I. D’une part, dans les préjugés des malades
N’est-ce pas une opinion Communément répandue qu’une otite est une affection banale, qu’ont et que doivent avoir tous les enfants, à l’égal de la rougeole et de la coqueluche? et qu’une suppuration d’oreille doit être respectée comme un flux salutaire ? N’est-il
pas fréquent également qu’une otite soit prise pour un mal de dents et comme telle soit complètement négligée?
II. D’autre part, dans l’ignorance des médecins, auxquels on peut faire quatre reproches.
1° Ils tiennent l’otite pour une chose insignifiante , qui guérit presque toujours seule. Or c’est là une grossière erreur très répandue, et à laquelle l’auriste doit la réfutation que voici :
a. On peut faire là même réflexion à propos de toutes les maladies. Il n’en est guère qui ne puissent guérir seules, mais en laissant le plus souvent, il est vrai, des traces indélébiles ; n'est-ce pas le cas du panaris qui guérit de lui-même, mais après élimination d’une phalange? n’est-ce pas le fait de la syphilis qui guérit seule également, mais avec des dégâts considérables? En appliquant ce principe à la lettre, le médecin proclamerait sa non-rai-son d’être !
b. On s’exagère singulièrement la bénignité des otites ; on ne se rend pas compte : a) de la fréquence des accidents cérébraux otogènes que les praticiens rattachent si volontiers à d’autres causes ; la méningite tuberculeuse, en particulier, est là toute prête à endosser leurs erreurs et à les couvrir de sa réputation d’incurabilité ; 'fi) de la fréquence extrême des suppurations chroniques de l’oreille qui ont débuté par une phase aiguë et qui auraient guéri si elles avaient été convenablement traitées ; i) des surdités tardives post-Qtiliques qui ne deviennent manifestes que longtemps après la disparition des phénomènes inflammatoires, alors que malade et médecin ont oublié l’existence antérieure de l’otite.
2° Ils traitent , il est vrai, l’otite d’une façon quelconque, mais c’est uniquement pour la forme et
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sans s’apercevoir que leur thérapeutique est plus nuisible qu’utile;
3° Ils ne se doutent pas que Vantisepsie doit être appliquée à Voreille comme aux autres organes; en prescrivant le laudanum, la décoction de guimauve ou de pavot, les huiles, les baumes, ils ne réfléchissent pas qu'ils encrassent et infectent un conduit qui est à la veille de servir de drain naturel à une suppuration profonde.
4° Ils s’opposent à toute idée de paracentèse , se figurant que « crever le tympan » mène à la surdité.
B. — Principes nu traitement
Le traitement rationnel des otites moyennes aiguës a pour base la connaissance de leur pathogénie.
Presque toujours, l’otite moyenne aiguë est le résultat d’une infection du rlüno-pharynx , ayant elle-même pour origine une rhinite ou une pharyngite : l’infection se propage du cavum à l’oreille moyenne par l’intermédiaire de la trompe.
L’otite hématogène., décrite par certains auteurs, est exceptionnelle ; d’ailleurs, c’est presque toujours une otite interne, labyrinthique.
Le premier effet de cette infection tubaire ascendante est de provoquer de la part de la muqueuse de la caisse, èt parfois aussi de celle de l’aditus et de l’antre, une réaction de défense , qui se traduit par la formation d’un exsudât muqueux, séreux, hémorragique ou purulent. Cet exsudât ne trouvant qu’une issue insuffisante par la trompe, dont la lumière est plus ou moins rétrécie par la tuméfaction inflam-
matoire de sa muqueuse, s’accumule sous pression dans l’oreille moyenne.
De là deux conséquences :
1° Vapparition de douleurs, dues à la compression des filets nerveux de la muqueuse ;
2° Le refoulement des parois de la cavité en leurs points faibles : a) normalement, la paroi externe de la caisse, c’est-à-dire la membrane tympanique, est seule dépressible ; elle se laissé donc refouler et bombe du côté du conduit ; b) en cas de déhiscences anormales, le liquide s’infiltre dans les fentes .ou les orifices que présentent les parois, vers la cavité crânienne, la fosse jugulaire, etc. ; c’est un danger surajouté à ceux qui menacent le malade dans les cas normaux.
A ce moment, la membrane du tympan distendue cédé ou ne cède pas sous la poussée de l’exsudât.
A. Si le tympan cède, il en résulte un soulagement immédiat, mais qui n’est pas toujours durable. Cette perforation spontanée n’est en réalité qu’une fistule qui présente deux grands dangers :
1° En raison de ses dimensions restreintes, elle ne laisse sortir que le trop plein de la caisse sans remédier aux inconvénients de la rétention. Elle est, en outre, exposée à. se fermer prématurément avant l’évacuation complète de l’exsudât : de là, la réapparition des souffrances, qui reviennent ainsi par crises intermittentes.
