LAVEMENTS
discrédit lolal, auquel les railleries, du reste très justifiées, de Molière out beaucoup contribué, le lavement a repris une juste faveur. Sans avoir comme autrefois la folie du lavement, on y a souvent recours avec avantage, car c'est un des moyens les meilleurs et les plus inofTensifs de combattre la constipation. Leur formule s'est beaucoup simplifiée.
Le lavement est avant tout un laxatif mécanique ; mais on peut y ajouter, pour augmenter son action, de la glycérine, de l'huile ou des substances purgatives.
Lavemenls simples. — On peut donner des lavements simples, à l'eau chaude ou froide — ceux-ci sont plus actifs, — ou des lavements émollients,à l'eau de son, à la racine de guimauve, à la décoction de farine de lin ou de psyllium, etc.
Les lavements aqueux agissent d'autant plus qu'ils sont plus volumineux. Pour un adulte, il faut employer au moins -400 à 500 grammes de liquide.
On peut, pour rendre l'action laxative des lavements plus marquée, y ajouter du sel marin, du miel, du miel de mercuriale ; la substance la plus commode est la glycérine. Elle tend à détrôner toutes les autres.
Lavements rjlycérinés. — La glycérine est souvent ajoutée à l'eau des lavements, et, avec beaucoup de succès. On peut simplement mélanger une à trois cuillerées à bouche de glycérine neutre à la quantité d'eau voulue pour un lavement.
On rend ces lavements plus actifs en les prenant de la façon suivante : la glycérine (2 à 3 cuillerées à bouche) est délayée dans une petite quantité d'eau (100 à 120 grammes, un demi-verre) et cette eau est prise en lavement. Ce petit lavement est gardé pen-
222 CONSTIPATIOiN
dant 25 à 30 minutes. On donne alors un grand lavement d'eau tiède. Le premier lavement a provoqué une sécrétion plus ou moins abondante. Les matières se sont délayées, et le grand lavement n'a plus qu'à les entraîner, mécaniquement en quelque sorte.
Lavements huileux. — L'huile peut remplacer la glycérine. On émulsionne, à l'aide d'un jaune d'œuf, 2 à 3 cuillerées abouche d'huile, et, cette huile peut être prise, soit dans un grand lavement, soit, comme il vient d'être dit pour la glycérine, dans un petit lavement, suivi au bout d'une demi-heure d'un grand lavement évacuateur.
Dans ces derniers temps surtout, on a recommandé vivement les grands lavements d'huile (1) que conseillait déjà Kussmaul. Le malade étant couché sur le dos, le bassin élevé par un coussin, on injecte lentement dans le rectum, à l'aide d'un irrigateur 400 à 500 grammes d'huile chauffée à la température de 37° ou 38". Il faut 20 minutes et plus pour faire pénétrer la quantité d'huile indiquée. Le malade, pour favoriser la pénéti*ation, se couchera d'abord sur le côté gauche, puis sur le côté droit, de façon que l'huile coule dans le gros intestin, par le fait de ladéclivité. Rarement le premierlavement pénètre jusqu'au cœcum, et, dans la première séance, on ne peut guère faire entrer plus de 100 à 250 grammes d'huile. Après chaque lavement, on n'obtient de selles qu'assez tardivement, au bout de plusieurs heures. Il faut plusieurs lavements semblables pour que le gros intestin soit complètement débarrassé des matières fécales; on voit alors apparaître des selles liquides colorées par la bile. Il importe d'em-
(1) W. Fi.EiNER, Berlin, klin. Wochenschr., 1893.
LAVEMENTS. — SUPPOSITOIRKS 223
ployer de l'huile bien pure, M. Fleiner recommande
l'huile d'olive vierge.
Lavements purgatifs. — On peut ajouter à l'eau nécessaire pour un lavement ordinaire 20 à 30 grammes de sulfate de soude.
Ce lavement n'est guère plus actif, à la vérité, qu'un lavement à la glycérine. On en augmente beaucoup l'action en ajoutant le séné au sulfate de soude, que l'on fait dissoudre dans une décoction de 15 à 20 grammes de follicules de séné dans 400 grammes d'eau.
Les douches ascendantes ne sont en réalité que de grands lavements donnés d'une façon particulière ; ils sont surtout indiqués dans l'entérite muco-membraneuse, et c'est à propos de cette affection que nous nous en occuperons'.
