W2 TRICUOPUYTIKS DES RÉGIONS GLABRES
aux inconvénients des applications iodées, le mieux estd'employer des agents qui ne colorent pas la peau : les lotions avec une solution de sublimé à 1 pour 500, les pommades au calomel ou au turbith, les emplâtres mercuriels peuvent être employés dans ce but, mais produisent parfois une très vive irritation, et nous préférons leur substituer la pommade soufrée au 8e additionnée de 1 0/0 d'acide salicylique. L'action de cette préparation est plus lente, elle demande une semaine au moins d'emploi pour stériliser un placard trichophytique ; mais, combinée aux lavages et aux frictions savonneuses, elle en vient à boul sûrement.
L'acide chrysopbanique est un excellent agent de desquamation épidermique, qui peulètre employé en pommade ou en traumaticine ; mais il a l'inconvénient d'obliger à conserver un enduit coloré comme la teinlure d'iode, d'être parfois irritant et de laisser une tache rouge assez persistante.
Dans la forme folliculaire, les badigeonnages à la teinture d'iode constituent encore la base du traitement; mais l'intensité de la réaction inflammatoire nécessite souvent l'emploi des pansements humides au début et plus tard celui des pommades à l'oxyde de zinc. Leur traitement est d'ailleurs identique à celui des trichophyties folliculaires de la barbe et du cuir chevelu.
La teigne imbriquée, sauf lorsque les lésions sont encore localisées, n'est pas justiciable du même traitement que les autres formes de Irichophytie des régions glabres. Dans les formes généralisées, la poudre deGoa, qui renferme de l'acide chrysophanique, a été employée en nature, après lavage des plaques à l'eau, ou en pommades au 10e, et a donné de bons résul-
TRICHOPHYTIE DES ONGLES 103
tais M. Bonnafy(l) recommande lesbains de sublimé (90 grammes par bain) précédés du décapage de la peau au moyen de frictions successives avec le savon noir el avec la pierre ponce.
Xrichophytie des ongles.
Exposé clinique. — La trichophytie unguéale, peutêtre plus fréquente qu'on ne le pense généralement, et dangereuse en raison des réinoculations successives et indéfinies des lésions trichophytiques sur les autres parties du tégument, occupe presque exclusivement les ongles des doigts et succède le plus ordinairement à la trichophytie circinée des mains; elle est fréquemment consécutive à un traumatisme. Elle est caractérisée par la présence de taches blanchâtres ou jaunâtres, recouvertes par la couche cornée de l'ongle et par l'augmentation irrégulière du volume de celui-ci, qui est parcouru de sillons longitudinaux, s'écaille par places et présente à son extrémité libre un aspect rappelant celui delà moelle de jonc.
Traitement. — Les badigeonnages répétés à la teinture d'iode, les applications de pommades pyrogallique à 1/2 (Pellizzari) ou chrysophanique à 10 0/0, après ramollissement de l'ongle au moyen de cataplasmes, d'emplâtres, de doigtiers de caoutchouc, ou après raclage de l'ongle avec la curette, doivent être employés dans le traitement de cette localisation trichophylique extrêmement rebelle. L'arrachement complet de l'ongle, qui serait plus rationnel, ne donne que d'assez médiocres résultats (2)
(1) Le lokelau et son parasite. Paris, 1893.
(2) Arnozan et DuBREUILH. Archives cliniques de Bordeaux, janvier et mars 1892.
404 PELADE
marner l0ngtempS leS Î0^ns du
PELADE
Exposé clinique et ctioi«gi„„e. - Tour à tour considérée comme une affection parasitaire et comme un trouble trophique d'origine nerveuse , la pelade (porrigo decalvans de Willan, alopécie en aires des auteurs allemands) est à la fois l'un et l'autre d après la plupart des dermatologistes contemporains; plus exactement, on désigne sous ce nom a la fois une maladie contagieuse vraisemblablement parasitaire et des alopécies d'origine nerveuse.
La logique voudrait qu'on n'appliquât pas le même nom à des affections aussi différentes pathogéniquement qu'une dermatose parasitaire et une trophoneurose et, à notre avis, le nom de pelade doit être réservé à la maladie contagieuse, dont le parasite est encore inconnu, qui se traduit par la production de plaques alopéciques arrondies (1).
^ C'est pour cette raison que, malgré l'ignorance où l'on est encore de la nature du parasite peladogène, nous plaçons l'étude de cette affection dans le groupe des dermatoses parasitaires.
Il faut bien reconnaître cependant que les caractères cliniques, morphologiques et évolutifs propres à la pelade vraie et aux pseudo-pelades trophoneurotiques sont loin d'être bien déterminés: une étude attentive, poursuivie parallèlement sur le terrain clinique et sur le terrain bactériologique, parviendra
(1) Von- T. II, p. 164, pour ce qui a trait aux pseudo-pelades Irophoneurotiques, que nous désignons sous le nom d'alopécie neurotique généralisée.
