POUDRES ALIMENTAIRES
presque lous les types de dyspepsie (1). En général on l'additionne d'une quantité d'alcalins en rapport avec le type chimique de la dyspepsie traitée.
Les recherches que nous avons faites avec M. Rémond (de Metz) dans le laboratoire de M. Debove, à l'hôpital Andral, nous ont permis de comprendre le mécanisme de cette action bienfaisante. La poudre de viande délayée ne produit sur la muqueuse gastrique qu'une excitation extrêmement faible ; chez les mêmes individus, à temps égal, la quantité d'acide chlorhydrique sécrétée estbeaucoup moins considérable avec la poudre qu'avec du pain. Quand on a ajouté des alcalins, on sature facilement cette petite quantité d'acide et il semble qu'on supprime ainsi à peu près complètement la digestion stomacale. Ceci tend à réduire encore l'excitation de la muqueuse. Le régime lacté et la poudre de viande, habituellement combinés sont donc avant tout pour la muqueuse un régime de repos. C'est le contraire de l'action attribuée au képhir.
La poudre de viande se digère donc surtout dans l'intestin aux dépens du suc pancréatique, et elle se digère bien, ainsi que le démontre l'accroissement de poids du malade et la richesse de son urine en urée.
Pour être donnée par la sonde, la poudre de viande doit être délayée, soit dans de l'eau, du lait ou du bouillon, assez pour pouvoir passer dans le tube sans arrêt, sans thrombose. Pour cela il faut aller doucement au début, mouiller lentement la poudre dans un bol en écrasant les grumeaux avec une cuil-
(1) G. -M. Debove cl Rémond (do Meiz). Lavage de l'estomac. Bibliolh. méd. Charcot-Debovc, p. 191 et suiy.
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le.-; on peut verser rapidemenl dès que Loule I3, dose de poudre a élé ainsi complèlemenl humeclee.
Suivant le conseil donné par M. Dujardin-Beaumetz, on peut aussi indiquer aux intéressés la faron, de faire de la poudre de viande fraîche. On fait séclier de la pulpe de viande crue ou bouillie au bainmarie; puis, lorsqu'elle est devenue sèche et jaune, on la passe deux fois au moulina café: une première fois le moulin est peu serré, serré davantage la seconde fois. La poudre ainsi obtenue a une bonne; odeur de rôti et une saveur agréable.
On a fait aussi de la poudre de lait (Debove), elle n'a pas eu le succès de la poudre de viande.
Ce même principe de la division à l'extrême des , aliments a été appliqué aussi aux féculents. Om trouve dans le commerce des farines de tout ordre : pois, lentilles, haricots, riz, etc. En Allemagne les médecins spécialistes vantent beaucoup les farines d'avoine et d'orge. Ces diverses farines sont souvent très utiles; elles doivent naturellement être employées cuites. Elles permettent de faire des potages épais ou des purées; elles peuvent servir à combler le déficit en hydrocarbures que laisse l'emploi exclusif du lait et de la poudre de viande. Elles peuvent être introduites par le tube en même temps que la poudre de viande. La chose est moins souvent nécessaire que pour la poudre de viande.
La fameuse revalescière doit son succès à l'application de ce principe; elle le devrait aussi, dit-on, à ce que, faite avec des lentilles et d'autres graines en voie de germination, elle renfermerait une certaine quantité de diastase, et que cette diastase favoriserait la transformation des substances amvia-
HÉGIME VlCIiÉTAlUEiN
cées en glucose. On profiterait ainsi d'une sorte de digestion due à la germination.
C'est ce même avantage qu'on a essayé d'utiliser en employant le malt, produit de l'orge germé et ses dérivés.
L'emploi de ces farines de graines germées esl très utile, parfois; mais on doit en surveiller l'emploi à cause de la facilité avec laquelle elles subissent dans l'estomac la fermentation acide lorsqu'il y a un certain degré de stase alimentaire.
Les médecins allemands recommandent beaucoup pour les dyspeptiques les soupes très cuites d'orge, d'avoine ou de riz. La substance gluante qui prend naissance par la coction de ces graines aurait la propriété de fournir à la muqueuse stomacale une sorte d'enduit protecteur. Telle est la théorie, les résultats pratiques seraient en tout cas excellents. Ces aliments seraient interdits aux malades qui ont des renvois acides, du pyrosis, des crampes grastriques douloureuses (Boas) (1).
Régime végétarien. — Voici la formule qu'en donne M. Dujardin-Beaumetz (2) :
« Le malade se nourrira exclusivement d'œufs, de féculents, de légumes verts, et de fruits.
