II. — Traitement- curatif
Le malade n’est pas venu vous trouvera .temps, ou bien les moyens précédents ont échoué : quelle conduite avez-vous à tenir? Vous devez envisager la question à un double point de vue : à. celui de la maladie, a-eeljii. du malade.
a. En ce qui concerne la maladie , rappelez-vous qu’en dépit de l’intensité des symptômes, elle ne menace jamais la vie ni même l’audition, et qu’après une durée de quelques jours, chaque furoncle, pris à part, offre une tendance naturelle vers la guérison. Contentez-vous donc de remplir l’indication primordiale qui se présente, celle de calmer les douleurs; et comme le développement de nouveaux furoncles raviverait celles-ci, faites en sorte de prévenir leur éclosion par un traitement à la fois calmant et antiseptique.
b. En ce qui a trait au malade et à son entourage, ayez soin, pour vous couvrir, de les avertir de la plura lité h abituelle et successive des furoncles du conduit ; car bien que votre traitement ait pour but, tout en combattant les souffrances, de prévenir la multiplication des furoncles, vous n’êtes jamais certain d’arriver à ce résultat.
Les moyens à employer pour calmer la douleur diffèrent suivant la période à laquelle le malade se présente au médecin.
A. Première période. ( Période médicale ).— C’est la plus douloureuse. Elle réclame un traitement purement médical. Celui-ci consiste essentiellement en enveloppements humides antiseptiques permanents. Ces pansements ont un double but : a) calmer les douleurs ; b) prévenir de nouvelles inoculations furonculeuses.
i° Pansements humides. — Ils doivent être appliqués intus et extra.
a. Dans Y intérieur du conduit, le médecin introduit et laisse à demeure u ne mèche d e-coton hydrophile TmtnETe'dê la solutioîTsuIvante préalablement tiédie :
Liqueur de Van Swieten . . . ) ââ 100 er Glycérine neutre. j ■
La mèche doit être assez longue pour pouvoir être introduite au delà de la partie rétrécie du.conduit, c'est-à-dire au delà du furoncle le plus profond ; son extrémité libre doit rester visible au niveau du méat. L’épaisseur qu’il convient de lui donner varie avec le degré de tuméfaction des parois du conduit ;
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en général, on peut introduire une mèche plus épaisse que ne semblerait le permettre le degré de la sténose ; il n’est, d’ailleurs, pas mauvais que cette mèche exerce .un très léger degré de' compression sur les parois du conduit.
Pour la préparer, on étire un morceau de coton hydrophile dans le sens longitudinal de ses fibres ; on lui donne une longueur de moi tié plus grande et une épaisseur de moitié moindre que celles quelle devra avoir une fois en place. Après l’avoir imbibée de la solution antiseptique formulée ci-dessus, on la met à cheval par son milieu sur l’extrémité d’un stylet non boutonné qui va servir à la pousser dans le conduit sous le contrôle du miroir, avec ou sans l’aide d’un spéculum selon que le conduit admet ou n’admet pas celui-ci. Le stylet étant retiré, la mèche reste en place. Cette introduction se fait d’ordinaire à peu près sans douleur ; dans les cas où une tuméfaction énorme des parois molles la rend plus difficile, il est bon d’avoir au préalable exploré la direction du conduit plus ou moins déviée à l’aide d’ùn stylet non garni de coton. La mèche ainsi placée ne resterait pas longtemps humide : les parois du conduit, en la comprimant, l’expriment et l’essorent. Pour éviter une dessication trop rapide, bouchez le méat avec un autre tampon de coton mouillé, et prescrivez de verser, toutes les trois heures, 8 ou 10 gouttes de la solution antiseptique à l’entrée du Conduit : la mèche absorbera le liquide et le portera jusqu’au fond de celui-ci. Elle* sera changée par vous au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures au plus.
b. À Y extérieur, faites un pansement humide analogue à l’aide de tampons de coton placés dans la conque et le sillon rétro-auriculaire, puis avec des
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compresses de tarlatane placées plus superficiellement et recouvrant toute la région auriculaire. Une pellicule de gutta-percha ou de taffetas gommé, destinée à empêcher la dessication, et une bande de crépon compléteront ce pansement, qui, surtout dans les. cas où la réaction lymphangitique péri-auriculaire sera intense, aura une action sédative marquée.
