‹ Thérapeutique des maladies de système nerveux (volume 2)Chapitre 116 sur 123 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

PARALYSIE GÉNÉRALE 2

La paralysie générale a été surtout étudiée par les aliénistes. Pendant longtemps on l’a classée parmi les vésanies pures, maladies dont nous n’avons pas à nous occuper ici. Mais actuellement on a trouve une lésion nette et constante, ce qui nous oblige à étudier cette affection a côté des autres maladies du système nerveux avec substratum anatomique : c’est une inflammation diffuse de tout le système nerveux

(cerveau, moelle et nerfs).

On peut définir la paralysie générale: une maladie caractérisée a tomiquement par une inflammation interstitielle diffuse du systeme nerveux et de ses enveloppes, et cliniquement par 1 association de phénomènes physiques ( troubles moteurs surtout) et de phénomènes psyc 11ques [troubles intellectuels de différents ordres, avec un fond constant

de démence ).

Tout est français dans 1’ Historique de cette maladie, dans la création «t le développement de ce type morbide.

1 Baumel ; Leçons cliniques sur les maladies de, ? en^’^hbsc dc Paris, . Magnan ; De la lésion anatomique de la paralysie generale, ’

„rr . ut Paralysie générale, in Guide du médecin praticien, Recuei

TùlnÎL sur la ***** *. ™

pag. „8, ; 1876, pag. 88 et 48,; - Galette des Hop, taux, ,868, - Soc, et,

9‘Lv,lL?Art. du Nouveau Dictionnaire de Médecin, et de Ckirurpie ,»'«• tiques;

Voisin : Traité, 1880; c0/ .

Christian et Ritti ; Art. du Dictionnaire encyclopédique, iS 4.

Arnaud ; Traité, 1888.

PARALYSIE GÉNÉRALE

Dans une première période, la paralysie générale est étudiée dans les asiles d’aliénés comme une forme particulière d’aliénation, ou plutôt comme cas de paralysie venant compliquer l’aliénation mentale, d’où les noms de paralysie générale des aliénés, de folie paralytique. — C’est là l’impulsion donnée par Esquirol et suivie après lui.

Cependant Bayle commence à créer l’entité morbide et fait, en 1826. de la paralysie générale une maladie primitive. Mais Cakneil, dans un travail fondamental et resté classique, en 1826 aussi, et Parchappe, encore en 1 83 1 , dans une étude très importante, admettent toujours l'idée de complication.

Baillarger réagit contre cette tendance en 1847, eL reprenant l’idée de Bayle, inaugure la deuxième période, dans laquelle on considère la maladie comme primitive et comme formant un type clinique absolument distinct. C’est la doctrine qui est dès lors admise par tout le monde, et développée par Falret, Lasègue, Marcé, etc.

Cependant, dans une troisième période qui est en partie contemporaine de la deuxième, on étudie avec soin l’anatomie pathologique, et on montre que l’entité clinique, symptomatiquement bien décrite, correspond à une entité anatomique avec lésions fixes et assez constantes. Cette étude, déjà commencée par Calmeil et Parchappe, est continuée par Salomon, Rokitansky, Virchow, Magnan, Ilayem , Lubimoff, Mierzejewsky, Luys, etc.

Les lésions, uniquement constatées d’abord dans le cerveau, sont ensuite trouvées dans la moelle par Magnan (Thèse inaugurale, 1866, et article du Compendium de Valleix). C’est là le dernier temps de l’historique, après lequel viennent les travaux récents, dont nous parlerons dans le cours même de l’exposition.

L Histoire clinique de la paralysie générale est très difficile à tracer, à cause des variétés fort nombreuses que présente la maladie. Nous indiquerons d’abord les formes les plus communes, sauf à revenir ensuite sur diverses variétés.

On peut admettre quatre périodes que nous appellerons, avec les auteurs : prodromique, initiale, moyenne et terminale.

I. Période prodromique. — Nous décrirons d’abord la forme qui commence par les troubles intellectuels. Elle est quelquefois difficile à déterminer, mais elle est très importante à bien connaître, à cause de 1 utilité qu’il peut y avoir à lutter contre le mal dès le début, et surtout à cause de la responsabilité du malade, dont il faut établir les limites dans bien des circonstances, malgré toutes les apparences de la culpabilité.

Ces phénomènes du début ont été bien étudiés dans la Thèse de Mobèche L

1 Mobèche ; De la période prodromique de la paralysie générale ; Thèse de Paris, 1874, n° 428.

i° Un des premiers faits à noter est la modification survenue dans le caractère. Un individu devient irritable, violent, susceptible ; il s’emporte, le plus souvent en paroles seulement ; quelquefois il va plus loin, bat sa femme et les personnes qui l’entourent.

D’autres, au contraire, deviennent sombres, taciturnes ; ils tombent dans un état d’apathie, ne s’occupent plus de leurs affaires, s’enferment chez eux quand on les excite à s’occuper. La « nosophobie * n’est pas rare dans cette forme ; les malades se croient fréquemment atteints d’ulcérations de la langue, d’un néoplasme de la bouche, etc.

