‹ Thérapeutique des maladies de l'oreille. Tome secondChapitre 40 sur 52 · III.— Accidents tertiaires · texte numérisé non relu

III.— Accidents tertiaires

A. Le pavillon est exceptionnellement touché par la syphilis tertiaire ; des gommes peuvent cependant s’y développer, entraînant des déformations bizarres de l’organe (épaississement, enroulement)

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dues au peu d’extensibilité des tissus qui le constituent,- ou bien, ce qui est plus grave, des pertes de substances plus ou moins étendues amenant une .défiguration irrémédiable ; aussi y a-t-il un intérêt primordial à faire un diagnostic précoce et à instituer un traitement intensif le plus tôt possible.

B. Dans le conduit, les gommes sont encore plus rares : mais on observe parfois des exostoses. Celles-ci ne se différencient pas d’ordinaire des exostoses non syphilitiques, qui, comme nous l’avons vu, sont de beaucoup les plus fréquentes dans cette région ; leur seul caractère distinctif est de coïncider souvent, mais non toujours, avec des exostoses en d’autres points du corps. Le traitement spécifique sert de pierre de touche; dans les cas douteux, ses effets -confirment ou infirment le diagnostic.

C. L’oreille moyenne est touchée au cours de la . syphilis tertiaire :

A. Soit consécutivement à. des lésions spécifiques du naso-pharynx : gomme du cavum, cicatrice de l’orifice pharyngien de la trompe, atrésie du nasopharynx, soudure ou destruction du voile gênant l’aération de la caisse, etc.

B. Soit primitivement : les lésions observées alors appartiennent à deux types principaux.

1° Gomme : a) de la membrane du tympan , pouvant aboutir à sa perforation et à la production d’une otite moyenne suppurée ; b) de la surface (périostite gommeuse) ou du centre (ostéomyélite gommeuse) de l'apophyse mastoïde. Ces mastoïdites gommeuses, fort rares, sont caractérisées par l’absence de douleur, l’intégrité de la caisse, une évolution relativement lente;en cas d’ouverture spontanée,par les signes objectifs habituels des gommes, ulcérées; en

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cas d’ouverture chirurgicale, par un contenu jaunâtre, homogène, sans pus proprement dit, pouvant renfermer de petits séquestres.

2° Exostose , hyperostose, périostose des parois de la caisse, dès osselets,de l’apophyse mastoïde (ostéosclérose). Politzer admet que la syphilis joue un rôle dans un bon nombre de cas étiquetés « sclérose de la caisse » : en d'autres termes, l’hyperplasie osseuse des fenêtres labyrinthiques et de la platine dé l’étrier, observée en pareil cas, serait parfois une lésion syphilitique vraie. Ges lésions osseuses, le plus souvent indolores, s’accompagnent cependant chez quelques malades de douleurs névralgiques violentes, à exacerbations nocturnes presque caractéristiques.

D. Les localisations de la syphilis tertiaire sur l’oreiiie interne se font : a) au nivèaù de ses cavités mêmes : rétrécissement ou oblitération’pàr périostite, lésions vasculaires, lésions des ramifications du nerf auditif ; b) au niveau des fenêtres labyrinthiques : exostose, périostose ; c ) au niveau du conduit auditif interner: exostose comprimant l’acoustique et le facial. Aux altérations syphilitiques de l’oreille on peut rattachér les lésions du nerf auditif dans la période préâtaxique du tabes pârâSyphilitique.

Les lésions les plus fréquentes du labyrinthe paraissent être les lésions vasculaires; du moins, ce sont elles qui fournissent la meilleure explication de la majorité des accidents labyrinthiques susceptibles de se développer, soit, et le plus souvent, dans les premières années/de la syphilis tertiaire, soit à une époque beaucoup plus éloignée, dix, quinze ou vingt ans après le début de la maladie.

Ces accidents peuvent affecter trois types :

1 er type. Bourdonnements et surdité à début lent,

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mais à marche progressive, aboutissant en quelques années à une surdité marquée présentant tous les caractères d’une surdité labyrinthique.

'2 e type. Début et évolution rapides , caractérisés par des bruits subjectifs musicaux, suivis, après quelques heures ou quelques jours, de surdité et d’un état vertigineux, vertige léger au repos, mais qui s’exagère dans les mouvements du corps ; démarche incertaine et titubante ; ni vomissements ni perte de connaissance. Les vertiges diminuent peu à peu, puis disparaissent en quelques jours : mais la surdité persiste ou même augmente jusqu’à la disparition complète de l’audition.

3 e type. Début apoplectiforme (type de syndrôme de Ménière) : vertige soudain avec chute, vomissements et demi - inconscience de courte durée ; surdité et bruits subjectifs unilatéraux concomitants ; état vertigineux ou accès répétés pendant une; durée de cinq à quinze jours, souvent assez intenses: pour obliger le malade à "garder lé lit pendant toute cette période ; puis cessation des vertiges qui ne, reparaissent plus ou se répètent seulement sous forme de crises de plus, en plus légères : mais per-, sistance de la surdité. L’autre oreille peut se prendre plus tard dans les mêmes conditions.

Dans ces différentes formes, la bilatéralité est habituelle ; elle est simultanée ou successive. - »

Ces accidents ne permettent pas à eux seuls de faire le diagnostic de syphilis ; mais ils doivent immédiatement en laisser soupçonner l’existence et faire rechercher cliez le malade des signes actuels ou des restes de manifestations antérieures ; de syphilis.; Chez tout malade atteint brusquement de surdité avec diminution .ou abolition de la perception

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osseuse et intégrité du conduit et de la caisse , on doit, dit Politzer, porter le diagnostic de surdité d'origine syphilitique.

Traitement. — 1° Traitement local. — Parmi les lésions tertiaires, les suppurations de l’oreille seules réclament un traitement local consistant dans des soins d’antisepsie et dans l’extraction des séquestres ; le traitement spécifique n’agit, en effet, que s’il n’y a pas de nécrose, ou bien, dans les cas où il en existe, que si le séquestre est éliminé. Une intervention chirurgicale peut être nécessaire pour extraire celui-ci (voy. Traitement de l’ostéite, t. II, p. 55).

2° Traitement général. — Il doit être institué sans retard dès qu’on a, non pas la certitude, mais le simple soupçon de la nature syphilitique des lésions.

Pour combattre les déterminations sur l’oreille moyenne, on peut se borner à prescrire Yiodure de potassium à la dose de 2 à 5 grammes par jour, suivant l’intensité des lésions et la tolérance du malade. Ce traitement suffit d’ordinaire, a faire disparaître les douleurs mastoïdiennes de l’ostéosclérose syphilitique et à guérir des suppurations intarissables traitées vainement depuis plusieurs années par les procédés locaux les plus méthodiques. (Gellé.)

En ce qui concerne les déterminations labyrinthiques, il est préférable d’associer le mercure à l’iodure de potassium. Comme il faut agir énergiquement et vite, le traitement, mixte doit être prescrit à haute dose ; il doit, de plus, être continué pendant un temps suffisant, ses effets n’étant pas toujours immédiats.

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