‹ Thérapeutique des maladies de l'oreille. Tome secondChapitre 32 sur 52 · IL — TRAITEMENT DES SYMPTOMES · texte numérisé non relu

IL — TRAITEMENT DES SYMPTOMES

Il est trois symptômes principaux dont le scléreux demande à être soulagé : a) les bourdonnements, b) la surdité, c) parfois' las vertiges.

A. —■ Bourdonnements

La liste des médicaments proposés pour remédier aux bourdonnements qui accompagnent la sclérose est si longue que nous serons forcément incomplets. Sous cette richesse apparente se cache d'ailleurs une pauvreté réelle et navrante : les bourdonnements des scléreux représentent l’un des symptômes les plus rebellés de la pathologie auriculaire. On les modifie parfois ; mais rarement l’amélioration persiste.

Toutes les médications que nous allons énumérer ont des succès à leur actif : mais leur action est des plus infidèles; et tel moyen qui a réussi une première fois chez un malade, peut échouer totalement quelque temps après, ou bien rester constamment sans effet chez un autre sujet. Aussi peut-on se, demander si bien souvent ces succès isolés, qui ont fait prôner tant de médicaments aussitôt tombés dans l’oubli, ne sont pas'plus apparents que réels : les bruits subjectifs sont, en effet, sujets à des variations d’intensité spontanées qui peuvent faire illusion et ont sans doute plus d’une fois fait attribuer à l’action d’un médicament une amélioration passagère, qui en était absolument indépendante et n’avait avec le traitement suivi qu’un rapport de coïncidence.

A. Traitement local. — 1° Douche d'air et massage. — Les procédés dont on se sert pour ralentir la marche de la sclérose, les douches d’air et le massage, ont assez souvent en même temps une action modificatrice sur les bruits subjectifs : mais cette action

n’est pas durable. Ils changent momentanément les caractères de ces bruits, en diminuent l’intensité ou même les font cesser ; cette amélioration s’observe immédiatement après leur emploi, mais au bout de quelques secondes, de quelques minutes, de quelques heures au plus, les bourdonnements reprennent leurs caractères antérieurs.

Four amener un soulagement de quelque durée, il faudrait en renouveler fréquemment l’emploi, renouvellement que nous savons dangereux pour la marche du processus.

Le raréfaction, de l’air dans le conduit et le massage sont, en général, plus efficaces que la. douche d’air. On peut en laisser le soin au malade en prenant la précaution : 1° de lui indiquer le degré de force à employer s’il doit se servir d’une poire, ou de régler la course du piston à une faible longueur s'il se sert du masseur de Delstanche ; 2° de lui recommander de ne faire que deux séances quotidiennes pendant huit jours consécutifs au maximum, et de laisser ensuite l’oreille au repos pendant quatre jours au moins avant de recommencer les massages pendant une semaine, et ainsi de suite. Toutefois il n’est pas rare que le patient, dans un désir de guérison, dépasse la mesure du traitement indiqué et aggrave ainsi inconsciemment sa situation. Souvent de petites ecchymoses tympaniques témoignent d’une excès de raréfaction : aussi conseillons-nous de laisser le masseur de Delstanche aux mains de l’auriste et de ne confier au malade qu’un tube otoscope ,, à parois épaisses, à l’aide duquel il massera sans danger son tympan en faisant avec sabouche une série de mouvements inspiratoires et expiratoires. Cet auto-massage buccal est absolument inoffensif.

Lorsqu’au contraire le traitement des bourdonnements par le massage est appliqué par le médecin il semble y .avoir avantage à le pratiquer avec le moteur électrique, en donnant aux mouvements du piston une amplitude très faible, mais une rapidité très grande. On produit ainsi moins un massage que des vibrations dont on sait l'influence sédative sur le système nerveux. Il suffit d’une séance de cinq minutes tous les deux jours, en ayant hien soin d’interrompre immédiatement le traitement s'il provoquait la moindre aggravation des bruits subjectifs.