D’autres encore (c’est un cas plus fréquent) sont doués d’une activité extraordinaire, véritablement dévorante*. Ils déploient dans 1 exercice de leur profession un zèle et une ardeur qu’ils n’y avaient pas mis encore. Ils vont, viennent, font mille affaires. Ils entrent et sortent vingt fois d’une pièce. Ils passent des nuits entières à composer, écrire, calculer, parler. Ils conçoivent mille projets qui ne sont pas irréalisables en euxmêmes (comme ils seront dans la période suivante), mais qui ne sont nullement en rapport avec leur passé, leur position de fortune. Ils font des achats irréfléchis, veulent agrandir leur commerce, ciéei de nouvelles maisons.

Souvent l’attention des familles estattirée ainsi par les affaires désastreuses dans lesquelles un négociant ou un banquier, jusque-là prudent et honnête, entraîne les siens et ses clients. On comprend l’importance médico-légale de ces faits.

Si, par sa situation, le malade n’est pas à même de donner des signes de cet ordre, son activité trouvera un autre aliment. Marcé cite un individu qui, n’ayant pas autre chose à faire, frottait avec ardeur les meubles et l’escalier de sa maison. Certains tiendront quelques propos extravagants : l’un refusera de payer un cocher de fiacre, 1 autre une consommation au café.

Ces premiers symptômes sont très importants, parce qu ils ne peuven frapper qu’un œil exercé.

2° La perversion des facultés morales et affectives est encore un signe important du début. Un homme jusque-là très honorable, religieux, d’une probité irréprochable, commet tout d'un coup des actes révoltants dont on chuchote dans la famille : actes d’indélicatesse, d’improbité, de débauche. Ce sont encore là des situations très graves au point de vue

de la responsabilité. ,

Souvent aussi, à ce moment, le sujet peut avoir une espece de manie

du vol. Il prend tout ce qui lui tombe sous la main, des objets sans importance ; il le fait sans adresse, sans dissimulation. Un malade de Lasègue avait volé une pomme à l’étalage d’un fruitier, un autre avait

pris une volaille cuite.

• Parant (Annales médico-psychologiques, 1887) a insisté sur la suractivité accompagnée de délice ni de démence, qui Menotta» souvent la période prodromique de la paralysie générale progressive.

PARALYSIE GÉNÉRALE

Un autre commettra des actes de libertinage public éhonté, sans raisons apparentes. Il montre un érotisme qui contraste souvent avec son impuissance réelle. Baillarger a noté, en effet, la perte des facultés génitales, dans beaucoup de cas, un an et plus avant le début de la paralysie générale confirmée.

Tous ces faits peuvent amener le malade devant les tribunaux, où le médecin a à juger sa responsabilité.

3° Le délire ambitieux si remarquable de la paralysie générale constituée n’est pas encore réalisé ; nous le trouverons à la deuxième période. Mais il s’annonce dans ces projets gigantesques qui ne sont réalisables que théoriquement, dans cette manie du vol qui se rattache souvent à une idée de possession générale.

4° Dans les cas où le délire sera à forme hypochondriaque, on voit déjà apparaître cette mélancolie. L’individu est préoccupé ; il a des idées tristes, il peut avoir des hallucinations de l’ouïe, entendre la voix d’un juge qui prononce son arrêt de mort ou celle d’un démon qui le pousse à des actes criminels. Ce sont là de fausses hallucinations, car l’intelligence est plus en cause que les sens.

Cet état peut engendrer le penchant au suicide.

Les idées hypochondriaques ont, du reste, un caractère spécial : le malade sent son ventre barré, obstrué ; les aliments qu’il ingère passent sous la peau ou sous ses vêtements. Certains malades même se croient morts et restent immobiles, les yeux fermés; ils laissent retomber leurs membres comme des corps inertes, quand on les soulève.

5° En même temps, on constate dès cette période que Y intelligence est diminuée , on pourrait dire en quantité ; on voit arriver la démence, qui sera le trait fondamental des périodes ultérieures.

La mémoire commence à être affaiblie 1 et la puissance de Y attention également.

Le malade s’aperçoit qu’il n’est plus le même. Il oublie les dates, les noms ; dans les rues, il a souvent de la peine à trouver son chemin ; il se plaint de manquer d’attention quand il écoule, lit ou écrit. C’est même là un des caractères souvent les plus précoces de la maladie qui nous occupe.

L’insomnie est aussi un caractère fréquent de cette phase.

Telle est la période prodromique, qui peut du reste se prolonger très longtemps, presque indéfiniment.

IL Période initiale. — A. Les troubles intellectuels se caractérisent ; ils peuvent prendre deux formes opposées en apparence : le délire ambitieux et le délire hypochondriaque ou mélancolie, avec un fond commun de démence.

i° Bayle a signalé la fréquence de la forme ambitieuse dans le délire

1 Bondon De l’amnésie clans la paralysie générale ; Thèse de Paris, 18S6.

de la paralysie générale ; c’est en effet très vrai. Seulement il faut ajouter que le délire ambitieux se présente ici avec des caractères qui lui sont propres

11 y a d’autres fous qui ont le délire des grandeurs ; il y a notamment des monomaniaques ambitieux, qu’il faut savoir distinguer. Celui-ci a un système insensé, mais complet, qu’il suit et développe. Son altitude et ses gestes, tout concorde avec son système; ses phrases successives ne se contredisent pas, et, dans certains cas, on pourrait réellement croire que tout cela est vrai.

