II. — Éducation dans une Institution spéciale
Dès que l’enfant a atteint l’âge d’admission, il faut le faire entrer dans une institution spéciale.
Il existe en France environ 70 écoles de sourdsmuets, dont :
l°Xrois sontwato'owatesetressortissentauMinistère de l’intérieur (Direction de l’Assistance publique) :
a) une à Paris, la plus ancienne, fondée en 1760 par l’abbé de l’Epée, et ne recevant que des garçons ;
b) une autre à Bordeaux, réservée aux filles : c) la troisième àChambéry,divisée en deux établissements.
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l’un pour les garçons, l’autre pour les filles.
2° La plupart des autres sont départementales c’est-à-dire plus: ou moins subventionnées par les conseils généraux des départements correspondants omdes départements limitrophes. L’institution d'Asnières, ouverte seulement depuis quelques années en est le type : on y admet les enfants des: deux sexes, et c’est à peu près la seule où ceux-ci soient reçus dès l’âge de six ans l . Elle relève du Ministère de l’Instruction publique (Direction de l’Enseignement primaire).
Dans ces écoles, le rôle essentiel des professeurs consiste :
1° A perfectionner l’éducation rudimentaire antérieurement reçue dans la famille, en particulier à
1 Les conditions d’admission sont à peu près les mêmes dans toutes les écoles de sourds-muets. Voici ces conditions pour les écoles de Paris et d’Asnières.
A. Pour être admis à l’Institution nationale de Paris, les enfants doivent, en principe, être âgés de neuf ans au moins et de douze ans au plus. Exception peut être faite pour ceux qui ont dépassé cette dernière limite, s’ils ont déjà reçu un commencement d’instruction suffisant pour leur permettre de suivre utilement les cours fréquentés par des enfants de leur âgé.
Tous les parents, ayant le moyen de le faire, paient le prix complet de la pension de leur fils ; toutefois une réduction peut être accordée, après enquête, par le Ministre de l’Intérieur aux familles payantes dont les ressources sont reconnues insuffisantes. De plus, des fractions de bourses sont accordées aux élèves nécessiteux par les départements, les villes, les bureaux de bienfaisance et les institutions charitables. Le ministre complète ces bourses, s’il y a lieu. Par ce moyen, des bourses entières et par conséquent la gratuité absolue sont accordées aux indigents.
Les demandes de bourses données par l’État doivent être adressées au Ministre de l’Intérieur ; celles des départements, au préfet; celles des communes, au maire. Il faut fournir- 1°,une, demande de bourse ; 2» l’acte de naissance ; 3° un cer-
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améliorer : a) l'audition par des exercices acoustiques plus complexes et plus délicats, s’ils ont affaire à un sourd améliorable ; b) l’art de la lecture sur les lèvres, s’il s’agit d’une surdité non modifiable.
2° A enseigner à l’infirme non plus seulement à comprendre, mais à se faire comprendre par la parole.
3° A lui donner Vinstruction primaire, comme à un enfant normal de son âge.
4° A lui faire faire Y apprentissage d'une profession en rapport avec ses aptitudes physiques et intellectuelles : horticulture, menuiserie, sculpture sur bois, cordonnerie, couture, typographie, lithographie, etc.
Ne pouvant entrer dans des détails techniques qui
tificat de vaccination ; 4° un certificat médical constatant l’infirmité et le degré d’intelligence ; 5° ün certificat du maire déclarant l’indigence de la famille ; 6° un extrait du rôle des contributions, délivré par le percepteur.
Le séjour des élèves à l’Institution est de huit ans.
B. L’Institut départemental d’Asnières reçoit gratuitement, dès lage de six ans, des enfants sourds-muets de nationalité française, dont les familles sont domiciliées depuis deux ans au moins dans le département de la Seine.
11 reçoit également des élèves -payants : les familles de ces élèves doivent être domiciliées dans le département de la Seine. Le prix de la pension, pour les élèves internes, est de 1 000 francs par an ; le prix du trousseau est de 350 francs pour la durée des études.
L’établissement comporte trois sections distinctes : 1° garçons et filles de six à neuf ans ; 2° garçons de plus de neuf ans ; 3» filles de plus de neuf ans. .
Les pièces à fournir sont : 1° demande d'inscription signée par la personne légalement responsable de l’enfant; 2-> acte de naissance ; 3° certificat de surdi-mutité délivré par le médecin de l’Institut, et visé par le directeur de 1 établissement ; 4° certificat du maire constatant la situation de fortune, les ressources ou l’indigence des parents ; 5° extrait du rôle des contributions.
