‹ Thérapeutique des maladies de la peauChapitre 125 sur 201 · KÉRATODERMIES ESSENTIELLES DES EXTRÉMITÉS · texte numérisé non relu

KÉRATODERMIES ESSENTIELLES DES EXTRÉMITÉS

la xérodermie pilaire ou kératose pilaire a été étudiée avec les difformités cutanées. (Voir T. I, p. 33).

Kératodermles symétrique»

des extivémïtés.

Exposé clinique et étiologique. — On donne le nom de kératodermies à des affections caractérisées par l'épaississement de l'épiderme occupant presque exclusivement les régions plantaires et palmaires.

En dehors des kératodermies qui accompagnent le pityriasis rubra pilaire, ladermatite herpétiforme, de celles qui constituent les formes cornées de l'eczéma palmaire et des kératodermies consécutives à l'usage prolongé des préparations arsenicales, enfin de celles qui se développent sous l'influence de pressions inusitées, on connaît trois formes de kératodermies essentielles (Besnier) : l'une congénitale et héréditaire, l'autre se développant dans la deuxième enfance , érythémateuse , peut-être en rapport avec quelque névrose centrale ; la troisième, se développant en foyers isolés et multiples et qui est probablement aussi une trophoneurose d'origine centrale.

Les trois formes de kératodermies sont constituées par des nappes d'épiderme épais, de coloration jaunâtre, bordées d'une zone érythémateuse, et s'accompagnent d'hyperhidrose. Elles sont remarquables par leur ténacité, leur résistance au traitement et la facilité avec laquelle les lésions se reproduisent.

Traitement. — Sauf dans la kératodermie congénitale et héréditaire, qui n'est justiciable d'aucun traitement interne, on devra essayer, dans les kératodermies essentielles, vu leur origine nerveuse probable, les médicaments nervins : bromures,

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valériane, belladone, les révulsifs le long du rachis, les courants continus et les douches. L'arsenic, préconisé par quelques auteurs, ne doit être employé qu'avec beaucoup de circonspection, puisqu'il est capable par lui-même de provoquer des lésions analogues.

Dansles diverses kératodermies— etcecis'applique aussi bien à celles qui accompagnent les grandes dermatoses et à la kératodermie d'origine arsenicale qu'aux formes essentielles — le traitement local consiste dans l'emploi des cataplasmes, des enveloppements humides pour ramollir l'épidémie et permettre de le détacher par le grattage; les applications de savon noir peuvent être utilisées dans ce but si les téguments ne sont pas irritables. L'emplâtre salicylé à 2 ou à 5 0/0, l'emplâtre adhésif simple ou boriqué, l'emplâtre rouge de Vidal, les pommades salicylées à 3 ou 5 et même 10 0/0, résorcinées à o ou 10 0/0, pyrogalliques aux mêmes doses, peuvent encore servir à faciliter la chute de l'épiderme ; dans les formes légères, on peut se contenter de faire ces applications pendant la nuit, et le jour faire frictionner et saupoudrer les parties malades avec de la poudre de talc ou d'amidon renfermant 2 à S 0/0 d'acide salicylique. L'emploi de cette poudre sera continué après la chute des productions épidermiques, afin d'empêcher leur réapparition.

Parakératoses,

Unna, reprenant une dénomination proposée par Auspitz pour désigner certaines anomalies de la fonction cornée, a donné le nom de parakératoses à toute une série de dermatoses caractérisées par des

POROKÉRATOSE 40

lésions inflammatoires sans suintement (catarrhes infectieux secs de la peau), telles que le psoriasis, les pityriasis, etc.

Dans ce groupe, il a rangé deux dermatoses rares et non décrites avant lui, qu'il a appelées parakeratosis variegata et parakeratosis scutularis.

La parakeratosis variegata est constituée par des placards rouges, bien délimités, de dimensions variées, à peine saillants ou élevés et infiltrés, avec de fines squames blanchâtres qui se détachent assez facilement et forment comme des vergetures sur la peau saine.

La parakeratosis scutularis est caractérisée par la production de plaques jaune rougeâtre ou rouge vif, recouvertes de squames épaisses d'un blanc jaunâtre ou d'apparence crayeuse et, sur les points où les lésions sont peu étendues, de saillies cornées correspondant aux follicules pilaires et très analogues aux cônes du pityriasis rubra pilaire.

Le traitement de ces deux affections, dont la nature est encore indéterminée, est très analogue à celui du psoriasis et consiste surtout dans l'emploi des préparations d'acide pyrogallique.

Porokératose,

Cette affection, décrite par Mibelli et par Respighi, et qui se confond peut-être avec certaines formes de lichen annulaire, est également très rare. Elle est constituée par des taches saillantes ou aplaties, de dimensions variées, de forme irrégulière, limitées par une collerette ou une sorte de digue sinueuse, continue, au sommet de laquelle se trouve une mince lame cornée linéaire. Ces lésions occu-

ANGIOKÉRATOME

pent surtout la face dorsale des mains et des pieds, le côté de l'extension des avant-bras et des jambes, ont une marche très lente et s'étendent excentriquement ; débutant dans la première ou la deuxième enfance, elles tendent à disparaître spontanément et complètement avec une grande lenteur.

L'étiologie de cette affection est complètement inconnue : on sait seulement qu'elle n'est pas héréditaire, quoiqu'elle atteigne souventplusieurs membres d'une même famille. Le siège des lésions au niveau des conduits des glandes sudoripares lui a valu son nom (icôpoç, canal).

Le iraiiement paraît consister dans l'emploi des préparations pyrogalliques et salicylées fortes.

Angiokératoiu e.

Exposé clinique et étiologique. — On donne avec Mibelli le nom d'angiokératome à une affection caractérisée par le développement, sur les doigts et les mains, de petites tumeurs généralement très nombreuses, du volume d'un grain de millet environ, planes ou ayant l'aspect verruqueux, dont la coloralion rouge ou violacée disparaît par la pression prolongée.

Cette affection, encore désignée parfois sous les noms défectueux de télangiectasies verruqueuses ou de verrues télangiectasiques, est constamment la suite d'engelures et, comme celles-ci, s'observe surtout chez les sujets ayant une tendance à présenter de l'asphyxie des extrémités. Le développement des télangiectasies paraît précéder et causer celui des productions verruqueuses qui les recouvrent.

Gomme les engelures, l'angiokératome s'observe surtout chez les sujets jeunes.