Chez le paralytique général, au contraire, on reconnaît tout de suite un fond de démence, d’affaiblissement intellectuel, d’où incoordination complète, incohérence absolue dans les phrases ; on voit immédiatement que tout cela est absurde.

Ainsi, il parle toujours de millions, de milliards ; il a des millions de chevaux ou des milliards de maisons ; il touche la lune avec la main , il est empereur, Dieu Mais il pleurera en parlant des félicités céles-

tes qu’il possède; il se dira empereur avec un calme parfait sur la p]OUre Un malade de Marcé racontait qu’il venait de créer un nou-

vel univers parcouru par des fleuves immenses, remplis de poissons monstrueux ; tous les hommes y habiteraient des palais, y auraient 100,000 francs de rente, et vivraient dans le bonheur absolu ; lui-même

serait dieu et sa femme grande-déesse.

Quelquefois on n’a pas le tableau complet de ce délire ambitieux caractéristique. Les malades vivent seulementdans une béatitude parfaite, dans un sentiment d’ «euphorie» et de contentement d’eux-mêmes que rien ne peut altérer. Le caractère constant de ces états est toujours le même : ils sont occupés du « moi », dont ils parlent continuellement et avec des hyperboles incessantes.

Mao-nan les dépeint bien étalant leur force physique : Voyez ces bras! quelle vigueur ! Quelles jolies dents! — Ils passent ensuite à leurs talents: Je suis poète, littérateur; — puis à leurs idées généreuses: Je fonderai des hôtels pour tout le monde, chacun aura ses équipages, ses chevaux. — Arrivent après les projets de fortune : 1 or, les rubis, les diamants ! Ils sont rois de la terre. — Puis, enfin, tout se brouille et se confond. Et on retrouve le caractère de démence toujours bien net.

Magnan signale un fait caractéristique à ce point de vue. Au milieu de l’énumération fastueuse de leurs titres et de leurs richesses, si on leur demande simplement quelle est leur profession, ils répondent : Je

suis cordonnier. . . ,

Chez la femme, le délire ambitieux existe aussi, mais n aurait pas,

d’après Christian et Ritti, autant d’ampleur dans les conceptions ; alu nation est rare, la démence est généralement primitive ; les actes de vio-

! Voy. sur le délire des grandeurs dans la paralysie générale . Kornfeld et Bikeles; Allg, Zeit. [. Psych., XLIX, 3, i§y3.

PARALYSIE GÉNÉRALE

lence sont exceptionnels, et ces malades peuvent habituellement être traitées chez elles. La malade «se borne à dire qu’elle aura de belles robes, de beaux bijoux, de belles voitures, qu’elle doit se marier avec un prince, qu’elle logera avec lui dans un beau château, etc. Ou bien ces idées sont prises dans la spbère génitale, môme alors que la vie sexuelle est depuis longtemps terminée. Ces malades, comme le dit Régis', ne parlent que de mariage, de mari, d’enfants, des plaisirs de l’amour ; elles vantent leurs charmes, elles veulent épouser un prince, un général, un puissant du jour; elles ont des millions d’enfants et accouchent toutes les heures ; elles sont enceinLes du Président de la République, de Gambetta, de Napoléon, de Dieu ; leurs organes génitaux sont en or; il y a tant de lait dans leur sein qu’on peut en tirer 3o quintaux de beurre et 3 aunes de crème ; un régiment tout entier est venu les visiter pendant la nuit, etc. *

Chez l’enfant aussi, le délire ambitieux est rare et les troubles psychiques présentent un fond de niaiserie et de démence très accentué.

La forme ambitieuse s’observe cependant à cet âge, et Ballet a récemment rapporté l’observation d’un jeune paralytique général qui proclamait avec une vive satisfaction sa qualité imaginaire d’officier de cui rassiers. — L’hérédité névropathique jouerait ici, d’après Charcot, un rôle plus important que chez l’adulte.

2° Quelques-uns de ces traits les plus essentiels se reconnaissent dans la forme de délire qui semble diamétralement opposée au délire ambitieux, le délire hypochondriaque.

On trouve toujours l’idée du « moi b qui domine, l’hyperbole à un haut degré et l’incohérence démente des idées. Ainsi, ils ont des tonneaux d’or dans le ventre, sont rongés par des milliers de vers, ont une langue de chrysocale

Ce genre de délire, méconnu par Bayle, qui en cite cependant des observations, a été bien mis en lumière par Baillarger, avec ses caractères essentiels d’hyperbole et de démence. Baillarger pose en principe que tout dément hypochondriaque est un paralytique 1 2 * 4.

