EXPRESSION GASTRIQUE
Le passage de la sonde peut être l'ait en vue d'extraire le contenu de l'estomac par aspiration ou par expression, de pratiquer le lavage ou le gavage.
\j' aspiration n'est que rarement employée. On peut la l'aire par divers procédés : en mettant le tubeœso- |)hagien en communication avec une bouteille dans laquelle on fait très doucement le vide à l'aide de l'appareil de Potain, en l'adaptant au premier de deux flacons communicants; le second placé sur un plan inférieur est rempli d'eau. L'aspiration se produit en en laissant cette eau s'écouler.
On peut aussi, et beaucoup plus simplement, se servir de l'appareil aspirateur que M. Frémont a joint à sa sonde. Mais, le plus souvent, il n'est pas nécessaire d'avoir recours à l'aspiration, V exjn-ession suffit pour obtenir du liquide stomacal et même dans bien des cas pour vider complètement l'estoiiiac. En quoi consiste l'expression [EivalcVs Exp-essim) ?
La sonde étant introduite au moment voulu, soit à jeun, soit après un repas d'épreuve (voir plus loin), on engage le malade à tousser. Il doit tousser surtout du clia^ihragme de façon à produire sur son estomac une série de secousses expulsives. Cela suffit le plus souvent pour amorcer le tube, et le liquide stomacal s'écoule précisément par le mécanisme du siphon.
Ne pas oublier qu'on a presque toujours tendance ;i trop introduire le tube, et que c'est souvent en le dégageant qu'on obtient l'écoulement du liquide.
Parfois en le dégageant et en l'enfonçant par pelits mouvements successifs de va-et-vient, on provoque des efforts de vomissement, et, si le tube n'est pas trop enfoncé, le vomissement a lieu à travers sa
1(» ÏICCIINIQL-E SliMlilOLOGIOUK
lumière, o(. le but cherché esl obiciui. C'esl pour ccl;i, encore, qu'il vaut mieux avoir un tube largement ouvert à son extrémité, et pourvu non seulement d'yeux latéraux, mais aussi et surtout d'une ouverture terminale égale par son étendue à l'étendue même de la section de son calibre intérieur.
Pour le lavage, l'eau est versée dans l'entonnoir; l'entonnoir est élevé et l'eau qu'il renferme pénètre ainsi dans l'estomac. On l'abaisse vivement avant qu'il soit complètement vide, et le siphon est ainsi amorcé et l'écoulement de l'eau versée a lieu, plus ou moins mélangée de suc gastrique et de détritus alimentaires. La même manœuvre est répétée plusieurs fois de façon à pousser le lavage aussi loin qu'il est nécessaire.
Pour faire le gavage, il faut procéder rapidement, et s'assurer que le malade respire bien, que tout le liquide versé dans l'entonnoir est bien parvenu dans l'estomac. Sans cela, on s'expose, lorsqu'on retire le tube à ce qu'une partie de ce liquide pénètre dans le larynx. A ce point de vue, il est utile d'avoir un index de verre interposé sur le trajet du tube, comme dans l'appareil de M. Frémont.
Nous insistons sur tous ces détails parce que, de leur connaissance, dépendent quelquefois le succès du sondage de l'estomac, et la réussite de l'opération qu'on s'était proposée: exploration, repas d'épreuve, lavage ou gavage.
E.vaiucn cliimiqne du conlciiu de l'eslomiic. — 1a'. liquide extrait à jeun sera directement examiné ; mais, dans la plupart des cas, l'estomac s'exonère complètementsix àhuit heures après un repas normal (Leube) et, au delà de ce temps, il est vide. Pour en obtenir du liquide, il faut que l'exploration soit
lŒPAS n'iCPREUVli 1'
laite poiidaiil la digestion. Le vepas que l'on fait pi-endi'o dans ce but spécial porte le nom de repas d'épreuve.
