PROPHYLAXIE DE LA PELADE
Restent à prendre des mesures de prophylaxie générale ou publique.
Dans les familles, le port permanent d'une coiffure en toile ou doublée de toile, l'individualisation des coiffures, des objets de coucher et de toilette, unis à 1 exécution ponctuelle du traitement, suffisent à empêcher la transmission de la pelade.
Dans les agglomérations (casernes, écoles etc ces méthodes prophylactiques bien exécutées suffisent encore dans nombre de cas, et le licenciement des peladiquesne s'imposerait jamais si elles étaient ponctuellement exécutées.
On doit, en ouLre, comme pour la trichophylie, examiner le cuir chevelu de tous les sujets faisant partie de l'agglomération et mettre de suite en traitement tous ceux qui sont reconnus atteints de pelade.
Dans les établissements d'instruction supérieure, le renvoi des peladiques parvenus à la fin de leurs études est une mesure excessive, capable d'entraver ia carrière des jeunes gens; il ne doit être prononcé que s'il y a impossibilité matérielle d'assurer leur isolement, leur traitement et les autres mesures prophylactiques précédemment indiquées.
Dans les écoles primaires, les mesures peuvent, sans inconvénient sérieux, être plus rigoureuses : toutes les fois que les moyens prophylactiques indiqués plus haut ne peuvent être mis en pratique de façon certaine et sérieuse, et leur application surveillée effectivement et intelligemment, le renvoi des enfants sera nécessaire.
L'officine du coiffeur est un lieu de transmission extrêmement fréquente de la pelade. Elle peut s'y faire par les peignes, brosses, ciseaux, rasoirs, savonnettes, cuirs à rasoir et surtout par la tondeuse,
dont l'emploi s'est tant généralisé depuis quelques années, et simplement par les mains du coiffeur, atteint lui-même de pelade (le fait n'est pas rare) ou ayant donné ses soins à un peladique. Des mesures convenables de police sanitaire étant inapplicables à ces officines, les précautions antiseptiques nécessaires n'étant prises — et bien souvent de façon très incomplète et insuffisante — que pur un nombre infime de coiffeurs, le seul moyen jusqu'ici pratique, quand il est praticable, est encore l'individualisation des objets qui servent à la coiffure et à la barbe. Chaque client devrait posséder et apporter au coiffeur tous les objets qui lui sont nécessaires.
RÉSUMÉ DU TRAITEMENT DE LA PELADE l'elade du coir chevelu. — Couper les cheveux
courts, dans tous les cas où cela est possible ; ne les conserver que chez les femmes dans les cas de pelade limitée. Épiler (ou raser) le pourtour des plaques en enlevant tous les poils peu adhérents et y tenir toujours les cheveux très courts. Lavage à l'eau chaude et au savon simple ou médicamenteux.
En outre, faire les applications suivantes.
Plaque unique et peu étendue .-le matin, tous les jours badigeonnage des plaques avec l'éther additionné d'acide acétique cristallisable et de chloral, ou tous les 4 ou o jours avec un mélange à parties égales d'alcool et d'acide phénique, ou tous les 8 jours avec la teinture de cantharides ; friction surtout le cuir chevelu avec un Uniment excitant; le soir, application de pommade excitanLe.
Plaques muW/ples et peu étendues: Même traitement,
PIKDRA
en ne soumettant aux badigeonnages pJiéniqués on cantharidés qu'un nombre limité de plaques dans chaque séance, ou frictions avec l'essence de Winlergreen étendue de son volume d'éther.
Plaques très étendues, et surtout serpn/ineusex : même traitement, ou électrisation faradique, ou, dans les cas très rebelles, injections intradermiques de sublimé.
Dans tous les cas varier les applications.
Dans tous les cas où il y a lieu, traitement général et traitement interne en rapport avec l'état général du malade.
Pelade de la barbe. — Couper la barbe, épiler au pourtour des plaques tous les poils peu adhérents.
Traitement local comme clans la pelade du cuir chevelu, mais avec des doses moins fortes de substances actives.
PIKDRA
Exposé clinique ci étlologique. — On donne le nom de piédra ou Irichomycose nodulaire (Juhel-Rénoy) à une affection observée chez les naturels de la province de Cauca (Colombie), caractérisée par le développement sur les cheveux de nodosités châtain foncé irrégulièrement disposées en chapelets el constituées par un champignon spécial. Les poils atteints sont, en outre, lanugineux et se recroquevillent sur eux-mêmes.