A. Œufs sous toutes les formes : œufs à la coque, œufs brouillés, omelette, crème, etc.
B. Les léculents seront à l'état de purée : purées de pommes de terre, de haricots, de lentilles, racahoul, farine lactée, chocolat, revalescière, bouillie au gruau de blé, de riz, d'orge, de maïs, d'avoine ; panades passées; riz sous toutes les formes ; pâtes alimentaires, nouilles et macaroni.
(1) Dî'â^ und WeçjW. f.Maçienkranke.
(2) Traitement des maladies de l'estomac, p. 110.
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C. Tous les légumes verls sont aulorisés. Purées de carottes, de navels, de julienne, salades cuites epinards, etc. '
D. Les fruits seront en compote; la pâtisserie est autorisée.
Le pain est permis.
Comme boisson, boire de la bière, soit à l'extrait de malt coupé avec de l'eau d'Alet, soit encore avec du lait. Le vin pur et les liqueurs sont défendus. »
Le régime dit végétarien est donc en réalité assez complexe : c'est un régime mixte d'eu la viande est exclue. Si l'on a soin de ne prescrire que des légumes verts cuits et en purée, si l'on proportionne convenablement ces différents éléments, ce régime peut être excellent dans certains cas, chez certains neurasthéniques fatigués d'un régime trop succulent, trop riche en azote; chez des dyspeptiques nervo-moleurs avec constipation tenace.
M. Bardet (1) l'a vanté contre l'hyperchlorhydrie. Il s'agissait sans doute, dans les cas qu'il a pu observer, d'une hyperchlorhydrie peu accentuée, sans hypersécrétion et sans stase permanente, car, dans ce cas, les féculents sont peu digérés dans l'estomac k cause de l'acidité chlorhydrique excessive : ils y séjournent et s'y gonflent. Les légumes verts, en séjournant dans le liquide gastrique, augmentent encore ses propriétés irritantes pour la muqueuse. D'après notre expérience personnelle, le régime végétarien est très mal toléré dans l'hyperchlorhydrie avec hypersécrétion continue et stase.
Ce régime serait plutôt indiqué dans les cas d'hy-
(1) Société de Ihérapeulique, novembre 1892.
CliltliS DlVEllSIiS ' '
peracicliLé organique sans stase gastrique acceulace. Il y aurait du reste lieu de le graduer et d ajouter au lai't et aux œufs, qui peuvent en devenir la base, successivement, au fur el à mesure de l'amélioral.on obtenue, des féculents en bouillie, en purée, et enfin des légumes verts.
Ceux-ci peuvent prédominer, au contraire, chez les malades atteints surtout d'atonie intestinale et <le constipation.
Cures diverse». Cure de raisin. — La cure de raisin est surtout usitée en Allemagne et en Suisse. On l'emploie aussi dans quelques localités françaises, mais il est évident qu'on pourrait l'organiser dans beaucoup d'autres. Le raisin doit être mangé à la vigne même; c'est que l'élément climatothérapique, la cure de campagne, est peut-être plus importante que la cure de raisin elle-même. Le raisin doit n'avoir pas une enveloppe trop dure, que du reste on rejette ainsi que les pépins, elêtre bien mûr. On fait prendre ainsi de 500 grammes à S et 6 kilogrammes de raisin, progressivement, en trois ou quatre l'ois par jour. On observe au début de véritables phénomènes de surcharge gastro-intestinale et d'indigestion, une légère action purgative. Pendant la durée de la cure on prescrit une alimentation légère.
La cure de raisin paraît convenir surtout aux- malades qui ont tendance à l'obésité, à la pléthore, et en môme temps à la constipation.
La cure de petit lait est en somme une cure très analogue à, la cure de raisin. Le pétillait renferme, en etlet, comme le jus de raisin, du sucre, des substances albuminoïdes et des sels, mais en quantité notablement supérieure. Elle est assez usitée en Suisse et en Allemagne. Elle présente en somme à
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[.eu près les mêmes propriétés et, par conséquent les mêmes indications que la cure de raisin. '
Boissons. — La question des Jjoissons présente une grande importance dans le traitement comme dans la pathogénie des dyspepsies; malheureusementon doitse baser, pour déterminer leur rôle dans ce double sens, sur des présomptions beaucoup plus que sur des faits scientifiquement relevés et défmilivement acquis.
Alcool.— Quelleestrinlluencederalcooletdesboissons alcooliques sur la digestion? Dans quelle mesure peut-on en permettre l'usage dans la dyspepsie et sous quelle forme?