2° Applications calmantes. — On les fait par la trompe ou par le conduit.

a. Les insufflations de vapeurs calmantes dans la caisse ne sont guère plus efficaces que le simple cathétérisme ; on emploie les. vapeurs de ch loroform e, d’éther sulfurique, d’éther acétique, d’éther camphré, de bromure d’éthyle/de menthol, etc.

b. Dans quelques cas, on obtient un bénéfice de l'instillation de solutions calmantes dans la trompe ou dans le conduit auditif externe.

a) Dans la trompe, on pourra instiller quelques gouttes d’une solution d’hydrate de chloral à 1/1.00., de nitrate de pilocarpine à 1/200, de chlorhydrate de cocaïne à 1/50; avec cette dernière substance il faut être prudent, si l’on veut éviter des phénomènes d’intoxication : il convient de ne commencer que par trois gouttes et de n’augmenter la dose que progressivement en tâtant la susceptibilité du sujet.

P) Dans le conduit, Politzer conseille de verser des solutions glycérinées, surtout quand il est sec et sans sécrétion, ou bien encore plus simplement de badigeonner les parois du conduit cartilagineux

avec un pinceau trempé dans la solution suivante :

Teinture d’ambre ou teinture de valériane. 2 gr.

Ether sulfurique. \

Glycérine pure.12 —

3° Révulsifs. — Lorsque les médications précédentes ne donnent pas de résultat satisfaisant, on s’adresse à la révulsion.

a. La. cautérisation du bourrelet tubaire avec un tampon de coton trempé dans une solution de nitrate d'argent à 1/10 ou à 1/5, ou mieux avec une perle de nitrate fixée à l’extrémité d’un stylet, est un procédé qui donne souvent un soulagement momentané. Le bourrelet tubaire est accessible par deux voies différentes : a. parle pharynx nasal, h l’aide d’un stylet convenablement recourbé : l’opération nécessite l’application préalable d’un releveur du voile et le contrôle du miroir ; b. par les fosses nasales, après cocaïnisation des cornets inférieurs, afin que la muqueuse rétractée laisse un passage le plus large possible aux rayons visuels et au portecaustique. Si le bourrelet tubaire n’est pas nettement apparent derrière la queue du corne t inférieur, on fait faire au malade un mouvement de déglutition pendant lequel ce bourrelet devient momentanément plus saillant et laisse reconnaître son siège exact.

b. U introduction dans la trompe de bougies préa¬

lablement trempées dans la teinture d’iode, à titre de révulsion intra-tubaire et non dans le but de dilater la trompe qui est ordinairement large et très perméable chez les scléreux, a été préconisée par quelques auteurs. .

c. La cautérisation de la queue du cornet inférieur avec le galvano, son ablation quand elle est

hypertrophiée trouvent ici fréquemment une indication. Cette opération n’agit pas seulement comme moyen révulsif, elle amène une décongestion des

parties voisines et par conséquent du bourrelet tubaire

et de la trompe.

d. De simples badigeonnages du cavum avec des solutions excitantes amènent souvent une atténuation des bruits subjectifs, qui peut durer de quelques heures à plusieurs jours’; on emploiera soit une solution iodo-iodurée à 1/20, soit le mélange suivant :

Alcool camphré.

Glycérine. '. . .

Tannin.

aâ 10 gr.

Ce badigeonnage sera renouvelé deux ou trois fois par semaine.

e. La révulsion sur l'apophyse mastoïde était fort en honneur autrefois. Elle a une certaine efficacité lorsque les bruits subjectifs sont d’apparition récente ou lorsque des bourdonnements anciens subissent tout à coup une vive recrudescence. A ce moment, des pointes de feu, des frictions excitantes, des pulvérisations d’éther ou de chlorure d’éthyle sur l’apophyse peuvent avoir une influence favorable : frictions ou pulvérisations sont renouvelées deux ou trois fois par jour. Les frictions se font avec un tampon de flanelle imbibé d’un liquide alcoolique quelconque, par exemple avec i’ün des deux mélanges suivants :

Alcoolat de genièvre.- .

- de mélisse.j aa 25

OU

• Baume de Fioraventi.

Alcoolat de romarin. j aa 0 gr.