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ne seraient pas à leur place dans cet ouvrage, nous nous bornerons à exposer les principes sur lesquels est fondé l’enseignement : a) de la lecture sur les lèvres; b) de la parole articulée.
A. La lecture sur les lèvres, ou plutôt sur la physionomie, consiste à comprendre la parole d’après la position et les mouvements des organes qui concourent à sa production. La méthode est applicable, non seulement dans la surdi-mutité, mais encore dans la surdité acquise à un âge avancé. La lecture sur les lèvres peut rendre service aux sourds de tout âge.
Le professeur ou la personne qui en fait fonction doit « surtout dans les premières leçons, se placer devant un miroir avec son élève et lui faire reproduire les mouvements de la bouche que lui-mêmè exécutera, en lui en faisant connaître la valeur graphique.
« Il devra lui faire remarquer la progression décroissante qui se produit dans l’ouverture de la bouche pour prononcer d’abord des voyelles a, o, ou; puis les voyelles a, é, i; il passera ensuite aux consonnes les plus faciles à percevoir et qui offrent le plus de*différence entre elles ; il joindra ces consonnes aux voyelles déjà enseignées,pour former des syllabes simples directes (pa, po,pou) ; des syllabes inverses (dp, op, oup ) ; des syllabes formées d’une voyelle entre deux consonnes (tap, top , loup) ; o u d’une consonne entre deux voyelles (apa, apo, apou) ; dés syllabes répétées (papa , lata, popo) ; des mots de deux syllabes formées avec la même voyelle et deux consonnes différentes ( chapa , pata, cafa), ou avec deux voyelles et deux consonnes différentes ( chapo , pâté, café).
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« Il fera de même pour les mots de trois ou quatre syllabes ; puis viendront les diphtongues et les symphones (deux ou trois consonnes se suivant dans le même mot).
« Ces exercices, faits d’abord avec cinq voyelles et Une demi-douzaine de consonnes les plus faciles, se compléteront de plus en plus par l’adjonction des deux autres voyelles, eu, u, et des consonnes offrant une analogie avec celles déjà enseignées..»
« Puis l’on formera de petites phrases de trois ou quatre mots, on posera de courtes questions usuelles auxquelles l’élève devra répondre pour montrer qu’il les a comprises, etc... » (Goguillot. Comment on fait parler les sour.ds'rmuels. Masson, 1889).
En s’adressant au sourd, le profësseur- doit avoir soin de placer son visage dans la direction de la lumière ; de parler sur un ton de voix naturel, modéré et non trop fort, distinctement, mais sans exagérer les mouvements de la bouche ; de ne pas secouer la tête en parlant; de ne pas morceller les mots syllabe par syllabe, mais de les émettre toujours en entier; de ne pas s’impatienter, s’il n’est pas d’abord bien compris, car il découragerait l’élève ; de ne pas s’obstiner à répéter quand même un mot ou une formule qui ne serait pas.compris, mais de changer plutôt ; enfin de saisir toutes les occasions qui peuvent s’offrir de converser de vive voix avec l’élève sans faire de gestes et de proscrire de plus en plus l’écriture comme moyen de communication.
Le temps nécessaire à cet enseignement varie de trois à douze mois, à raison d’une heure par jour, suivant l’acuité de la vue et le degré d’intelligence et d’instruction de l’élève.
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B. L’enseignement de la parole doit être précédé d’une période préparatoire ayant pour but de mettre les organes en état de recevoir cet enseignement. Cette préparation comprend deux parties :
1° L'éducation de la vue et du toucher. Pour le sourd-muet, la parole n’est qu’un composé de mouvements visibles et de vibrations ou de souffles tangibles. Il faut donc, d’une part, habituer son œil à fixer la physionomie des personnes qui parlent et à en saisir tous les mouvements ; d’autre part, lui faire percevoir les vibrations et les mouvements de la cage thoracique, du larynx, de la langue, des joues, le courant d’air plus ou moins intense et plus ou moins chaud ou froid, qui accompagnent l’émission des sons. A cet égard, le toucher est peut-êtré encore plus utile que la vue, car il permet à lui seul d’enseigner la parole à des sourds-muets aveugles. 11 importe donc que l’infirme acquière une délicatesse et une habileté toutes particulières du tact.
