‹ Thérapeutique des maladies de l'estomacChapitre 36 sur 88 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Xraîtement des pliéiiomènes douloureux dans les maladies de l'estomac et de rîntestîn. — Traitement des crises gastriques et des crises intestinales.

La principale indication, dans le traitement des phénomènes douloureux qui peuvent dépendre d'un état morbide de l'estomac et de l'intestin, c'est, avant tout, d'en supprimer la cause pathogénique. C'est ainsi qu'en saturant l'hypcracidité de nature chlorhydrique ou organique, on fera disparaître la douleur qui résulte de cette hyperacidité. Ce résultat est particulièrement remarquable dans l'hyperchlorhydrie : Vemploi des alcalins à dose sufQsante, par conséquent à dose élevée, fait le plus souvent disparaître la douleur, beaucoup mieux que tous les calmants et que tous les hypnotiques. Le même bénéfice de ralcalinisation du contenu de l'estomac se retrouve dans l'ulcère simple; du même coup on supprime la douleur, et on arrête l'évolution de la maladie en rendant l'auto-digestion impossible. Toutes les fois du reste qu'il existe une ulcération de l'estomac, quelle que soit sa nature, il y a intérêts alcaliniser le suc gastrique dont on suspend ainsi l'action corrosive et irritante.

La constipation est souvent une cause de vives douleurs dans le domaine du gros intestin, surtout

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lorsqu'il y aeiiLérile muco-membraueuse : c'est donc, avant tout, la constipation qu'il faut combattre. Pai-fois, c'est aux hémorrhoïdes qu'il faudra s'adresser pour combattre l'entéralgie.

Malheureusement on ne peut pas toujours distinguer et atteindre la cause des douleurs ; on peut se trouver en présence de phénomènes purement névropathiques, et c'est souvent l'élément douleur luimême qu'il faudra directement viser. Du reste on se trouve obligé parfois d'avoir recours à une médication calmante' alors même qu'on est en mesure d'instituer un traitement causal et pathogénique. Il importe donc que nous passions en revue les divers moyens par lesquels on peut combattre la douleur dans les maladies gastro-intestinales. C'est une médication symptomatique, secondaire, mais importante lorsqu'il y a quelque cause palpable anatomique ou chimique de la maladie elle-même; elle devient la médication principale quand la cause échappe k nos moyens d'investigation on encore lorsqu'il paraît s'agir purement d'une douleur névropathique, d'une pure névralgie.

On trouvera ailleurs, soit dans la partie consacrée à la dyspepsie, soit dans la partie consacrée aux maladies organiques, avec lésion, ce qui a rapport à la pathologie des douleurs symptomatiques. Nous devons ici faire un exposé sommaire des autres douleurs gastro-intestinales. Celacomprend : lagastralgie, l'entéralgie, les crises gastriques et les crises intestinales.

Gastralgie. — Le domainede lagastralgie, si étendu autrefois, puisque certains auteurs en faisaient le fond même de la dyspepsie, a été beaucoup diminué par les recherches modernes. Il faut en distraire en

effet, les crises de l'hyperchlorhydrie et les crises tabéliques.

Les sensations pénibles, à, peine douloureuses, de pesanteur et de tension épigastriques, si fréquentes chez les malades attein ts de simple dyspepsie nervomotrice, ne méritent réellement pas la qualification de gastralgie.

La gastralgie est constitué par une crampe douloureuse à l'estomac survenant sans aucim rapport fixe de temps avec l'ingestion des aliments. Cette douleur parfois très vive est calmée par la pression exercée au creux de l'estomac. Parfois, au moment des crises, il y a une sensation très intense et très pénible de malaise général, avec menace de défaillance. La face est pâle, anxieuse, quelquefois couverte de sueur froide.

Les douleurs ne sont pas calmées par l'ingestion de boissons ou d'aliments, contrairement à ce qui se constate chez les hyperclilorhydriques.

Ces crises douloureuses, si capricieuses dans leur survenue, se rencontrent de préférence chez les chlorotiques, les hystériques, cliez les femmes qui sont atteintes de rein mobile, qu'elles aient présenté ou n'aient jamais eu les grandes crises gastriques avec vomissement que nous décrirons tout à l'heure. On peut les voir aussi chez des neurasthéniques ou des neuro-arthritiques.

Eiitci-aigic. — L'entéralgie est moins bien connue que la gastralgie. Se basant sur le moment de l'apparition de la douleur chez les dyspeptiques, G. Sée, admettait que les douleurs attribuées à l'estomac ont le plus souventen réalitéleur siègedansl'intestin, de là leur survenue trois ou quatre heures après le repas. Ladouleur intestinale et surtout colique existe

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certainement; mais il faut en distraire la douleur tardive des hyperchlorhydriques.

h'entéralfjie se traduit par des douleurs vives, qualifiées tantôt de coliques, tantôt de spasme ou de brûlure par les malades, qui suivent le trajet du côlon Iransverse, et parfois encadrent presque complètement l'abdomen comme le côlon lui-même. Ces crises sont parfois extrêmement douloureuses. Elles peuvent persister pendant des heures et même des journées entières. Assez souvent elles surviennent pendant la nuit, assez tard, entre deux et trois heures du matin.

Les malades se courbent en deux, comprimant de leurs avant-bras l'abdomen douloureux. Ils sont dans un état de malaise et d'angoisse souvent très marqués.

Parfois on aperçoit des saillies mobiles dues à la contraction spasmodique des parois musculaires de l'intestin. Ces boules, lorsqu'elles existent, se déplacent souvent, et, d'un jour à l'autre, on ne les retrouve pas au même endroit (1). Parfois on perçoit à travers les parois abdominales des mouvements péristaltiques exagérés, des bruits de gargouillement ou de grognement (tormina nervosa. — Kussmaul).

