I. — Calmer la douleur
Nous avons à notre disposition trois séries de moyens pour calmer la douleur, ce sont : a) les instillations intra-auriculaires ; b) les applications périauriculaires ; c) le traitement général.
A. Traitement intra-auriculaire. — Il consiste à instiller dans le conduit des solution analgésiantes. Mais tous les liquides qui possèdent des propriétés calmantes ne sont pas également bons à employer. On doit faire d’une pierre deux coups, et, tout en pensant au présent, tout en atténuant la douleur, songer à l’avenir en faisant l’antisepsie du conduit, afin que, si le tympan vient à s’ouvrir ou à être ouvert,la caisse communique avec un conduit aseptique qui ne puisse la surinfecter.
a. Ce n’est donc ni aux huiles calmantes, ni au baume tranquille, ni au laudanum que vous devrez vous adresser. Il n’y a guère qu’un mélange qui réponde à ces deux indications, c’est-à-dire qui.soit.à la fois analgésique et antiseptique, c’est la glycérine phéniquée ainsi formulée :.
Glycérine neutre anglaise .... 10 grammes.
Phénol absolu. -. 1 —
pour les adultes ; :chez les jeunes enfants, il faut employer une solution moitié moins forte, c’est-à-dire à 1/20. Toutes les quatre heures, faites tiédir une dizaine de gouttes de ce mélange dans une petite cuiller et versez-les dans le conduit que vous boucherez avec un petit tampon d’ouate non hydrophile.
L’innocuité d’une solution phéniquée aussi concen-
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trée peut paraître singulière : elle est réelle ; c’est une propriété de la glycérine d’enlever à l’acide phénique ses effets irritants et caustiques. Une solution aqueuse au même titre produirait infailliblement des eschares du conduit; si vous vouliez employer une solution dans l’eau, ce n’est plus à 1/10, mais à 1/100 qu’il faudrait la prescrire; encore faudraitil y ajouter une petite quantité de chlorure de sodium (1 p. 100), afin d’empêcher la macération de l’épiderme du conduit et de la membrane.
b. Si la douleur ne se calme pas, on peut essayer de provoquer une sédation passagère :
a. Soit en instillant dans le conduit une solution aseptique tiède de chlorhydrate de cocaïne h 1/5 faite avec de l’eau bouillie ou bien composée selon la formule suivante :
Eau phéniquée àu 100°.Î0 grammes.
Chlorhydrate de cocaïne. .... 2 —
Avant d’employer cette solution, il convient dé s’assurer que la membrane ne présente ni perforation ni éraillure par laquelle elle pourrait pénétrer dans la caisse et être absorbée : car, chez les enfants tout au moins, il y aurait danger d’accidents cocaïniques graves. .
р. Soit en donnant plusieurs fois par jour des bains d'oreille., d’un quart d’heure de durée, avec de l’eau bouillie salée aussi chaude qu’elle peut être supportée et qu’on renouvelle de minute en minute pendant la durée du bain.
с. A côté de ce qu’il faut faire, il est bon dé se souvenir de ce qu’îl faut ne pas faire. On doit s’abstenir de toute médication qui, traumatisant le tympan, augmenterait les souffrances du malade. Donc.:
a. Pas d'injections dans le conduit, ce qui serait d’ailleurs un non-sens, puisque, le conduit ne renfermant pas de pus, il n’y a pas lieu de le laver ;
(*. Pas de douches d'air par le nez , car elles ne manqueraient pas de produire une exacerbation des douleurs ;
y. Pas de nettoyage au porte-coton.
Ce traitement réussit d’ordinaire à calmer les souffrances dans les otites catarrhales aiguës légères.
B. Traitement péri-auriculaire. — Si les moyens précédents sont insuffisants, le médecin n’est pas désarmé : il.a trois modes de traitement à essayer successivement.
a. Prescrire d'abord des applications humides chaudes permanentes. On enveloppe le pavillon, la région mastoïdienne et même presque toute la moitié correspondante de la tête avec des compresses de tarlatane imbibées d’eau bouillie tiède ou un peu chaude, en ayant soin d’interposer une compresse humide entre le pavillon et l’apophyse pour éviter une compression douloureuse. On recouvre d’une feuille de taffetas chiffon pour empêcher l’évaporation, puis d’une couche d’ouate non hydrophile ; et on fixe le tout avec une bande de crépon. Ce pansement est renouvelé trois fois par jour.
b. Si ce traitement échoue, On a recours aux applications permanentes de glace. On remplit de glace grossièrement pilée un sac 4e caoutchouc en forme de haricot (fig. 53) qu’on applique sur la mastoïde soit directement,- soit en interposant un morceau de flanelle entre le sac et les téguments; on le recouvre d’une couche d’ouate et on le fixe à l'aide
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d’une bande. A défaut de ces sacs, un condom de baudruche rend le même service.