Leube donnait une sorte de déjeuner d'épreuve assez semblable à un déjeuner ordinaire ; il explorait l'estomac de cinq à buit beures après ce repas, recberchant ainsi, au bout de combien de temps, cet organe se vidait complètement. C'est encore un des meilleurs moyens de contrôler qnel est l'état de la motricité gastrique.
Lorsqu'il s'agit de l'examen cbimique, un repas de ce genre aurait desinconvénienlsdeplusieursordres. Le maximum du processus digestif ne se produirait que tardivement, et souvent l'extraction seraitrendue difficile par des détritus alimentaires susceptibles de boucher la sonde. Aussi donne-t-on généralement un repas d'épreuve beaucoup plus simple et beaucoup moins copieux. Un des plus usités est le r?jw.s d'Eicnld composé de (30 grammes de pain rassis et de 250 grammes de thé léger ou d'eau. L'extraction se fait au bout d'une heure. On compte le temps à partir de l'ingestion des premières bouchées.
Ce repas est excellent lorsqu'il s'agit de rechercher l'état de la sécrétion de la muqueuse stomacale, el de se procurer du suc gastrique en vue de l'examen par le procédé Winter ou de la digestion artificielle, in vitro. Il est beaucoiq) moins bon lorsqu'il s'agit de rechercher et de déterminer l'importance des fermentations acides secondaires. On pourrait alors employer un repas plus compliqué comprenant par exemple des œufs ou de la viande. Il faudrait dans ce cas retarder le moment de l'examen, de façon a ](.' faire coïncider avec le maximum du processus de sécrétion et de digestion.
18 TKCnNIQUE SÉMÉIOLOGIQUE
Comment opérer l'examen chimique du contenu de l'estomac que l'on vient d'extraire?
Nous nous contenterons d'exposer la façon dont, après une expérience déjà longue de cet ordre de recherches, nous procédons nous-même à cet examen, sans nous inquiéter des très nombreuses autres méthodes que l'on a proposées. La plupart, du reste, n'ont de fidèles que leurs auteurs — et encore!...
Le liquide extrait sera d'abord filtré. On aurait tort de conclure que la lenteur de la filtration mesure la richesse du suc gastrique en mucus. En efifel, nous avons vu, M. Hallopeau et moi, des produits de digestion artilîcielle liltrer d'autant plus lentement qu'ils renfermaient plus de substances albuminoïdes dissoutes et, en particulier, plus de peptone.
On commencera par doser l'acidité totale. Pour cela, il suiïil d'avoir une solution de soude caustique à 4 grammes pour lUOO (solution déci-normale.) Un centimètre cube de cette solution correspond à 3 milligr. 63 d'acide chlorhydrique. On laisse tomber goutte à goutte cette solution d'un tube ou d'une burette graduée dans un verre à expérience qui renferme 10 cent, cubes de suc gastrique filtré, et auquel on a ajouté quelques gouttes d'une solution alcoolique de plitaléine du phénol. La fin de l'opération est marquée par l'apparition d'une vive et belle coloration rouge due à l'excès de la base alcaline. ^ La phtaléine du phénol est très usitée comme réactif indicateur dans le dosage de l'acidité du suc gastrique; il vaudrait cependant beaucoup mieux employer pour cet usage le tournesol. On obtiendrait ainsi toujours une acidité inférieure à l'acidité obtenue en présence delà phtaléine; maisni lespeptones, ni laxanthine, l'hippoxanthine, etc., ne seraient
Itlil'AS Ij'liPREUVE 10
coiiiplées dans l'acidité loLale. D'autre part, lorsqu'on recherche les acides libres par les procédés de Gautier, on est obligé de se servir de la teinture de tournesol. En se servant de la phtaléine du phénol pour l'acidité totale et du tournesol pour l'acidité organique, on aurait toujours pour cette dernière des chiffres trop forts.
Une manœuvre relativement simple (A. Mathieu et Rémond, de Metz) permet de mesurer la quantité du liquide contenu dans l'estomac, et, cela de la façon la plus exacte.
