C. — Phase chronique
Il faut distinguer deux cas :
1° Le malade est vu pour la première fois plus ou moins longtemps après le début des accidents ; il s’agit par conséquent d’un cas chronique non encore traité;
2° Le malade a été vu dès le début des accidents,
mais F affection est passée à l’état chronique malgré le traitement précédent ; on a affaire à un cas chronique déjà traité méthodiquement.
1° Cas chronique non encore traité. — Bien qu’il ait ici beaucoup moins de chance de réussir qu’à la période subaiguë, le traitement par la pilocarpine doit être institué tout d’abord; il existe des faits probants de guérison chez des malades, dont l’aSection était déjà -vieille de plusieurs mois et même de plusieurs années. Les injections seront faites quotidiennement selon la technique précédemment indiquée; quelques auteurs préfèrent cependant, dans les cas chroniques, espacer les injections et les pratiquer pendant un temps plus long, à raison de deux seulement par semaine.
Si le malade est syphilitique, il faut appliquer à la fois la médication spécifique et le traitement par la pilocarpine.
Si l’on échoue, on retombe dans le second cas prévu plus haut et dans lequel la conduite à tenir est la suivante.
2° Cas chronique déjà traité méthodiquement. — Il y a bien peu de chose à espérer d’un traitement cnratif : l’iodure de potassium-, dont l'action résolutive est si souvent mise à contribution, est encore ici le seul médicament qui trouve son indication, mais pour ainsi dire sans aucune chance de succès ; on le prescrit à la dose quotidienne de 0,50 à I gramme pendant cinq semaines consécutives, quitte à en reprendre l’usage dans leè mêmes conditions à plusieurs reprises, après des périodes intercalaires de repos de quinze jours.
C’est surtout un traitement symptomatiqne qui reste à faire : les vertiges et les bourdonnements sont les deux principaux symptômes qu’on a chance de voir s’amender spontanément ou sous l’influence du traitement ; quant à la surdité, il n’y a aucun espoir de la modifier.
1° Vertiges. — Le sulfate de quinine est le médicament par excellence du vertige labyrinthique.
Il y a deux façons de l’administrer. : a) à dose forte, suivant la méthode de Charcot; b) à dose minime.
A. Méthode de Charcot. — On donne de 0 gr. 60 à 1 gramme de sulfate de quinine par jour, sous forme de pilules de 0 gr. 10 chacune : le malade en prend une toutes les deux heures ou toutes les heures. Le traitement est d’abord suivi pendant huit jours-consécutifs; sous son influence, les bruits subjectifs et les vertiges s’accroissent tout d'abord, parfois à un tel point que le malade ne peut plus quitter la chambre ni même le lit. Ce traitement de huit jours est suivi d’un repos de même durée, pendant lequel une amélioration commence déjà à se manifester. La quinine est alors administrée de nouveau pendant une semaine, puis on aecorde au malade un nouveau repos de huit jours; et on continue ainsi, pendant plusieurs mois, de trois à six en moyenne. A chaque reprise du médicament, l’exaspération provoquée est moins forte ; dans chaque période de repos, l’amélioration est de plus en plus prononcée. Finalement les vertiges disparaissent; mais les bourdonnements persistent et la surdité reste la même ou augmente l’ouïe finissant par se perdre complètement.
On a accusé le sulfate de quinine d’être la cause de cette perte de l’audition : il congestionnerait l’oreille interne et provoquerait des hémorragies du labyrinthe entraînant une surdité totale. Cette accusation ne semble pas justifiée ::il résulte des expériences de Laborde que la quinine a plutôt une action anticongestive sur l’oreille ; d’ailleurs, l’audition du côté sain n’est pas influencée par ce traitement même prolongé. Il est également à remarquer que les inipaludiques invétérés, qui ; consomment dans leur existence de grandes quantités de quinine, ne sont pas plus exposés que d’autres à la surdité.
L’inconvénient principal du médicament est d’exaspérer au début les bruits subjectifs et les vertiges, et de mettre par suite le malade dans un tel état de malaise et de faiblesse qu’il refuse le plus souvent d’en continuer l’emploi. Pour combattre l’augmentation artificielle des bruits, on a proposé d’adjoindre à la quinine de Y ergot de seigle à la dose de 0 gr. 10 à 0 gr. 50 par jour ; mais ce médicament n’a aucun effet calmant sur le redoublement des vertiges qui est plus particulièrement pénible.
Il n’y a qu’un moyen de ne: pas provoquer cette exaspération, c’est de donner la quinine suivant la méthode suivante, qui nous semble de beaucoup préférable.