Il faut éviter : 1° dé laisser couler de l’eau glacée
Fig. 53.
Sac de caoutchouc pour applications de glace sur l’apophyse mastoïde.
dans le conduit, sous peine de provoquer une recrudescence des douleurs : le froid ne doit être employé qu’en application externe; à l’intérieur du conduit, on continuera à instiller la glycérine phéniquée chaude ; chaleur intus, froid extra, tel est le principe
qui doit nous guider; 2° de laisser non renouvelée la glace fondue, car alors il se produit une réaction extrêmement pénible.
Le traitement par la glace doit être continué tant qu’il procure un soulagement au patient : dès qu’il devient désagréable, il cesse d’être utile.
Parfois la glace n’est pas tolérée ; loin de soulager .. les douleurs, elle les aggrave ; c’est ce qu’on observe ; communément chez les rhumatisants ou bien quand il y a coexistence d’une angine aiguë.
c. On peut alors appliquer deux à quatre sangsues , au-devant du tragus, mais non sur la mastoïde. Il y a à cette préférence de lieu deux raisons : 1° la peau mastoïdienne doit demeurer intacte afin qu’on puisse éventuellement diagnostiquer une mastoïdite dès ses premiers signes ; 2° il ne faut pas qu’elle soit exposée à s’infecter dans le cas où l’on aurait ultérieurement à y intervenir.
Si les souffrances restent aussi violentes malgré ces diverses médications, y a-t-il lieu de faire une paracentèse du tympan? C’est certes un excellent moyen d’amener la diminution ou même la cessation des douleurs. Toutefois, dans le cas présent, tant qu’il n’y a pas de pus dans l’oreille, il faut tâcher de l’éviter : car, en ouvrant la caisse, on risque d’en déterminer la suppuration par une faute d’asepsie très facile à commettre.
C. Traitement général. — Au traitement local de l’oreille il faut adjoindre :
1° Une médication calmante; prescrivez les analgésiques, .par exemple 2 ou 3 grammes d’antipyrine par jour, auxquels vous ajouterez 1 gramme de sulfate de quinine dans le but de décongestionner
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l’oreille. Laphénacétine,àladose dé50centigrammes àl gramme, est également un excellent analgésique pour calmer les crises otalgiques. Surtout, faites dormir votre malade la nuit : souvent, le patient qui a pris quelques heures de sommeil se réveille soulagé. A cet effet, c’est au chloral que vous vous adresserez de préférence, tandis qu’au contraire vous vous abstiendrez de toute préparation opiacée qui, en provoquant une poussée de fluxion céphalique, accentuerait la douleur au réveil.
2° Une médication dérivative ayant pour but de décongestionner la tête à l’aide : a) d’un purgatif, mais d’un purgatif qui ne fasse pas vomir le malade, car les efforts nauséeux réveilleraient de vives douleurs auriculaires ; b) de bains de pieds chauds fréquemment répétés.
3° Des soins hygiéniques sévères : a) dans les cas bénins, le malade gardera l’appartement, surtout en hiver ; il usera d’une alimentation légère, d’où seront exclus le vin, le café elles liqueurs; qu’il ne fume pas, qu’il se garde de tout travail de tête ; enfin, pour éviter tout refroidissement local et le réveil des douleurs qui en serait la conséquence, qu’il se lave la figure à l’eau tiède et non à l’eau froide; b ) dans les cas graves , s’il a de la fièvre et de violentes douleurs, le malade gardera le lit, la tête un pets- haute, le cou libre, couché de préférence sur l’oreille saine, dans une chambre fraîche. On le mettra à là diète , tout en lui permettant des boissons chaudes, afin de provoquer la transpiration.
A ces différents moyens qui concourent.à diminuer les phénomènes inflammatoires, il faut ajouter l’antisepsie du nez et de la gorge qui doit être strie-
tement appliquée pendant et après les otites : car atténuer la cause, n’est-ce pas diminuer l’effet ?
Ise traitement étant ainsi institué, il va se passer de deux choses l’une :
1° Ou bien, en dépit des soins prescrits, on constate une aggravation ; les douleurs persistent et il se forme un exsudât séreux ou purulent : des indications nouvelles surgissent qui seront indiquées plus loin.
2° Ou bien il se fait une amélioration évidente ; les douleurs cessent en même temps que la membrane reprend son aspect normal; mais l’ouïe ne revient pas encore complètement : il reste alors à remplir la seconde indication, à rétablir l’audition.