1 Régis ; La paralysie générale chez la femme. Paris, 18S2.

Voy. aussi sur le même sujet :

Colovitch ; Thèse de Paris, 1882, n° 285;

Cowan ; The Jour n. of ment. Science, janvier 1884, pag. 53o (anal, in Archives de Neurologie, 1884, VIII, pag. 24) ;

Frankei, ; Allg. Zeit. f. Psych., 1884, XLI, 1 ;

Petit ; Thèse de Paris, décembre 1886 ( troubles menstruels) ; — et Archives de Tocologie, 1887 ;

Siemerling ; Charité Annalen, 1S88 ; — Archives de Neurologie, juillet 18S9,

Greppin; Corr. bl.f. scliweiz. Aerz., 1 août 1889, n° 12, pag. 4G6.

2 Voisin et Buri.ureaux ont consacré aux rapports de la mélancolie avec la

paralysie générale un intéressant Mémoire couronné par l’Académie de Médecine ( Mémoires de l’Académie de Médecine, 1882, XXXIII).

Voy. encore, sur les idées de persécution :

Au milieu de ces phénomènes, qui constituent le fond de la maladie, viennent quelquefois se développer brusquement des accès de manie véritable.

Le paralytique devient furieux, d’une fureur et d’un aveuglement qui rappellent les épileptiques et les maniaques vrais. 11 entre en colère pour des motifs futiles. Un malade de Hitzig avait tenté d’assassiner sa femme parce qu'elle avait ouvert une fenêtre qu’il voulait fermer. Dans ces accès, les malades, même paralytiques, déploient une force musculaire extraordinaire, dont on ne les aurait jamais crus capables ; ils brisent tout ce qu’ils trouvent sous leurs mains '.

Puis, tout rentre dans l’ordre ; la manie disparaît et le malade se retrouve au degré de sa maladie où il était avant la crise. Baillarger a bien étudié ces rémissions que présentent les formes maniaques de la paralysie générale. Ces rémissions sont en réalité des guérisons de l’accès de la manie. Et Baillarger arrive ainsi à considérer cette manie des paralytiques comme une manie ordinaire, comme une vésanie venant compliquer la paralysie générale et gardant son allure habituelle, c està-dire sa tendance à la guérison.

Après ces crises de manie, les malades tombent souvent dans un accès de mélancolie, et l'on a alors une alternance dans les phénomènes, tantôt d’excitation, tantôt de dépression, que l’on peut comparer à ce qu’on a appelé la folie circulaire 1 2 3.

Des accès de manie on peut rapprocher les phénomènes à' automatisme2 que l’on observe, par intervalles, chez certains paralytiques généraux.

Thooris ; Thèse de Paris, décembre 1889.

Voy. aussi le travail de Cotard ( Annales médico-psychologiques, i83o, iv pag. !G8) qui signale, dans une forme grave de la mélancolie anxieuse, un délire hypocondriaque absolument analogue, sinon identique, à celui qui survient chez, les paralytiques, et qui par suite restreint la proposition trop absolue de Baillarger.

Blin, qui a fait un remarquable travail d’ensemble sur les idees de persécution (Thèse de Paris, 1890), compare cette espèce de monomanie anxieuse a la mégalomanie proprement dite, dans les termes suivants : ; Partis d’un point .de départ commun (l’idée de persécution), le persécuté et le mégalomane, réagissant chacun à leur manière, ne tardent pas à prendre une route différente ; et tandis que 1 un s’exagérant sa valeur, rapporte tout à lui-même pour devenir le centre auto duquel le monde social tournera (mégalomane), on voit l’autre se logeant n pablc, indigne, s’accuser lui-même, et, à la limite (déliré négations de Cotard), après avoir douté de sa propre existence, en arriver a la mer

lement : l’un devient Tout, l’autre Rien ».

Le délire des négations, que nous venons de citer, s observe que qu dans la paralysie générale (Deny ; Semaine medicale, 19 septembre i3G3).

, Villard f Paralysie générale et assassinat ; in Annales d’Hygiene publique,

1 mai 1889.

Acquerin ; Thèse de Paris, janv. 1891. J7 , m les tra-

a Voir le livre de Ritti : Sur la folie circulaire ou a double foi me,

vaux récents sur le même sujet.

3 Azoulay et Régnault ; Société de Biologie, 20 juillet 1892.

PARALYSIE GÉNÉRALE. 849

On peut donner, comme résumé de loulce que nous venons de dire sur les troubles intellectuels ù cette période de la paralysie générale, la phrase restée classique de Falret: Les idées des paralytiques sont multiples, mobiles, non motivées, contradictoires entre elles.

B. En même temps se sont développés des troubles du côté de la motilité et de la sensibilité.

Magnan a bien décrit les phénomènes moteurs'.

Quelques médecins croient que la motilité est d’abord atteinte dans les jambes. Cela vient simplement de ce que les nécessités de la marche 1 é \ èlent plus v ite les ti oubles du côte des membres inférieurs, tandis que Ils memes 1 1 oublea dans les bi as peu v en L longtemps passer ] naperçus. On les constate plus tôt chez les malades dont le travail manuel exige de la piécision et de la délicatesse (horlogerie, écriture, couture). Lesmains sont devenues inhabiles ; le patient a perdu son adresse habituelle. Il se développe, en outre, un tremblement menu, rapide, surtout apparent quand le sujet étend la main, ses doigts écartés, dans l’attitude du serment.

