‹ Thérapeutique des maladies de l'oreille. Tome premierChapitre 23 sur 70 · A. — LAVAGE DU CONDUIT · texte numérisé non relu

A. — LAVAGE DU CONDUIT

1° Appareils. — Pour faire une irrigation dans le conduit il faut : a) un appareil à injection ; b) un vase qui-renferme le liquide à injecter; c) un bassin qui recueille à sa sortie de l’oreille le liquide injecté.

a. Les divers appareils injecteurs connus : seringue ordinaire, seringue anglaise ou énéma, poire en caoutchouc, irrigateur Eguisier, bock, etc., peuvent être utilisés à la condition qu’ils puissent aisément être tenus propres et, mieux encore, stérilisés.

A cet égard, le meilleur instrument est la seringue en verre (fig. 18) à piston d’amiante ou de caoutchouc, qui supporte aisément un séjour de cinq minutes dans l’eau bouillante, temps nécessaire à sa stérilisation. Comme la seringue à hydrocèle, elle est munie à sa base de deux anneaux ou de deux ailettes sur lesquels l’index et le médius prennent

un point d’appui pendant que le pouce agit sur la .tige du piston.

Sa contenance doit être de 60 à 100 centimètres cubes : plus per tite, elle obligerait l’opérateur 4 la remplir à intervalles trop rapprochés ; plus grande, elle ne serait pas maniable. A cet égard, mieux vaut choisir une seringue ?

courte et large qu’une seringue longue et mince, car, l’instrument devant être tenu d’une seule main, sa manœuvre sera d’autant plus difficile que l’écart entre le pouce et les autres doigts sera plus considérable, c’est-à-dire que la tige du piston sera plus longue.

La forme de l'extrémité de l’instrument n’est pas indifférente. On trouve dans le commerce deux variétés d’embouts : les uns renflés ou olivâtres, les autres plus ou moins effilés et pointus. Chacune de ces variétés d’embouts a ses avantages et ses., inconvénients :

1° Avec un embout renflé, on n’a pas à craindre de blesser le conduit ; mais il est à peu près impossible de le laver convenablement : car si l’olive est maintenue au contact du méat, elle obstrue celui-ci et empêche la, sortie du liquide

• Fig.18.

Seringue à oreilles’ stérilisable, munie d’un embout de caoutchouc souple.

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injecté ; si elle est placée à distance, le liquide pénètre rarement jusqu’au fond du conduit, région où les sécrétions stagnent le plus volontiers. Les embouts olivaires doivent donc être rejetés, car ils rendent le lavage à peu près illusoire.

2° Avec un embout effilé (fig. 18), l’extrémité de la seringue peut être introduite à plusieurs millimètres de profondeur dans le conduit de façon à assurer la pénétration du jet de liquide ; mais si l’opérateur est inexpérimenté ou le sujet indocile, les parois du conduit, d’une part, la membrane tympanique ellemême, de l’autre, sont exposées à des traumatismes plus ou moins graves. Il est facile, il èst vrai, de parer à ces inconvénients. Pour écarter tout danger de-blessure du conduit, il suffit de garnir l’extrémité de la seringue d’un tube de caoutchouc d’un à deux centimètres de longueur ; un morceau de drain peut suffire à cet usage, mais il est plus commode de se servir d’un embout en . caoutchouc souple fabriqué dans ce but, et qu’on adapte à l’extrémité de verre de la seringue.

Dans tous les cas, l’orifice terminal de la seringue doit présenter un diamètre d’au moins un millimètre et demi ; un orifice plus petit donnerait un jet insuffisant.

L ’ embout doit être mobile. Il est bon d’en posséder plusieurs pour la même seringue : car si l’on a quelques malades à soigner à la suite, on évite ainsi la perte de temps nécessitée par la stérilisation de l’ajutage après le traitement de chacun d’eux ; il suffit, en effet, de changer l’embout qui seul a été souillé. Mais si cette condition est suffisante, elle est en même temps nécessaire ; la stérilisation préalable de la seringue et du liquide d’injection ne

donneront qu'une fausse sécurité, si l’extrémité de l’instrument se charge de porter les microbes d’une oreille à l’autre.

Les embouts doivent être, après désinfection, conservés dans une solution antiseptique (fig. 19):

le phénosalyl à -jL- convient à cet effet. La seringue elle-même doit être conservée dans de l’eau naphtolée saturée :

cette immersion a l’avan- .

tage d’assurer l’étanchéité du piston d’amiante.

