C. — Traitement pédagogique
Il a un double but :
1° Donner à l’infirme un moyen de communiquer avec les autres sourds-muets et avec les entendants.
2° Développer ses facultés intellectuelles et morales. La réalisation du premier desideratum facilite l’obtention du second.
Il existe deux méthodes par lesquelles on peut apprendre aux sourds-muets à comprendre et à se faire comprendre : la méthode des signes et la méthode orale.
1° La Méthode des signes (méthode mimique), est une méthode ancienne, qui a été considérablement perfectionnée par l’abbé de l’Epée au siècle dernier : elle a pour principe fondamental l’emploi de signes conventionnels faits avec les doigts (dactylologie) et constituant un alphabet spécial. Cet
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enseignement est complété par celui de l’écriture vulgaire.
Un inconvénient capital est inhérent à cette méthode : les sourds-muets .à qui elle a été enseignée peuvent bien se comprendre entre eux, mais ils ne .peuvent correspondre avec les entendants que par l’écriture, à moins que les personnes auxquelles ils s’adressent aient elles-mêmes appris le langage mi- .mique. Leurs relations avec les entendants se trouvent donc de ce fait singulièrement restreintes,
2° La Méthode orale qui, depuis une vingtaine d’années,, s’est substituée à la précédente comme méthode de choix, et qui comprend deux variétés :
Première variété. Démutisation. — On apprend à l’enfant à entendre avec les yeux, c’est-à-dire à lire sur les lèvres de son interlocuteur et à s’exprimer de vive voix. Ainsi, des deux; infirmités cumulées par le sourd-muet,, on ne s’attache à combattre que la seconde, la mutité, l’autre étant considérée comme -non modifiable.
Deuxième Variété. Démutisation et désurdisation combinées. — Ici on s’adresse tout d’abord à la surdité, comme le meilleur moyen de vaincre la mutité.
Le premier de ces deux procédés a fait ses preuves depuis de longues années ; le second, qui est un perfectionnement du précédent, a été introduit seulement depuis quelques années dans la pratique ; c’est surtout Urbantschitsch qui a contribué à le répandre. Mais, bien que la désurdisation paraisse être une méthode d’avenir, il ne semble pas, en dépit de la théorie, qu’elle puisse à elle seule faire récupérer la parole : nous verrons qu’on est forcé d'y associer les procédés plus anciens de démutisation.
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Pour apprécier la valeur de cette méthode nouvelle, il faut : a ) savoir qu’il est possible de rendre l’audition, au moins partiellement, à un sourd-muet ; b) comprendre que c’est on ne peut plus utile pour . lui.
A. Possibilité de rendre l’audition au sourdmuet. — Elle est démontrée par les faits et s’expliqueassez bien par les considérations suivantes.
La surdité totale, absolue, est rare, exceptionnelle même; on ne la rencontre guère, selon Urbantschitsch, que dans trois cas de surdi-mutité sur cent. Presque toujours, chez l’individu le plus sourd, il y a un vestige d'audition, au moins d’un côté : mais ce vestige ne se révèle souvent quaprès des épreuves répétées et prolongées. A cet égard, il ne faut pas se prononcer à la légère et ne jamais se contenter d'un premier et unique examen pour déclarer un enfant irrémédiablement sourd , Assez souvent même, on est surpris de découvrir que le sourd-muet n’est en réalité qu’un demi-sourd, que c’est l’insuffisance et non l’absence de l’ouïe qui est la cause de la mutité. S’il n’entend pas, c’est que le défaut d’exercice a laissé le nerf auditif s’engourdir et tomber en quelque sorte dans un éta.tde torpeur ou de léthargie, d’où il ne pourra désormais être tiré que par des excitations vives ou par une gymnastique toute particulière de l’organe. On conçoit, en effet, que l’enfant, entendant mal, n’écoute pas ; or, n’écoutant pas, il entend de m'oins en moins, parce que l’oreille perd son aptitude à entendre, comme un membre longtemps inactif perd son habileté à agir. Inversement, si on fait écouter l’enfant, il entendra; et, entendant, il écoutera de plus en plus. .
L’audition s’améliorera alors pour deux raisons :
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a) parce que le nerf auditif réveillé, tiré de sa torpeur, deviendra plus apte à entendre; b) parce que l’enfant aura appris à mieux écouter.
