‹ Thérapeutique des maladies de l'oreille. Tome secondChapitre 43 sur 52 · C. — Memrrane du tympan · texte numérisé non relu

C. — Memrrane du tympan

On peut diviser les lésions traumatiques de la membrane en deux variétés, suivant qu’elles s’accompagnent ou non de la rupture de^elle-ci.

1° Il n'y a pas de rupture de la membrane. Les lésions se bornent à une ecchymose, à une bulle sanguine, avec ou sans lésions inflammatoires consécutives.

Le plus souvent, la lésion guérit spontanément sans traitement. Il n’y a lieu d’intervenir que dans lés deux circonstances suivantes :

a. Une titille sanguine volumineuse est l’origine de vives douleurs ou aboutit à la suppuration. On l’ouvre à l’aide d’une aiguille à paracentèse, avec les

précautions antiseptiques habituelles, en ayant soin de ne traverser que les couches superficielles de la membrane et de ne pas pénétrer dans la caisse qu’on risquerait d’infecter.

b. La membrane est rouge, épaissie, enflammée; il existe une véritable myringite traumatique. Si l'affection n’est pas douloureuse, on se contente d’obturer le méat avec un tampon de coton pour mettre la membrane à l’abri des influences nocives extérieures. S’il y a de la douleur, on instille quelques gouttes de glycérine phéniqüée au dixième dans le conduit. Toutes les causes susceptibles de congestionner l’oreille moyenne et d’augmenter par conséquent l’hyperhémie du tympan (toux, éternuements, efforts, etc.), doivent être évitées.

2° Il y a rupture de la membrane par action directe (corps étranger plus ou moins pointu) ou indirecte (compression ou raréfaction exagérée de l’air dans le conduit ou la caisse, coup ou chute sur la tête avec ou sans fracture du rocher).

Le traitement doit être le moins actif possible; les ruptures «de cause indirecte, qui sont les plus nombreuses, ont une tendance spontanée à la guér rison, qu’une médication intempestive ne peut qu’entraver. Gardez-vous bien de prescrire, comme on le fait trop souvent, des seringuages, des instillations d’huile ou de liquides divers, des insufflations d’air ou de vapeur ; et ne cherchez pas dans l’arsenal thérapeutique quelque autre moyen de nuire au malade : non seulement ces médications n’ont ici aucune indication, mais leur emploi est absolument irrationnel, car ils ne peuvent qu’empêcher la réunion des bords de la plaie.

LÉSIONS TRAUMATIQUES DE L’OREILLE 3i7

Contentez-vous de mettre l’organe au repos et de laisser agir la nature, a) S’il n’y a qu’une simple fissure, sans écartement des bords de la plaie, bornezvous à obturer l’entrée du conduit avec un tampon de coton ou une mèche de gaze stérilisée, afin de protéger la membrane et la caisse contre les influences extérieures, b) S’il y a uné perte de substance, un orifice faisan t communiquer la caisse avec le conduit, obstruez cet orifice en insufflant dans le fond du conduit, au contact de la membrane, de la poudre d’acide borique ou d’iodoforme; fermez ensuite le méat avec un tampon d’ouate.

Dans tous les cas, le malade a deux précautions à prendre :

a. Eviter toute pénétration d'eau dans le conduit , car cette eau pourrait entrer dans la caisse et y entraîner des germes pathogènes.

b. Se garder de tout effort, en particulier en se mouchant, non seulement parce que les efforts congestionnent l’oreille, mais surtout parce qu’ils favorisent l’entrée brusque de l’air dans la caisse et la désunion des lèvres de la plaie tympanique.

Si, malgré ce traitement, il se déqlare une otite moyenne, on traitera celle-ci suivant les règles ordinaires. Les bruits subjectifs, la surdité, l’hyperesthésie acoustique qui accompagnent parfois les plaies du tympan ou leur survivent, sont dus le plus ordinaire-mentâ la participation du labyrinthe au traumatisme ; le traitement est celui de la commotion labyrinthique.

