‹ Thérapeutique des maladies de l'estomacChapitre 13 sur 88 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

COXSIDÉRATIOIVS GÉNÉRALES SLR LE RÉGIME

Avant de passer successivement eu revue les diverses formes cliniques de la dyspepsie, nous croyons avantageux de donner sur le régime dans les dyspepsies, une courte élude d'ensemble. Nous pourrons exposer ainsi un certain nombre de notions préalables qui auraient difficilement trouvé place dans des chapitres spéciaux, et d'autre part nous éviterons d'inutiles répétitions.

Ration d'entreiieu.— Les physiologistes sont arrivés à des résultats très concordants, en ce qui concerne la quantité des substances alimentaires des trois ordres nécessaire à l'entretien de la vie chez un homme adulte. D'après la moyenne des analyses faites par divers auteurs (1), il faut à un homme au repos :

iOQ gr. d'albumine, K gr. 4 de graisse, 313 gr. d'hydrales de carbone.

Pour un homme qui travaille, ces chiffres doivent cire un peu plus élevés.

(1) A. Gautier, Cours de chimie, t. III, p. "96.

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ments à 1 état de pureté ; elles sont mélangées les unes

aux autres, mélangées aussi à des substances qui ne sont point susceptibles d être digérées. Enfin une certaine proportion de matériaux digestibles traversent le tube gastro-intestinal sans avoir été entames par^ les sucs digestifs. Il en résulte que la quantité d aliments ingérés doit être notablement supérieure à la quantité de substances pures, azotées ou hydrocarburées nécessaires à lentretien de l'organisme.

M. A. Gautier a dressé le tableau de l'alimentation moyenne d'un habitant de Paris, en se basant sur les chiflfres d'entrée des substances alimentaires à l'octroi de cette ville, pendant plusieurs années. Nous reproduisons ce tableau parce qu'il donne en mémo temps la richesse moyenne des diverses espèces d'aliments en albuminoïdes, en corps gras et en hydrates de carbone (1). On remarquera que les moyennes qui se rapportent aux trois ordres de substances sont sensiblement égales à celles que les physiologistes ont établies par des procédés tout à fait différents.

(1) On trouvera du reste dans le même ouvrage, p. 786, un tableau complet de la composition chimique des divers aliments, de leur richesse en eau, en substances albuminoïdes, en graisse, en hydrates de carbone et en sels.

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Les individus sains n'ont pas de grandes diflîcullés il équilibrer leur budget de dépenses organiques ; il leur suffit d'avoir la possibilité de se procurer une nourriture suffisamment variée. Il n'en est pas de même en cas de maladie, lorsque la digestion ne se fait plus normalement. De là la nécessité de ne prendre que des aliments en quantité suffisante, non exagérée, sous une forme qui en permette la digestion dans les conditions défectueuses dans lesquelles fonctionne le tube gastro-intestinal. Cette adaptation de l'alimentation aux indications morbides constitue le régime, qui tient une grande place, la première, dans le traitement des états dyspeptiques.

négimc. — Cliacune des formes cliniques de la dyspepsie, primitive ou symptomatique, comporte des

HÉGIMIÎ

indications élémenlaires particulières; nous lesexposerons plus, lard avec des détails circonstanciés. Ici, nous voudrions donner quelques indications générales sur ce que doit être le régime dans le traitement des dyspepsies ; sur les conditions communes que doivent remplir les divers programmes d'alimenlation à l'usage des malades de l'estomac.

La première condition d'un régime c'est que les trois ordres de substances alimentaires y soient représentés en proportion convenable, car elles ne peuvent pas se substituer les unes aux autres et l'insuffisance ou l'absence de l'une d'elles constitue une véritable inanition.

Les auteurs ont dressé des tables qui donnent la richesse en albumine, graisse et hydrates de carbone des divers aliments complexes. M. Dujardin-Beaumetz a en particulier inséré dans son livre sur le traitement des maladies de l'estomac un tableau schématique en couleur, qui rend très frappante aux . yeux la richesse relative des dififérentes substances en azote, en carbone, en graisse et en eau. En y recourant, il sera toujours facile de savoir si le régime que l'on institue est suflisant et convenablement proportionné.

L'espace ne nous permet guère de reproduire ici des tableaux de ce genre.

La grande diflicullé est surtout de conseiller dos aliments tels qu'ils puissent être utilisés, sans souffrance, dans les divers états de dyspepsie; de conseiller des aliments qui ne demandent au tube digestif qu'un minimum de travail, qui ne laissent que le ' moins possible de résidu nuisible.

C'est le difficile problème de la dùjestibiUU des aliments el de leur digestibililé appliquée aux diÛ'é-

DIGES'l'IBILITÉ DES ALIMENTS O'J

renls cas. Nous ne considérons pour le moment que cette digeslibilité envisagée d'une façon générale.

11 faut bien avouer que l'on, manque, à ce point de vue, de données certaines et précises. La classification des aliments qui résullc des sensations éprouvées pendant la digestion n'a rien de fixe ; elle varie suivant les individus, et ne peut par conséquent pas avoir de portée générale. Les observations faites sur des chiens sacrifiés en cours de digestion (Leven), sur des individus pourvus de fistules stomacales (Beaumont, Ch.Richet), les études faites sur des personnes qui vomissaientà volonté (Gosse), n'ont qu'une valeur restreinte. Ce sont des cas particuliers, l'expression de certaines individualités, rien de plus. Du reste on n'a guère relevé de la sorte que la durée plus ou moins prolongée du séjour des aliments dans l'estomac. Il faudra des recherches longues el minutieuses, basées sur des formules chimiques d'une valeur certaine pour savoir quelque chose de précis à cet égard, non seulement chez l'individu sain, mais aussi chez le malade. C'est ce dernier qui intéresse surtout le médecin.