Traitement. — Les cautérisations ignées peuven servir à faire disparaître les tumeurs de l'angiokératome. L'électrolyse leur est préférable, en raison des troubles vasculaires qui prédominent sur les productions verruqueuses et semblent les provoquer : les aiguilles sont introduites au niveau de chacune des petites tumeurs, et on fait passer pendant 10 à 15 secondes un courant de 6 à7milliampères; l'action des deux pôles nous ayant donné des résultats à peu près identiques, nous préférons recourir à la méthode bipolaire et introduire simultanément dans plusieurs tumeurs des aiguilles reliées les unes au pôle positif, les autres au pôle négatif; la durée des séances se trouve ainsi réduite dans de grandes proportions; on observera avec soin les effets du courant sur la peau et on enlèvera les aiguilles négatives pour les réimplanter sur une tumeur voisine dès qu'il se sera formé autour d'elles un halo blanc assez accentué. Ce traitement, très efficace, demande toujours plusieurs séances en raison de la multiplicité des lésions et de la nécessité d'attaquer chacune d'elles à plusieurs reprises pour obtenir sa guérison complète.

La pigmentation de la peau peut être modifiée de trois façons différentes : elle peut être diminuée (achromie), accrue (hyperchromie), ou diminuée par places et accrue en d'autres (vitiligo).

Les achromies sont peu importantes : en dehors de l'albinisme, difformité congénitale de la peau et des organes pigmentés, qui ne peut pas être modifiée par les moyens thérapeutiques, elles ne sont constituées que par les décolorations que l'on observe dans les atrophies de la peau, dans certaines formes de sclérodermie ou au niveau des cicatrices. Signalons cependant que l'affection désignée généralement en France sous le nom de syphilide pigmentaire est appelée par les auteurs allemands, à tort selon nous, leucodermie syphilitique. Les leucodermies ne sontjusticiables d'aucune intervention thérapeutique.

Les hyperchromies sont beaucoup plus fréquentes, dues à des causes beaucoup plus variées, quelquesunes susceptibles d'être traitées efficacement.

Outre les hyperchromies locales, dues à l'évolution de lésions cutanées circonscrites (prurigo, lichens, dermatite herpétiforme, pityriasis rubra, phlyctènes de brûlures et de vésicatoires, etc. ; pigmentation de voisinage des cicatrices les plus diverses, en particulier des cicatrices de lésions syphilitiques), contre lesquelles le médecin n'a pas à intervenir, en raison de leur tendance à la disparition lente et spontanée, le groupe des hyperchromies renferme des lésions cutanées de caùses très diverses.

Tout d'abord, le groupe des hyperchromies généralisées (mélanodermies) de cause interne : maladie d'Addison, mélanose, mélanodermie des diabétiques atteints de cirrhose hépatique pigmentaire, mélanodermie généralisée des sclérodermiques, intoxication arsenicale chronique ; à côté de ces hyperchromies, il faut placer la mélanodermie de la phthiriase, dans la production de laquelle le rôle des

CHLOASMA 49

parasites est favorisé par les altérations du sang développées sous l'influence de la cachexie de misère (maladie des vagabonds des auteurs anglais et allemands). Dans ces divers cas, le traitement de la mélanodermie se confond avec celui de la maladie générale qui en est la cause, et le traitement externe est sans effet appréciable sur le trouble de pigmentation.

Il en est de même dans les pigmentations des tuberculeux cachectiques.

Les hyperchromies renferment encore le chloasma, les éphélides, le lentigo, que nous allons étudier en particulier.

Chloasma.

Exposé clinique et éiiologique. — On donne le nom de chloasma à des taches pigmentaires, de coloration jaunâtre ou brunâtre, occupant presque toujours le visage, où elles forment des nappes pigmentaires irrégulières, rappelant l'aspect d'un enduit de crasse.

Cette affection s'observe surtout pendant la grossesse (masque des femmes enceintes), où elle apparaît à une époque variable, dans les affections utérines, dans la chlorose, où on la voit parfois se développer également sur les doigts au niveau des articulations des phalanges, mais dans lesquelles elle atteint rarement la môme intensité que dans la grossesse; enfin, quelquefois dans les anémies graves.

Traitement. — Le masque des femmes enceintes ne réclame ordinairement aucun traitement; il diminue après l'accouchement pour disparaître au bout de quelques semaines si la femme ne nourrit pas, plus lentement si elle nourrit ou si elle conserve

50 ÉPHÉLIDES

quelque trouble utérin. Dans les cas où il acquiert une certaine intensité, on peut recourir aux traitements que nous indiquerons à propos des éphélides.

Le chloasma des maladies utérines sera traité de même, mais on s'adressera surtout à sa cause, en intervenant directement contre la lésion utérine, et en combattant l'anémie qui en résulte. Il en sera de même chez les chlorotiques et les anémiques, mais on aura soin de ne pas leur prescrire de préparations arsenicales, qui pourraient accroître la pigmentation cutanée.

Ces malades se garantiront également contre les influences atmosphériques qui exagèrent l'intensité du chloasma.

Éphélides.

Exposé clinique et étiologiqne. — On donne ce nom à des pigmentations des parties découvertes (face, mains) survenant sous l'influence de la chaleur et des divers agents atmosphériques (vent, froid intense); souvent consécutives à des érythèmes caloriques, elles constituent le hâle des campagnards et des gens de mer : elles peuvent se développer assez rapidement pendant un séjour à la campagne ou aux bords de la mer, pour persister pendant quelques semaines ou quelques mois et devenir une infirmité désagréable. Certains individus y sont particulièrement sujets.

Traitement. — Les sujets atteints d'éphélides doivent éviter l'action directe du soleil et du vent et, pour cela, protéger leur visage au moyen de chapeaux à largesbordsetde voiles épais et larges, verts, bleus ou noirs. Cette même précaution empêchera

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ou atténuera les récidives ultérieures au retour de la saison chaude.

Lorsque la pigmentation atteint quelque intensité, on aura recours aux préparations mercurielles.

Dans la plupart des cas, on emploiera les lotions biquotidiennes de sublimé (solution à 1/500), ou les applications prolongéespendant4 a 5 heures de compresses imbibées de la même solution si elles sont supportées; dans l'intervalle, les malades se poudreront largement à l'amidon et appliqueront le plus longtemps possible une pommade à l'oxyde de zinc ou au sous-nitrate de bismuth additionnée de 1 0/0 d'acide salicylique.

Les pommades mercurielles (pommade au calomel au 30°, pommade d'oxyde de zinc additionnée de 1 0/0 de sublimé) et les applications d'emplâtre de Vigo pendant la nuit doivent être réservées aux cas plus accusés, et leur emploi sera surveillé de près, pour éviter l'irritation trop vive des téguments et les accidents d'intoxication mercurielle.