Après avoir extrait une certaine quantité de suc gastrique, on y ajoute une quantité donnée d'eau distillée; on l'ait descendre à plusieurs reprises le suc gastrique dilué dans l'entonnoir, puis on le reverse dans l'estomac de façon que le mélange soit complet. On extraitalors le pluspossible du sucgastrique dilué, et on le recueille dans un récipient particulier.
Soit b la quantité de liquide extrait sans dilution, a l'acidité de ce liquide, a l'acidité du liquide dilué, q la quantité d'eau distillée introduite dans l'estomac.
La quantité d'acide étant évidemment la même dans le liquide dilué que dans le liquide non dilué, DU peut établir l'équation suivante :
ax — a'q -j- a'x.
d'oii l'on tire
\m quantité de liquide primitivement contenue dans l'estomac est donc représentée par la formule :
Celte formule très simple permet de déterminer
20 TliCIJiMyUK SliMlilOLOGigcii
quelle esLexaclemeiil la fiiianlité de liquide contenue dans l'estomac au uioment de l'exploration, ce peut être utile dans bien des circonstances, à bien des pointsde vue ditlerents. Cela pernietlraen particulier, de rapporter les chifl'res obtenus, non à 100 ou 1000 parties, mais à la totalité du liquide stomacal. Les chiffres absolus d'acide et de chlore donnent naturellement, sur l'état de la digestion, des renseigne- .ments beaucoup plus exacts que les chiffres proportionnels, que le pourcentage.
Uxauicu qualitatif du suc gastrique. — C'est par l'emploi des réactifs colorants que l'on a commencé à rechercher la présence ou l'absence de l'acidQ chlorhydrique dans le suc gastrique. On se servait primitivement du violet de Paris, qui de violet devient bleu en présence d'une proportion, même très faible, d'un acide minéral libre. On aproposé beaucoup d'autres réactifs qualitatifs. Le réactif d'Uffelmann servait surtout à déterminer la présence de l'acide lactique. Dans 100 ou 150 grammes de solution d'acide phénique à 1 0/0, on ajoute une ou deux gouttes de perchlorure de fer; le liquide prend une coloration violette, améthyste. Cette coloration passe au jaune-urine en présence d'une solution faible d'acide lactique; le liquide se décolore en présence de lacide chlorhydrique. Cette réaction qui expose, il faut le dire, à de nombreuses causes d'erreurs, n'a du reste qu'une importance très relative. Le réactif de Gunzburg à la phloroglucine vanilline reste un excellent réactif qualitatif de l'acide chlorhydrique. En voici la formule :
Phloroglucine 2 gr.
Vanilline 1 gr.
Alcool 60 gr. à 100 gr.
EXAMIiN ClUMIOUK 21
l'ne petite quantité de cette solution est légèrement chaufTée soit au bain-marie, soit à la lampe à alcool dans une capsule de porcelaine. On y ajoute un peu de suc gastrique et on chaufTe de nouveau. Lorsqu'il existe de l'HCl libre, on voit apparaître sur la capsule de porcelaine, avant que la dessiccation soit complète au centre, un anneau périphérique d'une coloration rouge carmin très vive, très caracléi-istique.
Pour notre compte personnel nous ne nous servons que du vert brillant^ tout aussi sensible que le réactif de Gimzburg et d'un emploi beaucoup plus facile.
La solution doit être faite dans l'eau distillée; en vertu du pouvoir colorant énorme de la poudre de vert brillant, il n'en faut qu'une petite quantité, une demi-cuillerée à café environ pour un litre d'eau distillée. La solution obtenue est non pas verte, mais bleue. En présence d'une petite proportion d'HCl libre, la solution vire au vert-pré; à 1,.50 ou 2 1/000 au vert jaunâtre ; au vert-feuille-morte à 2,30 ou 3 1/000. Ce n'est pas tout, la solution ainsi additionnée d'HCl ou de suc gastrique renfermant de l'HCl se décolore avec une rapidité d'autant plus grande que cet acide existe en quantité plus considérable.