Traitement. — Cette affection guérit facilement; le bulbe pileux n'étant pas envahi par le parasite qui se développe uniquement à la surface du poil, il sullil de couper les cheveux ras, pour en débarrasser le malade; le champignon ne résistant pas à l'action
PITYRIASIS VERSICOLORE A— '
du sublimé, on peutenc.ro faire des lotions chaudes avec une solution de sublimé au millième (1).
PITYRIASIS VERSICOLORE
Exposé clinique et étioiogique. —On donne le nom de pityriasis versicolore à une affection produite par un champignon, le microsporon furfur (Eichstedt).
Cette affection, encore désignée sous le nom de crasses parasitaires, est caractérisée par le développement de taches de couleur café au lait, ou jaune grisâtre, tirantparfois sur le brun, ou sur le rose lorsque les téguments sont congestionnés par la chaleur. Ces taches sont tantôt tines, ponctuées, tantôt plus larges et se réunissant en îlots ou en nappes dont la coloration n'est pas uniforme. Elles semblent de niveau avec la peau voisine ou à peine saillantes; mais, lorsqu'on exerce sur elles avec l'ongle un grattage un peu énergique, on en détache une mince pellicule plissée et mollasse, caractéristique de l'affection, au-dessous laquelle l'épiderme paraît intact. Elles occupent surtout les régions antérieure et postérieure du tronc, mais peuvent aussi se développer sur les membres, principalement au niveau des plis arliculaires, exceptionnellement sur la face.
Le pityriasis versicolore s'observe tantôt chez des sujets cachectiques, les phthisiques particulièrement, tantôt chez des sujets vigoureux et présentant tous les attributs de l'arthritisme, et surtout de l'arthritisme avec tendance à l'obésité. Les sujets qui en sont aLleinLs sont presque toujours des sujets à peau grasse, dont l'état séborrhéique peut être entretenu
il) JuHEL-RÉNOï et Lion. Annales de Dermatologie-, 1890, p. 7(i1.
130 PITYRIASIS VERSICOLORE
pard.es troubles gastro-intestinaux et par le port habi tuel du gilet de flanelle.
( Le parasite habite les couches superficielles do l'epiderme, et ne pénètre pas dans les follicules pileux; il peut cependant occuper leur orifice et y persister après la chute des couches ëpidermiques. Les récidives multiples ou mieux les rechutes incessantes du pityriasis versicolore semblent tenir en grande partie à cette persistance du parasite dans un point où il échappe plus facilement aux moyens thérapeutiques.
Contagieux en qualité d'affection parasitaire, le pityriasis versicolore ne révèle cependant que difficilement cette propriété malgré descontacts répétés, et il semble que l'état des téguments el l'absence'de soins de propreté suffisants aient une grande influence sur son développement.
Traitement. — Les médications reconstituantes, ou antiarthritiques, pharmaceutiques ou thermales le traitement des troubles gastro-intestinaux ne doivent pas être négligés chez les sujets atteints de pityriasis versicolore, plutôt pour essayer d'arrêter ses récidives que pour guérir ses lésions, contre lesquelles le traitement local seul est efficace.
Ce dernier sera destiné à provoquer l'exfoliation des couches superficielles de l'épiderme dans lesquelles vit et se développe le parasite. Comme l'a fait remarquer M. Besnier (Voir page 68), c'est là le véritable mode de traitement des épidermophyties et les parasiticides utiles n'agissent qu'en provoquant une irritation susceptible de faire tomber les parasites en même temps que les couches qui leur servent de support.
Les agents d'exfoliation épidermique qui peuvent
PITYRIASIS VERSICOLORE loi
être employés contre le pityriasis versicolore sonl surtout la teinture d'iode, les pommades soufrées et salicylées (15 0/0 de soufre et 3 0/0 d'acide salicylique), additionnées ou non de 2 0/0 de résorcine, et le savon mou de potasse.
La teinture d'iode, en badigeonnages répétés plusieurs jours de suite jusqu'à exfoliation complète et légère irritation tégumentaire, peut suffire lorsque les taches sont peu nombreuses.
Les pommades soufrées et salicylées ourésorcinées peuvent être employées lorsque les lésious sont plus étendues, à la condition de répéter leur application plusieurs jours de suite, le soir de préférence, et de les faire alterner avec des savonnages énergiques à i l'eau chaude faits chaque jour.