Les badigeonnages à la teinture d'iode, les pommades soufrées à 15 ou 20,0/0 additionnées de 1 à3 0/0 d'acide salicylique, les lotions soufrées analogues à celles employées dans l'acné, les applications de savon noir peuvent encore être employés contre les éphélides, à la condition de suspendre leur emploi dès qu'ils déterminent une irritation un peu vive du tégument. L'eau oxygénée (bioxyde d'hydrogène et non eau chargée d'oxygène) pure ou le mélange à parties égales d'eau oxygénée et d'éther qui a été désigné sous le nom de pyrozone peuvent encore être essayés.

Les applications plus énergiques, les acides même étendus, en particulier, doivent être proscrits, à

LENTIGO

moins que l'affection ne soit particulièrement intense et persistante.

Lentigo.

Exposé cliniqne et étiologique. — - Le lentigo (ou

taches de rousseur) est caractérisé par des taches pigmentaires de la dimension d'une grosse tête d'épingle, rondes ou ovalaires, occupant le visage, le cou, les mains et les avant-bras.

On confond généralement sous ce nom deux affections différentes par leur marche et qu'il nous paraît nécessaire de distinguer.

D'une part des taches brunâtres ou grisâtres apparaissant vers l'âge de 8 ou 10 ans, parfois assez nombreuses pour constituer chez les jeunes filles une difformité désagréable, mais disparaissant à peu près complètement vers l'âge de 20 à 25 ans, et ne se montrant plus qu'accidentellement dans la suite, sous l'influence de troubles utérins ou après l'exposition prolongée à la chaleur et au vent. Ces taches sont aussi fréquentes chez les blonds que chez les bruns.

D'autre part des taches de coloration jaunâtre plus ou moins accusée, souvent plus larges que clans la variété précédente, occupant les mêmes sièges, ordinairement très nombreuses, se montrant à un âge moins avancé, persistant toute l'existence, qui s'observenl chez les sujets à cheveux roux et à teint coloré.

Traitement. — Le traitement a plus d'action sur la première variété que sur la seconde, qui serapproche des nœvi, si elle ne se confond pas avec eux.

Le rôle des agents atmosphériques, dans l'exagération sinon dans la production du lentigo, est assez net pour que les précautions indiquées à propos des

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éphélides soient encore de mise dans cette affection. On y ajoutera la suppression des aliments qui entretiennent la congestion de la face, cause d'aggravation des troubles pigmentaires et, s'il y a lieu, le traitement des troubles digestifs et génitaux.

Le traitement local, dans les formes peu accusées du lentigo, est encore le même que celui des éphélides. Il peut en atténuer la coloration ; mais il ne faut pas en attendre la disparition même passagère de la pigmentation.

Il en est de même des douches sulfureuses de Luchon, de Barèges, d'Uriage.

Lorsque les malades exigent un traitement efficace de ces dyschromies, — beaucoup de jeunes filles sont dans ce cas, — il faut recourir à des applications plus énergiques, susceptibles de provoquer la chute de l'épiderme qui entraîne ainsi les taches pigmentaires ; mais il est nécessaire de prévenir les malades de l'énergie du traitement, qui les oblige à un séjour de plusieurs jours à la maison, et de les prévenir aussi que ce traitement sera suivi fatalement, au bout d'un certain temps, de la reproduction de l'affection, l'épiderme de nouvelle formation se tachetant de pigment qui, en quelques mois, est aussi abondant qu'avant le traitement. C'est donc un palliatif temporaire, d'une application assez douloureuse et gênante, qu'on leur propose.

. La desquamation épidermique peut être produite au moyen de pommades soufrées fortes, contenant 30 à 50 0/0 de soufre, 1 à 5 0/0 d'acide salicylique, 5 à 10 0/0 de carbonate de soude, qu'on applique pendant la nuit jusqu'à production d'une dermite intense; pendant le jour, on se contente de poudrer à l'amidon ; lorsque l'inflammation est devenue assez

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considérable, on la calme au moyen de pommade à l'oxyde de zinc ou au sous-nitrale de bismuth additionnée de 3 à 5 0/0 de naphthol.

Les emplâtres de savon noir peuvent être employés à la place de la pommade soufrée.

M. Leloir (1) a proposé, pour produire la desquamation, les applications d'acide chrysophanique en solution à 15 0/0 dans le chloroforme ; après évaporation du chloroforme, on recouvre la couche d'acide chrysophanique de traumaticine ; au bout de quelques jours, lorsque l'enduit se détache, on recommence l'application, jusqu'à ce que l'exfoliation épidermique soit suffisante.

Les badigeonnages à l'acide chrysophanique demandent une attention toute spéciale; ils ne doivent jamais être faits que par le médecin, et il faut éviter la projection de la solution et la chute de la poudre dans l'œil où elles exposeraient à des conjonctivites.

Les préparations mercurielles fortes peuvent encore être utilisés dans ces cas.

Kaposi recommande les applications de compresses trempées dans une solution de sublimé au 100e (parties égales d'eau et d'alcool), maintenues en place pendant 4 heures; au bout de ce temps, il se forme des phlyctènes que l'on perce et dont on éponge soigneusement le contenu; puis on panse avec une poudre inerte; au bout de 8 jours environ, l'épiderme est reformé, blanc et complètement dépourvu de pigment.

L'emplâtre de Yigo peut également être utilisé, mais est moins actif.

Unna (2) a proposé, dans le but d' « écorcher » et

(1) Journal des connaissances médicales, 1er juillet 1886.

(2) Van Hornn. Progrès médical, 1893, l°r semestre, p. 68.

VITILIGO 55

de « peler » la peau couverte d'éphélides les applications de pâte d'oxyde de zinc renfermant 50 0/0 de résorcine, répétées pendant 3 ou A jours; à ce moment, il remplace la pâte par des badigeonnages avec la colle de zinc; au bout de peu de jours, l'épiderme se détache en larges lambeaux, entraînant le pigment avec lui. Ce traitement, très énergique, exige une forte dose de courage de la part du médecin et de la part du patient.

Vitiligo

Exposé clinique et étiologiqne. — On donne le nom de vitiligo à une dyschromie caractérisée par le mélange, sur les parties atteintes, de plaques blanches, décolorées, généralement arrondies et de zones hyperpigmentées, brunâtres ou noirâtres, entourant les parties décolorées.

En dehors de ces changements de coloration, la peau ne présente aucune modification.

Le vitiligo occupe le plus souvent le cou, les mains et les avant-bras, les organes génitaux. Il peut se généraliser à toute la surface cutanée.

Dans les régions recouvertes de poils, ceux-ci participent ordinairement aux troubles de la pigmentation cutanée, et des touffes blanches reproduisent la disposition des taches achromiques; parfois ils tombent, et leur chute donne lieu à la production de plaques alopéciques analogues à celles de la pelade.