En attendant, les auteurs se contentent du tableau de digeslibilité dressé par Leube. Leube, on le sait, vidait l'estomac par la sonde de 5 à 7 heures après le repas, et contrôlait ainsi de visu, non l'état chimique — le plus important — mais l'état physique des aliments. Il a de la sorte dressé la liste suivante, que nous donnons, à Litre de renseignement, pour ce qu'elle vaut. Les aliments y sont rangés par ordre décroissant de digcslibililé.

Premier rénime.

Bouillon.

Viande dissoute (1) (par le procédé de Lcubc-Rosenlhar.

Œufs crus.

Biscuit.

Gâteaux anglais (sans sucre, variété Albert) Eau. '

Eaux gazeuses naturelles.

Deuxième re'Dtme

Cervelle de veau bouillie.

Riz de veau bouilli.

Poulet bouilli (jeune et sans la i^eau).

Pigeon bouilli.

Potage au tapioca.

Œufs à la neige.

Troisième régime.

Bœut cru (finement liuclié).

Jambon cru (finement li:iché).

Beefsteak (cuit superficiellement dans du beurre très frais).

Filet en pulpe.

Purée de pommes de terre.

Pain blanc rassis.

Café et tbé au lait.

, Quatrième rénime.

Poule rôtie.

Pigeon rôti.

Chevreuil, perdreau rôtis.

Rosbif froid.

Kôti de veau.

Saumon cuit à l'eau.

Macaroni.

Purée de riz.

Epinards finement haché.s.

Asperges.

Pommes cuites à la vapeur.

Vin blanc et vin rouge très étendus.

(1) La solution de viande de Leube-Roscnthal se prépare de la façon suivante : de la viande de bœuf finement haelice est mise à cuire dans la marmite de Papin, pendant 24 à 36 heures, après addition d'acide chlorhydriquc. On sature cet acide avant l'insestion

CONDITIONS I-'ONDAMUNTAI.ICS

Certaines des indications données par Leuhc peuvent sûrement être utilisées; onpourra, parexemple, y trouver des idées pour un régime de convalescence, ou même pour certains dyspeptiques.

En Allemagne le rôti froid est souvent conseillé aux dyspeptiques; on leur fait faire, avec succès, paraît-il, de vraies cures de rAli froid.

Ici nous voudrions nous contenter de donner des indications générales applicables pour ainsi dire à l'ensemble des cas de dyspepsie.

Les aliments permis devront présenter dans leur nature et dans leur forme un certain nombre de conditions fondamentales.

1" Division. Ils devront être finement divisés.

2° Quantité. Ils devront être en quantité suffisante, sans excès, et variés de façon à fournir à la nutrition les albuminoïdes, les bydrates de carbone et la graisse en quantité et en proportion convenables.

:{° Ils devront être autant que possible dépourvus de propriétés irritantes pour les muqueuses de l'estomac et de l'intestin.

A" Les produits toxiques devront y être en quantité minime.

Examinons les raisons d'être de ces divers desiderata et les moyens de les réaliser.

1" Division. — La division desaliments a deux avantages principaux : elle met les substances alibiles plus intimement en contact avec les sucs digestifs; elle rend plus facile le cheminement des aliments daus le tube digestif. Dans ces conditions, la masse des matières ingérées peut être moins considérable puisqu'elles sont mieux élaborées et que leur rendement utile est proportionnellement plus grand.

"i" Quantité. — Lcssubstaneesdes trois ordres, réu-

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mes en pmpo.-Lions convenables, seront en (...u. sufflsante, sans excès. L'insuiïisance absolue, . suffisance relative de l'une des substances Ibn.h mentales amènerait forcément une nutrition inlVrieure à la normale.

Quelquefois le problème est plus complexe il s agit de trouver le moyen de faire pénétrer dans 1,-, circulation telle ou telle substance que le tube «ligesl>l ne digère que difficilement : par exemple les hydrates de carbone dans l'hyperchlorhydrie les albuminales dans l'hypochlorhydrie. '

Dans la plupart des cas de dyspepsie, en tout cas la surcharge du tube digestif doit être évitée, car elle est, en terme général, une cause de stase et de fermentations anormales avec leurs fâcheuses conséquences.

C'est pour cela i[ac, dans Inen des cas. on est amené à diminuer, beaucoup sinon à supprimer complètement, les aliments qui présentent une gangue non digestible trop considérable. A cette variété appartiennent en particulier les légumes et les fruits verts très riches en cellulose. Ces aliments, s'ils ont dans quelques cas l'avantage d'être laxatifs, ont plus souvent encore l'inconvénient d'être encombrants et peu nourrissants tout en présentant une masse consirable.

3" Suppression des élémen ts irritants. — Les substances inutilement excitantes, irritantes pour l'estomac et l'intestin, doivent être supprimées. Les épices, les condiments et les liqueurs fortes en fournissent le meilleur exemple. Dans les diverees variétés de dyspepsie, il convient de restreindre au minimum l'usage des condiments. Le sel seul devrait être autorisé. En effet, dans tou4es les dyspepsies, il faul

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