‹ Thérapeutique des maladies de l'oreille. Tome premierChapitre 39 sur 70 · I. — MAL. DE L’OBEILLE · texte numérisé non relu

I. — MAL. DE L’OBEILLE

rigide, en carton pâte, en ébonite, en bois, en corne ' en ivoire n’ont qu’une faible résonnance ; ceux en métal (aluminium, cuivre, argent, zinc, etc.), ont une qualité inverse. Nous verrons que, selon les cas, il faut préférer les premiers' ou les seconds.

b. Forme. — On a donné aux cornets les formes les plus diverses; les cornets coniques ou paraboliques sont ceux qui fournissent les meilleurs résultats.

La forme hélicoïdale, que recommandait Itard, a été abandonnée, non seulement parce que la construction d’un tel cornet est assez difficile, mais surtout parce que cette forme n’offre aucun avantage.

Il existe . deux variétés principales de cornets V acoustiques : a) les uns ne peuvent être utilisés que pour Y audition de près; b) les autres servent à Y audition à distancé.

A. Cornets pour l’audition de près. — Ce sont ceux que l’on doit préférer pour la conversation à deux ; eux seuls rendent des services dans les rapports du sourd avec les membres de sa famille. \ . )

1° Le tube acoustique de Duuker est le plus connu et le plus utilisé des cornets acoustiques. L’appareil est constitué par un entonnoir conique en corne ou ■ en ébonite, auquel fait suite un tube de 75 centimètres ' à 1 mètre de long. Ce tube est fait de caoutchouc ou d’un tissu'souple renforcé par un fil métallique enroulé en spirale; il se termine soit par un embout olivaire en celluloïd ou en ébonite destiné à être introduit dans le conduit (fig. 35), soit par une partie évasée en forme de conque dont le malade coiffe le pavillon de son oreille.

Pour utiliser cet appareil, l’interlocuteur approche l’embouchure de ses lèvres et parle dans le cornet d’une voix naturelle ou à peine élevée au-dessus du ton de la conversation ordinaire ; il doit s’attacher à articuler nettement plutôt qu a parler fort.

Fig. 33.

Tube acoustique de Dunker.

La plupart des cornets acoustiques, y compris celui de Dunker, ne conservent pas à la voix toute sa pureté : ils en modifient quelque peu la hauteur et le timbre. Un autre inconvénient de ces cornets, c’est que leur tube transporte jusqu’à l’oreille le souffle de celui qui parle : de là une pression anormale sur la membrane du tympan, qui rend dqga r gréable et fatigant l’usage un peu prolongé de mppareil.

2° Se fondant sur l’étude des voyelles à l’aide de flammes manométriques et sur les modifications que font subir aux flammes caractéristiques de chaque voyelle les divers cornets acoustiques, M. Marage a fait construire un masseur-cornet qui conserverait

aux voyelles leur caractéristique, ne fatiguerait pas le malade et servirait en même temps d’agent thérapeutique pour masser la membrane du tympan et la chaîne des osselets.

L’appareil se compose d’une caisse à air cylindrique, en ébonite, divisée par une membrane en

Fig. 36:

Masseur-cornet de Marage

caoutchouc en deux étages de même diamètre que la membrane et de très faible hauteur (2 millimètres environ). L’étage supérieur est surmonté d’une embouchure en forme de tronc de cône, conformation lui permettant de ne pas renforcer un son plus qu’un autre ; à l’étage inférieur est adapté un embout en bois sur lequel est fixé un tube de caoutchouc à parois épaisses, d’une longueur de 7S centimètres à

instruments destinés a améliorer l’audition 173

1 mètre ; le tube peut se bifurquer pour l’audition binauriculaire (fig. 36). Son extrémité est introduite directement et sans embout dans le conduit auditif.

