâle, d'apparence ductile, ne se fendille pas sous l’action du rasoir, elle ne se rétracte pas ou peu sous l’action des réactifs et tantôt reste au contact des cellules sécrétantes sur toute leur périphérie,tantôt se rétracte légèrement mais leur reste unie par de délicates adhérences arciformes, Au centre de cette colloïde ductile,on note fréquemment des vacuoles sphériques et parfois des corps concentriques plus chromophiles. A côté des acini, on trouve des zones de travées pleines rappelant celles du goitre fœtal et ici ou là des lobules adénomateux. Tantôt dans les acini, tantôt dans

ee 1

les travées pleines, participant parfois à ces deux formations, on voit des îlots de cellules épithéliales qui tranchent nettement sur les voisines par leurs dimensions, leurs réactions colorantes, les monstruosités de leurs noyaux : ce sont les îlots éosinophiles formés de cellules dont le protoplasma peut contenir des vacuoles parfois assez confluentes pour donner à élément un aspect spongiocytaire. Le stroma interlobulaire est presque toujours assez grêle, avec ici ou là quelques axes conjonctifs plus épais. On ne trouve ni nodule inflammatoire, ni infiltration de polynucléaires, ni mélaplasie régressive, ni polymorphisme cellulaire, aucun signe d’inflammation. Les vaisseaux ont des parois normales et ne présentent aucune tendance à l’oblitération ni à la périvascularite. Dans l’intérieur des plus gros tractus conjonctifs d’une part, dans l’intérieur même des lobules d'autre part, on trouve des formations lymphoïdes variables dans leurs formes et leurs dimensions. Il s’agit tantôt de simples traînées qui infiltrent les tractus conjonctifs ou dissocient les éléments du lobule, tantôt d’amas plus ou moins volumineux qui arrivent à englober dans leur épaisseur au cours de leur développement, soit un vaisseau, soit beaucoup plus fréquemment un petit acinus ou une travée pleine.

Souvent ces amas accentuent encore leur architecture de tissu hématopoïétique et formant de véritables follicules lymphoïdes avec centre clair rappelant ceux que l’on voit dans les ganglions et lintestin ».

L'examen histologique de toutes les pièces de thyroïdec- * tomies pratiquées par M. Lecène pour Maladie de Base-

AA

dow indiscutable, qui servent de base à ce travail, nous à permis de vérifier entièrement la description de Roussy : pour un œil tant soit peu exercé, le diagnostic de Maladie de Basedow se fait par la simple élude d’une coupe du corps thyroïde, à condition que la préparation soit assez étendue. Dans un cas cependant soumis à l’examen de M. Lecène par le Docteur Caldaguès, quelques réserves avaient été faites devant l’énorme activité de la prolifération papillaire, les modifications considérables des cellules, les dimensions gigantesques des noyaux, à tel point que sur le fragment examiné, la possibilité d’un cancer avait été soulevée. (Planche 1). Sur toutes les coupes, les lésions décrites par Roussy seretrouvent au complet, le processus d’hyperplasie subit bien quelques variations, tantôt véritables papilles, tantôt simple soulèvement de la paroi, sans que l’examen clinique nous ait permis de constater les raisons bien évidentes de ces différents degrés. Cet aspect est absolument propre à la Maladie de Basedow : de l’étude de très nombreux cas de goitres simples faite avec notre ami le D' Pavie, nous avons retiré la conviction que les modifications histologiques vont de pair avec les symptômes cliniques, bien plus, la limitation des lésions, lPexistence d’une vraie capsule entourant un nodule goitreux basedowifié nous semblent toutes différentes de Paspect uniforme, homogène, étendu à toute la lame que lon voit dans le goitre exophtalmique vrai. Sans doute à l’intérieur du nodule thyroïdien, souvent d'aspect kystique, la prolifération hyperplasique peut-elle atteindre le même degré d'intensité que dans les Basedow les

PLANCHE I SyLvAIN BLONDIN

Végétations à l’intérieur d’une vésicule à colloïde pâle. Amas Ilymphoïde. Cordons pleins de tissu thyroïdien (type fœtal).

Page 1