D. — Caisse

Comme celles du tympan, les lésions traumatiques accidentelles de la caisse peuvent être de

cause directe ou indirecte. Dans le premier cas, le traumatisme provoque presque toujours une otite moyenne suppurée qui peut se compliquer d’accidents graves, surtout si les parois osseuses de la caisse sont intéressées. Dans le second cas, la suppuration est moins à craindre, si l’on n’interviént pas d’une façon intempestive; rarement la lésion est limitée à la caisse : presque toujours il y a simultanément fracture du rocher ou rupture du tympan.

En principe, l’indication est la même que dans les traumatismes du tympan -. intervenir le moins possible et se borner à un traitement aseptique (ouate ou mèche stérilisée dans le conduit).

Dans la pratique, cette règle comporte de nombreuses exceptions, les différents symptômes provoqués par les traumatismes de la caisse dans leurs diverses localisations devenant fréquemment la source d’indications à intervenir plus activement.

Les principaux accidents qui peuvent accompagner les traumatismes de la caisse sont les suivants :

1° Hématotympan. — Tout traumatisme de la caisse s’accompagne d’un épanchement de sang.

Le plus souvent, celui-ci s’écoule au dehors par le conduit si la membrane est rompue, par la trompe et le rhinopharynx si le tympan est intact. L’hémorragie est d’ordinaire peu abondante et il n’y a pas lieu d’intervenir, l’hémostase se faisant d’elle-même; il faut excepter les cas où un gros vaisseau, tel que le golfe de la veine jugulaire, est ouvert.

D’autres fois, la membrane étant intacte et la trompe peu perméable, le sang s’emmagasine dans

la caisse ; il en résulte la formation d’un hématotympan reconnaissable à la teinte bleuâtre de la membrane. Au point de vue thérapeutique, il faut distinguer ici deux cas :

a. Si, en dehors de la surdité, il n’y apas de trouble sérieux qui soit directement imputable à l’épanchement sanguin : ne pas intervenir , attendre la résorption spontanée de l’exsudât qui se fera en quelques semaines; car l’ouverture de la membrane exposerait à l’infection de la caisse.

b. Si le sang, accumulé sous pression dans la caisse, provoque de vives douleurs ou des phénomènes de labyrinthisme par compression : faire une paracentèse en prenant les précautions antiseptiques les plus minutieuses..

2° Blessure du golfe de la veine jugulaire. — Faire immédiatement un tamponnement serré de la caisse et du conduit à la gaze iodoformée.

3° Écoulement de liquide céphalo-rachidien. — Faire un tamponnement modérément serré du conduit ayec une mèche de gaze stérilisée; recouvrir ensuite toute l’oreille d’une couche d’ôuate; renouveler ce pansement deux fois par jour.

4° Section de la corde du tympan. — C’est un accident sans importance, n’exigeant aucun traitement.

5°Fracture et dislocation des osselets. — N’intervenir que si un osselet ou un fragment d’osselet, absolument détaché et privé de ses moyens de connexion, est tombé dans la caisse où il constitue un corps étranger : l’extraire alors par le moyen le. plus simple. Dans les autres cas, laisser les choses en

l’étal ; les fractures du manche du marteau, qui SOnt les moins rares, se consolident spontanément.

6° Paralysie faciale. — Nous n’avons en vue ici que la paralysie faciale qui suit immédiatement le traumatisme : on n’interviendra localement que si-l’on a lieu de supposer que la paralysie est due à la compression par une esquille ou un corps étranger dont l’extraction pourra être suivie du rétablissement des fonctions du nerf. Dans les autres cas : a) ou bien le facial est sectionné et l’on est impuissant ; b) ou bien il est comprimé par un épanchement sanguin ; on en attendra la résorption spontanée.

7° Suppuration de la caisse. — Appliquer le traitement de l’otite moyenne suppurée

E. -— Trompe d’Eustache

En dehors des grands traumatismes par armes à feu, où l’on voit parfois les projectiles aller se loger jusque dans la région tubaire et où la blessure delà trompe a un intérêt tout à fait secondaire, lés plaies de cette région ne s’observent guère que dans deux conditions.