Ces considérations sur les embouts s’appliquent aux autres instruments à injection.

L’énéma présente sur la seringue à piston, outre l’inconvénient d’une stérilisation difficile, le désavantage d’exiger pour sa manœuvre le secours des deux mains.

-Les POIRES EN CAOUTCHOUC Ont

un défaut : avec elles, pas de précision dans la direction du jet, leur extrémité se déplaçant Fig. 20.

au moment où on les comprime. Poire de caoutchouc Elles ont cependant cet avantage ||°“ laver le con ~

d’être d’un prix minime qui les rend très utiles dans la thérapeutique des indigents («g. 20).

Fig. 19.

Bocal pour la conservation antiseptique des ; embouts.

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Le bock, ou laveur, consistant en un réservoir cylindrique, d’une contenance de un à deux litres, et muni d’un tube de caoutchouc terminé par un embout en verre, est l’instrument le plus commode pour les malades qui doivent faire eux-mêmes leurs lavages.

Gouttière pour lavage de l’oreille.

b. Le vase qui renferme le liquide à injecter, doit présenter une ouverture assez large pour qu’on y puise facilement son contenu; il doit être propre et facile à nettoyer. Si l’on se sert d’eau bouillie, le mieux est de la laisser dans le récipient où on l’a fait bouillir.

c. Le bassin destiné à recueillir le liquide injecté peut être de forme quelconque ; mais il est préférable de se servir d’un plateau réniforme qu’on place au-dessous de l’Oreille et dont l’échancrure s’adapte à la convexité du cou. La matière dont est faite le plateau.importe peu : ébonite, carton durci,

tôle émaillée, verre, cuivre. La couleur noire des ' plateaux en ébonite ou en carton durci offre l’avantage de faire mieux ressortir la teinte blanche du pus.

Des appareils spéciaux ont été imaginés pour éviter toute effusion de liquide et conduire celui-ci directement du méat au bassin récepteur. Tels sont les irrigateurs à double courant (Duplay), les gouttières auriculaires, les entonnoirs en caoutcbouc qui s’adaptent au pavillon par leur partie évasée et dont l’extrémité rétrécie se continue par un tube plus ou moins long jusqu’au vase destiné à recevoir le liquide. La gouttière auriculaire (fîg. 21) rend de grands services dans la clientèle de cabinet, en mettant sûrement les vêtements à l’abri de toute éclaboussure.

2° Liquide à injecter. — a. îXatnre. — Lé liquide • est aseptique ou antiseptique. En général, un liquide aseptique, tel que l’eau bouillie, suffit à tous les besoins. L’eau doit être portée à l’ébullition pendant vingt minutes, et, de préférence, à deux reprises successives. Il ne faut passe dissimuler que les diverses solutions antiseptiques préconisées : eau boriquée, phéniquée, salicylée, etc., n’ont pas de vertus-spéciales, du moment que l’on cherche simplement à nettoyer l’oreille; le liquide de lavage a une action purement mécanique, celle d’expulser le contenu du conduit. Son action désinfectante,- quelle que soit sa composition,, est à peu près nulle, puisqu’il ne doit pas séjourner dans l’oreille et qu’une fois celle-ci nettoyée, on a soin, ainsi que nous le dirons, d’enlever toute trace du liquide injecté. On peut même craindre que l’addition à l’eau de lavage de substances antiseptiques, en particulier d’acide phénique,

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d’alcool, de sublimé, ne provoque la coagulation sur places des sécrétions à enlever et ne s’oppose ainsi à leur sortie.

Il serait plus logique d’ajouter à l’eau une certaine quantité de sel marin ou de sulfate de soude (9 p. 1000 environ) de façon à créer une sorte de sérum artificiel, qui dissolve les sécrétions albumineuses déjà coagulées et détachent celles qui adhèrent aux parois du conduit. Cette addition de sel serait d’ailleurs utile à un autre point de vue : elle empêcherait l’altération de la muqueuse au contact de l’eau pure et sa destruction par osmose.

b. Température. — Elle doit être à peu près celle du corps, c’est-à-dire osciller de 37° à 39° ; plus élevée ou plus basse, elle détermine une impression, désagréable : l'injection trop chaude est douloureuse, l’injection trop froide provoque dû vertige.

c. Quantité. — Elle ne peut être fixée à l’avance ; elle dépend de l'abondance et de la nature des produits à expulser. Les sécrétions adhérentes sont seulement ramollies par les.,premières portions du liquide injecté et ne se détachent qu’au moment où un demi-litre, un litre même de liquide est déjà passé dans l’oreille. En général, il faut continuer l’irrigation tant qu’elle ramène des sécrétions.