B. Méthode des ; doses minimes. — On donne chaque jour, au moment du déjéûner 'et du dîner, un cachet ou une pilule renfermant deux centigrammes de sulfate de quinine, et l’on continue ce traitement pendant trois mois. au moins sans interruption. Quelque.peu .de confiance qu’on accorde a priori à ces doses insignifiantes, et pour ainsi dire homœopatbiques, l’expérience apprend qu’elles ont un
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278 AFFECTIONS DE l’ûREILLE INTERNE
effet sur le labyrinthe : cela est si vrai, que parfois elles suffisent à ramener des crises de vertige chez un malade qui en était exempt depuis plusieurs semaines, et cela dès le premier ouïe second jour de leur administration : il faut alors réduire la dose, si faible qu’elle paraisse, de moitié ou d’un tiers. :«j
Chez la majorité des malades, mais non pourtant: chez tous, il faut le reconnaître, ce traitement amène un soulagement rapide. Dès la première semaine, les-vertiges diminuent d’intensité et de fréquence ; la tête devient plus libre, la démarche moins, incertaine; certains malades se sentent transformés Pt, loin d’être gênés en quoi que ce soit par la médication, craignent d’en cesser l’emploi et en continuent indéfiniment l’usage, sans inconvénient, afin d’être perpétuellement sous son influence.
Comme succédanés du sulfate de quinine, on a prescrit parfois, mais avec moins de succès, le salol et le salîcylate de soude à la dose quotidienne de 0 gr. SO à 1 gr. 50 L ’antipyrine à la dose de 2 à 3 grammes par jour, le bromoforme, les bromures sont parfois efficaces dans des cas où la quinine échoue. 11 y a quelques années, on a beaucoup vanté 1 'acide bromhydrique anglais, dont on .fait prendre de 50 à 60 gouttes par jour en trois: fois.dans un peu d’eâu sucrée, de préférence un quart d’heure après les repas : c’est un médicament à essayer, quand les. autres u’ont pas donné de résultat.
2° Bruits subjectifs. — Qu’il fasse disparaître ou non les vertiges, le sulfate de quinine n’a pas d’action calmante sur les/bourdonnements. Pour les modifier, il faut s’adresser à une autre médication. Les divers modes de traitement qui leur sont applicables;
ont été déjà indiqués à propos de la sclérose (voy. t. II, p. 236). On choisira, parmi eux, ceux qui sont le plus appropriés à chaque cas : les révulsifs locaux et les calmants du système neigeux sont surtout indiqués.
Vélectricité a peu d’action ou même a parfois un effet néfaste, toute irritation de l’acoustique amenant chez certains malades une exacerbation des symptômes.
La politzérisation et le cathétérisme ont, le plus ■ souvent, la même influence défavorable : mieux vaut s’en abstenir, à moins qu’ils n’aient leur indi- - cation dans une affection concomitan te de l’oreille moyenne.
Hygiène des vertigineux. — Le malade qui, malgré le traitement précédent, reste sujet à des crises de vertige labyrinthique, a certaines précautions à prendre pour : a) éviter leur retour aussi fréquent; • b) prévenir les accidents dont elles peuvent être l’origine.
Malgré la brusquerie, ordinaire de leur apparition, les accès de vertige sont moins souvent spontanés qu’on ne le croit. Des influences mécaniques ou psychiques en sont souvent l’origine : un mouvement de déglutition ou de mastication, un effort, l’action de se moucher, un mouvement de la tête, un bruit intense éclatant brusquement, un état de réplétion exagéré de l’estomac ou sa vacùité prolongée doivent souvent être invoqués comme cause des crises. D’autres fois, c’est une émotion, une secousse morale, une frayeur subite qui provoquent l’accès. Le malade doit chercher à se soustraire à ces diverses causes dans la mesure du possible.
SYPHILIS DE L’OREILLE
Tant qu’il est sujet aux vertiges, il ne doit pas sortir seul et cela pour deux raisons :
1° Le bruit et le mouvement de la rue , d’une part, la conscience de son état de santé et la crainte constante de tituber en public, d’autre part, peuvent ; suffire à rappeler une crise vertigineuse. Ces malades .présentent parfois, en effet,un état mental spécial en , vertu duquel ils éprouvent, dès leur sortie à l’air libre, un sentiment d’anxiété et de crainte rappelant l’agoraphobie.
2° Une chute dans la rue peut avoir pour le vertigineux les conséquences les plus graves:; car elle - est d’ordinaire si brusque, si inopinée, qu’il ne saurait se garantir non. seulement contre les effets de la chute même (contusion, fracture, etc.) mais aussi . contre les causes multiples de traumatisme (voitures, tramways, automobiles, cycles, etc.), auxquelles il . est exposé une fois à terre. En prévision de ces acci- : dents, les malades que leur profession peut exposer : à des chutes graves (cochers, ouvriers en bâtiments, etc.) pourront être forcés d’en changer ou tout au moins de l’abandonner momentanément.
SYPHILIS DE L’OREILLE
La syphilis peut frapper l’oreille à toutes ses périodes et dans ses deux formes, acquise et héréditaire.