1° A la Suite d’un cathétérisme OU d’un bongirage maladroit. Si l’extrémité de l’instrument érode la muqueuse, il peut en résulter deux sortes d’accidents :

a. Une ecchymose sous-muqueuse ou une hémorragie d’ordinaire peu abondante et qui s’arrête d’elle-même sans traitement.

b. Un emphysème sous-muqueux, résultant de l’infiltration de l’air dans le tissu cellulaire sous

l’influence de la douche qui suit le cathétérisme. S’il est léger, l’emphysème disparaît' spontanément; s’il s’étend aux parois du pharynx, au voile du palais, à la bouche, à l’entrée du larynx, il s’accompagne de dyspnée et parfois d’un véritable accès de suffocation exigeant une intervention rapide et immédiate.

Si les troubles respiratoires sont d’intensité modérée, on pratique des mouchetures sur l'es parties infiltrées à l’aide d’un bistouri, , on ordonne des gargarismes glacés pour calmer la Couleur, on applique de la glace autour du cou. Si la suffocation était menaçante, on pourrait essayer du tubage; mais jusqu’ici la trachéotomie n’a jamais été nécessaire.

Ces accidents sont d’ailleurs fort rares. On peut prévenir leur développement en ayant soin, lorsqu’un cathétérisme a fait saigner le malade, de ne pas donner de douche d’air ; on interdira au patient de se moucher fortement et de faire aucun effort pendant au moins vingt-quatre heures.

2° Au cours d’une opération sanglante ou d’une cautérisation au galvano dans le pharynx nasal. C’est alors l’orifice de la trompe ou le bourrelet tubaire qui est lésé ; c’est ainsi qu’un curettage maladroit du pharynx nasal peut ramener un fragment plus ou moins volumineux du cartilage tubaire.

Le danger immédiat est celui d’une otite moyenne par infection ascendante ; le danger ultérieur, celui d’une sténose cicatricielle de la trompe.

Le traitement est surtout prophylactique : on doit éviter avec soin le bourrelet tubaire dans les opérations sur le cavum et dans les cautérisations des queues de cornet. Les sténoses cicatricielles sont combattues par le bougirage.

F. — Mastoide

1° Les plaies des téguments de l’apophyse n’offrent aucune particularité au point de vue thérapeutique.

2° Parmi les traumatismes des plans osseux, les fractures de la corticale, en particulier lorsqu’elles sont sous-cutanées, s'accompagnent parfois emphysème, plus rarement d’une véritable pneumatocèle, l'air pénétrant librement dans l’apophvse par la trompe d’Eustache. Cet emphysème est d’ordinaire aseptique : aussi convient-il d’attendre sa résorption spontanée. Un simple pansement compressif pourra hâter cette résorption.

G. — Labyrinthe

Il existe deux variétés de traumatismes du labyrinthe : a) la commotion ; h) les plaies (fracture, rupture vasculaire, ouverture accidentelle des cavités labyrinthiques au cours d’une opération chirurgicale).

1° Commotion du labyrinthe. — Elle consiste en un simple ébranlement des éléments constitutifs dulabyrinthe, en particulier des éléments nerveux; ses effets sont le plus souvent passagers et curables (sensation d’oreille bouchée, bruits subjectifs, hyperesthésie acoustique ou surdité). Toutefois, lorsqu’elle est intense ou répétée, elle peut aboutir à une atrophie indélébile des terminaisons de l’acoustique (otites

professionnelles).

Le traitement doit être prophylactique et curatif-

a. Traitement prophylactique. — Il n’est appH"

cable que dans les circonstances où le danger d'une commotion est prévu : ce qui n’est pas le cas ordinaire, puisque ce sont surtout les bruits soudains et inattendus, les explosions imprévues qui en sont l’origine.