En même temps la marche se modifie, devient brusque, saccadée. Le malade fait encore des courses longues sans fatigue, mais il dirige mal ses jambes. Il marche avec gaucherie, trébuche facilement sur un terrain inégal. S’il veut se retourner trop vite, il chancelle, oscille et travaille quelques instants à reprendre son équilibre.

Ces troubles musculaires atteignent tout le corps. Ce n’est pas de la paralysie vraie, car ces malades, dans un moment d’excitation, déploieront une force musculaire étonnante ; allongé dans son lit, le sujet exécute aussi tous les mouvements qu’il veut, avec un peu de

lenteur et de raideur, mais il n’est évidemment pas paralysé. C’est plutôt

une sorte d ataxie-, de défaut de coordination, sans être de l’ataxie locomotrice vraie. — Des mouvements choréiformes ont également été signalés5.

Les réflexes peuvent présenter dans la paralysie générale des modalités très diverses souvent abolis dans les formes dépressives, ils sont habituellement normaux ou exagérés dans les formes expansives.

La contractilité électrique peut être modifiée; Gerlach5 a constaté

j au9si Lemoine ; Gazette médicale de Paris, i novembre 18S9.

2 Cette manière de voir, partagée par la pluparL des auteurs (Bouillaud ACCOUD, Christian), avait fait proposer par Lunier la substitution du nom

d ataxie psycho-motrice à celui de paralysie générale.

3 Sage ; Thèse de Lyon, 1884.

4 Voy. Beatley ; Brain, avril i885, pag. G5;

Bettencourt; Thèse de Paris, 1886.

Renaud ; Thèse de Paris, mai 1893.

” Gerlach ; Arch. f.Psych. uncl Nerven., 1889, XX, licft 3, pag. G45.

Grasset, 4” édit.

une diminution de l'excitabilité galvanique ; la réaction de dégénérescence a toujours fait défaut. .

A cet élément ataxique ou convulsif se joint ensuite souvent une véritable parésie, qui s’accroît peu à peu sans jamais devenir une paralysie complète. Mais, par les deux éléments combinés, la marche devient de plus en plus difficile, finit par être impossible, et la préhension

^Quelquefois on observe aussi une raideur dans les membres qui peut aller jusqu’à de véritables contractuics.

Des phénomènes du même ordre se développent du côté de la langue et des muscles de la face. Ces phénomènes sont connexes '™""“ de la parole, groupe important de symptômes dont nous n avons pas encore parlé, pour ne pas en scinder 1 étude.

' Tout le monde a noté celte parole spéciale, lente et embarrassée, du paralytique général; les Allemands résument ces caractères dans la dénomination de .maladresse syllabaire ». Voisin a bien analysé les diverses variétés que peut présenter cet embarras de la parole, valeur diagnostique et pronostique de chaque type .

Il faut distinguer les troubles comme l’ânonnement, 1 hésitation et le tra nem ntt fa parole, qui tiennent à l’état de l'intelligence à la démence - et d’autre part le bredouillement, le bégayement, le tremblement de la parole, qui rentrent dans les phénomènes moteurs ataxiques.

Vânonnement est un retard dans la présentation et 1 émission des lettres, des syllabes et des mots ; il y a emploi exagère de la voyeUeae les mots qui la contiennent ; d’où le mot même d’ânonnement. G est mun enfant qui récite sans bien savoir. En somme, ce

trouble de parole répond à une certaine paresse de l’esprit et à un man- , • > i. lin svmptôme de démence qui s observe dans les

« Æalytiquo, comme .a démeuce sénile

°Vç démc'nUui ànonne, s'il écrit encore, oublie des lettres ou des mots, de même qu'Ü laisse ses phrases inachevées ou les termine par au .

^‘“^trX.se hâter de juger la démener : par ce i j„c P n pffpt il v a des cas dans lesquels ce deeoi

. Voisin ; Des troubles de la parole dan, la paralysie yéoérale (Archive, de Médecine, 187G).

PARALYSIE GÉNÉRALE. 85

lytique. Cet état se distinguerait facilement avec un peu d’attention.

En môme temps qu’ils ânonnent, les déments répètent quelquefois comme un écho les derniers mots des phrases prononcées devant eux.

Les malades n ont pas conscience de cet ûnonnement, même quand on attire leur attention sur le fait.

. ,C“ ‘T*’6 de la, P“ro‘f ‘ UIle pronostique grave pour l'état

intellectuel du malade. II prouve que l'intelligence est profondément et définitivement atteinte, que la partie antérieure du cerveau est désorganisée. Il arrive en général dans une phase assez avaneée de la maladie. On peu 1 observer quelquefois au début, dans les formes lentes, qu sont su, tout constituées par une démence progressive elinsensible.

