III. — Soins consécutifs
À. S’il n’y a pas eu de tentative antérieure d’extraction, c’est-à-dire si le conduit est sain, les précautions à prendre-sont les mêmes qu’après l’abla-
tion d’un bouchon de cérumen : séchage soigneux de l’oreille, occlusion du méat avec un tampon d'ouate pendant quarante-huit heures.
B. S'il y a eu des tentatives maladroites préalables, il faut, après l’ablation du corps étranger, contrôler l’état du conduit et de la caisse et traiter les lésions qui ont pu y être provoquées par le médecin.
C. Lorsqu'il a été nécessaire de faire une brèche osseuse pour découvrir l’attique ou l’antre, ou bien pour ouvrir la mastoïde, les soins consécutifs sont ceux que réclame habituellement cette opération, quelle qu’en ait été l’indication.
C’est une des affections les plus douloureuses de l’oreille. Elle doit ce fâcheux privilège à la structure même du conduit, dont la couche cutanée repose presque directement sur un plan résistant, sans l’interposition de ce coussin cellulo-adipeux qui, en d’autres points du corps, favorise la libre distension des parties profondes de la peau tuméfiées par l’inflammation furonculeuse. Ici, la couche très ténue de tissu conjonctif qui unit la peau au périchondre et au périoste, et qui va en s’amincissant du méat au fond du conduit, n’a pas une épaisseur suffisante pour jouer ce rôle protecteur. La douleur est en quelque sorte proportionnelle à cette minceur : de sorte que les furoncles du fond du conduit, où la couche celluleuse sous-cutanée est réduite à son minimum d’épaisseur, sont précisément les plus douloureux. Ils peuvent l’être asse& pour provoquer de l’insomnie et entraver les mouvements de la
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mâchoire, qui sont une. cause d’exaspération des souffrances. Un léger mouvement fébrile peut s’ajouter à la privation de sommeil et à la difficulté de l’alimentation, pour troubler l’état général. Absorbé par la douleur, le malade ne songe guère à se plaindre de troubles de moindre importance, tels qu’une sensation de plénitude dans l’oreille, un certain degré de surdité, quelques bruits subjectifs, déterminés par l’occlusion du conduit.
Objectivement, le furoncle du conduit se présente à son début (période phlegmoneuse) sous l’aspect d’une petite induration d’un rouge vif sé détachant de l’une des parois du canal et faisant saillie dans sa lumière ; une vive douleur éveillée par une pression exercée sur cette saillie, soit avec l’extrémité du spéculum, soit avec un stylet, achève d’en révéler la nature. Ces caractères répondent, du moins, à la description classique du furoncle : mais il ne faut pas s’attendre avoir toujours celui-ci se caractériser par une saillie aussi nette et aussi bien circonscrite. 11 n’estpasrare qu’il s’accompagne d’une inflammation diffuse des régions cutanées voisines, c’est-à-dire d’une tuméfaction générale des parois du conduit, qui empêche d’en préciser le siège à la simple inspection; il faut alors se contenter d’un diagnostic approximatif en recourant au toucher avec le stylet : le siège présumé du furoncle est celui du maximum de douleur provoquée par la pression.
La tuméfaction des parois du conduit est surtout marquée dans les cas où les furoncles sont multiples ;. or ces cas sont les plus communs, la multiplicité des foyers étant l’un des caractères de la furonculose du conduit. Ces foyers se développent soit simultanément/soit de préférence les uns après les autres et
par auto-inoculations succ essives ; on trouve alors dans un même conduit, èt sur des parois opposées, plusieurs furoncles d’âge différent. Dans ces conditions, la lumière du canal est parfois tellement rétrécie qu’il devient impossible d’y faire pénétrer un spéculum du plus petit calibre sans provoquer les plus vives douleurs ; un stylet introduit dans le conduit en retrouve difficilement le trajet rendu sinueux par les saillies disséminées sur ses parois.
La tuméfaction et la douleur ne se limitent d’ailleurs pas au conduit : il existe toujours un degré plus ou moins marqué de lymphangite et à!adénite concomitantes. Aussi est-il habituel qu’on observe du gonflement et de la rougeur au-devant du tragus lorsque les furoncles occupent la paroi antérieure du conduit, en arrière du pavillon lorsque les furoncles siègent sur la paroi postérieure ; dans ce dernier cas, on peut avoir l’illusion d’une mastoïdite.
Lorsqu’au bout de trois à dix jours le furoncle arrive à suppuration (période de maturité, d'abcédation) et s’ouvre, il ne s’écoule d'ordinaire qu’une très petite quantité de pus ; les douleurs cessent dès que le bourbillon est éliminé ; la tuméfaction locale diminue rapidement ; une croûtelle sanguine, plus rarement un petit bourgeon charnu, indique pendant quelques jours encore le point où le furoncle s’est ouvert. Dans la plupart des cas, l’accalmie qui suit l’ouverture de l’abcès n’est que de courte durée, et le développement de nouveaux foyers fait traîner l’affection pendant plusieurs semaines.
L’inflammation furonculeuse résulte de l’infection des glandes de la peau par le staphylocoque doré. Cette infection ne se fait que si les téguments ont été -mis en état de moindre résistance. Ainsi s’explique
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que la furonculose se développe souvent dans un conduit préalablement atteint d’eczéma ou bien irrité par un écoulement abondant venant de l’oreille moyenne, qu’elle soit fréquente chez les personnes que des démangeaisons poussent à se gratter constamment les parois du conduit avec l’extrémité du doigt, avec une épingle à cheveux ou tout autre corps étranger ; ainsi se conçoit également que de nouveaux foyers se développent si communément au voisinage d’un furoncle primitif, les deux facteurs principaux de la furonculose, irritation cutanée et présence de staphylocoques virulents, se trouvant ici réunis. Ces notions étiologiques fournissent, comme nous le verrons, autant d’éléments de prophylaxie.
Traitement. —Suivant la période de l’affection à laquelle nous serons appelés à intervenir, nous aurons :
1° Soit, s’il en est temps encore, à essayer d’un traitement abortif ;
2° Soit, s’il est trop tard, à mettre en œuvre le traitement curatif ;
3° Et, dans tous les cas, à en prévenir le retour par un traitement prophylactique.