Les personnes exposées à ces causes de commotion peuvent atténuer l’ébranlement nerveux' de deux façons : a) en bouchant leur conduit avec un tampon d’ouate enduit de lanoline ; b) en évitant autant que possible de se laisser surprendre par la détonation, c’est-à-dire en se préparant à recevoir la commotion auriculaire ; dans ces conditions, en effet, les muscles accômmodatèurs delà caisse entrent en action et affaiblissent l’effet des vibrations sonores sur le labyrinthe.

b. Traitement curatif. — A. Au début , dans les instants qui suivent le traumatisme, se borner à mettre l’oreille au repos, à immobiliser en quelque sorte l’organe lésé : à cet effet, il faut: soustraire le malade à l’action de tout bruit, l’isoler dans une chambre silencieuse, éviter tout ce qui peut congestionner ou ébranler sa tête ; le séjour au lit est particulièrement indiqué. Le plus souvent, à l’aide de ces simples précautions, les troubles disparaissent spontanément après quelques heures, après un jour ou deux.

B. Toutefois, si au bout de vingt-quatre ou trentesix heures ils ne présentaient pas une tendance manifeste à s’atténuer, on appliquerait des sangsues ou des révulsifs sur l’apophyse mastoïde (frictions excitantes à l’alcool, à l’essence de térébenthine, etc.) ; un dérivatif intestinal, des bains de pieds sinapisés trouveraient également leur indication.

C. Si les troubles persistent sans modification après trois ou quatre jours de ce traitement, on cherchera à l’exemple de Schwartze, à agir sur le nerf auditif par l’intermédiaire de la strychnine, à la dose quotidienne de deux à six milligrammes administrée soit en pilules, soit de préférence en injections souscutanées. On se sert à cet effet d’une solution de nitrate de strychnine, plus actif que’le sulfate, titrée au cinquantième d’après la formule suivante :

Nitrate de strychnine..20 centigr.

Eau distillée stérilisée.10 gr.

dont on injecte chaque jour de deux à six gouttes, chaque goutte renfermant un milligramme de substance active. L’injection est faite sous la peau de la nuque ou delà région temporale, et est répétée quotidiennement pendant douze jours de suite.

Au bout de ce temps il arrive de deux choses l’une:

a. Ou bien les bruits subjectifs et la surdité ne présentent aucune modification; il faut alors cesser le traitement, car il ne donnera pas de résultat. En général, lorsque le début des troubles remonté à plus de six semaines, la médication est sans-effet ; il peut même arriver que la surdité, légère au début, aille en - augmentant en dépit du traitement ; bien plus, il n’est pas exceptionnel que la seconde Oreille soit prise par sympathie, quoi qu’on fasse.

b. Ou bien les troubles s'amendent notablement; il faut continuer les injections hypodermiques, tant que l’audition et les troubles subjectifs s’améliorent ; en général, la surdité est plus lente à disparaître que les vertiges et les nausées.

LÉSIONS TRAUMATIQUES DE L’OREILLE 32o

2° Plaies du labyrinthe. — Elles réclament tout d’abord le même traitement que la commotion : repos local et général.

Les complications inflammatoires et la propagation aux méninges sont surtout à craindre dans les cas où le traumatisme est de cause directe (plaie par arme à feu, ouverture chirurgicale du canal demi-circulaire horizontal ou d’une fenêtre labyrinthique). Le tamponnement antiseptique de la plaie a des chances de prévenir le développement de ces accidents. Il faut s’abstenir de toute irrigation, de tout lavage, car celui-ci favoriserait le transport de germes pathogènes dans les cavités labyrinthiques ; les caillots, s’il en existe au niveau de la plaie, doivent être laissés en place, la mèche de gaze étant placée par-dessus.

Si, malgré ce traitement aseptique,: des signes d’inflammation aiguêapparaissent (lièvres, douleurs, vomissements survenant plusieurs jours après le traumatisme), on appliquera des sangsues ou mieux des sachets de glace sur l’apophyse, et l’on administrera de petites doses de calomel.

Lorsque, le malade ayant échappé à ces complications inflammatoires, les symptômes labyrinthiques persistent plus de trois ou quatre semaines, on prescrit le traitement indiqué à propos des labyrinthites : injections de pilocarpine, etc.