PELADE 1 OS
quelque jour, nous n'en douions pas, à établir une distinction entre ces maladies.
Jusque-là, et surtout au point de vue thérapeutique, la confusion règne encore dans la plupart des cas et si, pour un grand nombre de faits, l'enquête étiologique permet de soupçonner la nature d'un cas donné d'alopécie en aires, il en est d'autres où l'incertitude persiste.
La pelade se traduit cliniquement par le développement inopiné, sans symptôme fonctionnel, d'une plaque alopécique, de forme presque toujours arrondie; à ce niveau les poils tombent sans que les téguments présentent de lésions, sans desquamation d'aucune sorte ; tout au plus, dans certains cas, la plaque alopécique, d'aspect éburné, est-elle un peu moins colorée que les parties adjacentes, parfois un peu dépriuée et présente-l-elle sur ses bords une légère tuméfaction vaguement œdémateuse. Au pourtour de la plaque ou sur la plaque elle-même, un certain nombre de poils sont peu adhérents, s'arrachent facilement à la pince, leur racine est alrophiée, régulièrement amincie ou terminée en bouton ou en crosse. • Cette plaque alopécique, d'étendue variable, peut rester unique, persister pendant un temps variable, sans que la peau présente de modifications à sa surface; puis apparaissent quelques poils de repousse, ayant l'aspect de poils follets, destinés à. tomber pour se reproduire bientôt; peu à peu, les poils deviennent plus volumineux, plus adhérents et, au bout d'un temps variable, les poils recouvrent toute la surface précédemment alopécique.
A côté des faits de pelade à plaque unique, il en existe d'autres où les plaques se multiplient, dissémi-
^ PELADE
nées irrégulièrement ou plus ou moins symétriquement, offrant parfois une évolution serpigineuse, ou se reproduisant à mesure que les précédentes guérissent et finissent par dépiler une grande étendue des régions pileuses. Dans ces cas, qui nous paraissent appartenir plus souvent à l'alopécie neurotique qu'à la pelade, la durée de la maladie devient très longue, peut atteindre plusieurs années; la guérison finit cependant par se produire sans alopécie persistante.
Dans quelques cas, les poils, au lieu de tomber sur les plaques malades, se rompent à 1 ou 2 millimètres de la peau, donnant ainsi un aspect ressemblant à celui de certaines trichophyties : c'est la pelade pseudo-tondanle de Lailler, la pelade à cheveux fragiles de M. Besnier, affection qui ne peut être distinguée étiologiquement de la pelade vulgaire.
La pelade occupe ordinairement le cuir chevelu ; elle peut se développer également dans la barbe, respectant ou atteignant simultanément le cuir chevelu. Les autres régions pileuses du corps (région pubienne, aisselle, etc.) peuvent aussi êLre le siège d'alopécies analogues; dans ces cas il s'agit bien plus souvent d'alopécies neurotiques que de pelades.
La pelade vraie peut s'observer à tout âge : elle est plus fréquente dans l'adolescence et à l'âge adulte qu'aux deux extrêmes de la vie ; on l'observe plus souvent chez l'homme que chez la femme.
La contagion de la pelade est un fait aujourd'hui prouvé, et il faut se refusera l'évidence pour la contester comme l'ont encore tenté récemment quelques auteurs. Les épidémies de famille, d'école, de régiment, sont bien connues; le rôle des objets de toilette, des instruments des perruquiers, et en particulier de
TRAITEMENT DE LA PELADE lUi
la tondeuse, dans sa dissémination est également établi : nous y reviendrons à propos de la prophylaxie.
Traitement. — Les auteurs qui admettent l'origine parasitaire de la pelade, cherchent leurs agents thérapeutiques dans la série des substances réputées parasiticides, tandis que ceux qui la rattachent à une cause nerveuse les empruntent surtout à la série des substances ou des moyens qui peuvent modifier les actions nerveuses.
Ët pourtant, si on étudie de près les modes de traitement proposés, on est amené à reconnaître que, parasiticides ou nervins, tous les agents employés et recommandables jouissent, à quelques exceptions près, d'une même action, à savoir une action irritante ou excitante sur les téguments : l'entente qui n'existe pas sur le terrain théorique, se fait, inconsciemmentpourbeaucoup,sur le terrain thérapeutique.
