TRAITEMENT
Considérations générales. — C'est par les moyens hygiéniques qu'il faut de préférence traiter la constipation; on doit, autant que possible, ne pas avoir recours aux médicaments.
Une bonne hygiène générale, une bonne hygiène alimentaire suffiront souvent pour ramener la régularité des selles. Que de p^J^spnnës très-constipées à
(1) Albert Mathieu, Traité des jpmladies de V estomac, et de l'intestin, p. 49, 1901. t « ' ' ' - !
la ville, dans le train habituel de leurs occupations, ont des selles quotidiennes faciles dès qu'elles sont en vacances, à la campagne, et surtout à lâchasse! Si les moyens hygiéniques ne suffisent pas, il faut avoir recours aux moyens mécaniques, bien préférables aux moyens médicamenteux. Ce sont là des principes sur lesquels s'entendent à l'heure actuelle la plupart des auteurs qui ont étudié la constipation d'une façon particulière et compétente (i).
Illoway donne aux constipés la série des conseils suivants :
i° Se présenter tous les jours à la selle, qu'on en éprouve ou n'en éprouve pas le besoin ;
2° Ne pas résister au besoin, y obéir le plus promptement possible ;
3° Ne pas lire à la garde-robe ;
4 # Avoir une alimentation convenable ;
5° Faire de l'exercice d'une façon suffisante ;
6° Éviter le surmenage cérébral;
7° Ne pas prendre de purgatifs ;
8° Aérer suffisamment sa chambre à coucher.
Ces conseils sont d'une façon générale excellents. Ils n'ont guère besoin de commentaires.
Non seulement il faut se présenter à la selle tous les jours, qu'on en éprouve ou n'en éprouve pas le besoin, mais il faut s'y présenter à la même heure, de préférence en sortant du lit. L'habitude de lire aux water-closels est très répandue; elle peut êlre une cause de distraction capable d'empêcher la défécation de se faire complètement. Un
(1) Illoway. Constipation in adults and children. 1897. G. Herschell. La Constipation habituelle. Traduction française. Paris, 1900.
homme soigneux de sa sanlé doit examiner tous les jours ses fèces ; les éleveurs de chevaux examinent bien tous les jours les déjections de leurs poulains! On peut bien faire pour les enfants et pour l'homme ce qu'on fait couramment pour les animaux.
Illoway, on le voit, défend à ses malades de prendre des purgatifs : d'une façon générale, il a parfaitement raison. Comme lui, comme lous ceux qui ont exposé le traitement méthodique de la constipation, nous aurons cependant à faire l'étude de la médication laxative et à donner un formulaire de cette médication. C'est que beaucoup de personnes ne peuvent pas ou ne veulent pas se soumettre aux mesures d'hygiène et aux pratiques de cure mécanique, que ces mesures et ces pratiques peuvent être inefficaces et que, en dernier terme, mieux vaut encore aller à la selle par les moyens médicamenteux que de ne pas y aller du tout.
Nous allons successivement étudier :
a) Les moyens hygiéniques;
b) Les moyens mécaniques;
c) Les moyens médicamenteux;
d) Le traitement des formes cliniques de la constipation.
a) Les moyens hygiéniques. — Il convient de distinguer ici l'hygiène générale et l'hygiène alimentaire.
a) Hygiène générale. — L'abus des travaux intellectuels, la grande contention d'esprit, les emplois qui imposent une grande responsabilité, le surmenage nerveux continu, quelle qu'en .soit la source: toutes ces conditions sont des causes de constipation habituelle. Il en est de même de la vie séden-
taire, du séjour dans un air confiné, de l'insuffisance de l'énergie physique.
Toutes les conditions capables de faire naître les états névropathiques sont capables d'une façon générale d'amener et d'entretenir la constipation. Nous avons dit plus haut, du reste, combien elle est fréquente chez les membres des différentes branches de la famille névropathique.
La névrose, dans ses différentes expressions cliniques, de vra être combattue par les moyensappropriés.
Y) Hygiène alimentaire. — La constipation est souvent amenée et en tout cas exagérée par une alimentation qui laisse peu de résidu, comme l'alimentation carnée. Ce sont, en effet, à l'état normal, les résidus non digérés de la digestion qui, en excitant la sécrétion et la motilité de l'intestin, empêchent leur séjour trop prolongé et leur dessiccation dans le gros intestin. De plus, la cellulose végétale subit une fermentation acide et les acides organiques paraissent être des excitants très actifs de la contractilité intestinale. La graisse en quantité un peu abondante, surtout la graisse non émulsionnée, a une action laxative non douteuse.
Certaines substances végétales amènent au contraire la constipation par leurs propriétés astringentes, ou encore parce que leur richesse en fécule est relativement beaucoup plus élevée que leur richesse en cellulose ou en chlorophylle.
De ces données générales on peut déduire facilement les principes fondamentaux de l'alimentation des constipés.
On recommandera: L'usage des aliments végétaux, qui laissent une notable proportion de détritus végétaux;
Le pain de seigle, le pain de seigle dit pain complet, le pain de Graham ; les potages au gruau d'avoine ;
Les légumes verts et les salades de tout ordre, les fruits cuils;
Le beurre, les graisses,, les huiles végétales ;
Le miel, la mélasse.