Traumatismes de l’oreille par armes a feu. — Afin d’éviter des répétitions inutiles, nous avons négligé jusqu’ici de parler de cette variété spéciale de traumatisme, qui peut porter isolément ou simultanément sur les diverses parties de l’oreille. Quel que soit le siège du traumatisme, il est une question

toujours identique qui doit être agitée, c’est celle de Vopportunité de la recherche et de l'extraction du projectile.

Nous distinguerons à cet égard deux cas, suivant que la balle est superficiellement ou profondément située.

1° Le projectile est superficiellement situé. Arrêté dans le conduit, dans la corticale de la mastoïde, il est aisément accessible à la vue et aux instruments. La question est simple à résoudre ; il faut extraire la balle à l'aide d’une pince, d’un levier, etc., au besoin après décollement du pavillon (voy. Corps étrangers de l’oreille).

2° Le projectile a pénétré profondément. Il est

dans la caisse, la mastoïde, le rocher. .

Ici les avis diffèrent. Faut-il intervenir? Faut-il laisser le .projectile en place ?

A. En faveur de l’intervention, on fait valoir les considérations suivantes :

a. La présence d’un projectile dans l’oreille estpour l’avenir une menace constante de complications, parfois fort tardives, mais souvent très graves (suppuration secondaire, érosion et ulcération de gros vaisseaux, accidents cérébraux) ; on a vu des accidents mortels survenir plusieurs années après la pénétration d’une balle jusque-là bien supportée.

b. Par une prompte intervention, on a des chances d’atténuer , les effets nuisibles du traumatisme sur l’audition. A vrai dire, cet argument a peu de valeur, car ces chances sont extrêmement minimes : la surdité est le plus souvent intense ou même complète immédiatement après l’accident, et persiste sans modification après l’extraction du projectile.

Ce n’est pas la présence de ce dernier qui la provoque; elle est due, pour une part, aux lésions dont s’accompagne la pénétration de la balle, le plus souvent à des fissures osseuses étendues au limaçon; pour une autre part, à l’action de l’explosion sur les terminaisons du nerf acoustique, et cette action est toujours intense étant donnée la faible distance à laquelle le coup de feu est ordinairement tiré (tentative de suicide).

c. L’extraction du projectile peut faire disparaître des bruits subjectifs pénibles ou des névralgies violentes, dues uniquement à sa présence, ainsi que cela résulte d'observations probantes.

B. Contre Xintervention, on met en avant deux arguments :

a. Pour extraire la balle, on fait un traumatisme nouveau, parfois, considérable, dont les mauvais effets sur l’audition viennent s’ajouter à ceux du traumatisme primitif; heureux le malade et le chirurgien quand le plus clair résultat de l’intervention n’est pas une paralysie faciale opératoire.

b. On éprouve ordinairement de grandes difficultés à trouver le projectile et cela pour deux raisons : 1° Son siège est le plus souvent incertain ; la vue, le toucher avec le stylet, l’exploration avec l’appareil électrique de Trouvé, la radioscopie ou mieux la radiographie peuvent être utilisés pour faire cette recherche : mais, à vrai dire, aucun de ces moyens, pas même la radiographie, n’est absolument fidèle, le corps étranger étant logé au milieu d’une si grande épaisseur de tissu osseux qu'il s’y dissimule aisément et peut échapper aux instruments explorateurs. 2° Il subit une déformation qui le rend méconnaissable ; il s’aplatit, se moule sur les cavités de

328 LÉSIONS TRAUMATIQUES DE LORBILLE

l’oreille moyenne, comme s’il y avait été coulé à l’état de plomb fondu, s’y fragmente et peut échapper partiellement ou totalement aux recherches Aussi sa présence est-elle plus souvent vraisemblable que certaine; son extraction peut également rester incomplète, à l’insu de l’opérateur. .

C. Ces deux opinions contradictoires peuvent être conciliées dans les termes suivants :

Si le siège de la balle est facile à déterminer,.si ou le connaît sûrement, il y aura avantage à intervenir d’une façon précoce, car dans ces conditions le projectile est d’ordinaire d’un accès relativement aisé.