Il faut une quantité beaucoup plus élevée d'acides organiques (3 à 4 1/000 d'acide lactique) pour produire un virage au vert-pré, semblable à celui qu'on obtient avec moins de 1 1/000 d'HCl, et de plus, il n'y a pas de décoloration ultérieure.
liC vert brillant est donc un excellent réactif, et,^,, dans bien des cas, il permet un diagnostic suffisant' du chimisme gastricjue pour que l'on puisse établir ; le traitement en connaissance de cause, lorsqu'on la, ..
TICCUxNIQUE SKMÉI0LOr,[Ot:iC
déterminé auparavant l'acidité totale. Supposons, par exemple, que cette acidité totale soit élevée dè 2,50 à 3,30 1/000, et le virage positif du vert brillant très accentué, sa décoloration ultérieure rapide ot complète, il n'y a pas de doute, il y a hyperchlorhydrie; si le liquide examiné est extrait le matin à jeun d'un estomac dilaté, il y a hypersécrétion continue avec stase et dilatation de l'estomac.
Si, au contraire, l'acidité totale est faible (1,30 à 1 1/000 et moins) et le virage nul ou douteux, sans décoloration ultérieure, il y a hypochlorhydrie, sécrétion insuffisante de l'HCl.
Une acidité moyenne (1,60 à 2 1/000) avec virage positif évident, correspond probablement à un état voisin de la normale.
Une stase gastrique évidente, une acidité élevée (2 à 3 1/000) et un virage nul indiquent une dilatatation de l'estomac avec stase et fermentation acides anormales.
On voit que la recherche de l'acidité totale et l'examen qualitatif du suc gastrique peuvent servir à trancher bon nombre de problèmes diagnostiques. Les résultats obtenus sont toutefois inférieurs à ceux que donnent la méthode Winter, qui réclame en revanche un outillage plus compliqué et beaucoup plus de temps. Elle a l'avantage de n'être pas qualitative , mais quantitative, iiroportionnellemeni quantitative^ tout au moins. Elle permet de déterminer non seulement la quantité d'HCl du suc gastrique, mais aussi son HCl combiné. On retrouve ainsi tout l'HCl fourni par l'estomac, et l'on acquiert des renseignements beaucoup plus complets sur l'état physiologique et même anatomique de la muqueuse.
Méthode Winter. — Le suc gastrique est filtré; on
MÉTlIunE WlNTKlt ^3
(léleniline sou acidité totale par le procédé indiqué plus haut. Cinq centimètres cubes de ce suc fdtré sont versés dans trois capsules de porcelaine numérotées 1, 2 et 3. Dans la capsule 1 ou ajoute un excès de carbonate de soude. Les trois capsules sont mises sur un bain-marie jusqu'à dessiccation complète. On ajoute un excès de carbonate de soude dans la capsule 2, et on évapore de nouveau jusqu'à siccité.
Les trois capsules sont alors calcinées au bec de Bunsen. La chaleur ne doit pas être portée trop loin; on arrête la calcination dès qu'il n'y a plus de points en ignition. Dans les capsules 1 et 2, oh ajoute un léger excès d'acide azotique pur, puis de l'eau distillée ; on l'ait bouillir, et on jette sur un fdtre. La capsule 3 est traitée simplement par l'eau bouillante; cette eau est également jetée sur un tîltre.
Dans les liquides recueillis, on dose les chlorures alcalins par le nitrate d'argent, en présence du chromate jaune de potasse comme réactif indicateur.
On commence par saturer l'acide azotique en excès par un excès de carbonate de chaux pur, on ajoute quelques gouttes d'une solution de chromate jaune de potasse au 1/10, puis on laisse tomber goutte à goutte une solution décinormale de nitrate d'argent. La fin de l'opération est indiquée par l'apparition et surtout la insistance d'une coloration d'un rouge brunâtre. Un centimètre cube de la solution décinormale d'argent correspond à 3 milligr. 65 d'HCI. Le chlore est aussi évalué en acide chlorhydrique.