M. Besnier a montré, d'ailleurs (Voir p. 68), combien étaient trompeuses les espérances de la méthode antiparasitaire appliquée aux affections des poils : les agents de cette méthode auraient irrémédiablement détruit les tissus vivants avoisinants avant d'être parvenus, à dose parasiticide, aux parasites qu'ils doivent détruire; la grande majorité de ceux qu'on emploie dans ce but provoque non la mort du parasite, mais la chute des poils et de l'épiderme qui le renferment. Dans la pelade, il n'y a plus nécessité de provoquer la chute du poil malade, il tombe spontanément ou est facilement enlevé avec la pince; mais la papille pileuse, qui recèle sans doute encore des parasites', est trop profondément située pour pouvoir être atteinte par les agents chimiques. Ne pouvant espérer agir directement sur elle, il faut tourner la difficulté, modifier sa nutrition en irritant les téguments, lui donner
assez de résistance vitale pour éliminer ou détruire les parasites, assez de vigueur pour faire croître un poil robuste.
Ne serait-ce pas encore ce but qu'il faudrait poursuivre si l'alopécie était d'origine nerveuse? si elle dépendait d'une altération des centres ou des nerfs périphériques, laquelle serait trop profonde pour être atteinte par les moyens locaux, trop mal déterminée pour qu'on sache par quelle médication générale on peut y remédier?
Traitement général. — Les moyens locaux tiennent incontestablement le premier rang dans le traitement de la pelade et aucune médication générale ne saurait les remplacer.
Les injections de pilocarpine, vantées de temps à autre, n'ont jamais guéri une pelade.
L'arsenic, qui a été préconisé dans les diverses variétés d'alopécie en raison de son action bien connue sur le pelage des animaux, facilite peut-être la repousse, mais ne saurait suffire à la produire : il sera souvent cependant utile de le prescrire, et de préférence sous la forme de liqueur de Fowler à la dose de six à huit gouttes par jour, chez les peladiques dont la nutrition générale laisse quelque peu à désirer.
Il est, en effet, nécessaire, dans cette affection comme dans la plupart des dermatoses, de rechercher et de suivre les indications thérapeutiques fournies par l'état général des malades : la nutrition des poils subit le contre-coup de tous les troubles morbides de l'économie, et ne peut se faire régulièrement que si l'assimilation et les grandes fonctions organiques s'exécutent normalement.
Chez les sujets anémiques, les préparations fenu-
gineuses, l'hydrothérapie, les inhalations d'oxygène, les eaux d'Uriage et de la Bourboule seront d'utiles adjuvants du traitement local.
Chez les sujets surmenés par un travail excessif, par dos préoccupations de tous ordres, le séjour au grand air, l'exercice corporel, l'éloignement du milieu habituel auront la plus heureuse influence sur la maladie du cuir chevelu. Une cure aux eaux de Ludion, de Barèges, de Caulerets, d'Uriage, pendant laquelle on pourra utiliser localement en douches ou en pulvérisations les propriétés stimulantes de ces eaux, activera souvent d'une façon remarquable la repousse des cheveux et achèvera la guérison.
Chez les sujets nerveux de tous ordres, l'hydrothérapie, le séjour dans les stations thermales précédentes, les préparations de valériane trouveront leur emploi.
• Nous ne pouvons insister plus longtemps sur ces indications : il suffit d'avoir montré, par les exemples les plus fréquents, comment on peut les remplir.
TraUement local. — Le cuir chevelu des sujets atteints de pelade doit être soumis dans toute son étendue à une surveillance attentive, afin de découvrir et traiter le plus rapidement possible les plaques nouvelles qui se développeraient à sa surface.
Dans ce but et aussi dans celui de rendre plus faciles les applications de topiques, on doit, toutes les fois que cela est possible, couper les cheveux ras, un tout au moins courts. Chez les enfants, cetle prescription peut et doit être exécutée dans toute sa rigueur. Chez les hommes adultes, les nécessités sociales obligent à y apporter quelque tempérament : encore doit-on exiger que les cheveux ne soient jamais longs, tout en permettant de leur laisser un
peu plus de longueur à la partie supérieure des plaques, afin de pouvoir cacher celles-ci avec les cheveux voisins ou dissimuler grâce à eux les postiches avec lesquels on les recouvre. Dans les pelades à plaques multiples, envahissantes et surtout serpigineuses, il n'est plus possible de tolérer La présence de cheveux longs : l'impossibilité de les dissimuler amène d'ailleurs les malades à couper spontanément leurs cheveux, pour pouvoir appliquer un postiche recouvrant plus ou moins complètement le crâne. Chez la femme, pour laquelle les exigences de la vie ordinaire sont encore plus grandes, il serait cruel de sacrifier] la chevelure pour des plaques peu étendues1, que la longueur de ses cheveux lui permet plus facilement encore de rendre invisibles; les soins locaux sont plus difficiles à exécuter, demandent un temps plus long, mais sont encore possibles ; si les plaques sont larges, nombreuses et extensives, la patiente n'hésitera pas, pour assurer sa guérison, à faire tomber sa chevelure, à l'absence de laquelle elle remédiera artificiellement.
