CHAPITRE III
Cancer de l'estomac.
Malgré l'incurabilité de la maladie, le médecin ne doit pas trop se décourager lorsqu'il se trouve en présence d'un cancéreux de l'eslomac. Il lui arrivera souvent de rendre de signalés services à ces malheureux malades en les débarrassant de quelque symptôme particulièrement pénible, en relevant leurs forces et leur courage, en atténuant leurs souffrances.
Le traitement médical du cancer de l'estomac est malheureusement exclusivement symptomatique. Les spécifiques vantés pour sa guérison ont successivement échoué. Le dernier et l'un des plus célèbres a été le condurango qui, venu de l'Amérique du Sud avec la réputation de pouvoir amener la guérison du cancer de l'estomac, en a imposé au début à des médecins de la plus haute valeur. Ils ont pu croire un moment qu'ils avaient guéri un ou plusieurs cas de cancer de l'estomac. Ce triomphe, qui du reste a laissé sceptique la majorité des médecins, a été de courte durée. Actuellement, le condurango est retombé au rang des simples stomachiques et, même peut-être, d'un stomachique de second ordre. Voyons donc quels sont les éléments symptomafiques contre lesquels il sera possible d'intervenir.
Le régime lacté rend des services évidents dans lo
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vailemenl d'un grand nombre de cancéreux de l'estomac. C'est l'alimentation qu'ils supportent le mieux, en général. Sous son influence, on voit quelquefois les vomissements disparaître, les forces se relever, la douleur s'atténuer. L'amélioration peut être assez marquée quelquefois pour que le médecin se prenne à douter de son diagnostic. Le lait pourra être additionné d'une petite quantité d'eau de chaux, ([ui le fera mieux tolérer.
Dans certains cas, on pourra essayer le gavage à la poudre de viande, les œufs sous diverses formes, les potages au lait, les purées, les diverses poudres nutritives. 11 est assez rare toutefois, que tout cela soit longtemps toléré et, le plus souvent, on est forcé d'en revenir au régime lacté.
On sait que les cancéreux ont souvent de V anorexie, et surtout de l'anorexie élective. Cette anorexie, il est assez difficile de la vaincre par l'emploi des médicaments ordinaires : les eaux minérales, les amers, les acides, et en particulier l'acide chlorhydrique.
On réussit mieux quelquefois par le lavage de r?.stomac. C'est qu'il n'est pas rare qu'il y ait dilatation de l'estomac avec stase. La chose est marquée surtout lorsque la lésion siège au pylore et qu'il y a, par son fait, rétrécissemnt pylorique et grande dilatation de l'estomac. Le lait, les aliments, les divers produits de sécrétion s'accumulent alors dans l'estomac et y subissent des fermentations organiques. Le plus souvent, le vomissement survient au bout de quelques jours, et le malade expulse en bloc tout ce qu'il a accumulé dans son estomac.
Le lavage fait mieux et plus vite ce que fait ainsi naturellement le vomissement. Il peut être fait simplement avec de l'eau bouillie ou avec quelqu'une
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des solutions antiseptiques que nous avons signuiécs.
On peut ainsi éviter aux malades le malaise que provoquent la surcharge de l'estomac, la fatigue des grands vomissements, les douleurs causées par le contact d'un contenu riche en acides organiques et. peut-être aussi, dans une certaine mesure, les conséquences de l'auto-intoxicalion dues à. des fermentations anormales.
On sait que, dans le plus grand nombre des cas de cancer de l'estomac, il y a disparition de l'acide chlorhydrique combiné, en un mothypochlorhydrie mar- ([uée. Cette diminution de l'HCl vient s'ajouter aux causes déjà présentes de fermentations secondaires lorsqu'il y a stase du contenu stomacal.
On a naturellement cherché à remédier à cette hypochlorhydrie ; on a donné, sans grand succès, il faut bien le dire, de l'HCl aux cancéreux de l'estomac. J'ai quelquefois imité cette pratique sans avoii' particulièrement à m'en louer. Depuis, un fait m'a tait réfléchir sur ce sujet, et m'a amené à ne pas persister dans cet emploi de l'HCl.
Lorsqu'on pratique la gastro-entérostomie chez des malades atteints de carcinome pylorique, on ne guérit pas la maladie, cela va de soi, mais on obtient une amélioi"ation considérable tant de l'état local que de l'état général. L'obstacle pylorique jouait donc un rôle important dans la pathogénie des accidents observés.
De plus, chose curieuse, les f?()«</ew;'s disparaissent. Cela s'explique parce que les matières stomacales cessent de venir au contact de l'ulcération cancéreuse, et passent directement dans l'intestin grèle par la voie détournée qu'on leur a ouverte.