Que s'est-il passé et quelle est la signilicalion des chiffres obtenus? Dans la capsule 1, l'HCl libre et l'acide chlorhydrique en combinaison organique ont été fixés par le carbonate de soude à l'état de chic-
24 TliCIlNKJUli SliMÉIOLOGIOfE
rure de sodium. Le chlore trouvé par l'analyse correspond donc au chlore total du suc gaslri(iue.
Dans la capsule 2, l'IlCl libre a été chassé par l'évaporation. La différence entre la capsule 1 et la capsule 2 représente donc l'IlCl libre, ou mieux volatil, du suc gastrique examiné.
Dans la capsule 3,rHCl libre a été évaporé etTHCl en combinaison organique détruit par la calcination et évaporé également; il ne reste donc que le chlore des chlorures minéraux, le chlore fixe. La différence entre le chlore de la capsule 2 et celui de la capsule 3 indique la quantité de chlorures détruit par la calcination ou, en d'autres termes, le chlore en combinaison organique.
On obtient ainsi les données suivantes, que l'on calcule pour 1000 parties de suc gastrique :
1° Le chlore total, T (1);
2° L'acide chlorhydrique libre, H;
3" Le chlore en combinaison organique, C;
4° Le chlore fixe (chlore des chlorures minéraux), F.
H -j- C, la chlorhydrie (Hayem et Winter), représente la quantité totale d'HCl fourni par l'estomac. C'est de beaucoup la donnée la plus importante que fournisse la méthode Winter. Il est à remarquer qu'elle représente la difl'érence des chiffres de la capsule 1 et de la capsule 3. On peut donc, en se servant d'un réactif qualitatif de l'HCl, et surtout du vert brillant, se dispenser de faire le dosage du chlore dans la capsule 2. C'est celle dont l'examen demande le plus de temps, car elle doit être soumise deux fois àl'évaporation.
(1) Ces notations sont celles qu'emploient MM. Hayom el Winter.
MliTIlOniC WINTEH ±0
M. Ikiyein et Winter veulent tirer de leur méthode des renseignements sur la qualité de la digestion et sur la richesse du suc gastrique en acides organiques, llslbnt pour cela l'opération suivante: ils retranchent de l'acidité totale l'acidité due à l'HCl libre, A — H, et c(nn[)arent le produit au chlore en. combinaison A — H
organique: ^ = a. Or l'état normal a = 0,8G
environ, parce que C est toujours alors supérieur à A — H. Si a est supérieur à la moyenne physiologique, c'est, disent MM. Hayem et Winter, que les acides organiques sont en quantité considérable, dans le suc gastrique. Si au contraire a est inférieur à la normale, c'est qu'une quantité considérable exagérée, de chlore se trouveliée aux substances d'origine organique sous l'orme de combinaisonsneutres ou alcalines; cela indique un processus chimique vicié, les combinaisons chloro-organiques dues à l'action directe del'acide chlorhydrique sur les substances albuminoïdes étant toujours acides. Malheureusement les choses sont beaucoup plus complexes que cela. L'acidité totale du suc gastrique, surtout lorsqu'on la mesure en présence de la phtaléine du phénol, est la somme de l'acidité de substances diverses les unes connues, les autres inconnues. On ne connaît que les principaux facteurs de cette acidité Quant aux composés chloro-organiques représentés par G, on ignore à peu près complètement leur naure. Comment estimer la signification du quotient d une d.v.smn dont le dividende et le diviseur sont eux-mêmes de nature incomplètement déterminée ?
Ce n est pas le lieu d'insister davantage ici sur ce point particulier. Ce que nous venons de dire suffira pour montrer que l'analyse chimique du suc gas.
