‹ Thérapeutique des maladies de l'oreille. Tome secondChapitre 6 sur 52 · C. — Accidents opératoires · texte numérisé non relu

C. — Accidents opératoires

L’ablation d’un polype de l’oreille est une,opération délicate, qui exige une certaine pratique des interventions sur l’oreille et une grande-légèreté dé main. Les accidents opératoires sont cependant fort rares. Il en est deux principaux : l’arrachement d’un osselet, la fracture des parois de la caisse. Signalons aussi l’hémorragie et la réaction inflammatoire.

1° Arrachement d’un osselet. — Cet accident peut arriver dans deux conditions : a) si l 'on agit à l’aveugle et si l’on saisit l’osselet avec l’instrument en même temps que le polype ; b) si le polype est

de. consistance ferme et adhéré fortement à l'osselet. La douleur ainsi provoquée est excessivement viodente.Cet arrachement n’a cependant aucune conséquence grave ; il peut même souvent être considéré comme un incident heureux, l’extraction des osse- -lëts ayant de fréquentes indications dans les suppurations chroniques de l’oreille.

2° Rupture des parois de la caisse. — Cet accident est beaucoup plus rare, mais ses dangers sont grands, en raison du voisinage de la cavité crânienne. Malgré la minceur de certaines parois de la caisse, il faut agir bien brutalement pour les fracturer ; mais cette rupture produite, le malade est sous le coup d’une paralysie faciale ou d’une infection méningée.

Pour éviter cet accident, il faut :

a. Lorsqu’on se sert de l'anse, sectionner le polype, ainsi qu’il a été dit plus haut, et non pas Varracher ; il convient de redoubler de précautions lorsqu’on extirpe un polype venant de l’attique, car il peut arriver quelle toit de la caisse étant détruit, les polypes de cette région soient implantés directement sur la dure-mère.

b. Lorsqu’on agit avec la curette, surtout au niveau du promontoire, gratter très légèrement le polype, enlever les tissus couche par couche , et non d’un seul coup de curette : car, les polypes de cette région reposant souvent sur un tissu osseux altéré, une pression un peu forte pourrait faire pénétrer l’instrument dans le labyrinthe ; or, dans ces conditions, 1 ouverture des cavités de l’oreille interne serait à peu près fatalement suivie de méningite.

3° Hémorragie. — Une hémorragie grave est tout à fait exceptionnelle : elle ne se produit qu’en cas d’anomalies vasculaires impossibles à prévoir ou de polypes à structure angiomateuse.

4° Réaction inflammatoire. — A la suite de l’application de caustiques énergiques en trop grande quantité ou sur une surface trop considérable, on peut voir se développer une vive réaction inflammatoire avec tuméfaction de la muqueuse de l’oreille moyenne, rétention de liquides septiques et propagation à la mastoïde. Les caustiques doivent être appliqués avec une prudence toute particulière dans la partie postéro-supérieure de la paroi interne de la caisse, point où le canal de Fallope fait saillie audessus de la fenêtre ovale ; à ce niveau, le nerf facial peut être situé directement sous la muqueuse, si la paroi du canal présente une déhiscence : une cautérisation imprudente aurait pour résultat une paralysie durable.

5 D. — Récidives

Les résultats de l’ablation des polypes de l’oreille sont assez variables : tantôt la tumeur ne reparaît pas et l’otite suppurée guérit en quelques semaines ; tantôt la suppuration ne s’arrête pas et, bien que le polype n’ait aucune tendance à repousser, l’otite ne guérit qu’après des soins prolongés ; tantôt enfin les polypes repullulent plus ou moins rapidement après leur ablation.

Ces récidives s’expliquent : a) ou bien par une destruction incomplète, la-base d’implantation de la tumeur n’ayant pas été atteinte par l’instrument ou

par le caustique ; b) ou bien par l 'existence d'une ostéite sous-jacente dont le polype n’est qu’un symptôme; dans ce cas, le traitement est insuffisant s’il se borne à l’extraclion des polypes, car ceux-ci repullulent avec une ténacité désespérante, au fur et à mesure de leur ablation : il faut nécessairement s’attaquer à la lésion principale, au foyer d’ostéite.

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