Pour se faire entendre, le parleur applique ses lèvres sur l’embouchure : si les lèvres étaient placées aune faible distance, les vibrations ne se transmettraient plus. Communiquées à la membrane qui vibre sans donner de son propre, celles-ci sont transmises à l’air du tuyau et de l’oreille moyenne. Les sons seraient si nettement transmis que la voix chuchotée elle-même serait parfois entendue, et cela sans que le malade éprouve la sensation désagréable de l’arrivée de l’air dans le conduit, la membrane de caoutchouc s’opposant au transport de l’air entre le parleur et l’auditeur.

B. Cornets pour l’audition de loin; — Pour entendre des sons venant d’une certaine distance, la conversation de plusieurs personnes, la voix d’un acteur, d’un prédicateur, on a recours à des appareils dont l’embouchure est largement évasée de façon à recueillir le plus de vibrations sonores possibles et dont le tuyau est assez court pour n’être pas encombrant. Plus le pavillon est volumineux, plus l’appareil est efficace : ses dimensions sont malheureusement limitées par la nécessité où l’on est de le rendre transportable. Aussi, bien que les inventeurs se soient ingéniés'à en modifier la forme et le volume, on ne peut attendre de cette variété de cornets les mêmes services que des tubes acoustiques précédemment décrits.

Le type de ces instruments est le cornet de Weîgeit. Il est constitué par une cloche parabolique ; les ondes sonores, rassemblées au foyer de la parabole,

sont recueillies par une seconde cloche de même forme, mais plus petite, placée à l’intérieur de la première et à concavité tournée en sens inverse ; un ajutage conduit les sons de cette seconde cloche à l'oreille (fig. 37).

Le cornet de Burkhardt merlan est à peu prè f s semblable. Il est composé également de surfaces paraboliques tournées l’une vers l’autre :

mais, de plus, l’extrémité interne du tube conducteur des sons est munie jL , ig . d'une languette métalli-

Gornetacoustique de Weigelt. ? ue > Çui jouerait le rôle

du tragus, en empêchant

la déperdition des ondes sonores vers l’extérieur (fig- 38).

L’appareil d’Aseiiendorf est constitué par deux cloches d’inégale dimension, la plus grande recouvrant la plus petite. Soudées au niveau de leur bord libre, elles sont isolées dans toute l’étendue de leur

INSTRUMENTS DESTINÉS A AMÉLIORER l’AUDITION lia

surface par un espace intermédiaire rempli d’air. La .cloche interne présente trois ou quatre fentes longitudinales à travers lesquelles les ondes sonores pénètrent jusque dans, l’espace intermédiaire. La cloche externe s’élargit supérieurement en forme de coupole et est munie d’un embout très court qui' s’adapte exactement au méat auditif.

Ces divers instruments ont deux inconvénients :

1° L’obligation qu’ils imposent au malade de les tenir à la main au contact de l’oreille : de là une fatigue sans cesse renouvelée. Pour remédier à cet inconvénient, on a proposé d’adapter à l’appareil un pied,qui permette de le poser sur une table : c’est un expédient peu pratique et qui, en tout cas, n’est de mise qu’au domicile du malade.

2° Leur volume considérable : a) ils sont embarrassants et peu commodes à transporter ; b) ils sont choquants par leurs dimensions ; en attirant l’attention des personnes présentes, ils rendent au sourd son infirmité encore plus pénible.

Pour rendre les cornets plus transportables , on peut les fabriquer en une matière souple et flexible (cuir souple), qui permet de les plier et de les porter dans la poche, ou construire le tube de dégagement en deux ou trois segments rentrant l’un dans l’autre.

