DU TYMPAN
Lorsque l’application de ces procédés, dont le mode’d’action est indirect, n’a amené aucun résultat, il faut se décider à inciser le tympan. C’est le moyen le meilleur pour évacuer l’exsudât ; il amène la guérison à coup sûr et raccourcit beaucoup la durée de la maladie, mais à la condition que l’opération soit faite suivant les règles de F antisepsie la plus minutieuse.
La paracentèse présente en effet un inconvénient : et c’est cet inconvénient qui doit empêcher d’employer systématiquement dès le début, ainsi que certains auteurs le conseillent, un moyen aussi héroïque. Inciser la membrane, c’est jouer quitte ou double ; c’est offrir au malade de grandes chances de guérison en quelques jours, parfois en quarante-
huit heures : mais c’est aussi l’exposer au danger d’une infection secondaire de la caisse qui transforme l’otite exsudative en otite purulente. La paracentèse ne doit donc pas être systématique, elle doit être opportune.
A. Indications. — Dans l’otite exsudative aiguë, la paracentèse est indiquée :
1° Au bout de quinze jours , quand le traitement précédent n’a pas amené une diminution notable de l’exsudât et une amélioration durable de l’ouïe ;
2° Beaucoup plus tôt : a) si l’exsudât remplit toute la caisse et si l’air n’y pénètre pas du tout parla trompe ; b) si l’exsudât, même peu abondant, est très visqueux, car alors il y a peu de chance pour que la douche d’air réussisse à en provoquer l’évacuation.
B. Technique. — 1° Choix de l'instrument. — On
se sert d’une lancette ou d’un fin bistouri construit exprès pour cet usage. L’aiguille lancéolée, dite aiguille à paracentèse , est préférable, parce qu’il suffit de l’enfoncer directement dans la membrane pour qu’elle y fasse une ouverture relativement large, ses bords tranchants y pénétrant obliquement d’autant plus qu’on la pousse plus profondément ; avec la lame droite d’un bistouri, il faudrait, après avoir ponctionné la membrane, faire dans un second temps une véritable incision pour obtenir une ouverture suffisante. Goris a fait construire une aiguille en demi-fer de lance qui permet d’obtenir par une simple ponction une ouverture particulièrement large. Les lancettes à paracentèse sont parfois munies, au niveau du point où se termine
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chaque arête coupante, d’une saillie formant talon et destinée à empêcher la pointe de l’instrument de pénétrer trop profondément dans la caisse : c’est là une complication inutile et qui donne une assurance trompeuse. .
Une bonne aiguille à paracentèse doit présenter trois qualités principales :
a. Elle doit être finement aiguisée , sinon, au lieu
Fig. 54.
Manche à angle obtus.
de couper la membrane, on la déchire et on provoque ainsi une souffrance beaucoup plus vive ; comme sa pointe s’émousse facilement, il est sage de l’examiner à la loupe avant chaque paracentèse.
Manche en baïonnette contre-coudée.
-b. Elle.sera indépendante du manche sur lequel, elle sera fixée par une vis de pression (fig. 54 et 55), disposition qui permet de donner au tranchant de l’aiguille des inclinaisons variables, afin d’éviter l’obstacle apporté par l’épaule du malade, qui tend toujours à se soulever en un : geste instinctif de défense; à la disposition classique à angle obtus (fig. 56) on préférera la disposition en baïonnette . (fig. 57), en ayant toutefois soin que cette dernière
soit contre-coudée, pour que la pointe de l’aiguille se trouve sur le prolongement direct de l’axe du manche (Gellé) ; l’instrument se meut alors avec ■autant de sûreté et de précision que s’il était rectiligne, ce qui n’est pas le cas pour les instruments
Fig. 56. Fig. 57.
Aiguille a paracentèse Aiguille à paracentèse coudée à angle obtus, en baïonnette contre-coudée.
à. manche coudé à angle droit, dont le maniement est toujours .un peu gauche.
c. Elle doit être stérilisée : le meilleur moyen d’obtenir sa stérilisation consiste à la laisser séjourner pendant dix minutes dans du chloroforme, car l’ébullition ou le flambage l’émousserait à coup sûr. A cet effet, on se sert d’un flacon de chloro^ forme à large, ouverture, dans le fond duquel on a disposé une petite rondelle de feutre, ou, plus
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simplement, une forte couche d’ouate bien tassée,
• sur laquelle viendra reposer la pointe de l’instrument. Pendant le temps necessaire à la stérilisation de celui-ci, on procède à la • désinfection de l’oreille.
L’un de nous a fait construire un tube-étui dans lequel les aiguilles à paracentèse baignent au milieu du chloroforme et sont ainsi toujours aseptiques, prêtes à être extemporanément utilisées. Ce tube est fermé par un couvercle vissé, lequel porte à sa face inférieure de petites gaines à ressorts permettant d’y accrocher les aiguilles, curettes et autres instruments de petite chirurgie otique. Les instruments, à condition d’avoir été préalablement bien séchés, peuvent y séjourner plusieurs mois sans que leur tranchant soit altéré (fig. 58).
2° Désinfection du conduit.
—• C’est une précaution capitale qui a pour but d 'éviter Vinfection secondaire de la caisse. Elle est inutile lorsqu’on a fait verser depuis plusieurs jours de la glycérine phéniquée dans l’oreille. Elle est indispensable s’il n’y a eu aucun traitement antérieur, et, à plus forte raison, si l’on a fait des pansements sales au laudanum , au baume tranquille, à l’huile de jusquiame, etc. On
Fig. 58.
Tube du D f Lermoyez pour conserver les aiguilles à paracentèse aseptiques.
l'obtient au moyen des trois opérations suivantes qui s’appliquent à la désinfection de toutes les surfaces cutanées : a) savonnage de la conque et du conduit ; les parois de ce dernier sont frottées avec des tampons de coton montés sur des stylets ; b) lavage à l’alcool des mêmes parties ; c) bain du conduit avec une solution tiède de sublimé au millième, pendant dix minutes.
3° Anesthésie de la membrane. — Elle est difficile à obtenir, car l’épiderme du tympan n’absorbe pas, surtout quand il est eüftammé. Il y a cependant intérêt à essayer cette, insensibilisation, car c’est tout au moins un moyen de calmer l’anxiété du patient.
Après vous être assuré qu’il n’existe aucune éraillure par laquelle le liquide puisse être absorbé, en trop grande quantité, versez dans le conduit une dizaine de gouttes d’une solution tiède, et; récemment stérilisée, de chlorhydrate de cocaïne au cinquième, que vous laisserez séjourner dix minutes. Au bout de ce temps, l’effet, s’il doit se produire, sera obtenu.
Ce procédé d’anesthésie échoue si souvent qu’on s’est ingénié à chercher des méthodes d’insensibilisation du tympan plus efficaces.
, Bon ain) a proposé de placer pendant une minute au contact de la membrane un tampon de coton imbibé du mélange suivant :
Acide phénique neigeux.J
Menthol...y ââ 2 gr.
Chlorhydrate de cocaïne.-
formant un liquide homogène. Ce mélange permet