Suppositoires. — Les suppositoires agissent quelquefois alors qu'échouent les lavements : c'est surtout lorsque les matières obstruant l'^S' iliaque et l'ampoule rectale empêchent la pénétration dans le gros intestin d'une quantité suffisante de liquide. Les suppositoires provoquent une sécrétion plus ou moins abondante qui ramollit et lubréfie les matières, et amène leur expulsion.
Les suppositoires au beurre de cacao peuvent être utilisés dans ce sens. Lorsqu'il y a des douleurs anales, du ténesme, comme cela est fréquent chez les hémorrhoïdaires, on peut les additionner de 1 à 2 centigrammes de belladone.
Les suppositoires à la glycérine sont beaucoup plus actifs. On a fait d'abord des cônes creux de beurre de cacao remplis de glycérine liquide. Plus récemment, on a eu l'idée de solidifier la glycérine en l'incorporant à la gélose et l'on a obtenu ainsi des
suppositoires très faciles à manier, et d'un bon effet.
Les selles se produisent 2 ou 3 heures après leur emploi. Il vaut mieux les introduire pendant le séjour au lit.
Électrisntion. — On peut, pour combattre la constipation, employer l'électricité sous ses trois formes :
Électricité statique,
Électricité faradique.
Courants continus.
Electricité statique. — Elle convient surtout chez les neurasthéniques (1). Le malade, placé sur un tabouret d'isolement, est mis en communication avec le pôle négatif d'une machine de Carré ou de Winshurst, à grands plateaux. Il suffit le plus souvent de tirer une série d'étincelles de la fosse iliaque gauche, pour obtenir une selle à bref délai (Vigouroux).
Electricité faradique. — Le^ courants induits peuvent être employés à l'intérieur ou en lavements électriques.
A l'intérieur, on fait, en somme, avec des courants d'une intensité moyenne, l'électrisation des muscles de l'abdomen. Cela peut être avantageux chez les malades qui présentent une certaine laxité, une certaine paresse des parois musculaires de l'abdomen. On a quelquefois obtenu de bons résultats par ce procédé d'une application fort simple : il ne faut pas toutefois trop compter sur son efficacité.
Quelquefois aussi, on a employé les courants induits à l'intérieur, un pôle étant introduit dans le rectum, et l'autre mis en communication avec la
(1) V^iGouRoux. Appendice au Traité de la Neurasthénie do Levillain.
CCS courants, la craiiiLe de i^roduirc une ulcération éleclrolytique de la muqueuse intestinale. 11 est préférable cependant d'avoir recours aux courants con-
liniis, dont l'emploi se règle beaucoup plus facilement.
Courants continus. — Le pôle négatif est introduit dans le rectum, non à nu, mais placé dans un tube en caoutchouc percé de trous, dont il n'affleure pas le bout. Le rectum est, au préalable, rempli d'eau, de façon à permettre au courant de passer par une large surface. Le pôle positif, représenté par un gâteau de terre glaise ou une plaque métallique, revêtue de peau de chamois mouillée, est placée sur la région épigastrique ou la région lombaire. On fait passer des courants de 10 à 13 milli-ampères par séance de vingt minutes, en ayant soin d'interrompre le courant à plusieurs reprises ; on peut aussi le renverser.
Traitement médicamenteux. Laxatifs. — La première recommandation qui doive suivre ce titre est de n'user que le moins possible des médicaments dans le traitement de la constipation. Il vaut beaucoup mieux, toutes les fois que la chose est possible, en venir à bout par de simples moyens hygiéniques.
Un autre principe à inscrire en tête de ce paragraphe, c'est que, pour combattre la constipation habituelle, Jl ne faut pas avoir recours aux purgatifs agressifs. Les drasfùjues doivent donc être proscrits d'une façon générale. Ils doivent être réservés à d'autres cas, *et ils ont leur indication spéciale.
Les piirffatifs salins ont aussi leur inconvénient : la purgation qu'ils provoquent est suivie d'une constipation d'autant plus marquée que leur efi'et a été plus accentué. La chose est si vraie qu'on utilise souvent cette particularité en thérapeutique et que les purgatifs salins, artificiels ou naturels, sont un des meilleurs moyens de combattre la diarrhée.