26 TpCllMQUK SÉMÉlULCXiinUK
trique par la mélliode Winler ne donne en somme de résultais certains, utilisables, que sur la sécrétion de la muqueuse gastrique en H Cl, libre ou combiné. 11 est vrai qu'elle donne ces renseignements d'une façon beaucoup plus exacte que toutes les autres méthodes, et que cela suffît pour les indications thérapeutiques.
La sécrétion de la pepsine est en général parallèle àla sécrétion de l'HCl, bien que cela ne soit pas absolu, et qu'un suc gastrique très riche en acide chlorhydrique ne soit pas forcément très riche en pepsine. Il n'est pas très rare de constater, au contraire, qu'un suc gastrique hyperchlorhydrique ne peptonise à l'éluve qu'une faible proportion d'albumine.
On ne peut juger de la valeur de celte sécrétion que d'une façon indirecte, par la recherche qualilicative ou quantitative de la peplone et par les digestions artihcielles.
ha recherche qualitative de la peptom se fait par le procédé dit du biurel; on peut se servir de la liqueur de Fehling. On verse dans un tube à essai d'urine deux ou trois centimètres cubes tle suc gastrique filtré. On y ajoute quelques gouttes de liqueur de Fehling. S'il y a de la peptone ou de la propeptone, on obtient une coloration rosé d'autant plus nette que la quantité de peptone est plus considérable. Les substances albuminoïdes donnent une coloration violacée. La recherche quantitative de la peptone est chose trop délicate, exigeant des manil)ulations trop minutieuses, pour que nous la décrivions ici.
Les digestions artificielles sont d'une exécution facile lorsqu'on possède une étuve susceptible d'être réglée u 40». Il suffit alors d y phu'er p(>ndant heures une
(luaiililô déterminée de blanc d'œnl' cniL dur. On peiil ajouter une certaine ([uantité d'HCl. 11 est facile ainsi de déterminer approximativement la valeur en pepsine de tel ou tel échantillon de suc gastrique. Cette méthode autrefois très usitée est actuellement quelque peu délaissée, malgré sa réelle valeur.
Ueclierchcs des acides orgauiqucs. — En général, quand il y a une acidité marquée avec peu d'acide chlorhydrique libre ou combiné, on doit admettre la présence d'une proportion élevée d'acides de fermentation organique.
M. le professeur Gaulier propose un ingénieux moyen de doser les acides organiques libres ou combinés. On sature exactement l'acidité du suc gastri(iue à examiner par la soude. C'est du reste exactement l'opération faite pour le dosage de l'acidité totale. Le suc gastrique ainsi neutralisé est évaporé au bain-marie jusqu'à siccité. On calcine, comme dans le procédé Winter. On traite par l'eau bouillante le résidu de la ealcination. On obtient ainsi une solution alcaline. On dose alors par une solution titrée, décinormale d'acide sulfurique ïcdcaliiiité de cette solution. Le chitfre obtenu représente la quantité d'acides organiques, libres ou combinés, détruits par la ealcination.
En etl'et, l'adjonction de soude transforme les acides organiques libres ou faiblement combinés en sels correspondants (lactate, acétate, etc.). La ealcination les réduit à l'état de carbonates alcalins; en dosant ces sels alcalins ])ar l'acide sulfurique, on détermine à (juelle quantité d'acides organiques ils étaient combinés.
Le dosage des acides organiques permet de mesurer les fermentations acides de l'estomac et de
2^ TECri.MQUE SIOMKIOLOGIOUK
savoir Si elles sont faibles, normales ou excessives Nous avons dit que, dans bien des cas, le simple dosage de l'acidiLé totale et l'épreuve du vert brillant suffisent pour donner des renseignements d'une certaine valeur sur ces fermentations.
Une remarque pour terminer : le dosage de l'alcalinité de la solution obtenue après calcination doit être fait en présence du tournesol; en effet on ne peut retourner en arrière avec la phénol-phtaléine, et de la coloration rouge revenir progressivement à la coloration blanche. Il convient donc pour avoir des résultats comparables, de faire également le dosage de l'acidité totale du suc gastrique en présence du tournesol.