Se développant graduellement, sans aucun symptôme fonctionnel, cette affection persiste souvent indéfiniment; parfois cependant elle offre une certaine tendance à s'atténuer et peut même disparaître.

Le vitiligo est essentiellement une affection d'ori-

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gine nerveuse : se développant au cours du labes, du goitre exophthalmique, chez les aliénés, à la suite d'émotions morales vives, il peut être la seule manifestation de l'état névropathique, héréditaire ou acquis, du sujet qui en est porteur; mais il doit toujours être considéré comme un stigmate névropathique et faire rechercher les divers états morbides dont il peut être symptomatique.

Traitement. — Les conditions étiologiques du vitiligo indiquent la médication générale qu'on doit lui opposer : les bromures, les préparations de valériane et de belladone, les douches froides ou tempérées sont destinés a combattre l'état névropathique, sans compter les médications plus spécialement indiquées par les lésions nerveuses que l'on peut constater : iodures, faradisation, révulsifs sur l'axe cérébrospinal, etc. Ces médications peuvent amener, mais toujours avec une grande lenteur, une atténuation ou la disparition des troubles pigmentaires.

M. Besnier recommande également les bains salins et les injections de pilocarpine, qui lui ont donné quelques résultats satisfaisants.

Localement, les applications de sublimé, les pommades soufrées, les badigeonnages d'iode ont été proposés par plusieurs auteurs ; l'action de ces topiques est trop douteuse pour qu'on puisse leur accorder une grande confiance.

ÉLÉPIIANTIASIS

Expose clinique et ctiologiqne. — On désigne SOUS

le nom d'éléphantiasis des états morbides caractérisés par une augmentation de volume de la peau

et du tissu cellulaire sous-cutané consécutive à des troubles de la circulation lymphatique, et peut-être plus exceptionnellement à des troubles de la circulation veineuse. Les lésions une fois établies ne tendent pas à rétrocéder spontanément; elles s'exagèrent à intervalles irréguliers, consécutivement à des poussées inflammatoires accompagnées de fièvre et de phénomènes généraux; ces accès, qui ont été décrits sous le nom d'accès éléphantiaques, ne sont en réalité que des érysipèles : M. Sabouraud a en effet constaté la présence du streptocoque dans les parties enflammées au moment des accès.

L'éléphantiasis occupe le plus souvent les membres inférieurs; il peut siéger au scrotum, au prépuce, à la vulve, à la face ou aux membres supérieurs.

Les affections décrites sous le nom d' éléphantiasis peuvent se développer sous des influences diverses et doivent être divisées au moins en trois groupes :

1° L'éléphantiasis des pays chauds ou éléphantiasis endémique, engendré par la fllaire (filaria sanguinis hominis), dû à l'oblitération des voies lymphatiques par suite de la présence dans les vaisseaux ou dans les ganglions correspondants d'une fllaire femelle fécondée.

2° Les éléphanliasis nostras, dus à l'oblitération des vaisseaux lymphatiques par une lymphangite chronique consécutive à des lésions diverses des téguments : ulcères variqueux, lupus des membres, lésions syphilitiques, etc., ou par une lésion des ganglions correspondants : néoplasme cancéreux, etc.

3° Les éléphantiasis congénitaux, dont l'étude est encore très incomplète et qui renferment, outre des faits d'hypertrophie congénitale appartenant àl'ordre des naevi, des cas de lymphangiome des membres.

Quelques faits désignés sous le nom d'éléphantiasis et dans lesquels les voies lymphatiques sont libres, en particulier les faits d'œdème neuro-arthritique des membres auxquels M. A. Mathieu (1) a donné le nom plus exact de pseudo-éléphantiasis névropathique, ne doivent pas trouver place ici.

Traitement. — Ces notions étiologiques ne sont pas sans importance au point de vue du traitement de l'éléphantiasis, quoiqu'on n'en ait pas encore tiré toutes les déductions thérapeutiques dont elles sont susceptibles.

L'éléphantiasis à filaire échappe quelque peu jusqu'ici à une thérapeutique causale rationnelle. On n'a guère tenté la destruction de la filaire, soit par une intervention directe, soit par une médication parasiticide interne encore à trouver. D'ailleurs les lésions provoquées par la présence du parasite lui survivraient, et il faudrait encore lutter contre leurs effets anatomiques persistants. Le changement de résidence, proposé par quelques auteurs de même que dans d'autres maladies exotiques, ne semble pas avoir d'effets favorables bien nets.

Jusqu'ici la connaissance de la cause de l'éléphantiasis endémique n'a guère suscité que des précautions prophylactiques : les soins hygiéniques, la propreté, le pansement régulier des plaies et des excoriations, l'usage pour la boisson d'eau filtrée ou bouillie, l'abstention de végétaux crus poussant à fleur de terre, mettront le plus souvent à l'abri .de cette maladie.

Le rôle des lésions cutanées dans le développement de l'éléphantiasis nostras comporte comme dé-

fi) Annales de Dermatologie, janvier 1893.

duction pratique la nécessité de traiter tout d'abord ces lésions. Il s'en faut cependant de beaucoup que, sur des tissus éléphantiasiques , la guérison d'un ulcère de jambe ou même de lésions eczémateuses soit chose facile : les traitements les mieux appropriés n'agissent jamais qu'avec lenteur; de même le lupus est toujours long à guérir et la disparition des tubercules lupiques ne rétablit pas la perméabilité des voies lymphatiques enflammées chroniquement. Il faut ajouter que le traitement des lésions causales n'a qu'un effet très restreint sur les lésions constituées de l'éléphantiasis, mais au moins supprime-t-il toute cause nouvelle d'irritation pour les voies lymphatiques.

La notion du rôle de l'infection streptococcique dans l'évolution de l'éléphantiasis a une grande importance pratique. Elle montre que le moyen d'éloigner ou de supprimer les prétendus accès éléphantiaques réside dans une antisepsie rigoureuse des surfaces malades et surtout des ulcérations causales, antisepsie qui doit tout à la fois détruire les germes existants ets'opposerà l'introduction nouvelle du streptocoque. Il ne faudrait pas, cependant, s'illusionner sur ses résultats et croire qu'on parviendra facilement à atteindre le parasite dans tous ses repaires ; mais ce n'est pas une raison pour ne pas le poursuivre de son mieux. Les pansements antiseptiques, de préférence avec une solution de sublimé à 1 pour 2000 ou même à 1 pour 1000, si elle est supportée, les bains locaux prolongés dans l'eau phéniquée à 1 pour 200, seront donc indiqués au début de tout traitement et surtout à la suite d'une poussée d'érysipèle ; les pansements avec des solutions antiseptiques plus faibles (eau boriquée, solution de phénosalyl à

1 pour 500, etc.) seront prescrits ultérieurement; si les ulcérations sont irrégulières, présentent des clapiers et des prolongements sous-cutanés, leur surface sera cautérisée au nitrate d'argent, ou mieux au thermo-cautère ou au galvano-cautère, sans préjudice des applications locales appropriées aux ulcères variqueux ou au lupus.