Dans tous les cas où on ne croira pas devoir sacrifier la chevelure, les cheveux devront, suivant la recommandation de M. Besnier, être coupés courts aux ciseaux au pourtour des plaques dénudées.
L'épilation joue, dans le traitement de la pelade, un rôle plus important que celui que lui accordent beaucoup d'auteurs. Il est évident que, suivant une boutade trop souvent reproduite, on n'épile pas un chauve, et que la pince ne trouve plus rien à extirper sur une plaque de pelade dénudée; mais la plaque alopécique n'est pas tout dans la pelade.
Toutd'abord, iln'estpas rarede voir, suruneplaque de pelade au début ou en évolution, quelques poils
persistants, qui sont destinés à tomber à bref délai , • peuvent aller inoculer les parties voisines : il est tout indiqué de les extirper, afin de faciliter es applications thérapeutiques et de débarrasser les follicules pileux de ces appendices cadavérises. Dans la forme désignée par M. Besnier sous le nom de pelade à cheveux fragiles (pseudo-pelade de Bazm, pseudo-tondante de Lailler) , il est tout particulièrement utile de débarrasser la plaque des fragments, souvent fort nombreux, de cheveux qui la parsèment.
Mais l'indication principale de l'épilation dans la pelade est celle qui a été particulièrement mise en lumière par M. Besnier : enlever à la périphérie de la plaque les cheveux mal adhérents, qui viennent facilement à la pince, qui sont déjà malades, qui doivent tomber spontanément à bref délai; les enlever tous, jusqu'à ce que l'on rencontre des poils adhérents, et mieux encore continuer l'épilation en dehors d'eux en enlevant sur une largeur de trois ou quatre millimètres les cheveux dont l'adhérence est normale pour former ainsi une zone de protection; de la sorte, on fait pour ainsi dire le vide autour des plaques malades, et on en limite très certainement l'extension. 11 est exceptionnel de voir une plaque ainsi bordée par une zone d'épilation continuer à s'agrandir, surtout si l'on a soin d'enlever à la pince tous les six ou huit jours les poils qui repoussent sur cette zone tant que la guérison de la plaque dénudée n'est pas en bonne voie.
Il est nécessaire de surveiller de près la bordure des plaques et de l'épiler à nouveau si l'on vient à constater ultérieurement la présence de poils malades.
M. Besnier conseille également, lorsque les che-
veux commencent à repousser, d'enlever les poils, généralement grêles et peu colorés, qui se montrenj les premiers : l'épilation, on le sait en effet, augmente la vigueur des poils, et il suffît pour s'en convaincre de se rappeler le volume que peuvent atteindre les poils, à la suite d'épilations successives, chez les femmes atteintes d'hypertrichose du visage. Ces poils de repousse peuvent être facilement extirpés par des personnes de l'entourage du malade et l'épilation doit être répélée tant que la repousse ne se fait pas sur la Lotalité de la plaque malade.
L'épilation n'est pas, quoi qu'on en ait dit, très douloureuse; elle n'est pas non plus difficile à exécuter dans la pelade, où les cheveux ne se rompent pas comme dans la trichophytie. Elle peut donc être pratiquée dans tous les cas cl nous para il à tous égards préférable à la rasure, qui a été conseillée par nombre d'auteurs pour la remplacer. Cependant, si on éprouvait quelque embarras à faire accepter ou pratiquer l'épilation, il conviendrait de l'aire raser la bordure des plaques, pour y établir une zone de protection et de surveillance, et de faire raser les cheveux qui repoussent au niveau des plaques.
Le savonnage du cuir chevelu, fait chaque jour à l'eau chaude, permet d'enlever la graisse sécrétée parles glandes du cuir chevelu et permet aux autres préparations d'agir plus directement sur la peau.
On peut se servir dans ce but soit de décoction de bois de Panama, soit mieux encore de savon doux, et de préférence de savons médicamenteux (savons au sublimé, au naphthol, à l'acide phénique ou au soufre).
Les préparations excitantes employées dans le
TRAITEMENT DE 1-A i-KLADK H-!
traitement de la pelade sont de deux ordres : les unes, douées d'une activité plus grande, sont appli nuées uniquement sur les plaques malades; les autres, moins énergiques, servent à faire des lotions sur la totalité du cuir chevelu.
Nous énuméreronstout d'abord les substances qu, entrent dans la composition des préparations delà
première catégorie.