Si le siège de la balle est incertain, si l’extraction ne se montre pas possible dès les premières tentatives faites prudemment, il ne faut pas se laisser entraîner à des manœuvres intempestives et vouloir l’extraire coûte que coûte ; il n’y aura pas d’inconvénient à attendre en surveillant l’évolution ultérieure des accidents. Une statistique de Bardeleben, portant sur 197 cas, montre que, dans ces conditions, l’expectation est préférable à une action trop prompte. Les résultats de l’intervention pratiquée tardivement, plusieurs semaines ou plusieurs mois après l’accident, sont d’ailleurs tout aussi satisfaisants que ceux d’une, intervention hâtive.

Quant au manuel opératoire , il consistera, selon le siège du projectile, tantôt en un simple décollement du pavillon, tantôt en un évidement pétromastoïdien,.d’après la technique qui a été indiquée précédemment.

SURDI-MUTITÉ

SURDI-MUTITÉ

La surdi-mutité est congénitale où acquise.

Il est démontré aujourd’hui que, contrairement à l’opinion ancienne, cette infirmité est beaucoup plus souvent acquise que congénitale. Tout enfant dont l’ouïe s’altère dans les huit premières années de la vie est exposé à devenir muet : a) par oubli du langage, s’il sait déjà parler ; b) par impossibilité d'apprendre la parole , s’il ne la possède pas encore. Pour mieux préciser, un enfant qui perd l’ouïe avant l’âge de quatre ans est fatalement voué à la mutité ; passé cet âge, de quatre à huit ans, cette conséquence, sans être fatale, est d’autant plus menaçante qu’on s’occupe moins de la prévenir.

Cette distinction entre la surdi-mutité congénitale et la surdi-mutité acquise est capitale au point de vue prophylactique : car, si l’on est impuissant à prévenir l’infirmité dans le premier cas, on peut et l’on doit agir dans le second.

A. — Prophylaxie

I. Surdi-mutité congénitale. — Contre les malformations de l’appareil auditif, contre les maladies de l’oreille qui peuvent atteindre le fœtus et qui font qu’un enfant naît sourd, nous sommes désarmés au point de vue prophylactique.

Tout ce que nous pouvons faire, c’est de tenter de prévenir dans une certaine mesure la naissance d’enfants atteints de cette infirmité. A cet égard il y a lieu de surveiller les alliances : 1° entre sourdsmuets ; 2° entre parents.

330 SURDI-MUTITÉ

1° Les mariages entre sourds-muets ne donnent pas fatalement naissance à des sourds-muetsloin de là. Sur 123 enfants nés de 98 ménages sourdsmuets, Wilde en a trouvé un seul atteint de l'infirmité de ses parents. Inversement Saint-Hilaire, qui a observé 187 cas de surdi-mutité, n’a trouvé que 2 ménages de sourds-muets ayant donné naissance à des enfants atteints de la même infirmité. Mais ici encore il importe de faire une distinction entre la surdi-mutité congénitale et la surdi-mutité acquise : la première se transmet aisément, comme toute tare congénitale; la seconde n’a pas plus de raison de se transmettre que toute infirmité acquise après la naissance , la perte d’un œil ou d’un membre, par exemple.

Si donc vous êtes consulté pour un mariage entre sourds-muets, inquiétez-vous de savoir si l’infirmité dés futurs est congénitale ou acquise : dans le premier cas faites toutes vos réserves etdéconseillez-le; dans le second, autorisez-le.

Le danger d’avoir des enfants sourds-muets estil moindre lorsque l’un des conjoints seul est sourdmuet, l’autre étant un entendant normal ? Si l’on s’en rapporte à certaines statistiques, il n’en est rien; le danger serait aussi grand, sinon plus.