3° Émissions sanguines. — Si, malgré ces applications locales, les douleurs tardent à s’amender, vous pourrez essayer d’un traitement qui, pour vieux qu’il soit, n’en a pas moins dans certains cas une action calmante des plus nettes : appliquez de deux à quatre sangsues au devant du tragus.
3° Hygiène spéciale. — Dans tous les cas, recommandez au malade les précautions suivantes :
à. Gomme les mouvements de la. mâchoire exaspèrent ses souffrances, qu’il parle peu et surtout qu’il évite les mouvements de mastication ; il doit se nourrir exclusivement d’aliments mous ou liquides (lait, bouillon, potages, purées, œufs, crèmes, etc.) ;
b. Il évitera tout ce qui porte le sang à la tête : le vin pur, l’alcool, le séjour dans une pièce trop chaude lui sont également mauvais.
c. Il restera autant que possible à la chambre, et, s’il a de la fièvre, il gardera le lit.
4» Médication interne. — Elle trouve son indication lorsqu’il existe un état saburral de la langue ou un mouvement fébrile prononcé.
Dans le premier cas, un purgatif a une action dérivative et décongestionnante fréquemment suivie d’une atténuation des douleurs auriculaires.
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Dans le second cas, une ou plusieurs doses de quinine ou à.’antipyrine ont leurs effets habituels' sur la température, mais ne contribuent que faiblement, sinon pas du tout, à calmer les souffrances.
La levure de bière sera administrée dans les, cas sérieux ; on prescrira de prendre à chaque repas gros comme une noisette de levure, soit pure, soit délayée dans un peu de bière. Cette levure doit être très fraîche : elle se conserve deux ou trois jours en hiver, un jour seulement en été. Son administration sera prolongée pendant quinze jours, mais suspendue auparavant si elle provoquait de l’inappétence et de la diarrhée.
Telles sont les règles du traitement des furoncles du conduit auditif à la période phlegmoneuse ; elles diffèrent quelque peu de celles, qui sont suivies par la majorité des médecins. Aussi n’est-il pas inutile de placer en regard de ce qu’il convient de faire, ce qu’il ne faut pas faire.
Voici ce qu’il ne faut pas faire :
1° 'Ne pas faire d'incisions précoces. —. a) Elles sont extrêmement douloureuses et peuvent provoquer une syncope ; la souffrance provoquée par l’incision survit souvent à celle-ci et les douleurs spontanées éprouvées par le malade en sont souvent accrues pendant plusieurs heures; b) elles se font au hasard à un moment où l’on ne connaît exactement ni le nombre, ni le siège des furoncles en évolution ; c) elles sont inutiles , la furonculose étant une maladie en quelque sorte cyclique dont l’évolution n’est nullement modifiée par l’incision. Celle-ci ne trouve une indication que dans le cas spécial où la sténose concentrique du conduit s’oppose à l’écou-
lement du pus provenant d’une otite moyenne supurée concomitante et provoque des phénomènes de rétention dans la caisse : l’incision du furoncle provoque une saignée locale favorable à la décongestion et à l’affaissement au moins partiel et momentané des tissus.
T Ne pas faire d’injections. — a) Elles provoquent des souffrances ; b) le liquide ne peut pénétrer dans le conduit rétréci que si l’on y introduit l’extrémité de la seringue : de là le danger de provoquer des érosions qui favorisent les auto-inoculations ; c) elles n’ont pas raison d’être, puisque une injection est destinée à laver l’oreille et que, dans le cas présent, il n’y a encore aucun exsudât dans le conduit.
3° Ne pas appliquer de glace sur l'oreille, car elle est mal supportée.
