‹ Thérapeutique des maladies de l'oreille. Tome secondChapitre 35 sur 52 · I. — LABYRINTHISME · texte numérisé non relu

I. — LABYRINTHISME

Les symptômes en sont les mêmes que ceux des labyrinthites : toutefois, le plus souvent, à part les cas où l’hystérie intervient, les vertiges et les bruits subjectifs dominent la scène, la surdité restant au second plan. C’est surtout par l’existence: h’une cause aisément perceptible qu’on fait le diagnostic de labyrinthisme. Cette cause doit être cherchée : a) dans l’oreille elle-même; b) dans des organes éloignés; c ) dans l’état général. Il est essentiel de la connaître, la thérapeutique devant être avant tout pathogénique.

A. — Labyrinthisme de cause locale

Deux ordres de causes peuvent entrer en jeu : a) celles qui augmentent la pression intra-labyrin-

thique ; b) celles, qui provoquent des troubles circulatoires.

; a. C’est presque toujours à une augmentation de la pression inlra-labyrinthique que sont dus les signes. de labyrinthismé. Cette augmentation se produit, le plus souvent, par l’intermédiaire d’un enfoncement anormal de l’étrier, dont la cause doit être recherchée dans l’action de l’àir, d’un liquide pathologique ou médicamenteux, d’un corps étranger.

b. Les troubles circulatoires sont surtout représentés par la congestion active du labyrinthe qui accompagne assez souvent les inflammations aiguës de la caisse.

La cause de compression, étant trouvée, l’indication est de soulager le labyrinthe par le moyen le plus simple.

Un bouchon de cérumen qui refoule la membrane et par conséquent la chaîne des osselets en dedans, sera enlevé à l’aide d’une injection faite sous la pression la plus faible possible, afin de ne pas exagérer momentanément l’enfoncement de l’étrier et par conséquent les phénomènes labyrinthiques.

Si les vertiges et les bourdonnements sont provoqués par les irrigations que nécessite une suppuration de l’oreille, on modérera la force du jet, ou on les remplacera par des nettoyages à sec.

L’enfoncement de la membrane dû à un rétrécissement de la trompe (catarrhe, sténose) et par conséquent à la raréfaction de l’air dans la caisse, cède à la douche d’air donnée par le procédé de Politzer ou par le cathétérisme ; du même poup disparaissent les symptômes labyrinthiques.

Le coliapsus, l’atrophie de la membrane favorisent

souvent son brusque enfoncement au moment d’un mouvement de déglutition, d’un bâillement, qui provoquent une raréfaction de l’air dans la caisse • il peut en résulter un accès soudain de vertige. Là encore il suffit de remettre la membrane en place à l’aide d’une insufflation d’air dans la caisse, ou d’une aspiration faite dans le conduit avec le spéculum de Siegle ou le raréfacteur de Delstanche. Aux malades sujets à cet accident, on apprend à se servir d’un tube de caoutchouc qu’ils portent constamment sur eux et avec lequel ils aspirent eux-mêmes leur membrane avec la bouche.

Le même moyen trouve son indication dans le cas où les accidents de labyrinthisme sont attribuables à un spasme du tenseur , dû à de l’otalgie ou à une sensatioifeacoustique intense et pénible.

Si la compression labyrinthique est due à une rétention intra-tympauique, on agira différemment suivant que la caisse sera pleine : a de sécrétions (sang, sérosité, pus) accumulées sous pression — la paracentèse est alors le moyen héroïque ; b de fongosités — c’est un curettage qui est indiqué ; c d’un cholestéatome tuméfié par imbibition — un bain déshydratant d’alcool absolu réduira son volume et fera cesser la compression qu’il exerce.'

L’étrier est-il enfoncé et fixé dans cette position vicieuse par une ankylosé des gros osselets, on extraiera le marteau et l’enclume.

Dans les cas où l’étrier lui-même est ankylosé* on a proposé de ponctionner la membrane de la r fenêtre ronde, opération qui n’est du reste pas encore entrée dans la pratique (Botey).

S. — Labyrinthisme de cause éloignée

Il est imputable à des causes de nature circulatoire, réflexe ou toxique.

L’anémie du labyrinthe peut être : à) aiguë , comme à la suite d’une hémorragie grave ou chez les individus séjournant momentanément dans l’air comprimé (cloche à plongeur) ; b) chronique , comme on l’observe dans la chlorose, chez quelques artérioscléreux, au cours de certaines affections cardiaques. Dans des cas où l’on n’a pas trouvé nettement la cause de cette anémie, on a cru pouvoir incriminer une thrombose du tronc de l’artère auditive interne, dont la distribution est exactement limitée au labyrinthe, ou encore une névrose spéciale du sympathique, un angiospasme localisé à l’oreille interne.

À part les cas où ces deux dernières conditions sont réalisées, l’anémie n’est pas circonscrite à l’oreille et il y a simultanément des symptômes d’anémie cérébrale ; mais la même médication peut s’adresser aux deux ordres de phénomènes, labyrinthiques et cérébraux, sans qu’on ait à démêler la part respective des deux organes dans les accidents observés.