2° Les mariages consanguins, auxquels on a attribué de tout temps une influence prépondérante dans l’étiologie de la surdi-mutité, ne semblent pas mériter entièrement cette mauvaise réputation, du moins en ce qui concerne la surdi-mutité congénitale. Par contre, ils favorisent incontestablement le développement de la surdité postérieurement à la naissance. . , •

Ce n’est pas en effet, à proprement parler, la con-

SURDI-MUTITÉ

sanguinité qui est en cause dans les mariages entre parents, ce sont les tares héréditaires, ou, si l’on préfère, \§ consanguinité morbide. Deux conjoints, quels qu’ils soient, atteints de tares semblables et, dans le cas présent, de tares favorisant le développement de lésions auriculaires dans l’enfance (lymphatisme, végétations adénoïdes, etc.) ont de grandes chances de voir ces tares se superposer dans leur progéniture ; s’ils sont parents, surtout à un degré rapproché, il semblé que ces chances de transmission, au lieu de s'additionner, se multiplient.

Il ne faut d’ailleurs pas voir là un fait propre à la surdi-mutité : l’idiotie, la folie, les maladies diathésiques reconnaissent souvent la même étiologie. Dans ces cas, l’enfant hérite non pas de l’infirmité en question, mais d’une prédisposition morbide à l’acquérir. A cet égard, l’influence héréditaire est indéniable, et l’on doit empêcher, dans la mesure du possible, les unions entre parents rapprochés.

II. Surdi-mutité acquise. — L’association chez le même enfant de deux tares aussi graves que la surdité et la mutité n’est pas l’effet du hasard. Des liens étroits unissent ces deux infirmités : à.part les cas de malformation ou d'arrêt de développement du cerveau, un enfant, est muet parce qu'il est sourd.

Or, la surdité chez l’enfant reconnaît pour cause des affections de l’oreille identiques à celles qui atteignent l’adulte ; ces affections sont même très fréquentes chez lui et sont d’autant plus redoutables qu’à cet âge, en particulier chez le nourrisson, elles passent aisément inaperçues. Lorsqu’elles atteignent les deux oreilles simultanément ou successivement,

SURDI-MUTITÉ

la surdité consécutive peut être assez prononcée pour entraîner la mutité.

Les statistiques montrent que les maladies de l’oreille qui provoquent la surdi-mutité sont surtout celles qui se développent à l’occasion de la scarlatine, de la rougeole, de la diphtérie, de la fièvre typhoïde, de la syphilis héréditaire, des oreillons et de cértaines affections d’allure méningitique, qui sont parfois de véritables méningites, parfois des -lésions primitives du labyrinthe.

Parmi ces affections, il en est un grand nombre qui peuvent être évitées par des soins préventifs • convenables : c’est le cas des otites moyennes qui surviennent au cours des fièvres éruptives,'oü des lésions labyrinthiques consécutives à la syphilis héréditaire. D’autres, au contraire, sont si brutales dans leur apparition (surdité des oreillons, ou des méningites, surdité par lésion traumatique, etc;) . qu’on ne saurait les prévenir. Il n’en est pas moins vrai qu’on peut admettre, avec Von Trôltsch, qu’un cinquième au moins des surdi-mutités acquises pourraient être évitées. Les règles de prophylaxie de ces affections ont été indiquées dans le cours de cet ouvrage.

B. — Traitement médical

Une fois la surdi-mutité installée, deux cas peuvent se présenter :

a. L’enfant est devenu sourd malgré des soins locaux méthodiques : il n’y a alors plus rien à espérer d’un traitement médical au point de vue du retour de l’audition.

b. L’infirmité s’est déclarée sans que le nécessaire

SURDI-MUTITÉ

ait été fait pour la prévenir : on a laissé évoluer un catarrhe chronique de la caisse, une suppuration de l’oreille moyenne, etc., sans chercher à les enrayer par des soins appropriés. Ici le traitement médical recouvre ses droits.

Il ne faut cependant pas s’illusionner sur le bénéfice qu’on peut en retirer ; on ne saurait espérer la réparation intégrale d’organes compromis depuis de longues années ; mais on peut obtenir par le traitement de ces lésions, par l’ablation des végétations adénoïdes,des queues de cornet, etc., une amélioration de l'ouïe qui, môme légère, facilite beaucoup dans la suite l’enseignement pédagogique.

Page 1