Cette seconde raison est peut-être la meilleure ; il faut s’entendre, en effet, sur le terme de désurdisation. En réalité, le sourd traité par cette méthode ne recouvre pas une ouïe normale : après des exercices acoustiques qui permettent à l’enfant de comprendre la parole, il peut arriver et il arrive le plus souvent que l’audition physique se soit fort peu développée, que la distance à laquelle une montre est entendue se soit à peine accrue ; c’est Y audition mentale seule , c’est-à-dire la faculté d’analyser les sons, qui s’est développée et qui supplée à l’audition physique peu ou pas -modifiée. En d’autres termes, les exercices acoustiques ont plutôt pour effet d’apprendre à l’enfant à analyser les sons, à différencier les divers timbres, que d’augmenter la portée de son ouïe : l’amélioration de celle-ci est plutôt qualitative que quantitative. C’est dans ce sens et ces limites qu’il faut comprendre la restitution de l’audition au sourd.
B. Utilité de rendre Vaudition au sourd-muet. — Elle n’est pas contestable a priori. Il est cependant quatre points de vue où elle doit être particulièrement mise en évidence.
1° Au point de vue du développement intellectuel- Une bonne audition a une importance capitale. L’enfant sourd est à peu près complètement isolé intellectuellement, c’est un véritable emmuré; il assiste en étranger aux conversations qui ont lieu emsa présence, et perd ainsi les nombreuses occasions de s’instruire dont profitent si bien les jeunes entendants, même à leur insu. Lui rendre l’audition, c’est
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donner l’essor à son intelligence; « intellectum dat qui auditum » ; l’oreille n’est-elle pas, selon la comparaison ancienne, la porte de l’intelligence ?
2° Au point de vue du langage parlé. Normalement la parole s’acquiert par l’imitation : l’enfant reproduit les sons qu’il entend émettre. Un sourdmuet qui recouvre tout au moins une partie de l’audition, apprendra plus vite à parler et parlera mieux ; la prononciation, plus ou moins dure et désagréable chez les sourds-muets à qui on apprend seulement à parler, sera plus correcte- et plus douce ; le débit sera moins monotone ; la modulation de la voix donnera au langage une expression plus naturelle.
3° Au point de vue des relations sociales. Dans la vie de chaque jour, les relations du muet qui entend les phrases prononcées à son oreille avec une intensité moyenne sont grandement facilitées ; car il est beaucoup plus commode à qui veut se faire comprendre de lui d’élever un peu la voix que de faire des mouvements des lèvres assez manifestes pour pouvoir être lus par l’infirme. Il en résulte que le muet désurdisé trouve plus facilement une place ou une occupation que le démutisé simple.
4° Au point de vue vital. Cette restitution de l’ouïe, tout imparfaite qu’elle soit, a un dernier avantage qui n’est pas à dédaigner : elle permet à l’infirme d’échapper à tout un ordre de dangers qui menacent sa sécurité dans la vie publique, nous voulons parler de ceux qui se manifestent par des bruits : roulement des voitures, sifflets de chemin de fer, etc.
L’enseignement de la parole et de l’audition au sourd-muet peut être donné : 1° dans la famille ;
' dans une institution spéciale.
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En général, les enfants ne sont admis dans les institutions de sourds-muets qu'à partir dé l’âge de neuf ou dix ans, c’est-à-dire à un moment où il y a lieu d’espérer, que leur développement intellectuel, fort lent et très imparfait, est cependant suffisant pour qu’ils puissent profiter de l’enseignement spécial donné dans ces écoles. Or c’est là un âge trop tardif pour commencer à s’occuper de ces infirmes. Si on les abandonne à eux-mêmes jusqu’à l’époque d’admissibilité à l’école, leur développement intellectuel est presque nul. Il y a donc un grand avantage à ne pas attendre ce moment pour s’occuper d’eux. Dans la famille même on peut beaucoup, non seulement pour le développement de leurs facultés intellectuelles, mais encore pour celui de l’audition et du langage. C’est une vérité qui ne s’est pas encore fait jour dans le public, mais que le médecin doit connaître et dont il importe de convaincre les parents.