Chaque récidive d'érysipèle sera traitée par les moyens convenables : applications de compresses de sublimé, ou de compresses trempées dans une solution de salicylate de soucie (25 pour 1000) et de bicarbonate de soude (10 pour 1000) (Besnier); les pulvérisations de solution éthérée de sublimé à 1 pour 100 suivant la méthode de M. Talamon, les badigeonnages avec la traumaticine à l'ichthyol (à parties égales) préconisés par Juhel-Rénoy trouveront ici leur indication comme' dans les autres localisations de l'érysipèle. A l'intérieur, le sulfate de quinine, employé depuis longtemps par M. Besnier au moment des accès, sera donné à doses élevées pour modérer la fièvre et aussi à titre d'agent antiseptique. En un mot, le traitement sera le même que dans l'érysipèle.

En dehors des poussées érysipélateuses, le traitement cle l'éléphantiasis comprend une médication interne et une longue série de moyens externes.

L'iodure de potassium semble avoir quelque influence sur les lésions : son action résolutive sur les altérations scléreuses, ses effets sur les lésions veineuses et artérielles l'expliquent suffisamment ; il sera donc indiqué surtout dans les éléphan tiasis consécu I i fs aux ulcères variqueux, et ne devra pas être négligé dans l'éléphantiasis à filaire. Dans les éléphantiasis d'origine lupique, on administrera l'huile de foie de

morue, le sirop d'iodure de fer et le sirop antiscorbutique.

Le traitement local a pour but de faire tomber les productions épidermiques qui encombrent souvent la surface des parties éléphantiasiques, de diminuer la stase lymphatique dont elles sont le siège et de faciliter leur circulation sanguine et lymphatique.

Des applications émollientes (cataplasmes de fécule de pommes de terre, pansements avec des solutions antiseptiques faibles, bains prolongés), et, si l'état des téguments les rend possibles, des applications de savon noir pur ou mélangé à la vaseline ou à l'axonge permettent de ramollir l'épiderme et, au moyen de grattages avec une spatule ou une curette non tranchante, d'enlever les couches épidermiques souvent épaisses qui recouvrent la surface des membres éléphantiasiques et qui masquent souvent des lésions papillomateuses plus ou moins étendues.

Le décubitus horizontal, avec élévation de la partie malade comme dans toutes les affections provoquées ou entretenues par des troubles circulatoires, sera de règle lorsque l'éléphantiasis occupe les membres inférieurs. Lorsqu'il siège au scrotum, la partie malade sera maintenue avec un suspensoir. S'il occupe les membres supérieurs, ceux-ci seront soutenus au moyen d'une écharpe.

Pour permettre l'écoulement de la lymphe arrêtée dans son cours, on a proposé les mouchetures et les scarifications, et récemment encore M. Le Dentu y a eu recours dans l'éléphantiasis du scrotum pour diminuer le volume des parties malades et en faciliter l'extirpation. Le résultat est généralement médiocre temporaire toujours : car l'obstacle persiste et cette

intervention, si elle n'est pas pratiquée avec des précautions antiseptiques rigoureuses, peut devenir le point de départ de phlegmons, d'abcès ou d'érysipèles qui aggravent les lésions antérieures quand ils ne mettent pas en péril la vie même du sujet.

La compression méthodique met à l'abri de ces dangers : elle permet de refouler une partie de la lymphe stagnante, en même temps qu'elle modère l'afflux du sang et facilite la circulation en retour. Elle doit être faite au moyen du pansement ouaté, après applications topiques appropriées sur les ulcérations, s'il en existe ; la bande de toile ^ qui maintient et comprime la ouate est recouverte d'une bande de caoutchouc avec laquelle on exerce, suivant les règles habituelles, une pression convenable, égale et assez modérée pour ne pas être douloureuse et ne pas exposer à la gangrène ; en aucun cas, la bande de caoutchouc ne doit être appliquée directement sur la peau (Besnier). Le pansement est changé tous les S à 6 jours, plus souvent s'il y a des ulcérations suintantes. Avant de le réappliquer, les parties sont lavées avec une solution antiseptique faible, ou avec un liquide alcoolisé (eau de vie camphrée, eau de Cologne, alcoolat de lavande additionnés de deux tiers ou de trois quarts d'eau).

Entre deux applications du pansement compressif on pourra recourir au massage méthodique, aux bains de vapeur locaux, aux douches sulfureuses

' Ce traitement amène toujours une diminution de volume des parties atteintes; mais trop souvent les malades se refusent à le laisser continuer un temps suffisant et, reprenant trop tôt leurs occupations, voient le membre augmenter de nouveau de volume.

Les bas, les brassards et les suspensoirs en tissus élastiques peuvent rendre quelques services chez les sujets qui sont dans l'impossibilité de garder le repos; mais ces services sont toujours limités : ces appareils doivent être faits avec grand soin et s'appliquer très exactementsurles parties malades pour jouir de quelque efficacité; de plus les tissus élastiques se relâchent rapidement et les appareils doivent être changés souvent, ce qui, joint à leur prix élevé, en rend l'emploi très coûteux.

L'électricité a été employée par plusieurs auteurs dans le traitement de l'éléphantiasis : Moncorvo et Silva Aranjo ont obtenu par l'emploi des courants continus et des courants faradiques des résultats remarquables.

Ce traitement a été jusqu'ici peu employé en France.

11 mériterait d'être expérimenté, car il est tout au moins exempt d'inconvénients sérieux.

Les résultats souvent très insuffisants de la compression ont engagé divers auteurs à recourir à des traitements plus actifs et à des opérations chirurgicales.

On a tenté de faciliter la circulation en retour en diminuant l'afflux sanguin au moyen de la ligature ou de la compression de l'artère principale du membre. Les résultats de cette intervention semblent avoir été généralement assez médiocres, quand elle n'a pas causé d'accidents graves, et nous ne croyons pas devoir la conseiller.

Plus radicale est l'ablation des parties atteintes d'éléphantiasis. Pour arriver à cette extrémité lorsque la maladie occupe un membre, il faut que le volume des lésions soit extrêmement considérable

SCLÉRODERMIE

et ne se réduise pas sensiblement sous l'influence des traitements précédents. Il est cependant quelques sujets dont Féléphantiasis entrave si complètement la vie professionnelle, qu'ils préfèrent être privés d'un membre qui est devenu pour eux un appendice inutile et gênant.

