EXTRACTION DES OSSELETS
Cette opération a été surtout prônée par Kessel, Schwartze et Sexto-n. C’est la, plus avantageuse de toutes les interventions qu’on soit amené à pratiquer contre les suppurations chroniques de l’oreille : elle est inoffensive, si elle est bien faite ; ses résultats sont merveilleux, lorsque son indication a été bien saisie; elle exige un minimum de pansements consécutifs et ne laisse à sa suite aucune cicatrice; enfin elle peut guérir en quelques jours des suppurations datant de plusieurs années.
On enlève le marteau et l’enclume, mais jamais l'étrier.
A. — Indications et contre-indications
Indications. — lien est deux capitales. On enlève les osselets :
1° Pour supprimer la causé de la suppuration, si la carie est limitée aux osselets; car l’otite ne guérit qu’après l’élimination des osselets cariés. En les enlevant, on facilite le travail de la nature, on raccourcit la durée de l’affection et on diminue les chances de complications.
•2° Pour faciliter le drainage de l'attique et de l'antre; que les osselets soient sains , ou malades, peu importe, ils sont un obstacle à la sortie du pus; en les enlevant, on supprime la rétention dans l’attique et l’on met l’oreille dans de meilleures cônditions de guérison, même en cas de cholestéatome. On fera donc, l’ablation des osselets : a) si la perforation du tympan et surtout de la membrane de
Shrapnell est trop petite pour permettre un traitement sérieux des foyers d’ostéite pariétale ; b) si du pus ou du cholestéatome est retenu sous pression dans l’attique.
Naturellement on ne procédera à cette opération qu’après avoir essayé le traitement conservateur pendant un temps suffisant, qui variera de quelques ' semaines à plusieurs mois suivant les cas.
Contre-indications. — Elles sont relatives et discutables. Gette opération est :
a. Nuisible : si l’audition est bonne, comme cela se voit dans certaines petites perforations de Shrapnell, car elle abaisse notablement l’acuité auditive normale; dans ce cas, il convient de temporiser lé plus possible et de n’intervenir que si l’on a la main forcée par des accidents graves.
b. Inutile : a) s’il existe un cholestéatome étendu à l’attique et à l’antre avec suppuration fétide abondante ; si l'on constate une vaste carie pariétalé attico-antrale ; i) s’il y a des phénomènes cérébraux vagues, amendés ou non par les pansements, et faisant craindre une lésion de la table interne. Dans ces trois cas, en effet, l’ablation des osselets est impuissante à amener la guérison et fait perdre un temps précieux pour ne donner qu’une amélioration légère ; aussi vaut-il mieux évider immédiatement afin dé réduire âu minimum la durée de l’otite et l’ère des complications.
B. — Opération
Il faut d'abord enlever le marteau : a) parce que la carie de sa tête est la cause ordinaire des sup^
OTITE MOYENNE PURULENTE CHRONIQUE 8a
puratioas de Shrapnell ; b) parce que c’est l’osselet qui gêne le plus le drainage de l'attique.
Il faut toujours enlever aussi l'enclume : a) parce qu’elle est encore plus souvent cariée que le marteau ; b) parce que, serait-elle saine, une fois le marteau disparu, non seulement elle ne sert plus à l’audition, mais encore elle lui nuit en surchargeant l’étrier d’un poids mort ; c) parce qu elle gêne le drainage de laditus.
Il faut toujours respecter Vétrier :. a) parce que cet osselet n’est presque jamais carié; b) parce que, logé au fond de sa niche, il ne gêne le drainage d’aucune cavité; c) parce que, en l’enlevant, on ouvrirait le labyrinthe et l’on aurait par suite à redouter les accidents les plus graves.
Voies opératoires. — L’extraction peut se faire par deux voies :
1° Par le conduit. — C’est la méthode classique que nous allons décrire.
2° Par la voie rétro-auriculaire. — C'est la méthode de Stacké, qui sera étudiée à propos de l’évidement (voy. p. 126). Son emploi est exceptionnel ; on né l’applique que dans les cas fort rares où l’opération par les voies naturelles est impossible, par exemple si le conduit est normalement trop étroit et sinueux, ou bien s’il est rétréci par une exostose ou par une sténose fibreuse.
Mode d’anesthésie. — Au sujet du mode d anesthésie, les auteurs diffèrent d’avis. Certains recommandent l 'anesthésie locale , à l’aide d’un bain de cocaïne, en solution au cinquième, prolongé pendant
un quart d’heure. C’est un procédé médiocre qu’on n’emploiera que comme un pis-aller, quand le malade refusera le chloroforme, ou quand on ne sera pas installé pour l’administration de celui-ci. La cocaïne ne donne jamais une anesthésie complète; le malade souffre toujours plus ou moins; l’opérateur, gêné par ses mouvements, esLsouvent obligé de se hâter et de ne pas terminer soigneusement l’intervention. D’ailleurs, le cloisonnement habituel de la caisse met obstacle à la diffusion de la cocaïne : aussi faut-il plusieurs fois répéter l’anesthésie au cours de l’opération quand la sensibilité reparaît.
Le plus grand nombre des auristes préfèrent Y anesthésie générale; c’est, en effet, la vraie conduite chirurgicale, donnant toute tranquillité à l’opérateur. La chloroformisation doit être profonde et soigneuse, tout mouvement du malade incomplètement endormi pouvant amener des accidents opératoires (échappée sur le facial, etc.).- .
Personnel. — Il se rqduit à un aide pour donner le chloroforme et à un infirmier pour contenir le malade.
Instruments. — Nous nous contentons de les énumérer :
A. Instruments banaux : un ouvre-bouche, une pince à langue, des pinces à forcipressure pour le champ opératoire, une paire de ciseaux droits.
B. Instruments d'exploration : plusieurs spéculums d’oreille larges et longs ; des stylets fins à oreille; une pince coudée à mors sans cuiller, pour tamponner.