II. — Rétablir la perméabilité de la trompe
11 faut distinguer deux cas selon que la sténose tubaire est due : a) à une simple infiltration, à une tuméfaction catarrhale-, b) ou bien, l’affection étant plus ancienne, à une rétraction fibreuse par organisation d’un exsudât inflammatoire interstitiel.
Dans le premier cas, les moyens les plus simples, tels que la douche d air etle cathétérisme, joints aux instillations, réussissent habituellement.
Dans le second cas, ils échouent souvent : c’est là à peu près le seul signe qui vous permettra de distinguer les deux variétés de sténose ; alors, il faut s’adresser à la dilatation mécanique, au bougirage.
1° Douche d’air.- — Commencez, dans tous les cas, par administrer la douche d’air suivant le procédé de Politzer. Dans la première séance, vous aurez souvent de la peine à vaincre la résistance des parois tubaires gonflées et accolées : comprimez donc énergiquement la poire et recommencez à plusieurs reprises. En cas d’échëc, faites pour cette fois l’insufflation avec le cathéter ; le chemin de la caisse étant ainsi une première fais ouvert, la politzérisation se fera peut-être sans difficulté les jours suivants.
Au moment.de la pénétration de l’air dans la caisse, surtout lors de la première douche et en cas
d’obstruction tubaire ancienne, le malade ressent une violente explosion dans l’oreille ; immédiatement après, il accuse une amélioration de l’audition plus ou moins marquée, mais aussi plus ou moins éphémère.
Dans les cas favorables, la durée de l’amélioration va en augmentant après chaque douche; de quelques minutes ou de quelques heures qu’elle était au début, elle atteint quatre, cinq, six jours et plus. Dans les cas moins heureux, elle cesse bientôt de s’accroître et demeure désormais stationnaire. Parfois la membrane reste un peu enfoncée après l’aération : on peut alors provoquer une amélioration plus marquée de l’audition en raréfiant Vair dans le conduit au moyen du spéculum de Siegle ou du raréfacteur de Delstanche, immédiateoient après la douche d’air.
La politzérisation est renouvelée plus ou moins souvent, selon les résultats obtenus. Au début, on administre la douche chaque jour; puis, lorsque l’amélioration consécutive persiste plus de vingt-quatre heures, on la donne tous les deux jours, ultérieurement tous les trois ou quatre jours, enfin toutes les semaines jusqu’à ce que le bénéfice obtenu soit permanent : l’épreuve de l’ouïe sera le meilleur guide dans l’appréciation des résultats du traitement.
Comment la douche d’air agit-elle sur les lésions tubaires ? Probablement par une action analogue au massage, ou bien encore en favorisant la décongestion de la muqueuse de toute l’oreille moyenne. ;
2° Cathétérisme. — Il peut avoir l’inconvénient d’irriter la muqueuse de l’orifice tubaire et d’entre-
tenir ainsi son inflammatien. Aussi ne doit-on le pratiquer que dans deux circonstances :
a. Lorsque le procédé de Politzer, essayé à plusieurs reprises, échoue absolument, ce qui semble indiquer un rétrécissement serré de la trompe.
b. Si l’on veut agir d'une façon plus active sur la muqueuse tubaire, en profitant de la mise en place du cathéter pour instiller dans la trompe un liquide modificateur.
3° Instillations. — Ces instillations trouvent leur indication lorsque, en l’absence d’exsudat ou malgré la disparition de l’épanchement, la douche d’air ou le cathétérisme, pratiqué pendant une quinzaine de jours, n’a pas amené une amélioration durable de l’ouïe. En portant au contact de la muqueuse tubaire une substance modificatrice, on peut espérer la faire rétracter plus rapidement et rendre les trompes plus promptement perméables. Les solutions astringentes, en particulier la solution tiède de sulfate de zinc au dixième, conviennent à cet usage.
Ces instillations doivent être faites avec des précautions spéciales, car il importe que l’action du liquide se limite à la muqueuse tubaire et ne s’étende pas à celle de la caisse. La pénétration de la solution dans la caisse exposerait à une aggravation de la maladie. Pour l’éviter, il est deux procédés : 8 à 10 gouttes de la solution étant versées dans le cathéter préalablement mis en place (voy. t. I, p. 115) : a) on fait l’insufflation d’air avec la pression la plus faible possible ; b) ou bien, pour plus de sûreté, on fait pencher la tête en arrière et du côté correspondant à l’oreille malade et on laisse le liquide s'écouler de lui-même du cathéter dans la
trompe. Ces instillations sont répétées deux fois par semaine ; dans leur intervalle, on donne chaque jour la douche d’air.
4° Bougirage. — Lorsque les moyens précédents échouent, c’est vraisemblablement qu’il s’agit d’une sténose ancienne en voie d’organisation fibreuse et justiciable de la dilatation par les bougies (vov. t. I, p. 125). Quelques séances 'de bougirage suffisent parfois à rendre la trompe suffisamment perméable pour quensuite la douche d’air ou lé cathétérisme deviennent efficaces. On peut accroître l’action des bougies en les enduisant d’une substance médicamenteuse : teinture d’iode, nitrate d’argent au vingtième, etc.