LAXATIFS '
Lorsqu'on fait usage des sels contre la constipation habituelle, il faut donc en prendre sans cesse de nouveau, et il n'y a pas de raison pour que l'on puisse sortir de ce cercle vicieux. A notre avis, les purgatifs salins, représentés par les sels eux-mêmes, par les préparations plus ou moins ingénieuses qu'en fait la pharmacie, ou encore par les eaux minérales (1), ne doivent être utilisés contre la constipation habituelle que d'une façon passagère. Lorsque les selles ont fait défaut depuis plusieurs jours déjà, on pourra avoir recours aux purgatifs salins, pour obtenir une évacuation première que les autres moyens amèneraient plus difficilement. Cette première évacuation pourra être facilitée par l'usage simultané des lavements ou des suppositoires, si les lavements ne peuvent pas être pris. Quand on aura obtenu cette désobstruction préalable, c'est à l'hygiène, aux lavements et, au besoin, aux divers laxatifs que nous allons passer en revue, qu'il faudra avoir recours.
Comme l'accoutumance se fait assez facilement, il est bon de changer de temps à autre les moyens employés, en restant toujours dans la ligne générale de conduite que nous venons d'indiquer.
Il est bon de savoir aussi que, pour les purgatifs légers, il existe de véritables prédispositions personnelles, que l'expérience seule peut apprendre. Telle personne se trouve bien de telle substance qui donne à telle autre des effets insuffisants ou des coliques insupportables. Il faut donc toujours tâter le terrain, au début d'un traitement de ce genre, et
(1) Nous donnerons des indications plus précises sur les purgatifs salins, à propos de l'embarras gastro-intestinal dans lequel ils sont surtout indiqués.
chercher souvent par lâlonnement ce qui convient le mieux dans un cas donné.
Magnésie. — La magnésie a, d'une façon générale, l'avantage d'être un laxatif doux, facile à prendre à cause de son absence à peu près complète de saveur. Elle est surtout indiquée lorsque conviennent les alcalins, et nous avons dit déjà, dans un autre endroit, qu'elle sature, à poids égal, quatre fois plus d'acide que le bicarbonate de soude. Ses inconvénients sont son insolubilité et la facilité avec laquelle, au bout d'un certain temps, on s'accoutume à son action.
La magnésie est employée sous trois formes : magnésie calcinée ordinaire, magnésie anglaise, hydrate de magnésie et hydrocarbonate ou magnésie blanche.
La magnésie calcinée convient surtout lorsqu'on cherche une action antiacide autant qu'une action laxative.
La magnésie anglaise^ ou magnésie lourde, s'obtient, soit en tassant fortement l'hydrocarbonate avant de le calciner, soit en se servant, pour sa préparation, d'un carbonate obtenu par précipitation dans l'eau bouillante. La magnésie anglaise « est certainement inférieure à la magnésie légère dont elle n'a ni le pouvoir absorbant ni la facile solubilité dans les acides (Patein) ». En revanche, elle a l'avantage de présenter à poids égal un plus petit volume.
L'hydrate de magnésie est obtenu en faisant bouillir la magnésie calcinée avec vingt fois son poids d'eau; elle renferme 37 ■% d'eau. Son action est un peu plus douce que celle de la magnésie calcinée. Elle est peu employée.
La magnésie Manche, souvent prescrite, est chimi-
LAXATIFS
quemenl de l'hydrocarbonale de magnésie. Elle se présente sous la forme d'une poudre blanche, très légère, à peu près insoluble dans l'eau. Elle se dissout dans l'eau chargée d'acide carbonique en vertu de la production d'un bicarbonate.
Elle se donne à doses plus élevées que la magnésie calcinée, le double environ; on s'en sert de préférence lorsqu'on recherche l'effet laxatif ou purgatif, plus que l'action antiacide.
La magnésie est souvent mélangée à. d'autres substances, au bicarbonate de soude, à la craie, au sousnitrate de bismuth, lorsqu'on vise surtout la saturation des acides; ausalicylate de bismuth, au naphtol, lorsqu'on veut obtenir en même temps une action antiseptique; à d'autres laxatifs, le séné, le soufre, le cascara-sagrada, dans la composition des poudres purgatives. On trouvera à l'appendice quelques formules souvent usitées; -nous nous contenterons d'indiquer ici l'emploi isolé de la magnésie ; étant données ses qualités, il sera facile de la combiner à son gré de façon à obtenir des nuances thérapeutiques.