Les anciens auteurs étaient divisés sur ce point. Les uns admettaient que l'alcool augmentait la sécrétion du suc gastrique et favorisait la digestion; les autres, comme Cl. Bernard, pensaient que cela n'était vrai que pour de faibles doses, pour des boissons peu chargées en alcool. D'autres enfin croyaient l'action de l'alcool toujours malfaisante.
Des recherches récentes ont été faites, mais seulement avec des procédés qualitatifs, et les conclusions des auteurs ont encore été coniradictoires. Gluzinski (1) diviseen deux phases l'action de l'alcool sur la digestion stomacale : dans la première cette digestion est suspendue, en vertu même de la présence (le l'alcool et de son action d'arrêt sur la pepsine; dans la seconde, lorsque l'alcool a disparu, il y a exagération de la sécrétion de l'acide clilorhydrique dont la quantité peut être doublée et même triplée.
(I) Ucbcr den EinHiiss des Alkohols auf dio Functioncn des luenslichen Magcn. {Arc/i. f. Idin. Med., Bd. 39, S. m.)
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Pour Wolffhardt (1), le cognac à faible dose relarde •dans l'estomac la digestion des féculents et la suspend complètement à dose plus élevée. Le cognac en dilution faible (50 à 60 %) accélère la digestion des albuminoïdes et la suspend à doses plus élevées.
Klemperer (2) admet, contrairement à Gluzinski, une excitation beaucoup plus de la motilité que de la sécrétion gastrique.
Ce qui ss passe dans ce qu'on appelle la gastrite <ilcoolique — q i est en réalité un état assez complexe dans lequel jouent leur rôle la gastrite et la névrose toxique — ne peut guère nous éclairer sur le rôle physiologique de l'alcool ; tantôt en effet il y a augmentation de la sécrétion de l'acide chlorhydrique, tantôt diminution, tantôt hyperchlorhydrie, tantôt hypocliorliydrie (Hayem, A. Mathieu). On ne sait pas si l'hyperchlorhydrie n'a pas dans tous les cas précédé l'hypochlorhydrie ; on ne sait pas si tous les individus réagissent de la même façon sous l'influence de l'action externe de contact, puis interne et toxique de l'alcool.
Il faut reconnaître aussi que les recherches que nous avons citées se rapportent seulement c\la digestion gastrique, et que nous ne savons rien de l'inRuence de l'alcool sur la digestion duodénale, plus iin|)ortante peut-être encore que la première.
faut-il donc donner de l'alcool aux dyspcpsiques ^'t dans quelle mesure? En tout cas, il faut en donner peu, et sous une forme diluée. Il ne faut pas le laisser prendre à jeun, pas plus qu'aucune boisson fermenlée
(I) Ueber don Einfluss des Alkoholâ auf die Ma-enver dauung {Milnch. medk. Wochcnsclir., N" 33 1890) ilelXTil.) ""'^ ^^'"'''^ Slomachic;. {z'tschr. f. Klin
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forte. II faut en supprimer l'usage dans le cas d'excitation sécrétoire ou de gastrite évidente, en particulier dans la gastrite et la gastro-entérite d'origine éthylique. '
L'alcool, sous l'orme de cognac, d'eau-de-vie, de rhum, et fortement dilué, est peut-être la boisson alcoolique la mieux tolérée, lapins inoffensive.
Cela ne s'applique naturellement qu'à l'alcool de vin et non aux alcools du commerce si souvent adultérés à l'aide d'alcools de fabrication industrielle. Malheureusement il devient déplus en plus difficile de se procurer des alcools .légitimes, vierges de toute fraude, et cela est déplorable à tous égards.
Viu. — Un des rares points sur lequel tout le monde soit d'accord ou à peu près, dans la question des dyspepsies et de leur genèse, c'est l'action nocive du vin rouge dans le plus grand nombre des cas. L'usage du vin rouge doit être suspendu ou même supprimé définitivement dans tous les cas de dyspepsie un peu accentuée. Il suffit souvent de modifier la boisson pour obtenir une amélioration notable. Par contre, tout ce qu'on fait comme traitement échoue souvent lorsqu'on n'interdit pas le vin rouge. II est possible que cette action nocive du vin rouge soit attribuable surtout à son acidité élevée (5 à 6 pour 1000).
Vîu blauc. — Le vin blanc, et particulièrement le vin blanc coupé d'eau, peut souvent être substitué avec avantage au vin rouge. Il doit être pris malgré cela en quantité très mesurée.
Bière. — On peut dans le même sens, au goût des malades, utiliser la bière. Il faut choisir une bière très légère, pauvre en alcool, ou couper d'eau une bière plus forte. On sait que les bières venues