Lorsque les lésions sont particulièrement intenses et largement étendues, les frictions avec du savon mou de potasse pur ou mélangé d'un tiers de pierre ponce pulvérisée, avec du savon au naphthol, à l'ichthyol, à l'acide salicylique, permettent d'arriver plus sûrement à la guérison : la friction est faite le soir, la mousse est laissée en place pendant deux heures ou même pendant toute la nuit si les téguments sont peu irritables, puis enlevée au moyen d'eau chaude, et le malade se poudre à l'amidon ou au talc additionné de 1 à 2 0/0 d'acide salicylique; en outre, le malade prend tous les deux jours un bain sulfureux. En cinq à six jours, on parvient ainsi à faire disparaître toute trace de la maladie ; mais, pour prévenir les rechutes dues à la persistance de spores dans les orifices pilaires, il est bon au bouL de quelques jours de reprendre le même traitement pendant trois ou quatre jours. Lorsque les lésions ont disparu et que l'examen
132 PITYRIASIS GIRCINÉ ET MARGINÉ
lustologique montre l'absence de toute trace du parasite, d est bon de prescrire des totiôns savonneuses répétées une ou deux fois par semaine, cl des applications de pommade soufrée et salicylée faible (soufre 8 à 10 0/0, acide salicylique 1 0/0) pour lutter contre la séborrhée qui entretient l'affection parasisdaire, et de supprimer pour le même motif le contact de la flanelle avec la peau.
Enfin la désinfection des linges et flanelles sera prescrite pour empêcher les récidives.
PITYRIASIS CIRCINK ET MARGINÉ
Exposé ciiniqne. — E. Vidal a décrit, sous ce nom, une affection constituée par de petites taches, à développement centrifuge, bordées par une collerette rose ou rose jaunâtre de desquamation furfuracée; ces taches, arrondies ou ovalaires, atteignent et dépassent la dimension d'une pièce de 1 franc et peuvent se réunir en plaques à contours polycycliques. Elles occupent ordinairement le tronc, parfois les bras et les cuisses.
Cette affection serait causée par un parasite, le microsporon anomœon ou dispar (E. Vidal); mais la question semble demander de nouvelles recherches. L'autonomie de l'affection est d'ailleurs loin d'être établie, et elle se confond peut-être avec les formes circinées de l'eczéma séborrhéique.
Le iraHement du pityriasis circiné etmarginé consiste, d'après Vidal (1), dans l'emploi des bains sulfureux et des loLions au savon de goudron, ou des pommades mercurielles : la guérison se produil ra-
(1) Annales de Dermatologie, 1882, p. 22.
ÉRYTHRASMA 1<*«»
pidement, comme dans les localisations analogues de l'eczéma séborrhéique.
ÉRYTHRASMA
Exposé ciiuique et étioiogique. — L'érythrasma est une affection parasitaire causée par le microsporon minutissimum de Burchhardt.
Il est caractérisé par le développement de plaques arrondies, uniformes, de couleur rouge orangé ou jaune chamois, très légèrement saillantes, finement plissées et recouvertes d'une desquamation fine et peu sensible, qui ne se détache jamais en lambeaux comme celle du pityriasis versicolore; les plaques mesurent de 2 à 4 centimètres et plus, leur contour est un peu irrégulier et sinueux.
L'affection occupe le pli génito-crural ou la région axillaire, rarement le pli inguinal ou le pli du coude. Elle est beaucoup plus fréquente chez l'homme que chez la femme.
Le parasite occupe exclusivement l'épiderme.
La contagion de l'affection se fait assez difficilement. Le terrain arthritique paraît y être prédisposé; les récidives sont fréquentes.
Traitement. — Le traitement de l'érythrasma est très analogue à celui du pityriasis versicolore, le siège du parasite étant identique ;mais, en raison delà topographie de l'affection dans des régions où la peau est particulièrement irritable, les procédés trop brutaux d'exfoliation épidermique ne peuvent lui être appliqués.
Les badigeonnages de teinture d'iode constituent, lorsqu'ils peuvent être supportés, le moyen le plus
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pratique. Les pommades soufrées, salicylées et résorcinées permettent encore d'obtenir la chute de l'épiderme; les emplâtres salicylés à 3 ou o 0/0 peuvent être utilisés dans le même but, mais sont inapplicables à la région crurale chez la femme
Les bains sulfureux, les lotions avec la liqueur de van Swieten sont de bons adjuvants delà médication exfoliatrice.
Lorsque les lésions ont disparu, le malade devra, pour empêcher les récidives, continuer les lavages à l'eau chaude et au savon (savon de toilette, savon à l'ichthyol, au naphthol), et poudrer les parties malades avec une poudre contenant 1 à 10 0/0 de soufre précipité (Besnier), ou 1 à 2 0/0 d'acide salicylique.
Le port du suspensoir est utile pour écarter le scrotum de la cuisse, à la condition de le nettoyer convenablement; le malade doit, en outre, éviter Le contact des vêtements de laine (Besnier) et faire désinfecter les linges et les vêtements qui peuvenl être la cause de récidives.