Les agents irritants qui constituent la base de La thérapeutique locale de la pelade doivent satisfaire à deux conditions : provoquer une irritation continue des surfaces malades, et, d'autre part, ne provoquer qu'une irritation modérée ou facile à réprimer. La première condition répond à la lenteur de la pousse des cheveux, qui demande à être activée d'une façon permanente, presque chronique. La seconde condition résulte de la fragilité des follicules pileux : une irritation trop violente, aboutissant à la suppuration, provoquerait leur destruction et à une alopécie curable on substituerait une alopécie irrémédiable. Aussi doit-on proscrire certaines substances qui déterminent des folliculites suppurées, en particulier l'huile de croton, qui a joui cependant d'une certaine réputation. Quelques-unes des substances que nous énumérerons peuvent, lorsqu'elles sont appliquées à plusieurs reprises, ou lorsque les téguments sont particulièrement irritables — condition que l'on ne peut toujours prévoir, en raison de la variabilité des réactions chezles différents sujets — provoquer une irritation trop vive, la vésication ou même la suppuration du tégument : en pareil cas, il sera nécessaire d'interrompre leur emploi, d'appliquer pendant un ou plusieurs jours des préparations émollientes, en particulier des cataplasmes de
fécule de pommes de terre, cl de ne reprendre les applications irritantes que lorsque l'inflammation sera éteinte; et même, si les phénomènes d'irritation se reproduisent avec trop d'intensité, on devra recourir à des substances ou à des préparations moins actives.
D'ailleurs, on ne devra jamais oublier que le traitement de la pelade n'est pas. un traitement ne varietur : il y aura très souvent avantage à en modifier la formule à plusieurs reprises, tantôt parce que la substance primitivement employée détermine une irritation trop intense, tantôt parce que son action s'épuise ou s'atténue au bout d'un certain temps. Il arrive souvent qu'une substance dont les effets favorables se sont manifestés pendant quelques semaines, n'en produit plus aucun; une substance moins active, employée alors, provoque une poussée plus intense de cheveux, puis son action s'épuise à son tour, et. la première, employée de nouveau, procure encore une fois une amélioration plus ou moins accusée. Ces alternances avancent singulièrement une guérison que l'emploi continu d'un même agent aurait mis plus de temps à mener à bonne fin.
L'acide acétique cristallisable a été expérimenté sur une très large échelle par M. Besnier, qui en a obtenu des résultats très remarquables. On peut, comme nous le lui avons vu faire, pratiquer sur les plaques malades un badigeonnage léger avec un pinceau trempé dans un mélange d'acide acétique cristallisable (1 partie) et de chloroforme (1 à 4 parties, suivant l'irritabilité du cuir chevelu); ces applications, un peu douloureuses et souvent suivies d'une vésication légère, doivent être faites par le
lédecin lui-même et répétées tous* les 5 à 6 jours, Èussitôt que L'irritation est calmée.
Il est préférable, suivant sa pratique plus récente, de faire chaque jour sur les plaques une friction avec une boulette de coton imprégnée du mélange suivant : Éther 25 grammes, hydrate de chloral A grammes, acide acétique cristallisable 1 à 5 grammes suivant l'âge des malades et l'irritabilité du tégument. Ces applications provoquent une douleur modérée et peu persistante, et peuvent être faites par le malade ou par une personne de son entourage. La repousse des cheveux est assez rapide; de plus, l'acide acétique semble donner aux cheveux de repousse une coloration plus foncée que les autres substances : aussi est-ce à lui que nous donnons la préférence dans les cas assez fréquents où les poils nouveaux sont faiblement colorés ou même tout à fait blancs.
L'acide phénique a été vanté par la plupart des dermatologistes américains. Récemment encore, Bulkley (1), qui est partisan de l'origine trophoneurolique de la pelade, recommandait les badigeonnages avec un mélange de 95 parties d'acide phénique pur et de 5 parties d'alcool : ces applications doivent faites sur une étendue de 2 à 3 pouces carrés (12 à 18 centimètres carrés ) au plus ; elles produisent une décoloration immédiate de la peau, suivie d'une inflammation légère et au bout de 7 à 10 jours de desquamation ; Bulkley recommande de renouveler h- kidigeonnage au bout de 15 jours; deux ou trois de ces badigeonnages suffiraient à la guérison. Ohmann-Dumesnil recommande des badigeonnages
(\) Journal of cutaneous and genito-urinary diseases, 1892, p. 47.
es
tm TRAITEMENT DE LA PELADE
avec l'acide phéniquepur et ne craint pas de les fairj sur toute l'étendue des parties malades.