L hésitation et le traînement des paroles sont des troubles du même genre. Ce traînement est caractéristique et marche avec le faciès sans

expression, e masque immobile du paralytique, qui représente l'état

pei manent de satisfaction intérieure et de béatitude de ces aliénés A ce moment, du reste, il y a la même hésitation, le même traînement

a van t de &le fai r ^ ^ ** ** ^ ^ ~ couche,

^nl7m-blTnttlapar°lei lG bé9ayement, le bredouillement sont au contraire des phénomènes d’un tout autre ordre. Les syllabes arti

culées son séparées par des intervalles non isochrones ; cet état Iis mgue de la parole scandée, qui est rythmique. C’est le balbutiement homme ivre ou de 1 homme en colère : les syllabes empiètent les unes sur les autres, et se fondent en un bredouillement doutant plus incompréhensible que la phrase à prononcer renferme des 1 et des r en p us grande abondance ; on observe alors, d’après Charcot ]a mnl tiphcation des 1 » et la « redondance des r » < ’

Ce signe n’a aucune signification pour l’intelligence. C’est souvent n Phénomène du début, c’est le commencement des troubles moteurs •

oies de hfacT “UtreS ‘remblements da"s Ia ^gue cl dans les musl

ao-hé ,T/"'ÿ ,tir,ée au dehors> 110 P«ut rester immobile, sa surface est aBitee d ondu talions vernaculaires , prédominant à la pointe et sur les

bords. Quand la maladie progresse, fout l'organe tremblote dés oudl parait entre les arcades déniai, -es, et alors la parole s'embarra,, 1’ en plus et finit par devenir inintelligible. de P,US

En meme temps, un tremblement analogue gagne les muscles ,le I

èrr F

régiment d’artillerie». 1 Iotcnuaire» ou » trente-troisièm

g52 MALADIES DE LA MOELLE.

C’esÜa période dans laquelle les malades ont tous leurs mouvements incertains el difficiles sans ôtre paralysés ; ils ne peuvent pas se tenir debout sans canne, tandis qu’ils supportent un homme pendu a eut

C< En somme, on voit qu’il y a une certaine importance à distinguer ces deux grandes catégories de troubles de la parole, qui correspondent aux deux grandes classes de phénomènes que présente a paralysie générale dans son ensemble : les troubles intellectuels et les trou j ,

m Enfin,' certains paralytiques généraux ne

générale; il y a ceux qui n’ont pas d’idées 1 exprimer par suite des progrès de la démence, c estfréque .

paralytique qui très 1 — cl’ M

peut^nfin être^aussi^ produit par l’altération des muscles de la langue, de leurs nerfs et de leur centre.

A côté des troubles moteurs décrits il faut placer O» *">«»'«* * sensibilité, qui soutdu reste plus complète,

De Crozant a signale une de mouvements. Magnan ajoute

existant quelquefois avant les t snaraître quand les troubles

que cette anesthésie peut etie passa» neu plus tard, à une période

moteurs s'accentuent, pour reparaître un 1 - P - ^ J sentis et la

kit £ ae louleu. Que,.

quefois l’analgésie est complète. ,é dans un cas un état

L’hyperesthésie est plus raie, ri » lus iéo-Cr contact pro-

passager d’hyperesthésie culante f^^ables convulsions. Micliéa a

Ittribué f ceftroubles d'e la" sensibilité la principale cause des idées

délirantes hypochondnaques r rdissement, des founnille-

Chez quelques malades, il y a ac »

. Voy. sur l’aphasie dans la paralpie générale : Rosent h al ; Centr.f.Nerven.,**: ni J»;

Knecht ; Dent. med. Woc/,, 1887, n» 37> pag. Ascher ^AU^Zeit^’f- Psyc/i* , XL!X, w, >892.

PARALYSIE GÉNÉRALE

menls, des sensations anormales* dans les bras ou dans les jambes; rarement ce sont de véritables douleurs, sauf dans les formes spinales, sur lesquelles nous reviendrons.

Charcot1 2 3 insiste sur la fréquence, dans la paralysie générale, de ce qu’il appelle l 'épilepsie sensitive : ce sont les sensations anormales (fourmillements, engourdissement, sensation de gonflement), sans accompagnement moteur, envahissant progressivement une moitié du corps; ces « décharges sensitives » seraient analogues aux décharges motrices de l’épilepsie commune, h' épilepsie sensorielle (troubles de divers sens, migraine ophtalmique simple ou accompagnée) peut également s’observer.

On a beaucoup discuté sur la présence des hallucinations 3 et des illusions dans la paralysie générale. Christian et Ritti concluent de la revue des diverses opinions émises et de leur propre expérience « qu’il est bien peu de paralytiques qui ne soient hallucinés à une période quelconque de la maladie; il est vrai que leurs hallucinations n’ont ni la fixité ni la continuité qu’elles présentent chez les autres aliénés , mais en cela elles ressemblent à toutes les autres manifestations délirantes qui s’observent dans la paralysie générale ». Les illusions leur paraissent aussi très fréquentes.

Voilà comment se développent les deux grands ordres de phénomènes dont l’ensemble constitue la paralysie générale : troubles intellectuels d’une part, troubles moteurs et sensitifs de l’autre. — L’ordre d’apparition de ces deux catégories de symptômes n’est pas toujours le même. De là, trois formes différentes, trois variétés pour les périodes de début.

Dans la première forme, les phénomènes intellectuels commencent comme nous l’avons décrit ; puis les phénomènes moteurs et sensitifs viennent s’ajouter.