Passons sous silence la recherche de la prèsiirp qui n'a, pour le présent du moins, aucune utilité clinique.
Les renseignements que nous avons sur le processus chimique de la digestion gastrique sont encore très incomplets. Malgré leur imperfection flagrante, ils peuvent servir de base à une classification clinique des divers modes de la dyspepsie gastrique et fournir au traitement des indications importantes. Nos connaissances sont malheureusement beaucoup plus restreintes encore en ce qui concerne l'intestin, et ce n'est guère qu'indirectement, par les excréta, que nous pouvons juger de l'état de ses sécrétions et du travail digestif effectué par lui et ses annexes. Boas a cependant fait connaître un procédé d'extraction qui permettrait de se procurer quelquefois du suc duodénal par la voie stomacale. Il a obtenu ainsi un liquide susceptible de peptoniser l'albumine dans un milieu alcalin, renfermant par conséquent du suc pancréatique.
MOTiaCITÉ GASTRIQUE
Ce [)rocédé n'a amené, jusqu'à présent, à aucune donnée applicable d'une façon suivie au diagnoslic cl au traitement.
Motricité gastrique. — Il serait d'une importance primordiale de pouvoir mesurer la motricité de l'estomac, et les auteurs n'ont pas manqué de s'ingénier à résoudre ce problème. En effet, on a beau connaître la composition du contenu de l'estomac, si on ne sait pas comment il se vide, on ne peut pas apprécier son travail total, et nous ne savons pas en réalité mesurer ce travail. Il est donc difficile de faire la part de l'estomac et de l'intestin dans la dénutrition qui peut résulter d'un état morbide de cet organe. Nous ne pouvons pas fixer la part parallèle de responsabilité de l'estomac et de l'intestin dans la dyspepsie.
D'un autre côté, l'affaiblissement de la motricité mène à la distension gazeuse, à la stase des liquides et aux fermentations anormales. Nous avons dit déjà comment on recherchait la flatulence et la stase. On a proposé d'autres méthodes souvent très ingénieuses que nous ne pouvons pas passer complètement sous silence pour apprécier l'état de la motricité stomacale.
On a injecté dans l'estomac et dans le gros intestin des mélanges effervescents (bicarbonate de soude et acide tartrique). Grâce à la distension obtenue, on pouvait plus facilement déterminer la situation relative de ces organes, et le degré môme de cette distension pouvait servir à apprécier le degré de tonicité des parois musculaires.
Klcmpercr introduit dans l'estomac une certaine quantité d'huile (1.^0 on 900 grammes); au bout
30 TKCUNIQUE SÉMlilOLOGlQUli
d'une ou deux heures, il évacue le contenu del 'estomac. La quantité d'iiuile retrouvée serait inversement proportionnelle au pouvoir moteur de l'estomac. Ce procédé, auquel on peut faire de sérieuses objections, est assez souvent employé en Allemagne.
Ewald et Siewers ont proposé l'épreuve du salol. Ce sel aurait la propriété de ne se dédoubler en acido salicylique et en phénol qu'au contact du suc pancréatique. Dans l'estomac il ne serait nullement attaqué. Dans les cas d'atonie et de stase gastriques, il séjournerait d'une façon exagérée dans l'estomac, il ne serait que tardivement dédoublé à cause de son arrivée tardive dans le duodénum, et son apparition dans les urines ne se ferait ainsi plus tard en cas d'atonie ou de stase gastrique que chez les individus sains. Des objections n'ont pas tardé à se produire : on a dit que ce qui avait de l'importance c'était non pas le moment de l'apparition de l'acide salicylique dans les urines (1), mais la persistance de l'élimination par les reins. Enfin on a dit, ce qui enlèverait toute valeur à l'épreuve par le salol, que le dédoublement du selpouvaitse faire dans l'estomac lui-même (2). La méthode est donc plus élégante que sûre.