4° Ne pas instiller dans le conduit des solutions susceptibles de servir de milieux de culture aux agents pathogènes , telles que laudanum, baume tranquille, huile de jusquiame, ou bien encore des solutions de cocaïne ou d’atropine qui sont sans action sur des téguments intacts.
B. Deuxième période {Période chirurgicale ). — L’abcédation du furoncle, son arrivée à maturité, est généralement signalée par une diminution des douleurs. Alors, de deux choses l’une : a) ou bien le ou les furoncles s’ouvrent spontanément, leur contenu s’écoule sur la mèche qui est plus ou moins imbibée de pus et les douleurs cessent complètement; b) ou bien celles-ci persistent, bien qu’atténuées ; le furoncle forme une saillie plus ou moins forte, plus ou moins molle et dépressible, recouverte d’une peau
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à peu près saine et sans tendance à l’ouverture spontanée immédiate. Dans ce dernier cas il n’y a pas à hésiter : vous avez affaire à un f oyer purulent qu’il faut ouvrir; de médicale, votre thérapeutique doit devenir chirurgicale.
Quand faut-il inciser ? — Sans retard, dès que vous avez constaté la collection du pus. Par ce moyen : 1° vous ferez cesser immédiatement toute douleur ; 2° vous préviendrez la formation d’un abcès pèriauriculaire , complication qui n’est pas exceptionnelle lorsque l’abcès du conduit tarde à se vider, ou se vide mal par un orifice spontané.
où fant»ii inciser? — Théoriquement, l’incision doit porter sur le point le plus saillant, c’est-à-dire sur le point où le pus a tendance à se faire jour de lui-même. Or il convient de remarquer : 1° que ce point saillant peut être masqué par le spéculum lorsque le furoncle est petit et siège à l’entrée du conduit ; 2° que la saillie localisée peut être nulle dans les furoncles profonds, les plus dangereux au point de vue des complications péri-auriculaires ; les téguments sont alors uniformément tuméfiés, tout en restant pâles et lisses.
Dans les cas ôù cette saillie fait défaut, vous devez inciser au point où le toucher avec le stylet détermine la douleur la plus vive ; car c’est là le siège du foyer furonculeux. Vous ne devrez jamais vous départir de cette règle de conduite, même dans les cas où, la tuméfaction à l’intérieur du conduit étant insignifiante, vous' constaterez un gonflement péri-auriculaire intense qui vous donnerait la tentation de faire une ouverture en ce point : c’est toüjours sur les parois
du conduit que doit porter l’incision, de même qu’il est de règle d’ouvrir toujours un phlegmon de la main sur la face palmaire, quelque intense que soit l’œdème de la face dorsale.
Comment faut-ilinciser ? — L’emploi d’un spécul um est d’ordinaire plus gênant qu’utile ; contentez-vous de dilater le méat à l’aide de tractions centrifuges exercées avec les doigts. Le bistouri doit être très mince de lame et très pointu : le furonculotome de
Fig. 51 bis.
Furonculotome de Hartmann.
Hartmann (fîg. 51 bis) réalise ces conditions ; à son défaut, un bistouri très effilé, un couteau de de Graefe peuvent rendre le même office.
La pointe du bistouri est enfoncée à la base de la saillie, le tranchant dirigé vers le centre du conduit; le furoncle, ainsi transfixé, est alors fendu de la base au sommet. Ce n’est donc pas une simple ponction qu’il faut faire, mais une véritable incision et la plus grande possible. La douleur provoquée par cette opération est violente, atroce : aussi ayez soin de faire bien maintenir la tête par un aide afin d’éviter tout mouvement involontaire de la part du patient ; ou bien, mieux encore, .faites étendre celui-ci sur son lit : il lui sera plus facile de garder sa tête immobile sur l’oreiller, et, d’autre part, la position horizontale préviendra les tendances lipothymiques ou syncopales qu’on observe parfois lorsque l’opération est faite dans la situation verticale.