Nous avons fréquemment fait usage d'unmélangj a parties égales d'acide phénique et d'alcool, que M. Hayem emploie dans la thérapeutique courant! comme révulsif. Les applications sont faites, à intervalles de 3 ou 4 jours, au moyen d'un pinceau ou d'un tampon d'ouate que l'on exprime avec soin avant de l'appliquer sur la peau : cette précaution est indispensable, car le mélange est très fluide, et Taut éviter qu'il ne coule sur les parties saines. L premières applications sont assez douloureuses, mais les suivantes sont beaucoup mieux supportées! L'irritation est cependant assez vive dans quelques cas pour obliger à recourir à l'emploi des émollients • 'l à espacer les badigconnages. Malgré ces inconvénients, faciles à parer, nous avons éLé généralement ■ satisfait de ce mode de traitement.
Les préparations de cantharides ont été introduites dans la thérapeutique de la pelade par E. Vidal, qui les employait soit sous la forme de petits vésicaloires camphrés qu'il faisait appliquer sur chacune des plaques, en les enlevant dès que la vésication commençait à se produire pour panser ensuite à la poudre d'amidon, soit surtout sous la forme de teinture acélique (vésicatoire liquide); il employait cette dernière pure ou, lorsque le cuir chevelu était trop irritable, additionnée de chloroforme, et en appliquait une couche, parfois deux lorsqu'une seule ne suffisait pas à provoquer un commencement de vésication. La crainte de voir survenir des accidents d'intoxication cantharidienne a sans doute empêché beaucoup de médecins de recourir à ce mode de traitemenl, que Vidal recommandait d'ailleurs de ne jamais
appliquer simultanément à des plaques de pelade frop nombreuses; mais la teinture île canthandes jïst IVtMniemme.iL et plus pratiquement employée a doses plus faibles, pour faire sur le cuir chevelu des lotions générales.
L'iode a été préconisé dans le traitement de La pelade, soit sous la forme de teinture employée en badigeonnages répétés pendant plusieurs jours de suite, soit sous la forme de collodion renfermant ! 50 'à 1/30 d'iode métallique : les résultats de son emploi nous ont toujours paru médiocres ; de plus le collodion forme à la surface des plaques un enduil imperméable qui, s'il est utile dans un but prophylactique, a l'inconvénient de s'opposer à l'action .les divers moyens adjuvants qui ne doivent pas être négligés.
L'essence de Wintergreen, employée depuis longtemps par Lailler dans la composition des lotions r\citantes, a été préconisée récemment à doses plus élevées par M. Hallopeau (1).
Le mélange à parties égales d'essence de Wintergreen et d'éther, proposé par le savant médecin de l'hôpital Saint-Louis, a l'avantage de ne pas provoquer d'irritation vive des téguments : il est utile dans nombre de cas de pelade très étendue, mais sou action nous a toujours paru lente; déplus, l'odeur persislante de cette substance, tout en n'étant pas désagréable, rappelle trop celle de certaines préparai ions de parfumerie à bon marché, et beaucoup de malades répugnent à la transporter constammenl avec eux.
M. Bousquet a été amené à essayer la cannelle de
(I) Société de Thérapeutique, 22 mars 1803.
Chine (1) dans le traitement des teignes par des expériences sur les parasites végétaux, dont le développement est entravé ou arrêté par cette substance. Au moyen de badigeonnages quotidiens avec l'essence de cannelle de Chine additionnée de trois fois son poids d'éther, il aurait obtenu la guérison de la pelade au bout de trois à cinq semaines en moyenne. Les résultats que nous avons obtenus avec ce traitement sont de beaucoup inférieurs à ceux annoncés par son auteur.
R. Crocker, Robinson, P. Morrow ont vanté la chrysarobine. Cette substance provoque souvent une vive irritation des téguments; par son contact avec la muqueuse oculaire, elle peut provoquer des conjonctivites assez intenses ; de plus, elle rend les cheveux jaunâtres. Pour ces raisons, elle a été peu employée et ne nous semble pas recommandable.
L'électrisation a été employée de manières très différentes dans le traitement de la pelade. Les courants continus ne semblent pas avoir jamais donné de résultats appréciables, et ne doivent être employés qu'avec précaution, les courants trop intenses risquant de produire des eschares au pôle négatif.
Dans ces derniers temps, Blaschko(2), dans le bu! d'opposer à cette affection, à laquelle il attribue une origine nerveuse, un traitement qui agisse sur le système nerveux, a repris l'emploi des courants faradiques et en a obtenu des résultats très satisfaisants. Ehrmann s'est également servi avec avantage des courants interrompus chez plusieurs malades du service de Kaposi. Nous avons traité par ce procédé quel-
(1) Annales de Dermatologie, 1892, p. 269.