Au moment des accès vertigineux, le nitrite d’amyle, qui est un congestionnant puissant des vaisseaux d^ la. tête et de l’oreille interne, trouve son indication. L’inhalation de quelques gouttes de ce médicament procure au malade un calme de quelques heures ou même de quelques jours, en cas de crises subintrantes ou d’état vertigineux persistant : mais le plus souvent son action n’est que passagère. En

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outre, l’accoutumance au médicament est rapidepour peuqu’on en renouvelle souventl’emploi, la dose doit en être progressivement augmentée ; de deux gouttes, qui peuvent suffire au début, il faut bientôt, pour obtenir le même effet, monter à X, XV ou XX gouttes : c’est là un inconvénient qui doit faire réserver l’emploi du médicament aux phases d’accès.

On le vend en ampoules de verre teinté,fermées à la lampe : on brise l’ampoule et l’on verse V ou VI gouttes de son contenu sur un mouchoir qu’on place sous les narines du malade. Instantanément le visage de celui-ci rougit et se congestionne ; les temporales battent avec force ; en même temps, la tête se dégage et devient plus légère ; les bourdonnements diminuent ou cessent momentanément ; l’acuité auditive augmente. La réaction congestive ne dure qu’une minute : mais le soulagement qu’elle amène est parfois un peu plus durable, sans toutefois être très persistant.

Dans l’intervalle des accès, on préférera la trinitrine qui est également un agent vaso-dilatateur et dont l’action est moins rapide, mais l’effet plus durable (Lermoyez). On la prescrit d’après la formule de Huchard :

Solution alcoolique de trini-

trine à 1/100°...XXX gouttes

Eau distillée. .. 300 gr.

On fait prendre d’abord trois cuillerées à dessert par jour de cette solution; puis on élève peu à peu la dose à trois cuillerées à soupe : le traitement est suivi pendant vingt jours consécutifs par mois et suspendu pendant les dix jours restants.

A cette médication on associera le traitement

pathogénique de l’anémie labyrinthique, si l’on en découvre la cause : aux anémiques on ordonnera une bonne nourriture, les préparations de fer et de quinquina, le séjour à la campagne, l'usage modéré de boissons alcooliques ; aux artério-scléreux on prescrira le régime lacté et de petites doses d’iodure de potassium pendant un temps prolongé ; aux cardiaques ôn fera prendre du lait, de la caféine, de la digitale, etc.

L’hyperhémie du labyrinthe est certainement plus fréquente que son anémie : c’est à elle qu’il faut rapporter les symptômes labyrinthiques passagers qu’on observe dans certaines otites moyennes aiguës, surtout dans celles qui éclatent au cours des maladies infectieuses (fièvre typhoïde, scarlatine, etc.), les vertiges des congestifs (hémorrhoïdaires, femmes à l’âge de la ménopause), ceux des goutteux dont les accidents labyrinthiques disparaissent quand se déclare une fluxion articulaire, ceux des ouvriers sortant brusquement d’une cloche à air comprimé.

Il n’est pas toujours facile de savoir si l’on a affaire à une hyperhémie ou à une ischémie de l’oreille interne, les symptômes, vertiges, bourdonnements, surdité étant les mêmes dans les deux cas. On se guidera : 1° sur Vinfluence de la position de la tête et du corps : en cas d’anémie, contrairement à ce qui se passe en cas de congestion, les symptômes labyrinthiques s’atténuent dans la position horizontale ; 2° sur les modifications de l'image tympanique : en raison des anastomoses qui unissent la circulation labyrinthique à celle de l’oreille moyenne, on peut préjuger de l’état de congestion ou d’anémie du labyrinthe d’après le degré de congestion ou

d’anémie concomitante du conduit et du pavillon •

3° sur Y effet de la. douche d'air : en cas d’hyperhémie, elle aggrave les symptômes auriculaires; 4°sur l 'influence des boissons alcooliques : elles augmentent les troubles auditifs d’origine hyperhémique et atténuent ceux qui sont dus à une anémie; 5° sur les résultats de l'épreuve du nitrite d'amyle, élément de diagnostic de beaucoup préférable aux précédents qui sont des plus infidèles ■ (Lermoyez) : au lieu de produire la sédation que nous avons signalée précédemment chez les ischémiques, en cas d’hyperhémie l’inhalation de cinq ou six gouttes du médicament provoque qn vertige passager, un sentiment de constriction au niveau des tempes, un abaissement du pouvoir auditif, en même temps qu’un accroissement . des bourdonnements qui prennent un caractère pulsatile.

En face de troubles labyrinthiques d’origine nettement congestive, on prescrira tout d’abord un purgatif drastique, on placera trois ou quatre sangsues sur l’apophyse mastoïde, on instituera le régime lacté ; accessoirement, on donnera des bains de pieds chauds ou sinapisés et l’on fera des frictions révulsives sur l’apophyse mastoïde. Â l’intérieur on prescrira le sulfate de quinine (voy. plus loin), car c’est un décongestionnant de l’oreille, ou bien des médicaments vaso-constricteurs, tels que les bromures ou l’ergotine.