Dans l'éléphantiasis des organes génitaux, l'ablation est pour ainsi dire la règle dès que les lésions ont atteint un certain volume : la compression est souvent difficile à appliquer, ses résultats sont lents; le testicule englobé dans une masse éléphantiasique est tout au moins fonctionnellement perdu; de plus, sauf exceptions très rares, l'exérèse est suivie de guérison sans aucun accident, et il n'y a pas de récidive.

SCLÉRODERMIE.

Exposé clinique et étiologiqne. — On donne le

nom de sclérodermie à une affection caractérisée par l'épaississement et l'induration scléreuse de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, indépendamment de tout état pathologique antérieur du tégument.

La sclérodermie, qui est bien plutôt l'expression cutanée d'une maladie générale qu'une dermatose à proprement parler, revêt des types cliniques très différents' les uns des autres.

Elle peut être généralisée ou localisée.

La sclérodermie généralisée se divise elle-même en deux formes bien distinctes.

Dans l'une, sclérodermie généralisée d'emblée (sclérème des adultes, sclérodermie œdémateuse de Hardy, sclérémie de M. Besnier), l'affection débute

SCLÉRODERMIK DO

par une tuméfaction œdémateuse diffuse du tégument, qui aboutit bientôt à son induration avec aspect blafard ; l'immobilité qui en résulte communique au visage un aspect particulier de placidité (masque sclérodermique), place les membres dans des positions parfois vicieuses et gêne les fonctions respiratoires. La peau, outre sa teinte blafarde généralisée, présente en certains points une coloration brunâtre rappelant l'aspect du chloasma ou même de la maladie d'Addison. Des complications rénales, cardiaques, etc., viennent parfois précipiterla marche de la maladie, qui peut se terminer en quelques semaines, plus souvent en quelques mois par la mort ou par la guérison, ou persister indéfiniment.

La sclérodermie progressive peut débuter par la face, plus souvent par les extrémités supérieures (sclérodactylie), où elle est précédée de phénomènes d'asphyxie locale et aboutit à la production de mutilations avec atrophie des doigts, ulcérations torpides, gangrènes partielles; elle tend à se généraliser; les téguments sont souvent le siège de pigmentations diffuses. Des lésions scléreuses des muscles, du rein, des arLères, du cœur, du poumon, accompagnent presque toujours cette forme de sclérodermie et sont la cause de la mort, qui ne se produit qu'au bout de plusieurs années.

La sclérodermie localisée (sclérodermie en plaques, morphée des auteurs anglais) se traduit par le développement de plaques dures, lardacées, blanches ou jaunâtres, entourées d'une zone érythématcuse ou violacée [lïlac ring des Anglais) ; ces plaques peuvent être de dimensions très variées et de formes diverses, arrondies, allongées ou disposées en longues traînées parallèles à l'axe des membres (scléro-

66 SCLÉRODERMIE

dermie en bandes), symétriques ou plus souvent unilatérales, correspondant fréquemment à la distribution cutanée d'un tronc nerveux. Les plaques, qui ont été parfois prises pour des tumeurs malignes, sont susceptibles de guérison ; elles peuvent disparaître sans laisser de traces ou être suivies d'une atrophie cutanée, dont la topographie correspond à celle de la plaque sclérodermique initiale, avec amincissement du derme, qui prend une coloration blanchâtre ou brunâtre. Ces atrophies post-sclérodermiques semblent comprendre un grand nombre des faits désignés sous le nom à' atrophie primitive de la peau.

La sclérodermie généralisée d'emblée peut succéder à un refroidissement, à l'action de l'humidité, survenir dans le cours d'une grossesse ou à la suite d'une perturbation morale vive, se montrer après des maladies infectieuses diverses; elle se développe souvent chez des sujets cachectiques.

Les autres formes de sclérodermie semblent plus spécialement liées à une perturbation du système nerveux : leur développement à la suite d'émotions, de chagrins, leur coïncidence avec des manifestations nerveuses diverses, la disposition symétrique de leurs lésions ou leur configuration en rapport avec la distribution d'un nerf périphérique, peuvent être cités à l'appui de cette hypothèse, bien qu'on n'ait pas, jusqu'ici, trouvé, dans les centres ou les conducteurs nerveux, de lésions constantes ou même de lésions ayant quelque importance.

Les lésions artérielles généralisées, qui accompagnent la plupart des cas de sclérodermie et qui tiennent sous leur dépendance directe les altérations cutanées et les complications viscérales, doivent

SCLÉRODERMIE Ol

aussi entrer en ligne de compte dans l'interprétation pathogénique de cette affection ; il se peut que le système nerveux n'intervienne que pour exagérer leurs effets et les localiser, utilisant pour produire la sclérodermie le reliquat sur les vaisseaux de maladies infectieuses et d'intoxications multiples.

Traitement. — La thérapeutique de la sclérodermie doit s'inspirer des données étiologiques précédentes.

Dans la sclérodermie généralisée d'emblée, on aura recours surtout aux toniques : huile de foie de morue, préparations d'iodure de fer, de quinquina, d'arsenic, etc. Le malade devra, en outre, éviter soigneusement les refroidissements, et pour cela porter des vêtements de laine. Les bains sulfureux, parfois les bains de vapeur, seront utiles pour activer les fonctions sécrétoires de la peau toujours diminuées.

Dans la sclérodermie progressive et dans les sclérodermies partielles, on emploiera, outre les toniques, les agents qui modifient le système nerveux : bromures, préparations de valériane, de belladone, les bains électriques, les douches tièdes ou chaudes, en même temps que ceux qui peuvent modérer les lésions artérielles, de préférence l'iodure de potassium ou de sodium à doses faibles, longtemps prolongées. Les inhalations d'oxygène (Besnier) peuvent être employées dans les cas de sclérodactylie avec phénomènes d'asphyxie des extrémités. L'hygiène générale, l'aération, les eaux sulfureuses, compléteront ce traitement.

Localement, les divers topiques ne produisent aucune amélioration des lésions sclérodermiques ; les applications d'emplâtre de Vigo méritent seules d'être essayées.

SCLÉRODERMTE

Le massage, de préférence avec l'huile de foie de morue, aide souvent à la résorption de l'infiltration scléreuse ; il a en outre l'avantage de faciliter le retour des mouvements dans les articulations immobilisées par les lésions cutanées et d'activer la nutrition des muscles presque toujours atrophiés au niveau et an voisinage des territoires sclérodermiés.

L'électricité a été employée sous des modes très différents.