Pour les rendre plus faciles à dissimuler , on en réduit le volume ; c’est alors aux dépens de leur qualité : car les services qu’ils rendent sont d’autant moindres qu’ils sont plus petits. Ces appareils de petite taille peuvent se fixer au manche d’une canne ou d’un parapluie, pour l’usage des hommes, a un éventail, pour celui des femmes. Pour celles-ci-encore, oii construit de petits cornets acoustiques bigéminés

qui s’enroulent autour de l’oreille et dont l’ouverture se dirige en avant ; ils se fixent automatiquement à l’aide d’un ressort qui réunit les deux cornets en

Cornets acoustiques bigéminés.

passant sur le sommet de la tête et peuvent être en partie cachés sous les cheveux (Fig. 39) i

Choix d’un cornet. — Il n’existe pas de règle fixe qui puisse guider dans le choix d’un cornet acoustique ; cé choix se fait par tâtonnements et non d’après des principes scientifi ques, comme celui des lunettes. C’est que la surdité ne saurait être assimilée, comme on a voulu le faire, à la myopie. L’œil myope peut être sain et avoir conservé une acuité visuelle normale ; l’oreille' sourde est malade et a perdu plus ou moins de son acuité auditive. Assimiler un cornet acoustique, qui conduit à l’oreille une plus grande quantité d’ondes sonores, à une paire de lunettes, serait supposer que celles-ci agissent en apportant à l’œil une plus.grande quantité de lumière.

Les seuls principes généraux utiles à connaître sont les suivants.

a. Chez les malades atteints d’une surdité relativement modérée ou chez ceux qui ont des bruits subjectifs, il faut préférer les instruments à faible réson-

yiance. On doit donc rejeter les appareils métalliques, car même lorsque leur pavillon est muni, ainsi qu’il l’est habituellement, d’un grillage fin destiné à amoindrir l’intensité du son et à augmenter sa netteté, celui-ci conserve toujours un éclat métallique désagréable.

6. Chez les personnes atteintes d’une surdité intense, chezlesvieillards, chez les sourds qui entendent mieux dans le tumulte de la rue, en chemin de fer ou en omnibus et, en général, au milieu du bruit et des cris, il faut préférer les appareils à forte résonnance.

En dehors de ces principes, il est impossible de déterminer à l’avance le modèle de cornet acoustique qui fèra mieux entendre un malade donné. Il faut que celui-ci essaie divers modèles, et, avant de s’arrêter à l’un d’eux, qu’il fasse usage pendant plusieurs jours et dans diverses conditions de ceux qui lui paraissent les meilleurs, afin de choisir définitivement celui qui lui rend le plus de services. Certains sourds ne trouvent aucun appareil qui améliore leur audition.

Ceux qui tirent bénéfice d’un cornet acoustique doivent s’en servir modérément : car ils arrivent à ne plus pouvoir s’en passer et, à la longue, l’éclat des vibrations sonores peut épuiser ce qui reste de leur sensibilité acoustique. Ils doivent donc en éviter l’usage prolongé ou répété. Il convient surtout d’être réservé dans son emploi, lorsque celui-ci augmente l’intensité des bruits subjectifs ou provoque des sensations douloureuses dans l’oreille, ainsi que cela arrive surtout dans les cas de lésion du nerf auditif.

2° Autres instruments. — On peut rapprocher des

TECHNIQUE' et thérapeutique générale

cornets acoustiques les conques et les pavillons artificiels, les tubes sonifères et l’otophone.

Les conques artificielles sont destinées à élargir la surface de l’oreille externe, afin que celle-ci recueille une plus grande quantité d’ondes sonores ; on les maintient à l’aide d’un ressort ou d’un ru-

Fig. 10.

. Conques artificielles.

ban (fig. 40). Hartmann a préconisé l’emploi d’une plaque de celluloïd incolore et transparent qu’on adapte au pavillon et qui agirait comme le creux de la main placée derrière l’oreille selon l’habitude de la plupart des sourds.

Les tubes sonifères, connus aussi sous le nom d’ « Abrahams » sont de petits tubes en argént (fig. 41), courts, à section circulaire ou elliptique, qu’on introduit dans le conduit; leur extrémité externe est dilatée en entonnoir et repose dans la conque. Ils ne sont utiles que dans le seul cas où les

parois du. conduit cartilagineux sont affaissées et empêchent l’accès des ondes sonores à la membrane ; ils remédient alors à ce collapsus.