La cause des crises congestives doit être recherchée et combattue le plus énergiquement possible : aux goutteux on administre le colchique sous forme de vin ou de teinture ; aux hémorroïdaires on place des sangsues à l'anus; aux cardiaques on prescrit la digitale, etc.

L’intoxication du labyrinthe par le tabac, la quinine, le salicylate de soude, l’oxyde de carbone, l’alcool, les sels de plomb, guérit le plus souvent par la simple suppression de la cause : celle qui résulte parfois d’une chloroformisation, peut être malheureusement beaucoup plus durable.

On peut rapprocher des intoxications de l’oreille interne certains vertiges brightiques, paraissant dus non pas à une hémorragie.intra-labyrinthique, comme cela s’observe parfois chez ces malades, mais a une simple irritation des terminaisons nerveuses de l’acoustique par des produits toxiques accumulés dans le liquide labyrinthique : dans ces cas, le régime lacté suffit le plus souvent à faire disparaître les troubles auriculaires.

Peut-être aussi faut-il rapporter à une toxémie les vertiges des dyspeptiques , autrefois considérés comme vertiges réflexes : quelle que soit la pathogénie des accidents, il n’en est pas moins vrai que certains de ces vertigineux sont réellement améliorés par le traitement de leurs troubles gastriques ou intestinaux (régime, cure thermale).

L’hyperesthésie auditive, qui semble être le plus souvent un phénomène cérébral, mais dont le développement est favorisé par un grand nombre de maladies de l'organe auditif, peut s’accompagner de bourdonnements et de vertiges. La douleur déterminée dans ces cas par la perception des impressions sonores (ouïe douloureuse) amène un spasme du tenseur du tympan qui provoque tous les effets des compressions labyrinthiques : sous la menace constante de vertiges, le malade fuit le Ijruit qui l’étourdit et le fatigue, n’ose s'aventurer seul dans la rue

où il craint de tituber, redoute l’isolement et le silence où il est poursuivi par des bruits subjectifs affolants, et passe son existence dans un état d’émotivité et d’anxiété: des plus pénibles.

Une amélioration ne se produit que lorsque, à la longue, sous l’influence d’altérations trophiques du labyrinthe, une surdité totale se substitue à l’hyperacousie. L’indication thérapeutique est double :

1° Parer a l'hyperesthésie labyrinthique en empêchant l’accès à l’oreille interne des ondes sonores : à cet effet, on bouche l’entrée du conduit avec un tampon d’ouate enduit de vaseline, avec de la cire à modeler, ou bien encore avec un appareil spécial qui doit à ses fonctions sa dénomination d’ antiphone, et qui demande à être exactement adapté aux dimensions du conduit.

Il faut observer que, si ces procédés mettent un • obstacle à l’accès des ondes sonores par la voie aérienne, ils n’empêchent pas la transmission parla voie osseuse, et qu’en cas d’hyperesthésie du nerf auditif, la perception des vibrations ainsi transmises est accrue par l’obstruction du conduit. A celle-ci il faudrait donc, pour que le traitement fût efficace, ajouter l’enveloppement de la tête entière dans un pansement ouaté, précaution qui n’est réalisable qu’en cas d’accidents passagers, par exemple dans les jours qui suivent une commotion labyrinthique.

2° Diminuer Vexcitabilité du nerf auditif en agissant sur lui par des médicaments calmants. La quinine trouve encore ici ses indications en raison de ses propriétés anesthésiques vis-à-vis du nerf acoustique. L’antipyrine et les bromures peuvent être employés au même titre. Selon Gellé, l’arsenic serait

très utilé lorsque la'quinine ne donne pas de résultats satisfaisants.

Lorsqu’on a affaire à des sujets névropathes, — et c’est le cas ordinaire, car si les malades ne l’étaient pas antérieurement, ils ne tardent pas àle devenir, — on prescrit les toniques, le repos, le séjour au grand air, l’hydrothérapie sous forme de douches froides ; une saison à Néris ou à Royat est souvent profitable.

L’hystérie de l’oreille se place à côté des faits précédents. Elle en diffère par l’absence de vertiges et de-bourdonnements; elle s’en rapproche par le type labyrinthique de la surdité qui est absolue. Il y a ici paralysie fonctionnelle sensorielle. Le diagnostic en est aisé quand coexistent les autres stigmates de la névrose ; il est ardu quand l’hystérie auriculaire est monosymptomatique. Dans ce dernier cas, on peut supposer que la surdité est hystérique quand : a) la peau du pavillon et du conduit présente une notable anesthésie ;'b) l’épreuve des réflexes binauriculaires de Gellé est normale, c’està-dire que la pression centripète exercée sur l'oreille sourde étouffe le son d’un diapason perçu de l’oreille saine,, ce qui n’aurait pas lieu si la surdité labyrinthique était organique. La surdité est une des manifestations de l’hystérie les plus difficiles à guérir. Ce sont les divers procédés bien connus de suggestion qui ont le moins de chance d’échouer. Parfois il a suffi de chloroformer à fond la malade pour quelle entendît à son réveil.

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