L'électrolyse a été tentée dans la sclérodermie et a paru arrêter rapidement la marche extensive de la maladie. Une observation de M. Brocq (1) montre bien son mode d'action : les lésions scléreuses s'étaient plus amendées dans les parties supérieures de la plaque où l'aiguille n'avait jamais été directement appliquée que dans les parties où avaient été faites les piqûres; c'est clone plutôt le courant électrique qui modifie la nutrition de la plaque que l'action chimique locale qui amène la disparition de la sclérose. Dans ces conditions et vu la facilité avec laquelle les piqûres électrolytiques déterminent la formation d'un tissu scléreux et chéloïdien (nous en avons vu des exemples chez des sclérodermiques soumis à ce traitement), nous croyons que l'électrolyse doit céder le pas, dans cette affection, à l'électrisation par les procédés extradermiques, beaucoup moins douloureux d'ailleurs.

Les bains électriques et les courants continus de faible intensité (8 à 10 ou 12 milliampères, deux ou trois séances de 10 minutes par semaine) en appliquant le pôle positif le long de la colonne vertébrale

(1) Bulletin de la Société française de Dermatologie, 11 avril 1890, p. 254.

AÏNHUM

et une large électrode reliée au pôle négatif audessous des parties sclérodermiques, nous semblent préférables à tous les autres.

Les traitements électriques demandent toujours un temps très long pour amener la guérison de plaques même peu étendues; dans la sclérodermie progressive, on peut en attendre seulement une amélioration et un ralentissement dans la marche de la maladie.

AÏNHUM

Exposé clinique et étiologiqne. — On désigne SOUS

ce nom une affection, lentement progressive, caractérisée par l'étranglement annulaire d'un orteil aboutissant à sa chute.

Elle débute par un sillon demi-circulaire, commençant ordinairement à la partie inféro-interne du pli digito-palmaire ; ce sillon, de structure fibreuse, s'étend par ses extrémités, finit par enserrer toute la circonférence de l'orteil; l'extrémité inférieure de celui-ci augmente de volume sous l'influence de la gêne circulatoire, se pédiculise, puis se flétrit et tombe; l'orteil symétrique peut être atteint de la même façon, mais la maladie s'arrête là.

L'aïnhum se développe le plus souvent sur le cinquième orteil, rarement sur le quatrième, exceptionnellement sur les autres ; il est douteux qu'on l'observe aux doigts.

Cette affection ne se rencontre que dans la race noire : on l'a vue sur la côte occidentale d'Afrique, au Bengale, au Brésil; on ne l'a jamais observée en France.

Son étiologie est inconnue : les contusions répé-

CHÉLOÏDE

tées de l'orteil dans la marche pieds nus, auxquelles on l'a attribuée, n'expliquent pas son développement exclusif chez les nègres, bien plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes. Il est aujourd'hui démontré que cette affection n'a aucun rapport ni avec les amputations congénitales dont le siège est très variable et qui s'observent dans toutes les races, ni avec la lèpre.

Le traitement consiste uniquement dans les incisions libératrices delastricture, perpendiculairement à sa direction, lorsque le sillon est encore incomplet, et dans l'amputation au niveau du sillon, lorsque l'orteil est déjà trop compromis.-

CHÉLOÏDE.

Exposé clinique et étiologiqnc. — La chéloïde,

qu'il ne faut pas confondre avec les cicatrices hypertrophiques (fausse chéloïde cicatricielle), est constituée par une tumeur fibreuse, plus ou moins saillante, de forme généralement allongée et irrégulière, récidivant à peu près fatalement après son ablation.

La chéloïde débute par une tuméfaction indurée de petites dimensions, puis augmente de volume, le plus souvent lentement, s'étendant en général par ses deux extrémités qui sont aplaties et étalées, et ont été comparées aux pattes d'un crabe. Elle peut atteindre une longueur de plusieurs centimètres, faire une saillie de deux à cinq millimètres; elle est nettement limitée. Sa surface est généralement lisse et régulière, plus rarement bosselée.

Elle s'accompagne souvent d'irradiations douloureuses extrêmement pénibles.

CnÉLOÏDE '1

L'ablation, même large, de la chéloïde est suivie de sa reproduction dans la cicatrice ou au niveau des

points de suture.

Le siège de prédilection de la chéloïde est la région sternale, mais peut varier comme celui de la lésion qui lui donne naissance.

La chéloïde est, en effet, sauf exceptions très rares, consécutive à une lésion antérieure du tégument, lésion le plus souvent minime et hors de proportion avec la tumeur chéloïdienne : excoriations, piqûres, plaies consécutives au percement du lobule de l'oreille ou à la vaccination, etc., pustules d'acné, brûlures, eschares consécutives à l'épilation électrolytique, ulcérations syphilitiques, etc.

Certains sujets semblent prédisposés au dévelopment de cette affection, à laquelle quelques auteurs attribuent une origine microbienne. Nous sommes très porté à admettre cette dernière opinion et à subordonner à un traumatisme passé inaperçu le développement des chéloïdes dites spontanées. La nature infectieuse de la maladie explique mieux que la prédisposition individuelle la récidive in situ après l'opération et les faits de généralisation spontanée ou opératoire.

Traitement. — On ne connaît jusqu'ici aucun médicament interne qui puisse amener la résorption d'une chéloïde : l'iodure de potassium, l'arsenic, les préparations mercurielles en particulier ont été expérimentés sans succès.

Contre les douleurs provoquées par la lésion, les calmants sont à peu près inefficaces.

Le traitement tocal est donc seul applicable aux chéloïdes, et ce traitement est très loin d'être satisfaisant.

CHÉLOÏDE

L'ablation au bistouri doit être proscrite : la récidive à peu près infaillible, malgré les précautions les plus minutieuses et l'étendue de l'intervention, substitue à la lésion primitive une lésion plus étendue encore.

Les caustiques chimiques et thermiques ne réussissent pas mieux, et leur emploi expose tout autant aux récidivas. Les injections sous-cutanées d'huile créosotée au cinquième, employées dans un cas par M. P. Marie (4), produisent une eschare sèche, mais sa guérison est également suivie de la reproduction de la chéloïde.

Les applications d'emplâtre de Vigo, d'emplâtres résorcinés et salicylés, peuvent faire diminuer le volume des tumeurs, mais ne les font pas disparaître : elles n'ont, en tout cas, aucun inconvénient, à la condition qu'elles n'irritent pas les téguments et surtout ne les ulcèrent pas. La compression de la tumeur amène quelquefois la réduction de son volume, mais est difficile à exécuter.

