III. — Prévenir les récibives
Le traitement prophylactique est ici bien plus nécessaire et aussi beaucoup plus efficace que dans les autres variétés d’otites . aiguës : a) parce que l’otite moyenne catarrhale est particulièrement sujette aux récidives ; b) parce qu’elle est presque toujours liée à l’existence d’une lésion nasale ou rétro-nasale dont le traitement peut seul prévenir •les poussées inflammatoires nouveUès d’otite. Les règles de cetté prophylaxie à froid ont été indiquées précédemment. •
THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALE
Cette variété d’otite aiguë présente comme caractère distinctif la formation dans la caisse d’un exsudai séreux ou séro-muqueux dû : a) soit à la nature primitivement exsudative de l’inflammation ; b). soit à une hydropisie ex vacuo consécutive à l’occlusion de la trompe d’Eustache.
C’est une affection fréquente qui. reconnaît deux causes principales : le coup de froid et la grippe. Si elle débute assez souvent a\ec tous les signes d’une simple otite catarrhale qui se transforme ensuite en otite exsudative, si parfois, quoique rarement, elle aboutit à l’otite purulente, il n’en est pas moins , vrai qu’en général elle s’individualise, et conserve pendant toute son évolution un type bien défini qui répond au schéma suivant. :
1° Subjectivement : a: Peu ou pas de douleurs, sauf au début qui peut être signalé, comme celui des autres variétés d’otites, par de vives souffrances ; à la période d’état, les douleurs se réduisent à quelques élancements en coups d’aiguilles, légers et intermittents; souvent.elles disparaissent complète-. ment.
b. Surdité-marquée et caractéristique,, car elle présentées modifications considérables et brusques d’un instant à l’autre ; les changements de position du liquide, la pénétration subite de l’air dans la caisse pendant l’action de se moucher ou par les mouvements de déglutition, expliquent ces variations subites.
2° Objectivement: a. Teinte rose ou rouge de la
membrane dont l’éclat est parfois si vif qu’elle prend l’aspect d’une plaque de cuivre rouge.
b. Ligne de niveau plus ou moins apparente selon la translucidité de la membrane et se déplaçant dans les mouvements d’inclinaison de la tête.
L 'examen otoscopique permet le plus souvent de résoudre les trois questions suivantes, dont la solution permet de prévoir dans une certaine mesure la résistance qu’offrira l’affection au traitement.
1° Quelle est Vabondance de Vexsudât ? Le siège plus ou moins élevé de la ligne de niveau l’indique.
2° Quelle, est la nature de Vexsudât ? Si la ligne de niveau Se déplace rapidement à chaque mouvement de la tête, et si par conséquent le liquide est très mobile, l’exsudât est séreux ; si la ligne de niveau ne change que lentement, paresseusement, de position, on en conclut que le liquide est épais et visqueux, que l’exsudât est muqueux.
3° Quel est le degré de perméabilité de la trompe d’Eustache ? Deux signes indiquent que l’air a pénétré largement dans la caisse au moment d’une politzérisation :
a. La ligne de niveau s’abaisse, parce que la caisse s’agrandit par refoulement de la membrane du tympan au dehors.
b. Des bulles d’air se mêlent au liquide et apparaissent derrière la membrane, sous l’aspect de taches rondes à contours noirs ou miroitants.
Le pronostic.est plus sérieux et le traitement plus utile encore que dans l’otite catarrhale : l’évolution varie d’ailleurs selon la thérapeutique employée. En général cependant, on peut dire que le pronostic est
relativement favorable, car, en l’absence de traitement intempestif (injections, paracentèse septique, instillations d’huiles et de baumes, etc.) la suppuration est exceptionnelle : il n’y a donc à redouter ni mastoïdite, ni accidents septiques, ni complications cérébrales. Sans doute, on peut observer à un moment donné des phénomènes dé méningisme dus à la compression du labyrinthe par un exsudât très abondant : mais ces phénomènes cèdent à une douche d’air.
Far contre, deux éventualités assombrissent le pronostic, ce sont :
1° La tendance à la chronicité. Elle est fréquente et s’observe surtout lorsque le début a été insi-. dieux ; à cet égard, mieux vaut une .otite aiguë à frigore qu’une otite survenant sournoisement au cours d’une affection chronique du nez ou de l’arrière-nez. Ici l’hygiène et la sagesse du malade jouent un grand rôle : si le patient commet des imprudences, s’il s’expose aux refroidissements, continue à fumer, néglige de se traiter, l’otite passe presque fatalement à l’état chronique.
2° La tendance aux récidives. La moindre faute d’hygiène, le plus léger refroidissement suffisent à ■ ramener l’affection, surtout chez les adénoïdiens dont les oreilles sont si susceptibles ; de là ces abonnements aux poussées saisonnières d’otites, survenant principalement au printemps et à l’automne, laissant chacune une trace de leur passage et aboutissant en fin de compte à la chronicité et à l’établissement de lésions indélébiles.
Ce sont là des points noirs qui doivent vous engager à faire des réserves sur l’avenir de votre malade. Soyez prudent vis-à-vis de vous-même. Faites le
bilan de ce que vous pouvez et de ce que vous ne pouvez pas lui assurer. Ne lui promettez ni une prompte guérison, ni l’absence de récidives, ni même la disparition complète de la surdité et des bourdonnements, car des adhérences peuvent survivre à 'la poussée aiguë. Mais promettez-lui par contre, s’il se soumet aux règles d’hygiène que vous lui prescrirez et si vous êtes en mesure d’appliquer un traitement convenable, qu’il ne suppurera pas et qu’il n’aura pas de complications. En ce qui concerne la durée du traitement, ne lui fixez pas une limite précise : prévoyez seulement un traitement particulièrement long s’il résulte de votre examen : a ) que le liquide est abondant et de consistance épaisse; b) que la trompe est peu perméable et que cettè imperméabilité résiste au traitement, car elle favorisera l’hydropisie ex vacuo de la caisse et la reproduction incessante du liquide.
Traitement. — L’indication capitale est de vider la caisse ; la médication sédative passe ici au second plan, à moins que la période initiale soit douloureuse, auquel cas il convient d’appliquer d’abord le traitement de l’otite catarrhale simple et d 'attendre, pour vider la caisse, que toute douleur ait disparu.
On vide la caisse par l’un des deux procédés suivants :
1° Par la douche d'air, aidée ou non de moyens accessoires tels que les applications résolutives et le massage.
2° Par une ouverture faite à la membrane.
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