L’otophone de Webster est un instrument de même ordre. Il a pour but de remédier à l'inclinaison défectueuse du pavillon accolé au crâne chez certaines personnes, ||Pi soit en vertu d’une conformation fjj|j , naturelle, soit en vertu d’une déformation acquise par l’applica- Fig. 41.

tion prolongée d’un bandeau, d’un Tube sonifère.

bonnet, d’une cornette. A l’état normal, l’angle sous lequel le pavillon se détache de la tête, est en moyenne de 40° ; pour le ramener à ce chiffre, Webster applique derrière Je pavillon une plaque d’argent qui se moule sur la surface postérieure de celui-ci et le repousse en avant. L’instrument améliore l’audition, non seulement parce qu’il favorise la réflexion des ondes sonores vers le conduit, mais aussi parce qu’en rectifiant la position du pavillon, il permet au méat auditif, plus ou moins déformé et rétréci, de reprendre sa forme circulaire.

B. — Appareils améliorant la transmission

OSTÉO-TYMPANALE

En général, ces instruments sont d’une faible utilité pour les sourds. Ils renforcent surtout la transmission des sons musicaux par les os delà tête,[mais, sauf de rares exceptions, n’améliorent que très peu la perception de la parole.

Le plus commun de ces instruments est l’antHpiione encore appelé osléophone (fi g. 42). Il consiste en

une plaque mince et flexible, d’ébonite ou de carton, de 30 centimètres de hauteur sur 25 centimètres de largeur. De forme quadrilatère, elle est fixée sur un manche à la façon d’un écran à main ou de certains éventails; des fils fixés au bord supérieur permettent de tendre la plaque en la rendant plus ou moins convexe en avant. L’instrument étant tenu Audiphone. P ar le manche, on en applique le bord libre sür les incisives supérieures ; la face convexe est dirigée vers la source sonore. C’est surtout dans les théâtres et les concerts que cet instrument trouve des applications.

Le dentaphone, dont le principe est analogue à celui du téléphone, est composé de deux parties ; un réc.epteur et un transmetteur des ondes sonores.

Le récepteur est un petit entonnoir en bois, dont la partie rétrécie est fermée par une mince membrane métallique susceptible d’entrer facilement en vi- Fig. 43. bration. Le transmetteur est constitué Canne acouspar une plaque de bois réunie à la tic l ue membrane métallique du récepteur par un fil de soie. Pour se servir de l’appareil, le sourd saisit là

INSTRUMENTS destinés a AMÉLIORER l’aüMT-ICGU 181,. ;

plaque de bois entre ses dents et dirige l’ouverture du récepteur vers l’interlocuteur en tendant fortement le fil intermédiaire.

La canne aconstîqne ou phoniphère de Palladino est encore moins pratique que les instruments précédents. C’est une tige droite, en bois, de oO à 80 centimètres de longueur, munie à chacune de ses deux extrémités d’une armature métallique : l’une [ï), en forme de plaque concave, est destinée à être appliquée sur le larynx de celui qui parle ; l’autre {d), plus petite, est appuyée sur les dents ou l’apophyse mastoïdê du sourd (fig. 43).

C. — Appareils améliorant a la fois la transmission AÉRIENNE ET LA TRANSMISSION OSSEUSÇ

Ils ont pour caractères communs d’être d’un faible volume^ et de se dissimuler dans l’intérieur du conduit. Ils ne renforcent pas seulement la conduction des vibrations aériennes; ils transmettent leurs vibrations propres aux parois du conduit et au labyrinthe.

Ils sont de deux ordres : (a l’appareil de Politzer ; [b les tympans artificiels.

A. Appareil de Politzer. — Son principe repose sur cette remarque que le tragus forme au-devant de l’ouverture du conduit une saillie valvulaire, destinée à renvoyer vers le méat les ondes sonores réfléchies une première fois par la conque, et qui se perdraient hors de l’oreille sans la présence de cette paroi : c’est ainsi que le son est notablement renforcé lorsqu’on augmente la surface du tragus en plaçant derrière lui une petite plaque métallique, une plus grande quantité d’ondes sonores étant

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