Ammoniaque liquide. ...... 2

f. Le massage des régions péri-auriculaires peut être rapproché de la révulsion ; il est conseillé par Michael (de Hambourg), non plus, comme dans l’otite aiguë, pour favoriser la résorption des exsudats, mais dans le but d’éveiller des actions réflexes : il doit porter sur le domaine du trijumeau et consister principalement en effleurages et en tapotements effectués sur le front et sur le tragus du côté de l’oreille malade.

4° Electricité. — L’électricité, appliquée selon la méthode de Brenner (voy.t. I, p. 155), sous forme de courants continus, dans des séances de dix à vingt minutes répétées deux ou trois fois par semaine, calme d’ordinaire les bruits subjectifs, mais d’une façon tout à fait transitoire. Quelle que soit la fréquence ou la durée des séances d’électrisation, l’effet ne devient jamais plus durable. Ce n’est pas encore §ur ce moyen qu’il faut compter pour débarrasser définitivement le malade de ses bourdonnements.

5° Bruits objectifs. — On peut en dire autant des tentatives qui-ont été faites pour traiter les bruits subjectifs par l’application du pied d’un diapason en vibration sur l’apophyse mastoïde ou à l’entrée du conduit, par un usage particulier du phonographe ou du téléphone. Pendant la durée de l’expérience et pendant les premiers instants qui suivent, les bruits subjectifs sont très atténués ou cessent complètement ; au bout de quelques secondes ou de quelques minutes au plus, ils reparaissent avec leur intensité première.

Ainsi que la surdité, lus bourdonnements subissent parfois une aggravation au lieu d’une atténuation sous, l’influence du traitement .local : il faut

alors cesser toute - médication locale et recourir au traitement général.

B. Traitement général. — Il est médicamenteux ou hygiénique.

1° Traitement médicamenteux. — Il s’adresse à l’élément .nerveux qui joue ici un rôle de premier ordre.

. Le bromure de potassium , seul ou associé aux bromures de sodium et d’ammonium, trouve particulièrement son indication lorsque les sensations subjectives augmentent sous l’influence des excitations nerveuses, gênent le sommeil et s’accompagnent de céphalée. On le donne à la dose quotidienne de 1 gr. 50 à 3 grammes. Le bromure de camphre, l’hyoscyamine Sont indiqués dans les mêmes conditions.

La teinture d'aconit Se prescrit pure, à la dose de 8 à 12 gouttes, oubien mélangée à un sirop dans la proportion suivante :

Teinture de. racines d’aconit. 3 gr.

Sirop d’écorces d’oranges ...... 300 —

Une cuillerée à café trois fois par jour, de préférence après les repas.

La teinture d’arnica, l’extrait fluide de cimicifuga racemosa, prônés par quelques auteurs à la dose dé 20 à 30 gouttes par jour, se montrent le plus souvent absolument impuissants à modifier en quoi que ce soit les bourdonnements.

L ’acétanilide nous a donné quelques bons résultats •

Acétanilide.

Extrait dé valériane.

0 gr. 10 q. s.

pour une pilule; prendre de 2 à 4 pilules par jour.

Dans les cas rebelles ôn essaiera tour à tour la phénacétine, le bromidia, le valérianate d'ammoniaque. Lorsqu’ils sont efficaces, ces divers médicaments n’ont d’ailleurs qu’une action éphémère qui ne survit pas à l’interruption du traitement : pour éviter l’accoutumance, il faut cependant suspendre souvent l’usage du médicament qui soulage le malade et réserver son emploi pour le moment où les bruits subjectifs redoublent et sont le plus gênants.

Lorsque les bruits subjectifs augmentent pendant ou après les repas, lorsque des troubles digestifs, semblent être la cause de cette exacerbation, il faut prescrire un régime approprié et y ajouter soit quelques gouttes amères de Baume, soit- la teinture de cannabis indica h la dose de 10 à 20 gouttes.

Les dérivatifs sur l'intestin sont indiqués chez les goutteux, les arthritiques, les pléthoriques : ceux-ci se trouveront bien d’une saison à Vichy, à Royat* à Chatel-Guyon.