La magnésie calcinée produit des effets purgatifs chez l'adulte à la dose de 10 à 20 grammes. Pour obtenir des effets laxatifs, il en faut de 2 à 5 grammes. - On pourra la donner au début à la dose d'une demicuillerée à café et élever ensuite cette quantité jusqu'à ce qu'on ait obtenu l'effet désiré. Chez les enfants au-de.ssous d'un an, on en donnera 25 à 30 ceniigrammes deux fois par jour, 50 centigrammes a 2 grammes au-dessus de cet âge, en commençant par les doses les plus faibles.
L'effet purgatif de la magnésie est assez lent à se produire, comme du reste l'effet de presque tous les
laxatifs que nous allons étudier; aussi convient-il, d'une façon générale, de les faire prendre aux repas, ou le soir en se couchant pour obtenir une selle le lendemain matin. Cette dernière façon de procéder a l'avantage de produire l'efifet voulu, précisément au moment où il convient le mieux d'engager les malades à se présenter à la garde-robe.
Le Codex indique, sous le nom de médecine Manche, la préparation j!?z<r^afo'z;e suivante :
Magnésie calcinée 8 gr.
Sucre blanc 50
Eau 40
Eau de fleurs d'oranger 20
On fait bouillir l'eau dans laquelle on a délayé la magnésie, on ajoute alors du sucre, l'eau de fleurs d'orangers, que l'on peut remplacer par tout autre parfum et l'on passe.
Il existe aussi dans le commerce des tablettes de chocolat à la magnésie, qui renferment 4 grammes de magnésie calcinée et 20 centigrammes de scammonée (prendre une ou deux tablettes) et de la magnésie granulée, qui contient un quart de son poids de magnésie {i cuillerées à, café comme purgatif, 1/2 à une cuillerée comme laxatif et antiacide).
Nous employons souvent avec avantage, une poudre à base de magnésie, dont la formule est due à G. Sée et qui donne d'excellents résultats :
Magnésie calcinée I
Crème de tartre | aa 13 gr.
Soufre précipité '
De 1 à 3 cuillerées à café par jour dans un peu d'eau aux repas. L'insolubilité de cette poudre est son seul inconvénient. On peut y ajouter de la poudre de réglisse, et l'on obtient ainsi une poudre qui dif-
LAXATIFS 231
fère surloul de celle qui est connue sous le nom de pondre de réglisse composée en ce qu'elle ne renferme pas de séné.
Voici du reste, d'après Dujardin-Beaumetz, la formule de la poudre de réglisse composée, qui est une excellente préparation.
Follicules do séné passés à l'alcool, en poudre.. . /
Soufre sublimé aa 6 gr.
Fenouil en poudre j
Anis étoilé en poudre ' )
Crème do tarlre pulvérisée 2 gr.
Réglisse en poudre 2
Sucre en poudre 25
Elle se prend de la même façon que la poudre précédente.
Chez les dyspeptiques atoniques, surtout avec flatulence, j'ajoute quelquefois une petite quantité de poudre d'ipéca à une poudre laxative analogue aux précédentes, par exemple :
Magnésie /
Soufre précipité ' I
Crème de tartre \ { aa 20 gr.
Poudre de réglisse '/ "
Poudre d'ipéca 0 gr. 30
^ La magnésie liquide du Codex contient 20 grammes d'hydrocarbonate de magnésie pour 650 grammes d'eau saturée d'acide carbonique, c'est-à-dire 1 gr. pour 32 grammes de liquide.
On prépare aussi des tablettes qui renferment chacune 0 gr. 50 de carbonate de magnésie, et une poudre de magnésie efl"ervescente, dont on fait prendre, à titre laxatif, une cuillerée à café dans un verre d'eau.
Podophyllin. - C'est le calomel végétal des Anglais denommation que lui a value son action cholagogue.'
Le podophyllin est un bon laxatif, surtout associé à la belladone. On le donnera de préférence en pilules :
Podophyllin
Extrait de belladone
pour 20 pilules.
En prendre de 1 à. 3 le soir en se couchant, 1 le premier jour, 2 le lendemain si l'efifet laxatif ne s'est pas produit, 3 au besoin le surlendemain; les selles obtenues, il faut toujours revenir à une pilule, et recommencer la série, s'il y a lieu.
Belladone. — La belladone, que nous venons de montrer associée au podophyllin, est laxative par elle-même. Trousseau la recommandait vivement, il en donnait progressivement de 1 à S centigrammes, en pilules.
Extrait de belladone ) centi^r.
Poudre de belladone * ' "
pour une pilule.