Le mieux et le plus certain est encore de rechercher combien de temps après le repas les résidus alimentaires séjournent dans l'estomac. C'esten somme la méthode primitive de Leube. Nous avons dit déjà quelle importance on devait attribuer à la démonstration de ce résidu le matin à jeun.
(1) Cette apparition se constate par une réaction des plus sensibles : l'adjonction de quelques gouttes de perchlorure de fer produit une coloration d'un rouge foncé très intense.
(2) RE.\LEet Grande. Sulla scomposiziono del salolo nelloslomaco. Rivisla clinicn e lerapeiiL. octobre. l.SOK
KXClUiTA ^1
III. Étnilc des excrcJa. — Ces cxcrela sonl les Il i-iaes elles matières fécales. Ils n'ont été que trop rarement étudiés d'une façon complète, simultanément et comparativement dans les maladies de l'appareil digestif. Les recherches de ce genre, longues et pénibles, il est vrai, donneront certainement des résultats intéressants. On sait quelles données importantes pour la pathologie générale et la clinique M. Bouchard a tirées de l'étude des poisons organi(iiies des matières fécales et de l'urine.
Van Noorden (1) a fait quelques expériences dans lesquelles il a dosé l'azote dans les aliments ingérés, dans les urines et les matières fécales. Il a pu de cette façon se rendre compte de l'état réel de la digestion totale des substances albuminoïdes dans quelques cas. Un des résultats les plus frappants ([u'il ait obtenus de cette façon a été de démontrer, ([ue des individus, dont la digestion stomacale laissait beaucoup à désirer, élaboraient cependant, tout compte fait, les aliments azotés d'une façon normale : preuve nouvelle que nos divers moyens d'exploration de l'estomac nous donnent des indications beaucoup plutôt sur l'état anatomique et le fonctionnement physiologique, chimique et moteur de l'estomac que sur la dyspepsie gastro-intestinale dans son ensemble. Les renseignements qu'on en tire sont utilisables beaucoup plus pour le diagnostic anatomo-physiologique de l'état de la muqueuse stomacale que pour la mensuration totale de la dyspepsie elle-même.
Il était naturel d'étudier les urines pour y trouver (les renseignements sur le processus digestif dans
(1) ZIschr. f. Idinixclte Medkin, 1890.
^- ThXUMOUK SIOMlhoLOGlQUK
les maladies de l'esLoriiac cl, de riiileslin : nous exposerons sommairement où en est la queslion.
L'étude des matiereH fécale.H n'est qu'ébauchée. Autrefois on s'en tenait à l'examen macroscopique, à la constalation de la constipation et de la diarrhée, en bloc pour ainsi dire; l'apparition du pus, du sauK, de la bile, du mucus, forçait l'attention dans quelques cas. Cette appréciation clinique est nécessairement très grossière, et il est étonnant de constater que les matières fécales n'aient pas été davantage étudiées et d'une façon plus précise, chimiquement et microscopiquemenl. Les médecins n'ont guère, il est vrai, le temps de se livrer à ces recherches fort longues et répugnantes : de là la regrettable indigence des matériaux scientifiques sur ce point important de séméiologie. Nous devons cependant à Nothnagel (1) quelques données intéressantes que nous exposerons plus loin. Ce n'est pas le lieu d'entrer ici dans de longs détails à ce point de vue; nous ne devons pas oublier que nous nous adressons à des cliniciens. Nous renverrons, pour la technique, d'une façon générale aux traités spéciaux, surtout en ce qui concerne les urines; nous nous contenterons d'indiquer ici, sommairement, les résultats obtenus et leur valeur séméiologique ; nous serons très sobre d'indications techniques dans cet ordre de recherches forcément un peu spécial.
Ui-înes. — On peut, à propos des urines qui seront toujours examinées par les procédés ordinaires, au point da vue du sucre et de l'albumine, déterminer :
^1) Beilrâge zi/r Physiologie und Pal/iol. des Darmes, 1S84.