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Les anesthésiques locaux, cocaïne, chlorure d’éthyle, mélange d’acide phénique et d,e menthol, etc., sont ici impuissants à prévenir la douleur. Quant à l’anesthésie générale, elle est inutile pour une intervention aussi rapide.
Le furoncle ouvert, il faut favoriser la sortie de son contenu, bourbillon et pus, à l’aide de pressions latérales exercées sur la base de la saillie avec un stylet-ou-avec le dos du bistouri. Ces pressions, plus douloureuses encore que l’incision, doivent être très douces ; si elles sont mal tolérées, mieux vaut s’en abstenir : le furoncle se videra seul, niais à la condition que les dimensions de son ouverture soient suffisantes ; c’est pourquoi nous recommandons de faire l’incision très grande.
C. Soins consécutifs. — Dans tous les cas, que vous ayiéz vidé le foyer ou que vous l’abandonniez à lui-même, appliquez le même pansejnent lmmide que précédemment; et renouvelez-le vous-mêfne quotidiennement les jours suivants.
Le premier effet de l’intervention sera un soulagement immédiat, la disparition complète des douleurs, puis la diminution du gonflement local et de l’empâtement péri-auriculaire. Mais, malgré cette amélioration évidente, surveillez de près ce qui se passe dans l’oreille : la fermeture prématurée du furoncle, l’inoculation d’un nouveau foyer favorisée par une antisepsie imparfaite du conduit, ramèneraient les souffrances primitives. Faites donc les pansements du conduit avec plus de soin que jamais : à chaque séance, videz la cavité du furoncle par des pressions latérales ; opposez-vous à la réunion précoce des lèvres de l’incision en les séparant avec un stylet
mousse ; si la suppuration ne se tarit pas rapidement, badigeonnez la cavité du furoncle avec un petit tampon de coton trempé dans la teinture d’iode ; enfin, si le point d’ouverture du furoncle devient le siège d’une granulation ou d’une fongosité saillante, touchez celle-ci avec une perle de nitrate d’argent ou d’acide chromique. Avant d’introduire une nouvelle mèche imbibée de solution antiseptique, nettoyez et séchez avec soin le conduit à l’aide du porte-ouate ; surtout abstenez-vous d’irrigations, car elles favorisent les auto-inoculations.
Le furoncle, ainsi traité, guérit rapidement. Dès que la suppuration est tarie, l’ouverture se ferme en vingt-quatre heures ; il ne reste, comme trace de l’abcès, qu’une petite élevure qui peut persister plusieurs jours, mais qui se distingue d’un furoncle encore en activité par l’absence de douleurs spontanées ou provoquées.
Si, malgré le traitement, les douleurs reparaissent, c’est : a) ou bien qu’il s’est développé un nouveau furoncle : vous devez alors recommencer le traitement de la première période ; 6) ou bien que l’incision s’est refermée avant l’élimination complète du contenu du furoncle : il vous faut alors rouvrir celuici avec le bistouri au même point.
La poussée furonculeuse étant éteinte, ne perdez pas de vue la possibilité d’une rechute : cessez les pansements humides ; mais prescrivez au malade de prendre matin et soir, pendant une huitaine de jours, un bain d’oreille de cinq minutes de durée avec de l’alcool boriqué à 1 /20 e ou de l’alcool sublimé à l/1000 e .
Pendant toute la durée de l’affection, il est une précaution capitale que doivent prendre, chacun de
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leur côté, le malade et le médecin : c’est d’éviter de transporter eux-mêmes avec leurs doigts ou leurs instruments les staphylocoques virulents en d’autres points du corps.
a. Le malade prendra garde de toucher à son oreille sous aucun prétexte, car il risque d’infecter l’extrémité de son doigt qui peut devenir le siège d’une tourniole ou d’un véritable panaris ; et il peut aussi transporter l’infection-dans l’autre oreille;
b. Le médecin aura soin de ne pas examiner l’oreille saine, qu’il doit surveiller, avec les instruments qui servent à l’oreille malade.