3° Technique. — a. Position du malade. — Le

malade est assis ou couché; dans aucun cas il ne doit rester debout pendant l’injection, car la station verticale favorise l'apparition de divers accidents. L’oreille à laver est tournée du côté du jour ou éclairée artificiellement. Une serviette pliée en plusieurs doubles est placée sur l’épaule du malade ;

on en insinue le bord entre son cou et son vêtement. 11 tient lui-même un plateau réniforme audessous de son oreille, à moins qu’on ne préfère confier celui-ci à un aide; une pression convenable doit assurer un contact intime entre le bèrd du plateau et les téguments, afin de fermer tout interstice par lequel le liquide pourrait couler dans le cou.

b. Position du médecin. — Le médecin se tient debout devant l’oreille à laver. La technique varie selon qu’il se sert d’une seringue, d’un énéma ou d’un bock, instruments les plus souvent employés.

1° Seringue.— Le récipient qui renferme le liquide à injecter est placé à sa portée ; la seringue est remplie et purgée d’air.

De la main gauche, le médecin redressé le conduit de façon à assurer la pénétration du liquide jusqu’au tympan ; à cet effet, il attire le pavillon' en haut, en arrière et en dehors s’il s’agit d’un adulte, simplement en arrière et en dehors s’il s’agit d’un enfant ; il le maintient dans cette position pendant toute la durée de l’injection.

De la main droite, il saisit la seringue remplie' dont il présente l’extrémité libre à l’entrée du conduit ; il a soin de pousser le jet parallèlement à la direction de celui-ci et autant que possible en suivant l’une de ses parois ; après avoir atteint le fond de l’oreille, le liquide revient en suivant la paroi opposée et s’échappe au dehors entraînant avec lui les produits à expulser.

La seringue étant vidée, le médecin quitte sa position; et remplit de nouveau l’instrument, en ayant toujours soin de le purger d’air, sans quoi l’injec-

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tion s’accompagne d’un bruit de gargouillement très gênant pour le malade. Il fait une nouvelle injection ; puis il remplit et vide ainsi la seringue à plusieurs reprises jusqu'à ce que le liquide sorte absolument limpide de l’oreille.

2° Enêma. — Ici le réservoir qui renferme, le liquide à injecter doit être tenu par un aide au voisinage de l’oreille malade, puisque l’une des extrémités de l’instrument doit constamment plonger dans le liquide. Si l’opérateur est privé d’aide, il lui est commode de se munir d’une boîte à lait en porcelaine, c’est-à-dire facilement stérilisable, dont il

passe l’anse sur son poignet gauche auquel la boîte reste suspendue ; la main correspondante demeure libre pour saisir la boule de l’instrument dont l’extrémité. aspirante plonge dans le liquide; la main droite dirige l’embout auriculaire (fig.22). Les deux mains étant occupés, le conduit ne peut être redressé.

La force du jet doit toujours être modérée au début ; on ne l’augmente ensuite que progressivement et seulement s’il est nécessaire, c’est-à-dire si lés produits à expulser tardent à se détacher.

3° Bock. — Lorsque le malade se sert d’un bock laveur, il suffit, en général que le réservoir soit placé à 50 centimètres au-dessus de la tète ; une pression plus forte risquerait d’être mal supportée.

4° Soins consécutifs. Séchage. — Une fois le lavage achevé, le conduit doit être séché. Il y a à cela plusieurs raisons : a) la présence de liquide dans l’oreille provoque soit de la surdité par obstruction du conduit, soit une sensation pénible de pesanteur ou des bruits subjectifs; b) son séjour y amène au bout de peu de temps le ramollissement par imbibition des parois du conduit et rend cellesci plus vulnérables et plus accessibles à l’action des agents infectieux ; e) enfin le liquide peut servir à ces derniers de milieu de culture.

Ce séchage s’opère en deux temps : 1° dans un premier temps , on chasse du conduit' la plus grande quantité du liquide qui y reste, en faisant incliner la tête du malade et en essuyant le méat avec la ser ; viette qui est placée sur son épaule ; 2° dans un 'second temps , on opère la dessication des parois du conduit encore humides à l’aide d’un porte-coton, selon les règles indiquées pour le nettoyage à sec.

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