Malheureusement la dyspepsie stomacale viendra souvent apporter des indications . exactement contraires; ou bien encore l'inflammation catarrhale ou muco-membraneuse de la muqueuse intestinale ne permettra pas l'usage d'une assez grande quantité des substances précédemment énumérées. Souvent on ne pourra avoir recours au pain de seigle complet, aux légumes ou aux fruits cuits. Les légumes et les fruits verts ne seront supportés que cuits et même passés.
Les graisses ne seront souvent pas tolérées autrement que sous forme de beurre très frais.
Les substances sucrées, le miel, la mélasse, la lactose (conseillée par Boas), agissent sans doute en donnant lieu à des fermentations acides; elles sont mal tolérées lorsqu'il y a tendance à la stase et à l'hyperacidité fermentative dans l'estomac.
L'usage ou tout au moins Valus des substances suivantes seront déconseillés aux constipes: riz, orge, sagou, pommes de terre, légumes secs tels que pois, haricots, lentilles, cacao, chocolat, thé vert, fruits riches en tanin (mûres, noix).
Dans les cas où la constipation s'accompagne de colite muco-membraneuse ou de tendance au spasme colique, on supprimera les épices telles que le poivre, la muscade, la moutarde, les pickles, etc. Dans les autres cas, il n'en sera fait usage que d'une façon modérée.
56 THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES DE l/lNTESTIN
Lait et laitages. — Le lait et les laitages réclament une mention spéciale. Bien que le lait soit riche en graisse, le régime lacté amène souvent une constipation marquée ; il est vrai que la graisse s'y trouve sous forme d'émulsion parfaite et facilement utilisable. Dans certains cas, l'usage du lait en quantité considérable provoque un peu d£ diarrhée au début, mais celte diarrhée fait bientôt place à la constipation. Plus rarement, il s'établit une purgation durable qui persiste et que rien quelquefois ne peut modérer.
La plupart des aliments à base de lait et d'œufc, tels que les crèmes, favorisent la constipation parce qu'ils laissent peu de résidus rebelles à la digestion. 11 en est de même de la plupart des fromages. Le fromage blanc et surtout le fromage à la pie est au contraire laxatif.
Il en est de même du petit-lait; de là les cures de petit-lait très en vogue dans certaines régions, particulièrement en Suisse.
La constipation produite par le régime lacté est parfois très intense. Les matières blanches, peu colorées, plus ou moins riches en graisse, plus ou moins dures, s'accumulent dans le gros intestin et il est très difficile de les en déloger. Les lavemenls aqueux ont peu de prise sur des matières riches en graisse. Les lavements huileux seraient plus utiles ; mais comme l'accumulation des matières à la partie inférieure du rectum s'oppose alors quelquefois à l'introduction de tout liquide, on est amené à pratiquer l'évacuation mécanique à l'aide du doigt ou d'une curette.
Eaux calcaires. — Les eaux fortement calcaires favo-
risent très certainement la production de la constipation.
b) Les moyens mécaniques. — Sous cette rubrique, nous réunirons en réalité les moyens physiques et mécaniques. Ils comprennent :
La gymnatique,
Le massage,
La sismothérapie (traitement par les vibrations),
L'électrisation,
L'hydrothérapie,
Les lavements,
Les suppositoires,
Les douches ascendantes et les grands lavages.
Gymnastique (1). — L'exercice et la gymnastique, qui comprend l'ensemble des mouvements systématiques faits dans le but de développer le système musculaire, peuvent jouer un rôle très utile dans la prophylaxie de la constipation en empêchant la production des états diathésiques dont elle est quelquefois l'une des conséquences. Toutefois, nous ne voulons nous occuper ici que de la gymnastique spéciale qui a pour but surtout de donner plus de force, en les exerçant, aux muscles des parois abdominales et de provoquer la contraction des tuniques musculaires de l'intestin.
On s'est ingénié à multiplier et à varier les exercices possibles, soit avec, soit sans appareil. L'école de gymnastique médicale de Stockholm a été à ce point de vue i'éducatrice de l'Europe.
Les mouvements peuvent être actifs ou passifs.
Les mouvements actifs peuvent être exécutés par
(1) J. Lagrange, Médication par l'exercice, 1894. H. Illowat, G. Herschell, loc. cit.
le malade seul, avec un aide ou avec des machines plus ou moins compliquées. Ils sont combinés de façon à. provoquer des contractions de tous les muscles abdominaux, des mouvements de flexion ou d'extension du tronc sur les cuisses, ou, au contraire, des mouvements des cuisses sur le bassin. Les aides interviennent non seulement comme moniteurs pour diriger et varier les exercices, mais souvent aussi comme opposants. En s' opposant aux mouvements commandés aux malades, ils les obligent à une dépense de forces musculaires plus grande. Ilspeuventainsi régler exactement et méthodiquement la progression des efforts.