2° La préparation de l’appareil vocal. En raison du manque d’exercice, cet appareil est peu apte à la production de la parole. Les poumons et les muscles thoraciques, qui n’ont fonctionné jusqu’alors que comme organes respiratoires, sont inhabiles à remplir leur rôle dans la production des sons. Ils ont besoin d’être développés par des exercices respiratoires appropriés et progressifs.
Cette période préparatoire est d’importance capitale : elle occupe exclusivement les premières semaines de l’entrée à l’école.
Ce n’est qu’une fois que l’appareil vocal s’est assoupli et a acquis la force nécessaire qu’on s’occupe de l’émission de la voix. Si l’enfant n’a jamais émis
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de sons vocaux, ne serait-ce que sous forme de cris,
: ce qui est exceptionnel, il faut lui faire percevoir par le toucher les vibrations des organes vocaux pendant leur fonctionnement, afin qu’il apprenne à distinguer entre la production de la voix et le simple écoulement d’air hors des voies respiratoires.
Si l’enfant sait déjà émettre des sons, ceux-ci sont rarement normaux : la voix est trop forte et criarde, trop faible, trop basse, en fausset, gutturale, etc. On doit corriger ces défauts avant d’aller plus loin. A cet effet, les exercices acoustiques peuvent être d’une grande utilité, ainsi que nous l’avons indiqué précédemment.
L’enfant étant en mesure d’émettre des sons vocaux, on aborde l’enseignement des éléments de la parole. On commence par apprendre à l’enfant l’aspect du visage et le jeu des organes dans l’émission des différents sons : voyelles et consonnes {a, o, ou, e, ê, i, eu, u, b,p, m, etc.) prises isolément d’abord, puis associées entre elles ( pa,po,pou,bé , bi,bu,e te.) sous forme de syllabes (syllabation), puis de mots.
Cet enseignement se fait : l°par la vue, d'après les principes de la lecture sur les lèvres, élève et professeur se plaçant devant une glace dans laquelle l’enfant voit à la fois les mouvements qu’exécutent les organes vocaux du maître et ceux qu’il exécute lui-même en cherchant à l’imiter ; 2° par le toucher à l’aide duquel on lui fait sentir: a) le jeu des muscles et le déplacement de certains organes (positions diverses de la langue, abaissement de la région sous-hyoïdienne dans la prononciation du b, etc.) ; b) l’intensité des vibrations de tel ou tel organe suivant les différents sons : du larynx dans l’émission
HYGIÈNE DE l’oBEILLE
de Va, du crâne dans l’émission del’r, des joues dans la production du son l, du larynx et des ailes du nez simultanément dans la prononciation du mot an, etc. -v
C’est là une tâche extrêmement ardue, demandant une connaissance approfondie du mode de formation des divers sons vocaux ainsi qu’une patience à toute épreuve. Il faut plusieurs années pour que l’enfant arrive à s’exprimer couramment.
HYGIÈNE DE L’OREILLE
On ne saurait aujourd’hui souscrire à cet aphorisme de Mantegazza : « que la meilleure hygiène conservatrice de l’ouïe consiste à ne s’en occuper que très peu : c’est la seule partie du corps qui demande un peu de mal propreté. » Celui que Bail appelait « le plus intellectuel de tous les sens » mérite plus d’égards.
Von Trôltsch enseigne que, sur trois personnes choisies au hasard, une au moins entend mal ; ce qui n’est pas une proportion négligeable. Or, presque jamais on ne naît sourd : donc, on le devient ; par conséquent, nos efforts doivent tendre à supprimer ou à retarder cette échéance désagréable.
Les précautions àprendre à cet effet sont complexes. L’appareil auditif se compose de trois parties, d’origine et de caractères différents, travaillant, il est vrai, en un concert intime à la même collaboration auditive, mais n’en conservant pas moins chacune sesbesoins et ses faiblesses propres. L’oreille externe, l’oreille moyenne et l’oreille interne réclament des soins hygiéniques différents. Au pavillon et au con-
HYGIÈNE DE L’OREILLE
duit conviennent les soins ordinaires de la peau ; à la trompe et à la caisse s'adresse une hygiène bien entendue des muqueuses aériennes supérieures; le labyrinthe enfin exige des précautions minutieuses qui ménagent la susceptibilité de ses éléments délicats et le gardent d’un malmenage intempestif.
Au reste, aux diverses époques de la vie, l’oreille n’est pas soumise aux mêmes offenses. Les règles à suivre ne sauraient donc être identiques à tous les âges. Aussi étudierons-nous l’hygiène des trois parties de l’oreille successivement :
a. Chez le nourrisson ;
b. Chez l’enfant ;
c. Chez l’adulte.