Les bains tièdes prolongés et fréquemment renouvelés ont une influence favorable en cas d’éréthisme nerveux. Les douches tièdes sur la colonne vertébrale agissent heureusement dans ces conditions.

Les bains d'air comprimé, qui décongestionnent la tête et stimulent les fonctions respiratoires, procurent un soulagement au moins momentané : ils sont cependant contre-indiqués en cas de relâchement et de ramollissement du tympan.

Dans les cas ou les bruits subjectifs sont si intenses, si persistants, qu’ils causent une insomnie prolongée, affectent le moral du malade et le poussent au suicide, comme cela s’est vu parfois, ■ les

injections sous-cutanée^ de morphine peuvent se trouver indiquées.

Enfin, est-il besoin de dire que si le patient présente une affection organique du cœur, des reins, etc., on pourra indirectement améliorer ses bourdonnements en insistant sur le traitement rationnel sévère de ces lésions? C’est ainsi, pour n’en citer que quelques exemples, qu’on soulagera nettement l’oreille bourdonnante par la digitale chez les mitraux, l’opium chez les aortiques, le lait chez les brightiques, le fer chez les chlorotiques, etc. C’est surtout en Ces circonstances que le médecin doit reparaître chez l’auriste.

2° Traitement hygiénique. — Lorsque le traitement médicamenteux reste sans effet, comme c’est par malheur souvent le cas, il est du moins quelques précautions hygiéniques qui peuvent contribuer au soulagement du malade.

Les bruits extérieurs augmentent-ils l’intensité des bourdonnements, il. faut prescrire le repos acoustique, la vie a la campagne, l’isolement.

Lorsqu’au contraire ces bruits n’influencent pas les bruits subjectifs ou les masquent, on recommandera le séjour dans une grande ville ou le bruit de la rue couvre les bourdonnements et les fait passer inaperçus.

Il faut signaler au malade et lui conseiller d’éviter tout ce qui est susceptible d’accroître l’intensité des bourdonnements : les émotions, les fatigues intellectuelles ou corporelles, les excès vénériens, l’usage des boissons excitantes, des spiritueux, du café ou # du thé fort, le séjour dans une atmosphère chargée de fumée dé tabac.

Le changement d’air et de climat peut, à lui seul, avoir une influence heureuse ; le séjour dans des contrées de grande altitude est particulièrement bienfaisant : c’est là qu’en général les malades se trouvent le mieux. Par contre, le bord de la mer doit être absolument interdit.

B. — Surdité

A. Certains malades demandent à être soulagés, au moins momentanément, pour quelques heures ou quelques jours, de leur surdité : on y arrive parfois au moyen du bougirage, ou par l’instillation dans la caisse de solutions irritantes, pàr exemple de quelques gouttes de sulfate de zinc à 1/300, de soude caustique à 1/200, ou d’acide acétique à 1/100.

Les phénomènes irritatifs ou même inflammatoires provoqués par le contact de ces liquides avec la muqueuse de la caisse s’accompagnent d’ordinaire d’une augmentation du pouvoir auditif : mais dès que la poussée irritative s’éteint, l’audition baisse de nouveau et parfois à un degré inférieur à celui qu’elle présentait auparavant. Il ne faut donc pas laisser ignorer au malade les effets nuisibles que l’emploi de ce moyen peut avoir dans la suite.

B. Urbantschitsch a proposé d’appliquer chez les scléreux la méthode des exercices acoustiques dont il a obtenu des effets si remarquables chez les sourdsmuets : c’est un moyen de réveiller l’activité endormie du nerf auditif et de le rendre plus sensible à l’action des vibrations sonores qui lui parviennent pins ou moins affaiblies.

Il y a là toute une technique dont la description

ne saurait prendre place ici (voy. Surdi-mutité, t II p. 329).

C. Nous avons indiqué dans un précédent chapitre (voy. 1.1, p. 167) les divers appareils prothétiques qui ont été imaginés pour permettre aux sourds, en particulier aux scléreux, de mieux entendre.

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