Les scarifications linéaires, que Vidal avait eu l'idée de pratiquer pour sectionner les nerfs contenus dans les tumeurs chéloïdiennes et les rendre indolentes, amènent la réduction de leur volume. Elles doivent, pour atteindre ce but, être profondes et atteindre la chéloïde à peu près dans toute son épaisseur ; elles doivent être espacées de 2 millimètres environ, être quadrillées et ne dépasser les bords que de 2 à 3 millimètres [Vidal] (2). La douleur, très vive au moins pendant les premières séances, peut être supprimée par les badigeonnages de chlorure de mé-

(L) Société médicale des hôpitaux, 3 mars 1893. (2) Annales de Dermatologie, 1890, p. 206.

tliyle. L'inconvénient de cette méthode est la lenteur extrême du traitement, de sorte que la guérison demande des mois, parfois des années (Besnier). Peut-être aussi (P. Marie) les scarifications sont-elles une cause de généralisation des chéloïdes.

L'électrolyse a été appliquée au traitement des chéloïdes par Hardaway et par M. Brocq. L'inconvénient de ce mode de traitement est encore la lenteur extrême de ses résultats ; même en employant simultanément, comme nous l'avons fait, plusieurs aiguilles placées à distances convenables, la durée des séances d'électrolyse est supérieure à celle des séances de scarifications, l'effet obtenu est beaucoup moins frappant et la durée totale du traitement de beaucoup plus longue encore.

En résumé, on peut dire qu'un mode de guérison réellement pratique et innocent des chéloïdes est encore à trouver. Pour beaucoup de sujets qui ne peuvent se soumettre à des séances opératoires répétées, les applications d'emplâtres résolutifs et l'emploi d'un bandage qui protège la tumeur contre les chocs extérieurs sont les seuls moyens palliatifs à employer.

Exposé cllniqne et étiologiqnc . — Un grand nombre d'affections cutanées peuvent déterminer des ulcérations dont le traitement a été indiqué à propos de chacune d'elles.

Nous avons rangé l'ulcère phagédénique des pays chauds parmi les dermatoses parasitaires, et il ne nous reste à étudier ici que l'ulcère de jambe, qui est le type le plus habituel de l'ulcère cutané simple.

Se développant presque toujours sur un membre variqueux, dont la nutrition est profondément troublée par des lésions vasculaires et par le retentissement de celles-ci sur les nerfs du membre, l'ulcère de jambe peut être consécutif à un traumatisme ou à quelque lésion cutanée : placard d'eczéma excorié par le grattage, pustule d'ecthyma, etc. L'ulcération primitive tend à s'élargir; puis, lorsqu'elle a atteint une certaine dimension, elle reste stationnaire, sa surface se recouvre de bourgeons torpides, ses bords s'indurent, et elle ne présente aucune tendance à la réparation.

Des complications inflammatoires peuvent survenir, entre autres des lymphangites et des érysipèles, qui sont parfois le point de départ du développement d'un éléphantiasis.

Traitement. — Le traitement des ulcères de jambe est particulièrement long et difficile, en raison de la mauvaise circulation du membre. Il convient donc d'associer au traitement local des médicaments internes susceptibles de modifier les lésions vasculaires : hamamelis, iodure de potassium, etc., et de mettre le membre dans les conditions les plus favorables à la circulation en retour; aussi est-il indispensable de conserver au lit, la jambe étendue et légèrement relevée, jusqu'à cicatrisation complète, les sujets atteints de cette affection.

Le pansement local est destiné à désinfecter d'abord la lésion, puis à la maintenir dans un état d'asepsie complète et à favoriser le processus de réparation.

Les pansements humides avec des solutions de sublimé ou d'acide phénique, ou à l'eau boriquée si ces préparations sont mal supportées, doivent être employés d'abord jusqu'à ce que la désinfection de

l'ulcère soit obtenue; les lavages avec des solutions antiseptiques doivent leur être associés ; s'il y a une inflammation vive ou si l'ulcère est recouvert de croûtes, ces pansements peuvent être précédés d'applications de cataplasmes.

Les pansements antiseptiques humides déterminent parfois une amélioration très notable et peuvent réduire les dimensions de l'ulcère, mais ils sont insuffisants à en amener la guérison.

De nombreux topiques ont été préconisés pour activer la réparation des ulcères de jambe, et tous donnent des succès lorsqu'ils sont employés avec soin et discernement.

Les topiques pulvérulents , iodoforme , aristol , salol, sous-carbonate de fer, dermatol, etc., sont utiles lorsque les phénomènes inflammatoires sont calmés , mais ont l'inconvénient de former des croûtes qui masquent la surface de l'ulcération et empêchent d'en surveiller et d'en diriger la cicatrisation.

Les applications de bandelettes imbriquées d'emplâtre diachylon ou d'emplâtre de Vidal rendent des services, à la condition d'en surveiller de près les effets et de ne pas les employer dans des ulcères à sécrétions abondantes.

Les solutions de sulfate de cuivre à 1 0/0 (Gosselin, Quénu, etc.), de permanganate de potasse à 2 0/00 peuvent être utilisées dans les ulcères suppurant abondamment.

Les pansements au styrax rendent des services dans les ulcères torpides.

Dans tous les cas, les cautérisations au nitrate d'argent, en excitant la vitalité des tissus et en modérant la formation de bourgeons exubérants, per-

GANGRÈNES CUTANÉES

mettent de régulariser la cicatrisation et d'activer la guérison.

Si ces moyens échouent, on a la ressource des interventions chirurgicales : scarification des bords calleux, incisions libératrices périphériques, sections veineuses, greffes épidermiqueset, dans les cas d'ulcères très étendus, autoplasties ; nous renvoyons aux traités de chirurgie pour les indications de ces modes de traitement, ainsi que de l'amputation qui s'impose parfois dans les ulcères très étendus et rebelles.

La compression par les tissus élastiques peut être utile dans les lésions d'origine variqueuse, mais nous la considérons comme applicable plus spécialement après la guérison des ulcérations, pour prévenir leur retour. Les bas élastiques ne rendent aucun service dans le traitement des ulcères de jambe, et, si on recourt à l'emploi de la bande de caoutchouc, on doit toujours interposer un pansement entre la bande et la peau.

GANGRÈNES CUTANÉES.

Les gangrènes cutanées peuvent se développer sous l'influence de causes diverses : pressions et traumatismes, brûlures par les agents thermiques et chimiques (caustiques, parmi lesquels il faut signaler surtout les acides minéraux et l'acide phénique), troubles et lésions vasculaires (intoxication par l'ergot de seigle, inflammations intenses, oblitérations artérielles et veineuses); les agents infectieux peuvent intervenir dans leur production , que favorisent certains états pathologiques comme le diabète et l'albuminurie.

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