On emploiera surtout la belladone chez les personnes qui ont, en même temps que de la constipalion, de vives douleurs coliques.
Cascara sagrada. — La poudre d'écorce de cascara sagrada, est un excellent laxatif, qui a l'avantage de ne pas donner de coliques, en général, et dont l'usage peut être longtemps continué sans inconvénienL On la donne en cachets de 23 centigrammes. Un cachet le soir en se couchant, un cachet malin et soir si
cela ne suffit pas.
Chez les dyspeptiques atoniques avec hypochlorhydrie, il sera bon d'y associer un peu de magnésie. On sait que les alcalins à faible dose excitent la sécrétion de l'HCl.
23 centigr.
LAXATIFS ■^'^•^
On emploie quelquefois aussi Y extrait Jliiide , (\}x\ correspond à son poids d'écorce : 10 à 30 ou 60 gouttes dans du vin de Lunel, qui masque assez bien le goût nauséeux de la cascara.
Bourdaine. — VècovcQ, de bourdaine, non usitée en France, très usitée en Allemagne, serait un excellent laxatif (Palein) qui ne causerait pas de coliques.
En Allemagne on donne, à titre de purgatif, un décocté à la dose de 20 à 30 grammes d'écorce sèche pour un litre. On peut donner la poudre d'écorce sèche en cachets, à raison de 1 gramme à 1 gr. 50, le soir en se couchant.
Tamar. — De la gousse du Tamarindus indica on extrait une pulpe qui jouit de propriétés laxatives, et qu'on emploie soit en conserve, à la dose de 20 à 50 grammes (comme purgatif, à une dose plus faible comme laxatif), soit en tisane (20 grammes pour 1,000 grammes d'eau).
On trouve dans le commerce des bonbons de tamar qui sont d'un usage commode (un demi-bonbon ou un bonbon entier). Ils ont l'inconvénient de donner des coliques chez quelques personnes; d'autres, les plus nombreuses, n'éprouvent pas cet inconvénient.
Rhubarhe. — Elle est purgative à la dose de i à 4 grammes de poudre, laxative à des doses moindres. On lui attribue, à faible dose, des propriétés stimulantes stomachiques, et on la donne surtout au commencement du repas, seule ou combinée à d'autres poudres : poudre de quinquina, de Colombo. Il vaudrait mieux, dans ce but, la donner après le repas, à doses espacées : une demi-heure et une heure et demie après, par exemple.
On pourrait aussi, dans le môme but, se servir du
vin de rhubarbe et en faire prendre pur ou additionné de 5 à IS gouttes de teinture d'ipéca, un verre àliqueuraprès le repas, chez les dyspeptiques, atoniques, flatulents el constipés.
La rhubarbe serait un excellent laxatif si elle n'avait pas l'inconvénient de provoquer des coliques chez beaucoup de personnes.
La poudre de rhubarbe entre dans la composition d'un grand nombre de poudres laxatives ou antidyspeptiques : nous considérons comme inutile de donner la formule ici. Elles sont du reste un peu en discrédit.
Manne. — C'est un purgatif doux, que sa saveur sucrée rend d'un usage commode chez les enfants. On la donne aux enfants à la dose de 20 à -iO grammes, dissoute dans de l'eau ou du lait ; pour les adultes, il en faut de 40 à 100 grammes.
Quand on veut la donner dans du lait ou de l'eau, on fait dissoudre à chaud.
Séné. — On emploie les folioles et les follicules ; les premiers sont plus actifs : ils purgent à la dose de 3 à S grammes en provoquant des coliques. A une dose plus élevée (10 à IS gr.) il y a des coliques plus vives et même des vomissements.
Le séné a été beaucoup plus usité autrefois qu'il ne l'est aujourd'hui ; il entrait dans la composition d'un grand nombre de médecines et de lavements purgatifs. Les coliques qu'il détermine ont fait quelque peu délaisser son emploi ; elles sont moins vives lorsque les follicules ont été préalablement passés à l'alcool, comme il est indiqué dans la formule de la poudre de réglisse composée que nous avons reproduite plus haut.
Tous les thésjmrgatifs sont à base de séné. Voici
LAXATIFS
la composition des espèces j?wj-//a^wes , d'après le Codex.
Mêlez. Pour une tasse d'infusion.
D'après M. Dujardin-Beaumetz, la tisane purgative de l'hôpital Saint-Louis, souvent prescrite par Hardy, est une très bonne préparation.