ACTINOMYCOSE
Expose clinique et ciiologique. — Cette affection,
plus fréquente chez les bovidés que chez l'homme, est rarement observée en France, où elle a été jusqu'à ces dernières années méconnue.
Elle est caractérisée par la production d'à lues contenant un pus mal lié, souvent séreux, dans lequel nagent des grains opaques d'un jaune d'or ou de soufre, quelquefois blanchâtres ou verdâtres, du volume d'un grain de lycopode à celui d'un grain de mille!, constitués par un champignon radié {actinomyces).
ACTINOMYCOSE 135
Ces abcès, à marche lente ou rapide, débutent généralement au niveau des os maxillaires ou dans les viscères, et s'ouvrent souvent à la surface de la peau qui présente à leur niveau une coloration violacée ; l'ouverture donne issue à des fongosités jaunâtres ou violacées et conduit dans des trajets fistuleux multiples.
À côté de ces cas, de beaucoup les plus communs, où les lésions cutanées sont secondaires à des foyers actinomycosiques profonds, il en esL d'autres où l'actinomycose se développe primitivement dans la peau ou le tissu cellulaire sous-cutané ; les symptômes se rapprochent alors beaucoup de ceux des tuberculoses cutanées : il y a une infiltration ligneuse avec des nodules ressemblant aux nodules lupiques et plus tard une ulcération irrégulière, déchiquetée, tendant à envahir les tissus profonds ; le diagnostic repose exclusivement sur l'examen attentif du pus et sur la constatation des grains d'actinomyces.
L'actinomycose à forme primitivement cutanée s'observe sur la paroi Lhoracique et aux mains; comme les autres localisations de cette maladie, elle se rencontre surtout chez les sujets qui sont exposés à se piquer avec des épis de blé ou d'avoine, habitat ordinaire de l'actinomyces.
Traitement. — Le traitement de l'actinomycose consiste essentiellement dans l'administration de l'iodure de potassium. Employé avec succès dans l'aclinomycose chez les animaux par Thomassen P'Utrecht), par M. Nocard, et par un grand nombre de vétérinaires américains, il a été mis en usage chez l'homme par Thomassen, par plusieurs médecins hollandais, par M. Meunier (de Tours), par
lo6 MYCÉTOME OU PIED Dli MADURA
Buzzi et B. Galli et par M. Netter (1) qui en ont constaté l'efficacité : M. Netter, avec une dose quotidienne de A grammes, a obtenu, au bout de quelques jours, une amélioration considérable qui s'est encore poursuivie après la suspension du médicament.
Le traitement interne parait suffire à amener la guérison des lésions de l'actinomycose. Il y a cependant avantage à ouvrir les collections purulentes, à les panser antiseptiquement et à diriger la réparalion par des cautérisations ignées ou par des attouchements au nitrate d'argent ou au chlorure de zinc.
MYCÉTOME OU PIED DE MADURA
Exposé clinique et étiologique. — On désigne SOUS
ce nom une affection observée dans l'Inde, surtout dans le district de Madura, et qui semble avoir été rencontrée également en Amérique (Kemper) et en Algérie (Gémy et Vincent).
Elle est caraclérisée au début par de légères indurations indolentes, sur lesquelles se développe une vésicule ou une bulle dont la rupture donne lieu à l'issue de petits grains noirs ou grisâtres caractéristiques. Le pied augmente de volume, se transforme en une masse informe ou prend un aspect ovoïde ou conoïde, en même temps que les masses musculaires de la jambe s'atrophient ; il est d'une dureté uniforme, la surface criblée de saillies hémisphériques qui s'ulcèrent ; les ulcérations se recouvrent de fongosités, au milieu desquelles s'ouvrent des trajets flstuleux; les fistules donnent issue à un
(1) Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, 3 novembre 1893, p. 679. .i ■
DERMATOSES D'ORIGINE MICROBIENNE là i
liquide ichoreux, jaunâtre, renfermant de petits grains noirs, bruns, rosés ou blanchâtres, et conduisent dans des trajets profonds remplis de masses fongueuses noirâtres ou brunâtres et pénétrant jusqu'aux os altérés.
La maladie est due à un champignon qui pénètre soit à travers les glandes cutanées du pied, soit par quelque plaie ou écorchure de la région. Elle n'est pas contagieuse.
Traitement. — Au début, on peut essayer le raclage, la cautérisation des parties malades au fer rouge, les injections de teinture d'iode ou de chlorure de zinc. Mais, lorsque les lésions sont étendues et ont atteint les os, l'amputation est le seul traitement ; elle doit être faite assez haut, en raison de l'envahissement souvent latent des os de la jambe.