I.—Évacuation de l’exsudât par la douche d’air
C’est en quelque sorte le pivot du traitement de l’otite moyenne exsudative.
1° Mode d’action. — Son mode d’action est complexe :
a. Elle soulage le labyrinthe en refoulant en dehors la membrane et la chaîne des osselets ;
b. Elle empêche la production de synéêhies entre la membrane et le promontoire ;
c. Elle supprime immédiatement la pression négative qui favorise l'hydropisie ex vacuo dans la caisse;
d. Elle étale l’exsudât sur toute la surface de la caisse et en favorise la résorption ;
e. Enfin elle chasse une partie de l’exsudât hors de la caisse par la voie de la trompe.
2° Technique. — La façon de la donner n’est pas indifférente. Si l’on compare à cet égard Je procédé de Valsalva, celui de Politzer et le cathétérisme, on arrive à cette conclusion que, dans le cas présent :
1° Le Valsalva est toujours contre-indiqué , car ce procédé ne permet pas d’insuffler l’air sous une tension suffisante ; il a, de plus, l’inconvénient de provoquer une stase veineuse céphalique et par conséquent une hyperhémie de l’oreille moyenne qui ne peut que favoriser la production de l’exsudât; enfin, il présente des dangers en cas d’athérome cérébral ou d’emphysème pulmonaire.
2° Le Politzer est indiqué (et, par conséquent, le cathétérisme est contre-indiqué) :
a. Si le malade doit se soigner lui-même ;
b. S’il est entre les mains d’un praticien inexpérimenté ; ’
c. Si le passage d’une sonde §st rendu difficile, même pour un auriste, par une atrésie des fosses nasales, par des réflexes pharyngiens violents, par l’âge ou la pusillanimité du malade.
3° Le cathétérisme est indiqué (et par conséquent le Politzer contre-indiqué) :
a. Si l’obstruction tubaire est unilatérale et surtout si la membrane tympanique du côté opposé est relâchée (danger de distension) ou perforée (fuite d’air empêchant l’aération de l’autre côté); ;
b. Si le Politzer est rendu impuissant par une sténose tubaire ou par une lésion du voile du palais.
Dans les cas douteux on doit toujours préférer le Politzer : a) parce qu’il est moins pénible, b) qu’il aère plus brusquement la caisse, c) qu’il permet enfin au malade de se soigner entre deux consultations.
Mais, quel que soit le procédé choisi, il convient de faire l’insufflation d’air avec me grande douceur , car le ramollissement des ligaments de la chaîne des osselets par imbibition rend le vertige très facile à produire.
3° Effet. — L’effet de la douche d’air se traduit par des modifications subjectives et objectives. Si l’air pénètre convenablement dans la caisse, on constate :
a. Subjectivement, un soulagement pour ainsi dire miraculeux bourdonnements, sensation de bouchon dans le conduit, autophonie, surdité disparaissent instantanément et comme par enchantement. C’est ici le triomphe du procédé de Politzer-
b. kl'acoumètre , une amélioration surprenante
de l’audition qui de quelques centimètres passe parfois à plusieurs mètres,
c. A Y auscultation, un bruit de claquement correspondant à la pénétration brusque de l’air dans la caisse et, immédiatement après, un bruit de râles humides plus ou moins abondants.
d. A Y examen au spéculum, un redressement de la membrane, qui d’enfoncée devient plane et parfois bombée ; la disparition du pli postérieur ; un
-abaissement plus ou moins marqué de la ligne de niveau du liquide épanché; enfin la présence dans : ce liquide de bulles d’air plus ou moins nombreuses.
Ce résultat brillant n’est malheureusement que . passager ; car la sténose tubaire persiste et ramène très vite la pression négative dans la caisse avee toutes ses conséquences : reproduction du liquide, enfoncement de la membrane, etc.
La douche d'air doit donc être répétée à inter- - valles d’autant plus rapprochés que ses effets sont plus fugaces. Lorsque ceux-ci ne persistent pas plus dé quelques heures,, la douche d’air .doit être donnée tous lesjours ; mais, dès que l’amélioration obtenue par la douche dure vingt-quatre heures, on ne répète plus celle-ci que tous les deux jours, puis tous les trois jours et enfin une fois par semaine, mais en continuant alors longtemps ce traitement . hebdomadaire.
4° Moyens adjuvants. — En cas d’échec de la douche d’air, administrée par lés procédés usuels, il ne faut pas renoncer immédiatement à faire diminuer la quantité de l’exsudât par les procédés simples. Avant de recourir au traitement chirurgical, il convient d’essayer divers moyens adjuvants.
Il en est quatre principaux :
'1° La manœuvre de Poiitzer, qui consiste à faire tenir la tête du malade penchée en avant et inclinée du côté sain pendant une ou deux minutes avant de donner la douche d’air ; de cette façon l’exsudât vient s’assembler par la pesanteur au niveau de l’orifice supérieur de la trompe, qui se trouve ainsi au point le plus déclive de la caisse. Sans changer la position du patient, on donne alors un vigoureux coup de poire; la chute dans le nez d’une petite quantité de liquide ou d’un peloton muqueux, coïncidant avec une amélioration instantanée des symptômes’otiques, montre que la caisse s’est vidée d’un seul coup. Cette manœuvre a surtout chance de réussir, dans les otites séreuses, à exsudât très fluide..
2° L’aspiration par la trompe, qui se pratique delà façon suivante. Portez dans le pavillon-tubaire un cathéter gros et très coudé : introduisez-le le plus profondémènt possible dans la trompe. Puis, adaptez au cathéter une poire de caoutchouc sans soupape, -dont le bec doit y entrer à frottement serré; cette poire a été préalablement comprimée. Laissez alors la poire se regonfler d’elle-même, tandis que le malade fait plusieurs mouvements de déglutition à -vide. La poire étant gonflée, retirez tout; et, avant de recommencer une nouvelle tentative, soufûezavec la poire dans le cathéter pour le nettoyer : souvent vous en ferez sortir un bouchon de consistance gélatineuse extrait de la caisse par ce moyen.
3° Les applications chaudes résolutives, faites Mîtes et extra sous forme : a) à'instillation dans le conduit de glycérine phéniquée chaude au vingtième, liquide ayant l’avantage d’antiseptiser le conduit en prévision d’une paracentèse future ; è) de compresses
THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALE
humides chaudes, recouvertes de taffetas chiffon et maintenues en permanence sur tout le pourtour dé l’oreille.
4° Le massage externe de Zaufal, à raison de trois séances par jour de cinq minutes de durée chacune, suivant les principes énoncés précédemment.
Ces moyens adjuvants sont les seuls dont l’emploi soitpermis, en raison deleurinnocuité. Les injections de solutions médicamenteuses (pilocarpine, iodure, vaseline, etc.) dans la caisse par voie tubaire, conseillées par quelques auteurs, sont dangereuses dans ■■ le cas présent : on doit s’en abstenir systématiquement, car elles peuvent : a) ramener les phénomènes aigus du début; è) surtout causer l’infection de l’exsudât et par suite sa transformation purulente.
IL — Evacuation de l’exsudât par la' paracentèse