Pensées sauvages i ° '
Faire infuser pendant une heure dans un litre d'eau bouillante, passer et édulcorer avec du miel. — Un grand verre le matin.
Le café masque très bien le goût du séné, on peut donc faire infuser les follicules de séné en même temps que le café, de façon à obtenir un café purgatif.
Scammonèe. — La scammonée est un purgatrf drastique, qui détermine des coliques assez vives; cependant elle entre à doses assez faibles dans la composition de diverses préparations laxatives : chocolat, anisette, etc. On peut aussi donner directement la scammonée en poudre dans du lait : la dose moyenne est de 0 gr. 50 à titre de purgatif.
Aloès. — L'aloès est la base d'un grand nombre de pilules ou d'élixirs laxatifs. Son avantage est de purger sous un petit volume et surtout sous la forme pilulaire, particulièrement commode. Il a l'inconvénient de provoquer le gonflement des hémorrhoïdes : aussi l'a-t-on employé souvent dans un but thérapeutique pour rappeler le flux hémorrhoïdaire
Fouilles do séné. .
Fleurs do sureau.
Fruits d'anis vert
2 gr.
Bitartrate de potasse
— de fenouil
lorsque, celui-ci ayant disparu, certains accidents congestifs paraissaient s'être produits.
L'aloès congestionne du reste à peu près au même titre les organes du petit bassin; de là une contreindication particulière lorsqu'il existe quelque maladie inflammatoire de ces organes, lorsqu'il y a chez le vieillard, par exemple, des accidents prostatiques.
La doselaxativeestde 5 à 15 centigrammes. L'effet ne se produit qu'assez tardivement, au bout de dix à vingt heures. Les coliques sont en général peu marquées. Avec 30 à 60 centigrammes on obtient une purgation plus énergique, qui peut aller, avec des doses plus élevées encore, jusqu'à produire des " effets véritablement drastiques.
On attribue à l'aloès à faible dose une action apéritive et excitante de l'estomac, qui semble être très réelle ; de là son emploi presque traditionnel dans la dyspepsie. Son action irritante, congestionnante, vers le rectum, fait qu'on tend à donner la préférence à des laxatifs qui n'ont pas cet inconvénient.
L'aloès est pris surtout sous forme de pilules, le nom de certaines d'entre elles est bien connu.
Las pilules ante cihum renferment 10 centigrammes d'aloès pulvérisé, et 5 centigrammes d'extrait de quinquina. On en donne une ou deux au commencement du repas.
Les 2nMes écossaises, ou jwfe/es cl'Anderson, renferment à la fois 10 centigrammes d'aloès et 10 centigrammes de gomme-gutte. La présence de la gomme-gutte, substance drastique, les rend notable- , ment plus actives que les précédentes. '
Le savon médicinal est un bon véhicule pour l'aloès :
LAXATIFS 2^"^
, , . . 1 gL--
Aloôs pulvérise I
Savon médicinal
pour 10 pilules. .
M Lutz a donné la formule de pilules qui sont d'une excellente action et que nous recommandons :
Résine d'aloès •
de scammonée > aa 1 gr.
do jalap \
Lessive des savonniers ' ^
Glycérine '
pour 20 ou 25 pilules; en prendre une le soir en se couchant. Nous savons qu'un certain nombre de personnes font usage de ces pilules depuis de longues années à leur entière satisfaction, et sans en éprouver le moindre inconvénient.
Huile de rwin. — L'huile de ricin donnée à faible dose, par cuillerées et même par demi-cuillerées à café, est un des meilleurs laxatifs que nous connaissions. Elle peut être prise pendant très longtemps sans inconvénient, elle n'amène pas de constipation consécutive.
Son goût désagréable peut être masqué par du café noir, du cassis^ du jus d'orange. On peut aussi la prendre en capsules le matin. On trouve dans le commerce des capsules d'huile de ricin, de dimensions très variables. Elles sont très commodes pour ceux qui peuvent les déglutir.
Formes clîniqnes particnlières. — Après avoir énuméré les divers moyens hygiéniques, physiques ou médicamenteux, qui peuvent être usités contre la constipation, il convient d'indiquer quels sont ceux de ces moyens qu'il conviendra le mieux d'employer dans telle ou telle forme clinique.