(2) Société de médecine berlinoise, 28 octobre 1891.
ques cas de pelade très étendue; la comparaison des résultats obtenus sur les parties soumises à l'electrisation et sur les plaques traitées par les procèdes habituels nous a paru assez favorable à l'emploi de l'électrisation ; des essais plus répétés nous semblent néanmoins nécessaires pour nous prononcer définitivement sur la valeur de ce mode de traitement. 11 a l'avantage d'être facilement supporté parles malades et de ne nécessiter que l'emploi d'un appareil dont tous les médecins sont pourvus : il suffit d'adapter a un des fils conducteurs des petits appareils médicaux une sorte de peigne métallique que l'on promène sur le cuir chevelu, tandis que l'autre fil se termine par une électrode munie d'une éponge imbibée d'eau salée ou par un tampon recouvert de peau de chamois, semblablement mouillé : on tire le tube de la bobine, pour augmenter l'intensité du courant, jusqu'à ce que le malade éprouve une sensation trop pénible, et on continue l'électrisation pendant cinq à dix minutes; la peau ne tarde pas à rougir sur toutes les parties électrisées et nous croyons que cette rubéfaction, analogue à celle obtenue par les divers agents irritants, suffit à expliquer l'efficacité de l'électrisation, sans qu'il faille y voir le résultat d'une action de l'électricité sur le système nerveux.
M. Moty a proposé récemment (1) les injections intra-dermiqnes de sublimé contre la pelade, dans l'espoir de faire agir plus efficacement cette substance et de mieux utiliser ses propriétés antiseptiques.
11 conseille d'enfoncer l'aiguille de la seringue clans
(1) Société française de Denr.atoloffie, 14 mai et 12 novembre
le derme un peu en dehors de la plaque dénudée el de penelreràun oudeux centimètres vers le centre sans traverser l'aponévrose épicranienne, de multiplier les piqûres proportionnellement à l'étendue de La plaque (une pour les petites plaques, quatre ou cinq pour les grandes), en injectant chaque fois cinq à six gouttes d'une solution aqueuse de sublimé au 400contenant une dose double de cocaïne; la douleur, nulle au moment même de l'injection, augmente ensuite et persiste pendant trois ou quatre heures ; les injections sont répétées tous les quatre jours.
Cette méthode, bien qu'exempte de dangers au . dire de l'auteur, nous a toujours paru très douloureuse dans les cas où nous l'avons vu employer et, au boutd'un petit nombre de séances, les malades ont cessé de venir s'y soumettre, sans que la guérison soit atteinte et sans même que la repousse soit bien accusée. Elle ne serait applicable, à notre avis, que dans des cas de pelade persistante, ayant résisté aux moyens habituels et plus doux de traitement, chez des malades particulièrement courageux et décidés à tout tenter pour guérir. C'est donc un traitement d'exception et même d'exception très rare, qui demande une grande prudence dans son application. Il en est de même des injections d'eau phéniquée au 1/80 employées dans quelques cas par M. Raymond (1).
Nous rapprocherons du mode de traitement précédent les scarifications proposées dernièrement par M. Morel-Lavallée (2), qui les fait suivre d'applications de pommades antiseptiques. Ce procédé, qui
l) Société française de Dermatologie, juin 1892. (2) Annales de Dermatologie, 1892, p. 794.
nécessiterait les précautions rigoureuses d'asepsie, nous paraît absolument inapplicable aux pelades récentes etpeu étendues que les procédés ordinaires de traitement suffisent à guérir rapidement sans Le moindre danger ; dans les pelades étendues, nous n'osons non plus le recommander, en raison du nombre et de l'étendue desportes d'entrée qu'il offre aux infections si faciles à réaliser au cuir chevelu lorsque les solutions de continuité des téguments n'y sont pas soumises à l'antisepsie la plus rigoureuse.
Les différents agents que nous venons d'énumérer doivent être employés au niveau des surfaces dénudées : ils forment par excellence la base de la médication locale et suffisent sans doute à amener laguérison à eux seuls. Néanmoins plusieurs raisons engagent à ne pas se borner à leur emploi. D'abord la nécessité de multiplier les excitants de la repousse des cheveux, dans l'impossibilité où l'on est de déterminer dans un cas donné la substance qui peut produire les effets les plus favorables. Ensuite l'utilité qu'il y a à activer la vitalité de tout le cuir chevelu : très fréquemment, chez les peladiques, on trouve sur toute la tête des poils peu adhérents, peut-être atteints déjà à un faible degré, en tout cas plus vulnérables que d'autres, et de plus on sait que la conservation de la vitalité des tissus est la condition la plus favorable pour résister à l'invasion des causes et des agents pathogènes. Enfin, l'emploi des antiseptiques sur la totalité du cuir chevelu ne peut que diminuer les chances de multiplication des lésions.
Pour ces motifs, il y a avantage à recourir à l'emploi de lotions tout à la fois parasiticides et excitantes.