2° Si par hasard la perforation est assez large pour, donner issue complète au pus, il n’en reste pas moins deux inconvénients à redouter : a) l'infection secondaire de la caisse par le conduit et le passage à la chronicité ; b) une grande lenteur d'évolution . et, comme conséquence, la dissociation des ossélets.
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des rétractions cicatricielles, l’épaississement définitif de la muqueuse, l’atrophie de la membrane, etc.
B. Si le tympan ne cède pas OU si la perforation tympanique est insuffisante, le pus fuse aux environs, comme dans tout abcès non ouvert, et produit des décollements. C’est alors qu’on assiste : a) au refoulement du périoste du conduit ; b) à l’envahissement clinique des cellules mastoïdiennes ; c) à la perforation de la mastoïde qui, selon qu’elle se fait en dehors, en avant ou en arrière, a pour conséquence un abcès sous-cutané, la chute.de \s. paroi postérosupérieur e du conduit, la formation d’une collection péri-sinusienne.
La sérénité du médecin n’est-elle pas encore trop- blée et sa confiance dans une guérison spontanée n’est-elle pas encore ébranlée? il n’aura souvent que peu de temps à attendre pour voir se produire, selon la direction dans laquelle s’est porté le pus, un décollement du cuir chevelu, un abcès du cou, une phlébite du sinus latéral, une méningite purulente.
Lorsqu’il aura assisté à cette évolution et qu’il aura compris la genèse de ces accidents, peut-être enfin sera-t-il convaincu que l’otite moyenne aiguë est un abcès qu’il faut ouvrir et ouvrir antiseptique ment ; que la règle de conduite à suivre vis-à-vis d’elle ne diffère pas de celle qui s’impose pour tout abcès; et que cette règle doit même être appliquée ici avec d’autant plus de rigueur que la région est plus dangereuse.
Les otites moyennes sont dues à des microbes de nature (pneumocoques, streptocoques, anaérobies, etc.)
et de virulence diverses, évoluant sur des terrains de résistance variée (rougeole, grippe, scarlatine et diphtérie associées, : etc-.) i rien de surprenant à ce que le tableau n’en soit pas toujours identique. Elles revêtent plusieurs formes d’où l’on peut faire ressortir trois types principaux :
1° L’otite moyenne aiguë catarrhale;
2° L’otite moyenne aiguë exsudative;
. 3°' L’otite moyenne aiguë purulente.
Bien que, au cours de leur évolution, ces variétés se transforment parfois l’une dans l’autre et que chacune puisse alors être considérée comme un degré plus avancé de la précédente; bien qu’au début d’une otite, il soit impôssible de prévoir comment elle évoluera' : cependant il y a intérêt pour l’étude à considérer ces trois types comme trois formes différentes. Elles s’individualisent, d’ailleurs, fréquemment en clinique, et, à part quelques règles générales de traitement qui leur sont communes, elles réclament chacune des soins particuliers.
D. — Prophylaxie des otites moyennes aigues
Elle est nécessaire à instituer ; elle est possible à réaliser : car l’otite est toujours précédée d’un premier acte morbide, rhinite ou pharyngite. Ce traitement prophylactique doit être envisagé à deux points de vue : a) suivant que l’imminence d’une infection tubaire oblige à, réaliser une prophylaxie d'urgence;, b) suivant qu’il s’agit de prévenir le développement d’une otite chez un individu prédisposé, en l’absence de tout accident pressant.
A. Prophylaxie à chaud. — Elle consiste dans le
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traitement de la rhinite ou de la pharyngite qui menace de se propager à la trompe et à la caisse.
Cinq indications sont à remplir pour prévenir le développement d’une otite.
1° Éviter tout refroidissement. — Un coup de froid sur un nez sain produit un coryza; un coup de froid sur un nez enrhumé engendre une otite, assez souvent. Si vous avez affaire à un adulte, faites-lui garder la chambre ; s’il s’agit d’un enfant, maintenez-le au lit aveedes bottes d’ouate autour dès' jambes, surtout si, lors de coryzas antérieurs, il y a eu menace ou réalisation de complications auriculaires.
2° Pratiquer l’antisepsie du nez et du pharynx :
a. Chez Y enfant, en introduisant quatre fois par jour, à l’aide d’une petite cuiller ou mieux avec une seringue nasale de Mar fan, la tête étant renversée en arrière*, cinq ou six gouttes de la solution suivante dans chaque narine :
Huile d’olives.50 grammes.
Menthol. 1 —
S’il y a de la pharyngite, faites badigeonner la gorge, trois ou quatre fois par jour, avec ùn pinceau imprégné de glycérine salolée à l/20 e .
b. Chez Vadulte, en prescrivant l’usage de la vaseline boriquée à 1/5® à laquelle on pourra ajouter un peu de menthol :
Vaseline.20 grammes.