Nous examinerons successivement ainsi :
1° La constipation par hygiène vicieuse • 2° La constipation chez les enfants ; 3° La constipation chez les dyspeptiques gastrointestinaux ;
4° La constipation chez les entéroptosés et les obèses;
5° La constipation chez les vieillards.
Chemin faisant, il nous arrivera de recommander du reste, à propos de ces formes cliniques, des moyens thérapeutiques dont il n'a pas été question jusqu'à présent.
1° Constipation par hygiène vidmse.—C esl celle qu'amène, surtout chez les prédisposés, l'abus des aliments azotés, l'absence d'exercice. C'est surtout aux moyens hygiéniques et au régime qu'il faut s'adresser ; il faut faire entrer dans l'alimentation les légumes verts, les compotes de fruits laxatifs, les compotes de pomme, les pruneaux. L'usage du pain de seigle donne de bons résultats chez certaines personnes. On pourra recommander encore l'emploi de la graine de lin ou de psyllium qui agissent à la façon des aliments végétaux à résidu alimentaire plus ou moins considérable. C'est surtout dans ces conditions qu'il ne faut se servir que très modérément des purgatifs salins et de l'aloès.
L'exercice, la gymnastique prendront tout naturellement place dans le plan du traitement, chez les constipés de cette catégorie.
Si tout cela ne suffit pas, force sera d'avoir recours aux lavements, et aux laxatifs faibles : cascara sagrada, magnésie, tamarin, bourdaine, pilules de Lutz. Leur emploi ne sera continué que le moins longtemps possible, et on essaiera toujours
FORMES CLINIQUES ^^ï"
d'en revenir aux simples moyens hygiéniques.
Dans les cas de constipation plus tenace, interviendront le massage, l'électricité, surtout chez les neurasthéniques et hystériques avérés, plus ou moins combinés aux divers laxatifs. L'huile de ricin est ici particulièrement recommandable.
Les purgatifs salins seront donnés d'une façon passagère, lorsqu'il y aura quelque signe d'embarras gastrique ou d'auto-intoxication, de façon à faire en quelque sorte l'antisepsie par un véritable balayage de l'intestin.
2° Constipation chez les enfants. — Chez les tout jeunes enfants, la constipation est fréquente. Ces jeunes êtres ne pensent pas à aller à la selle, naturellement, et pour peu que le besoin s'émousse, ils sont constipés. Certains moyens usités par les nourrices agissent simplement en réveillant ce besoin émoussé. On introduit dans l'anus un corps uni, une petite tige de persil ou de cerfeuil, et le résultat cherché est obtenu. Quelquefois on devra donner de petits lavements, soit à l'eau pure, soit à la glycérine, ou à l'huile émulsionnée.
Chez les enfants plus âgés, la constipation n'est pas rare non plus, surtout dans les villes. Il n'est pas très rare qu'elle amène des poussées d'entérite muco-membraneuse, avec débâcles pseudo-diarrhéiques. C'est la diarrhée que craignent et que combattent quelquefois la famille et le médecin, c'est en réalité la constipation qu'il faudrait viser. Il est donc bon de surveiller avec soin l'apparition du mucus dans les selles chez les enfants.
C'est encore aux lavements, c'est à la manne, à la magnésie, à l'huile de ricin â faible dose qu'on aura recours. On fera naturellement tout son possible
pour que l'hygiène suffise pour faire disparaître la constipation.
En cas de débâcle, avec ou sans mucus, on pourra donner avec avantage du calomel, à la dose de 10 à 20 centigrammes dans du miel.
On fabrique des biscuits 'de calomel, qui sont chez les enfants difficiles d'un usage assez commode.
Lapurgation par le calomel ne peut, cela va de soi, être renouvelée qu'à des intervalles assez éloignés ; on prendra, lorsqu'on fera usage du calomel, les précautions de rigueur.
3° Dyspepsie gastro-intestinale . — La constipation est fréquente dans les différentes formes de la dyspepsie. Les indications sont, d'une façon générale, celles que nous avons données à proj^os de la constipation par hygiène vicieuse. Cependant il y a quelques remarques particulières à faire. Chez les hypersécréteurs avec hyperchlorliydrie, il faudra réduire au minimum l'irritation de l'estomac ; aussi l'aloès, le séné, la scammonée ne leur conviennent-ils guère. On ne peut pas non plus leur laisser manger une quantité considérable de légumes verts à cause de la stase qui existe ou tend à exister chez eux, et de l'excitation sécrétoire que produisent les résidus alimentaires.