Des crises semblables sont fréquentes chez les malades atteints de colite muco-membraneuse et d'hémorrhoïdes.

Il y a parfois des irradiations douloureuses vers les parties latérales du thorax, les lianes, et la colonne vertébrale.

Cherchewski (2) a vu des crises analogues être

(1) G. Anork. — Les névroses de Vinleslin. — Gaz. hebdomad., 17 décembre 1892.

(2) Revue de Médecine. — Octobre et décembre 1883.

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annoncées par du Lénesme rectal, et un aspect particulier des matières fécales, qui étaient comme passées à la tilière ou réduites à l'état de petites boules ovillées.

L'intensité de la douleur, la rétraction de l'abdomen font qu'on a quelquefois pensé à une colique saturnine. Les vomissements font cependant défaut, et, lorsqu'ils apparaissent, on est amené à songer a une véritable occlusion intestinale.

Le spasme de l'intestin joue un grand rôle dans le mécanisme de cette entéralgie, il est possible du reste qu'elle soit purement spasmodique. On a la preuve de la viciation et de l'exagération du péristaltisme intestinal par les gargouillements que l'on perçoit par l'œil et par la main, par l'apparition dans quelques cas des nodosités ou des boules sur le trajet de l'intestin. Parfois du reste, la crise se termine par une évacuation alvine. Enfin dans quelques cas (Cherchewski, André), on a vu des matières fécales être rejetées par la bouche, alors qu'aucune supercherie n'était possible. Ce serait l'indice d'un mouvement anti-péristaltique très intense.

Crises gastriques. — C'est à Charcot (1) que l'on doit la connaissance des crises gastriques que l'on rencontre le plus souvent dans l'ataxie locomotrice, mais qu'on peut voir anssi dans d'autres maladies cérébro-spinales : la paralysie générale, la sclérose en plaques, la myélite centrale subaiguë ou chronique, etc.

Les crises du tabès, fréquentes à la période préataxique, au même titre que les douleurs fulgurantes

(1) Leçons sur les maladies du système nerveux, t. H, 2" otlil.. p. 32. — Leçons du mardi, p. 331, 1888-89.

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OU les troubles de la vue, se présenlenl de la façon suivante dans les cas typiques. Les malades commencent à éprouver des douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs, quelquefois dans les membres supérieurs, de la douleur en ceinture, puis une douleur vive au creux épigaslrique , douleur qui leur arrache quelquefois des cris. Les vomissements surviennent alors, non [irécédés de nausées, en fusée ; tout d'abord, ce sont des vomissements alimentaires, puis glaireux, puis biliaires. Le vomissemeîrt met fin momentanément au paroxysme douloureux ; mais la douleur reparait dans les mêmes conditions après une période plus ou moins prolongée de calme absolu. Les vomissements peuvent être acides, et renfermer une quantité considérable d'HCl. Il y a hypersécrétion chlorhydrique pendant la crise, ainsi que l'ont vu Sahli et d'autres auteurs. L'hyperchlorhydrie est cependant rare dans ces conditions, et pour ma part, je ne l'ai constatée qu'une seule fois sur une dizaine de cas. Il n'y a donc pas lieu, de donner les alcalins à haute dose, indistinctement, à tous les malades de ce genre. En revanche j'ai trouvé plusieurs fois les vomissements alcalins, ce qui était dù sans doute au reflux dans l'estomac du contenu de l'intestin, et, en particulier de la bile.

Les crises peuvent durer ainsi avec des exacerbalions et des atténuations pendant plusieurs jours de suite. L'alimentation est impossible tant qu'elles persistent. Dès que la douleur est tombée, ce qui se fait brusquement, le malade reprend son alimentalion comme si de rien n'était, sans anorexie, sans dyspepsie. Cette terminaison brusque, ces intervalles de répit complet sont très importants pour le diagnostic.

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Les crises gastriques des tabéliques peuvent présenter des modilications marquéesdans leurs allures, dans leur inlensité;de là, d'après Charcot, les formes cliniques suivantes :

1° Elles peuvent avoir une intensité insolite et amener un état très grave de collapsus.

2" On observe parfois des douleurs crampoïdes sans vomissements. Ce sont des crises atténuées bien décrites par Fournier dans la période préataxique du labès : ce sont des crises à sec.

3° Les vomissements peuvent être très abondants et la douleur peu marquée.

4° Les crises peuvent se reproduire chaque jour.

o° Elles peuvent être très prolongées, durer quinze, vingt, trente jours et plus. Dans un cas de Buzzard, douteux du reste, la crise aurait même duré neuf mois.

Des crises gastriques absolument semblables à celles du tabès ont été signalées par divers auteurs en dehors de toute lésion médullaire, chez de simples névropathes (Leyden (d), Debove (2), Rémond (3).

Nous devons dire que M. Charcot met en doute la réalité de ces crises essentielles. Il pense qu'elles appartiennent eu réalité à la période préataxique du tabès etquelesmalades, quiles ont présentéesétaient destinés à devenir plus tard de vrais labétiques.

Nous avons pour notre part rencontré de véritables crises de douleurs et de vomissements chez des femmes atteintes de rein mobile (4).

(1) Veher périodicités Eibrechen Zisch. f. Iclin. Medic. — Berlin 1882.

(2) Société 7nédic des Hôpitaux, 23 janvier 1889.

(3) Des crises gastriques essentielles. — Archives gén. de méd., juillet 1889.

(4) Les crises de vomissement chez les malades atteints de rein mobile. Soc. méd. des Hôpit. 21 octobre 1892.

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