Nous citerons à titre d'exemples les exercices suivants :
a) Ëtant dans le décubitus dorsal, s'asseoir et se recoucher à plusieurs reprises sans s'aider des mains.
h) Ëtant dans le décubitus dorsal, soulever les deux membres inférieurs étendus et les fléchir jusqu'à la verticale, ou bien encore ramener les deux genoux fléchis au contact de l'abdomen.
c) Étant assis sur le bord d'un fauteuil, se renverser le plus possible en arrière, les bras étendus, puis fléchir le tronc en avant, toucher la terre avec l'extrémité des doigts, se redresser pour reprendre la première position, etc.
d) Se mettre debout à 40 ou 50 centimètres d'un mur, les bras étendus, toucher le mur en arrière avec les mains, fléchir le tronc et toucher la terre avec le bout des doigts et ainsi de suite.
Des exercices très variés peuvent être faits à l'aide de bandes ou de cordes en caoutchouc. L'exercice de la bicyclette, le canotage sont souvent très
utiles aux constipés. On a construit, des appareils de chambre à ressorts ou à la lames élastiques à l'aide desquels ou reproduit le mouvement des rames ou de la pédale.
Les mouvements passifs représentent en somme une sorte de massage indirect. Us sont obtenus par des aides ou par des machines. Ils sont extrêmement variés, et peuvent se combiner à des mouvements actifs. On cherche surtout à produire des mouvements de flexion et d'extension du tronc sur les membres inférieurs ou des mouvements de flexion et d'extension alternatifs des cuisses sur le bassin. Certains appareils donnent des mouvements de torsion du tronc sur le bassin ou du bassin sur le tronc.
Massage. — Le massage bien fait, combiné ou non avec la gymnastique suédoise et l'hydrothérapie, est le meilleur des moyens de traitement de la constipation habituelle.
Le massage convient surtout au traitement de la constipation atonique. Il s'agit alors en effet d'exciter, de stimuler la contractilité de la musculature intestinale. Dans la constipation spasmodique, son utilité est plus problématique. Toutefois, il est possible qu'il agisse en régularisant les contractions, en les ramenant au type des mouvements péristaltiques normaux. Jamais le massage ne doit provoquer de douleurs. Un masseur habile, au courant des ressources de son métier, capable d'apprécier exactement la tolérance de l'abdomen dans chaque cas particulier, pourra souvent, en graduant convenablement les manœuvres, faire tolérer des pressions qui tout d'abord eussent été douloureuses et nuisibles. C'est affaire de jugement, d'expérience et de doigté.
Si le massage ne doit être fait qu'avec prudence et modération dans les cas où il existe un simple spasme douloureux, il est nettement contre-indiqué toutes les fois qu'il existe des ulcérations ou un processus aigu ou subaigu d'inflammation péritonéale.
Sismo thérapie. — La médication vibratoire paraît avoir été connue des Romains et des Chinois. Charcot et Vigouroux, ayant remarqué les bons effets produits quelquefois par les longs trajets en chemin de fer, l'ont employée dans le traitementde certaines maladies du système nerveux. Le nom de sismothérapie est dû à MM. Jayle et Lacroix de Lavalette qui ont employé le massage vibratoire dans le traitement des maladies du petU bassin chez la femme. Ils ont été frappés des bons effets de cette méthode contre la constipation si fréquente, on le sait, dans les affections de l'utérus et de ses annexes.
Les Suédois vantent également beaucoup le massage vibratoire dans le traitement de la constipation habituelle.
Les vibrateurs à moteur électrique sont les plus commodes; avec eux on peut obtenir une vitesse plus grande et une régulation plus faible des secousses vibratoires. La maison Gaiffe fabrique un vibrateur de modèle moyen qui a ce triple avantage d'être commode, peu coûteux et surtout transportable. Il se compose d'une dynamo genre Siemens montée sur un socle auquel est adapté un manche. Un couvercle de métal recouvre le moteur et le met à l'abri des poussières; il peut servir luimême de grande surface vibrante. Divers excitateurs peuvent se monter sur l'appareil aux points et 0' : le vibrateur peut fonctionner avec un simple accumulateur (fi g. 1).
L'appareil de Reiningen est celui dont Jayle el Lacroix de Lavalette se sont le plus servis. 11 se compose d'un petit moteur électrique fonctionnant directement sur le courant alternatif de la ville à 110 volts. Il utilise une force de 15 kilogrammètres avec une vitesse de 1.800à2.000 tours à la minute.
Les conçu leurs sont construits avec des plaques d'ébonite recouvertes de coussinets ; elles sont de formes différentes et facilement modifiables au gré de l'opérateur.
Les séances peuvent se faire tous les jours ou seulement tous les deux ou trois jours. On met l'appareil en communication avec le courant. On applique les concuteurs; avec le
rhéostat on règle le nombre des vibrations. La durée des séances faites par Jayle et Lacroix de Lavalette était de 10 à 20 minutes; il est vrai que les auteurs s'adressaient plus particulièrement aux affections gynécologiques. D'après Herschell, il est préférable de placer le disque vibrateur d'abord dans la région épigastrique pondant deux minutes,