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Les lotions purement antiseptiques peuvent être Tai tes avec du sublimé (liqueur de van Swieten pure ou coupée de moitié d'eau), avec une solution de phéno-salyl à 1 /500, avec de l'alcool salicylé, avec de l'alcool salolé, etc. Nous donnons la préférence aux deux premières de ces substances. On peut d'ailleurs associer ces antiseptiques à des substances exci- Lantes ou à des alcoolats divers (alcoolat de lavande, de romarin, etc.).
Des substances très nombreuses peuvent être employées, isolées ou associées dans la composition des lotions excitantes : alcoolats de lavande, de romarin, rhum, alcoolat de Fioravanti, alcool camphré, essence de Wintergreen, térébenthine, ammoniaque, teinture de cantharides, teinture de noix vomique, teinture de piment.
Ces lotions peuvent être faites avec un pinceau ou un tampon d'ouate hydrophile ; M. P. Raymond recommande de les faire avec un pinceau un peu rude, la brosse des peintres de préférence.
Ces diverses substances peuvent être employées à des doses très variables, les plus actives entrant dans la composition des lotions à des doses inversement proportionnelles à l'irritabilité du cuir chevelu.
Chaque dermatologiste emploie de préférence certaines formules favorites, et tout médecin peut en composer un grand nombre, dans lesquelles il peut varier les proportions suivant les indications propres à chaque cas, variant aussi la nature des alcoolats suivant les préférences des malades.
On trouvera à l'article Lotions (T. II, p. 289) quelques-unes de ces formules.
Les pommades et les préparations huileuses ont
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t'avantage de rester plus longtemps à la surface de la peau et de prolonger l'effet des agents thérapeutiques cpii y sont incorporés; ces agents sont les mêmes que ceux employés en lotions ; ils peuvent également être variés suivant les cas.
M. Besnier emploie fréquemment une pommade soufrée à 10 0/0 additionnée de 1 0/0 de baume du Pérou, d'acide salicylique et de résorcine. (Voir en outre l'article Liniments, T. II, p. 286.)
Les divers traitements que nous venons de décrire s'appliquent surtout à la pelade du cuir chevelu. Il convient d'indiquer ceux qui doivent plus spécialement être employés dans la pelade de la barbe.
Tout sujet atteint de pelade de cette région, à moins que celle-ci soit représentée par une plaque unique de minimes dimensions (celles d'une pièce de cinquante centimes environ), doit faire le sacrifice de sa barbe ; la maladie sera plus facile à traiter et aussi beaucoup plus facile à dissimuler. La moustache pourra cependant être conservée, à la condition qu'elle reste indemne. L'épilation établira au pourtour de la plaque une zone de protection. Le visage sera chaque jour savonné à l'eau chaude, au moyen d'un savon antiseptique (à l'acide phénique, au sublimé, au naphthol, ou autre) ; puis il sera fait sur toute l'étendue des régions pileuses de la face une lotion avec une des préparations excitantes précédemment indiquées. Chaque plaque de pelade sera, en outre, soumise à des applications locales plus actives; mais, en raison de l'irritabilité plus considérable du tégument de la face et de la rougeur que déterminent la plupart de ces préparations, rougeur impossible à dissimuler, le Litre de ces préparations sera plus faible que lorsqu'elles sontdestinées au cuir
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chevelu, et leur application sera faite avec plusde modération et à intervalles plus éloignés : on prescrira, par exemple, un badigeonnage tous les deux jours avec l'éther additionné de 1/50 d'acide acétique cristallisable et de 1/12 de chloral, ou bien un badigeonnage tous les cinq jours avec l'acide phénique étendue de deux tiers d'alcool ; ou encore un badigeonnage quotidien avec l'essence de Wintergreen étendue de son poids d'éther, etc. Ces préparations seront, connue pour le cuir chevelu, variées ou alternées : leur emploi sera suspendu pendant quelques jours si elles provoquent une irritation vive, caractérisée par une rougeur persistante, par une desquamation épidermique notable, à plus forte raison par la vésicaliou. En outre, ces applications seront faites de préférence le soir, afin que leurs traces puissent s'atténuer pendant la nuit.
Quant aux pelades occupant les autres régions (région pubienne, région axillaire), leur traitement est plus simple : lavages savonneux, lotions excitantes avec frictions au gant de crin, bains sulfureux et excitants, en feront les frais.
La longue durée de la maladie, l'ennui qui en résulte pour le patient font au médecin un devoir de lui faciliter les moyens de la dissimuler. Si les plaques sont peu étendues, il suffît de ramener sur elles les cheveux voisins, tout en atténuant leur blancheur au moyen d'une substance colorée : les badigeonnages à l'encre de Chine sur toute la surface ou, pour la barbe, les ponctuations exécutées an moyen d'un pinceau seront très souvent suffisants: le noir de fumée obtenu par la calcination d'un morceau de liège sera d'une application plus facile encore. Des emplâtres adhésifs dont la surface libre est