Dans la deuxième forme, les phénomènes moteurs et sensitifs -’ commencent: les mouvements deviennent incertains, la langue s’embarrasse, etc. L’intelligence s’affaisse ultérieurement Charcot a rapporté 1 histoire d’un ingénieur chargé d’importants travaux qui avait pu con-

1 Deux malades observés par Ramadier (Annales médico-psychologiques , 3o juillet 1888) éprouvaient la sensation constante que leurs vêtements étaient mouillés.

2 Charoot ; Semaine médicale , 27 janvier 1892, pag. 29.

3 Voy. Girma ; Thèse de Paris, 1881 ;

Voy. encore sur le môme point : Baillarger, in Annales médico-psychologiques, janvier i883 ;

Ladame ; Congrès de médecine mentale, août 188g.

* C’est dans cette forme que Charcot (Progrès médical, 18S2) a observé la migraine ophtalmique comme symptôme du début, et que Christian (Union médicale, 1882) et Merer (Gazette hebdomadaire, 1882) ont noté des troubles trophiques initiaux, comme le mal perforant.

tinuer pendant deux ans à remplir ses fonctions, alors que des stigmates somatiques très accentués de la paralysie générale s’étaient déjà montrés.

Dans la troisième forme, enfin, les phénomènes intellectuels et les phénomènes sensitivo-moteurs se développent simultanément, en quelque sorte concurremment.

Mais ces variétés n’existent que pour les périodes prodromique et initiale. Une fois la maladie hien constituée, les deux ordres de phénomènes sont superposés , et c’est alors que commence la période moyenne.

III. Période moyenne. — Cette période peut manquer. 11 y a des cas (quatre observations dans la Thèse de Leynia ') en quelque sorte latents, insidieux, dans lesquels la première et la deuxième période se prolongent presque indéfiniment et aboutissent ensuite brusquement à la quatrième période terminale.

Quand elle existe, cette période ne présente pas de phénomènes nouveaux, c’est l’efflorescence complète des phénomènes de la deuxième. Le délire présente les mêmes caractères, seulement la démence a fait des progrès. La faiblesse intellectuelle a augmenté Le malade marche difficilement; il tombe à tout instant, ne peut pas monter un escalier et finit par ne pas pouvoir marcher du tout.

A certains moments, surviennent des paroxysmes d agitation extrême : le délire devient furieux et le malade peut accomplir dans cet état les actes les plus regrettables. La parole est inintelligible ; il y a un mâchonnement constant el du grincement des dents.

La marche régulièrement progressive de la maladie est assez souvent interrompue par des attaques apoplecti formes ou épileptiformes analogues à celles que nous avons déjà décrites dans la sclérose en plaques, et que Charcot a bien étudiées au point de vue de la température.

La scène s’ouvre inopinément, sans prodromes bien accentués, tantôt par une obnubilation rapide et plus ou moins prononcée des lacullés intellectuelles, tantôt par un coma profond survenu tout à coup; Féré i 2 3 a signalé une sialorrhée paroxystique précédant les crises épilepti foi mes dans certains cas. Quelquefois il y a en même temps des comulsions qui rappellent l’épilepsie, souvent hémiplégiques (attaques épileptiformes) ; d’autres fois, il n’y a pas de convulsions (attaques apoplectiformes). Enfin, on a décrit des attaques hystéri formes.

Dans tous ces cas, on voit souvent se développer dès l’origine une hémiplégie, tantôt avec flaccidité, tantôt (plus rarement) avec rigidité. L’attaque peut s’accompagner du développement rapide d eschares

i Leynia ; Forme insidieuse de la paralysie générale des aliénés ; Thèse de

Paris, 1874, n° 407.

3 Eéré ; Société de Biologie, 9 mai 1891.

sacrées, el conduire à la mort. D’autres fois, au contraire, toutse dissipe progressivement ; l’hémiplégie persiste quelque temps, mais elle disparait aussi à son tour. Le malade se retrouve alors à peu près ce qu’il était avant l’attaque, sauf la démence, qui a le plus souvent fait un pas de plus L

La marche de la température est intéressante à suivre dans ces attaques, et sert à les distinguer des attaques d’apoplexie vraie, hémorrhagie cérébrale par exemple. Tandis que dans celles-ci il y a un abaissement de température initial, dans les premières il y a une élévation immédiate.

Westphall cite trois cas dans lesquels le thermomètre s’éleva à 3q et 4o° en 1 5, 4o et 6o minutes, Ilanot a vu dans deux cas l’élévation de température se produire, chez l’un quinze minutes, chez l’autre une heure après l’attaque. Le fait est général; il a été constaté par Charcot, Magnan, etc.

On peut l'accepter comme règle, malgré quelques faits exceptionnels, entre autres celui qu’a cité Magnan en 1874, dans lequel il n’y avait pas d’élévation de température après deux heures, et on n’atteignit que 38°, 8 à la fin du jour. Il y eut même plus tard dans ce cas une tendance de la température à s’abaisser, malgré l’apparition d’attaques convulsives. C’est là, nous le répétons, un fait exceptionnel.

A côté de ces attaques, qu’on peut appeler cérébrales, Magnan en a décrit d’autres, qui seraient spinales.