Acide borique. 4
Menthol. . . . .. 0 gr. 10 centigr.
ou bien encore en faisant priser quatre ou cinq fois par jour une pincée de la poudre suivante : “
Acide borique.. 16 grammes.
Salol.. 4 —
Menthol... 0gr.2a céntigr.
Chlorhydrate de cocaïne. 0gr.50 centigr.
Si l’obstruction nasale est intense, conseiller, l’instillation, renouvelée toutes les trois heures, de quelques gouttes d’une solution de chlorhydrate de cocaïne à i/'100 e : la solution doit être fraîche et avoir été faite avec de l’eau bouillie.
Pour faire l’antisepsie de la bouche et du pharynx, on ordonne des gargarismes salolés; le malade peut les préparer extemporanément en versant dans un verre d’eau une cuillerée à café de la solution suivante :
100 grammes.
0gr.50
j ââ X gouttes.
Dans les cas où les phénomènes inflammatoires atteignent simultanément le nez, l’arrière-nez et le pharynx, on prescrit avec avantage des inhalations de vapeurs chaudes renfermant du menthol. A cet effet, on fait verser une cuillerée à café d’alcool mentholé à lfâ& dans un bol d’eau très chaude et l’on fait inhaler par le nez les vapeurs qui se dégagent du mélange à l’aide d’un bocalrhine Moura (flg. 52); l’inhalation doit durer dix minutes et être répétée toutes les quatre heures.
3° Prescrire un traitement général, consistant dans l’administration; .
a. D’une bonne dose de sulfate de quinine ;
b. D’un dérivatif, bain de pieds chaud ou purgatif, s’il y a ébauche d’embarras gastrique.
Alcool..
Salol. . . . . .
Saccharine ....
Teinture de vanille Essence de ménthe
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4° Ordonner une hygiène anrienlaire, c'est-à-dire :
a. Faire fermer l’entrée du conduit avec de la ouate, si le malade est obligé de s’exposer au froid ;
b. Éviter tout ce qui aurait pour effet de projeter dans la caisse par la voie tubaire quelque embolie de
mucosité septique venue du nez. A cet effet il faut :
1° recommander au malade de se moucher sans effort, en ayant soin de ne boucher qu’une narine à la fois; 2° proscrire toute irrigation nasale.
5° Isoler les otiliqnes.
— Des recherches cliniques récentes (Lermoyez) confirmées par des preuves expérimentales (Bezançon et Labbé), démontrent la cfintagiosité des otites moyennes aiguës. Aussi, lorsque dans une même famille, plusieurs enfants étant simultanément atteints de rougeole, de grippe, l'un d’eux vient à être pris d’otite moyenne aiguë, il importe, afin de sauvegarder l’oreille des autres, de l 'isoler, tout comme on le ferait s’il était atteint de bronchopneumonie secondaire.
B. Prophylaxie à froid. — Bien que le bénéfice ne s’en fasse sentir qu’à échéance plus lointaine, elle est non moins utile et souvent plus efficace. Elle consiste à traiter à froid tout individu atteint de lésions du nez, du cavum, du pharynx; car ce sont
Fig. 52.
Bocalrhine de Moura.
là des germes d’otites qui n’attendent, pour éclore, que la venue d’un coryza ou d’une angine qui les réchauffe.
a. Dans . le nez : recherchez et traitez la rhinite chronique; l’ozène, les éperons et les déviations de la cloison, mais surtout les queues de cornet hypertrophiées.
b. Dans le cavum : attaquez-vous aux végétations adénoïdes en faisant surtout un grattage soigneux des fossettes de Rosenmüller ; si vous ne savez les opérer vous-même, apprenez du moins à les dépister et à les reconnaître chez les individus, les enfants surtout, qui respirent la bouche ouverte et ne savent pas se moucher ; et chargez un spécialiste de tes enlever à froid. Cherchez à modifier et à guérir le catarrhe chronique de la voûte.
c. Bans le pharynx : enlevez les grosses amygdales et discisez les amygdales cryptiques.
Complétez votre traitement prophylactique en prescrivant diverses pratiques hydrothérapiques (tub, douches, etc.) ; l’usage de l’eau froide est le meilleur préservatif contré les rhumes.
C’est une otite qui se traduit anatomiquement par une simple hyperhémie de la muqueuse sans production appréciable d’exsudat. C’est la pins fréquente et aussi la moins soignée des otites moyennes aiguës. Elle ne tue jamais, il est vrai ; elle n’en est pas moins très dangereuse, car en raison de son insidiosité d’une part, de sa tendance aux récidives de l’autre, elle est une des causes les plus fréquentes de surdité.