I. — Inspection et auscultation
Deux questions se posent à propos de tout cathétérisme. Le cathéter est-il eh bonne position? L’air pénètre-t-il dans l’oreille moyenne ? Ce n’est que par l’inspection du tympan et l’auscultation de l’oreille qu’on y peut répondre.
En effet, pas plus ici que dans le procédé de Poli tzer, on ne peut se fier aux sensations subjectives du patient. Car certaines personnes, dont la sensibilité locale est émoussée, ne sentent pas l’air péné- . trer dans leur oreille alors qu'il y entre réellement; inversement, d'autres croient percevoir cette pénétration alors que, par suite d’une mauvaise direction du cathéter, l’insufflation est faite dans la fossette de Rosenmüller ou en un autre point du pharynx nasal.
L’examen avec le spéculum fait constater une VOUSsure en dehors du tympan, se traduisant par un raccourcissement du triangle lumineux et souvent par l’apparition d’une tache brillante irrégulière dans le quart postéro-supérieur de la membrane. On peut, dans ce cas, affirmer que l’air insufflé a pénétré dans la caisse. La réciproque n’est pas vraie : l’absence de déplacement de la membrane ne permet pas de conclure au défaut de pénétration de l’air ; car celle-ci peut avoir lieu sans que le tympan se déplace, s’il est maintenu immobilisé par des adhérences.
L’ auscultation avec l’otoscope fait entendre un bruit de souffle , qui, en cas d’intégrité dé l’oreille, est large, sec, prolongé, comparable au bruit que fait une expiration rapide, la bouche étant à demi
close et la langue rapprochée de la voûte palatine (Politzer), ou encore à un murmure vésiculaire pulmonaire très rude. Ce souffle s’entend pendant toute la durée de l’insufflation. Il paraît très rapproché, presque comme, s’il se produisait dans l’oreille du médecin. Généralement, il est précédé d’un bruit de choc ,. dû au claquement du tympan qui se déplace.
Dans les conditions normales, ce bruit de souffle, varie : 1° suivant la pression de l’air insufflé ; 2° suivant le diamètre du cathéter, grave et fort avec un cathéter large, aigu et doux avec un cathéter étroit ; 3° suivant la direction du bec du cathéter, dont le \ moindre déplacement, au cours de l’insufflation, suffit à le modifier.
. L’absence complète du bruit de souffle indique ordinairement que l’air ne pénètre pas dans la caisse du tympan, ce qui tient soit à des lésions de la trompe ou de l’oreille moyenne, soit à ce que le cathéter est mal placé; une grande habitud’e du cathétérisme permettra seule de discerner sûrement ces deux conditions, pourtant si différentes. Il arrive parfois aux débutants de ne ( rien entendre parce que l’embout de l’otoscope est bouché par du cérumen, ou parce que le patient aplatit le tube de caoutchouc en voulant le maintenir luimême dans son oreille; ils,en concluent alors, à tort, à l’absence de pénétration de l’air dans l’oreille.
Réciproquement, l’existence du bruit de souffle indique que l’air pénètre dans la caisse du tympan : mais deux erreurs d'interprétation peuvent être commises à ce propos. 1° Ce bruit de souffle peut être entendu quand l’air, insufflé dans le pavillon tubaire, est arrêté au niveau de l’isthme de la trompe et revient dans le pharynx sans l’avoir pu dépasser :
mais, dans ce cas, le souffle est faible et paraît très éloigné. 2° Ce bruit de souffle peut être entendu quand le bec du cathéter est mal placé, surtout s’il se trouve dans la fossette de Rosenmüller ; il est alors produit par le frottement de l’air contre la paroi pharyngienne : mais, dans ce cas, le souffle est rude et se perçoit aussi nettement avec que sans otoscope. D’ailleurs, une manœuvre simple permet de s’assurer si ce bruit de souffle est intra ou extra-tubaire.
Il suffit d’oblitérer par pincement le tube de l’otoscope; si le souffle s’éteint, c’est qu’il se produit dans l’oreille ; s’il ne se modifie pas, c’est qu’il naît dans le pharynx nasal.