Les dilatés avec stase permanente ne peuvent pas, pour La même raison, prendre de légumes verts, ni de graines inertes.
La magnésie à dose un peu élevée convient aux hyperchlorhydriques; à dose faible, elle convient mieux aux hypochlorydriques parce que les alcalins à faible dose excitent la sécrétion de l'HCl.
D'après M. Hayem, l'usage prolongé du sulfate de
FORMES CLINIQUES -i»!
soude amènerait une hypochlorhydrie et même une anaclilorhydrie prolongées, sinon définitives : nouvelle raison pour ne pas abuser, chez les dyspeptiques surtout, des eaux purgatives.
4° Constipation chez Us entéroiAosés et les ohéses. — Ce sont précisément les eaux salines purgatives que M. Glénard recommande dans l'entéroptose. Il est vrai qu'on peut se trouver là, quelquefois dans des conditions semblables à celles qui se rencontrent chez les obèses, qui ont un degré plus ou moins marqué de pléthore abdominale. Les cures d'eaux minérales sont très usitées du reste dans le traitement de l'obésité à Brides (1) en Savoie et, en Allemagne, à Tarasp-Schuls, à Marienbad, à Carlsbad, à Elster.
5° Constijmtion des vieillards. — Les vieillards sont très sujets à la constipation. C'est chez eux, surtout
(1) L'eau de Brides renferme, i^ar litre, 9 gr. 30 de magnésie, 0 gr. 06 de sulfate de soude et 0,83 de chlorure de magnésium; lasalive à la dose d'un verre, elle purge à la dose de 3 ou i verres .
L'eau de Châtel-Guyon, qui pourrait être utilisée dans des conditions semblables doit ses propriétés laxatives au chlorure de magné.sium (1,22 par litre) et au bicarbonate de magnésie (0,42 par litre). Il en faut 4 ou 5 verres par jour pour produire un effet laxatif : elle ne conviendrait donc pas, en tout cas aux dilatés de l'estomac.
A Marienbad, station particulièrement vantée pour la cure de l'obésité, on trouve 5 grammes de sulfate de soude et 0 gr. 66 de sulfate de magnésie par litre. Il y a dans ces eaux près de 10 grammes de substances minérales.
A Carlsbad, station recommandée en Allemagne dans les mémos conditions que Vichy en France, il n'y a que 5 gr. 5 de substances salines, avec 2 gr. 40 de sulfate de soude, 0 gr. 186 de sulfate de potasse et 0 gr. 16 de carbonate de magnésie. La dose est en général de 2 à 3 verres (300 à 450 grammes par jour).
Il est bon de remarquer qu'il est question ici, beaucoup plutôt de cures de l'obésité que du traitement de la constipation chez les obèses.
chez les femmes, qu'on observe le plus souvent des scybales indurées le long du côlon. La conslipalion, en verlu de l'atrophie des tuniques musculaires de l'intestin peut amener chez eux de véritables accidents d'obstruction (Thibierge). Nous nous en occuperons plus loin.
Quand l'hygiène seule ne suffît pas, il faut, aux vieillards surtout, recommander les lavements, les suppositoires, l'huile de ricin à petites doses, passagèrement, les purgatifs salins.
Complicatious. — La constipation par atonie intestinale, que nous avons eue surtout en vue, peut s'accompagner de complications très variées. La présencedes fècesplus ou moins indurées, l'obstaclemécanique qu'elles apportent à la progression des matières, augmentent encore l'atonie el la flatulence gastrointestinale. Les matières fécales, lorsqu'elles sont dures, présentent peu de danger au point de vue de l'auto-intoxication, la résorption des substances toxiques étant ainsi rendue à peu près nulle. Mais il n'est pas rare que des poussées de diarrhée, d'origine inflammatoire, succèdent à la constipation : c'est alors qu'apparaissent les phénomènes d'embarras gastrique, qui dérivent certainement de l'auto-intoxication. On sait, en effet, quelle estlarichesse très grande des matières stercorales en substances toxiques.
Certaines autres complications sont surtout d'origine mécanique : les matières indurées provoquent par leur présence l'inflammation superlicielle de la muqueuse, de là les phénomènes de colite chronique el d'entérite muco-membraneuse. Les matières onttendance à s'accumuler surtout dans le cœcum et dans l'.S' iliaque : elles y provoquent des accidents différents, en rapport avec la conformation analomique
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