A . — Hygiène du nourrisson
1° Oreille externe. — A. Soins du conduit. — L’enfant qui vient de naître a le conduit obstrué par du vernix caseosa. Il est indiqué de l’en débarrasser prudemment, car la stagnation de cette matière pourrait provoquerune otite externe. Après quoi, un peu d’ouate sera mise à l’entrée dé l’oreille, pour protéger le tympan contre l’arrivée brusque d’un air trop froid ; la brièveté du conduit rend, en effet, la membrane très susceptible à cet âge.
Pendant lé bain quoiiâien qu’exige la toilette du nouveau-né, on veillera attentivement à ce que la tête ne plonge pas ; la pénétration dans le conduit de l’eau savonneuse et souillée qui à servi à laver le corps, et à laquelle se sont mêlées les déjections, risquerait fort de provoquer une otite externe.
Le lait est encore plus à craindre que l’eau pour l’oreille. Certaines otites externes tenaces, dues au
HYGIÈNE DE L’OREILLE
bacillus lactis aerogenes (Martha), ne guérissentque quand on prend des précautions effectives pour empêcher cette pénétration. Rares sont de nos jours les nourrices qui font «pisser leur lait » dans l’oreille des nourrissons. pour faciliter la sortie des dents- Souvent, au contraire, il arrive qùe l’enfant, couché sur le dos, régurgite un excès de lait, et que le liquide ainsi bavé coule des coins de la bouche vers la conque de l’oreille où il se collecte. Une précaution élémentaire s’impose : c’est de coucher l’enfant sur le côté et de veiller à la propreté de sa tête.
L’excès de propreté peut cependant être nuisible. L’oreille, au début de la vie, secrète beaucoup moins de cerumen qu’elle ne le fera plus tard : inutile donc de vouloir faire chaque jour une toilette méticuleuse du conduit; il suffît qu’une fois par semaine celui-ci soit nettoyé avec précaution.
B. Soins dn pavillon. — La mode, plus persuasive que la science, a enfin obtenu la suppression des béguins , bonnets serrés qui aplatissaient le pavillon contre la tête, déformaient ses saillies et entretenaient dans le sillon rétro-auriculaire mal aéré une' humidité constante : d’où résultaient des accidents variés, intertrigo, impétigo et finalement lymphangites et adénites.
Une exception doit être faite à cette interdiction. Les bonnets serrés sont autorisés chez les enfants qui naissent avec des pavillons écartés, dans l’espoirqu’une constriction prolongée ramènera les oreilles à une inclinaison moins disgracieuse : espoir que déjoue le plus souvent l’élasticité des cartilages; auriculaires. .. - -
Dans tous les cas, mais dans cette dernière circons-
HYGIÈNE DE L’OREILLE
tance surtout, une propreté minutieuse du pavillon est de rigueur. On s’attachera à toujours tenir propre et sec le sillon rétro-auriculaire. Pour peu qu’il y ait tendance à l’intertrigo, plusieurs fois par jour la toilette de cette région doit être faite ainsi : lavage a l’eau boriquée chaude, séchage avec du coton hydrophile, poudrage avec du talc et non pas avec des poudres fermentescibles telles que l’amidon ou le lycopode.
2° Oreille moyenne. — L’oreille moyenne, chez le fœtus, ne renferme pas d’air. Elle est remplie d’une matière gélatineuse, en majeure partie constituée par un gonflement excessif de la muqueuse de la paroi labyrinthique, et par un-liquide exsudé. Sa cavité est virtuelle. Dès les premiers vagissements qui suivent la naissance, l’air expiré force la trompe et pénètre dans la caisse, se substituant à la masse gélatineuse qui se résorbe. De là résulte pourlajeune oreille une activité nutritive intense, qui la rend très susceptible d’être défavorablement influencée par les moindres offenses extérieures. Il s’y passe une évolution physiologique des plus importantes pour l’avenir de l’audition, et qui demande à n’être pas troublée. Aussi ne saurait-on trop insister sur les recommandations que voici. .
Craindre les mouvements brusques. Le papa ne devra pas, dans l’excès de sa joie, faire sauter son rejeton en l’air pour le montrer à ses amis.
Craindre le refroidissement. L’enfant, dès sa sortie de l’utérus, doit être, sans tarder, enveloppé, baigné, essuyé, habillé. Ne commettez pas cette faute habituelle, uniquement préoccupé des soins urgents que réclame la mère, de laisser le bébé crier tout