Dans certains cas, il y aurait des contractures ou des secousses cloniques ; dans d’autres, de l’engourdissement, des fourmillements et de la faiblesse musculaire. Dans tous, il n’y a aucune modification cérébrale : l’intelligence reste, pendant et après l’attaque, ce qu’elle était avant.

Pendant ces attaques spinales, il y aurait aussi hyperthermie.

En dehors de ces attaques, la température peut encore s’élever, à un moment donné, chez certains malades. Calmeil et Bayle avaient déjà remarqué que la température s’accroît dans les poussées aiguës, dans les poussées de manie. Meyer a confirmé le fait et mesuré ces élévations de température dans les périodes d’agitation.

Plus récemment, Magnan a annoncé que cette élévation de température se trouve aussi dans les formes dépressives avec délire hypochondriaque, mélancolie, el même stupeur. La fièvre, conclut-il, ne serait

1 Voir sur les attaques apoplectiformes et épileptiformes de la paralysie générale la Thèse de Broquere (Paris, 1882), et sur les attaques hystériformes les travaux de : Oamuset (Annales médico-psychologiques, i885, tom. II, pag. 229) ; Chambard ; Annales médico-psychologiques, septembre 1887, pag. 276 ; Meschede ; Berl. kl. Woch., 6 avril 1891, n° 14, pag. 357.

La superposition de l’hystérie el de la paralysie générale chez un même sujet est rare, mais non exceptionnelle (Rëy ; Annales médico-psychologiques, nov. 1880, pag. 421).

donc pas en rapport avec l’agitation musculaire, mais avec la lésion môme des centres nerveux

Voisin a également beaucoup insisté sur la lièvre dans la paralysie générale sans complications, a lièvre qui existe toujours à la première période de la maladie, qui se rencontre encore à la deuxième, et qui persiste pendant des mois entiers quand l’évolution de la maladie est lente». Des courbes que cet auteur donne dans son Traité, il résulte :

1. Que, chez les fous paralytiques, la température habituelle est audessous de la normale ;

2. Que, tous les huitou quinze jours, la température s’élève au-dessus de la moyenne ;

3. Que la température reste au-dessus de la moyenne quelquefois pendant un jour seulement, d’autres fois pendant plusieurs jours de suite ;

4- Que, dans le cas où la fièvre dure plusieurs jours de suite, la température est toujours plus élevée le soir que le matin ;

5. Que l’élévation de la température, de même d ailleurs que sa chute,

survient brusquement ;

6. Que le chiffre indiquant la température n est jamais extrêmement élevé, qu’il atteint rarement 3g degrés, qu il oscille entre Sy0, b et o& ,6.

En suivant ainsi les malades avec le thermomètre, on peut, dit Voisin, t porter ou confirmer le diagnostic, prévoir les complications et les enrayer dans certains cas, enfin faire de la thérapeutique rationnelle dans une maladie qui est réputée comme au-dessus des ressources de

l’art2». . . , •

Quelques autres symptômes, quoique moins essentiels, doiventencore

être cités avant de passer à la période terminale.

D’abord, à côté dos attaques spinales signalées tout à 1 heure, on peut placer les crises de gastralgie, de douleurs viscérales, analogues aux crises gastriques de l’ataxie locomotrice, et qui ont été spécialement signalées dans la paralysie générale par Teissier.

Puis il y a des troubles du côté des yeux. On a noté l’affaissement des sourcils et des paupières. Ce sont là simplement des traits du faciès

général du malade. ,

On a insisté davantage sur divers strabismes, sur la parésie des

• Ce fail sc rapprocherait de ce que l’on a observé aussi dans d au res » maladies chroniques des centres nerveux, comme la sclérosé en plaques et 1 .ataxie loco motrice (Voy. Thaon ; Nice médical, 1877, 8; anal, in Revue des Sciences medi

Ca*eVoy.Isur Te même sujet : Rottenbilder ; Centr. f. Nerven., n"s 1 et 2, 1889; Turner; Journ. of ment. Sc., octobre 1SS9, . . •»*

Hitzig et Reinhardt (Berl. kl. Woch., XXI, n» 3/,, i885), ont au con îau sur la fréquence des basses températures chez les paralytiques généra . , 1 vu la température rectale s’abaisser à 32», 3o°, et même dans passagèrement à 22° 5.

muscles oculaires sur la déformation* et surtout sur Y inégalité des pupilles. Baillarger a attiré spécialement l’attention sur ce symptôme, qui a bien en effet son importance, mais dont certains médecins ont exagéré la valeur.

L’inégalité pupillaire n’est pas toujours uniforme et constante. Des irrégularités apparaissent souvent en dehors de toute intervention lumineuse.

Ce même symptôme est fréquemment un phénomène précurseur. Il disparaît parfois au moment des rémissions, pour reparaître avec une nouvelle exacerbation; et ainsi de suite, de telle façon qu’il semble exister une sorte de concordance entre ces deux ordres de faits (Robin).

Il résulte de la comparaison des observations de Vincent et Boy, faite par Robin 1 2 3 4, que, «dans la paralysie générale au début, la pupille perd d’abord sa sensibilité à la lumière et garde ses mouvements associés à l’accommodation ; mais que, dans la période d’état, la pupille est à la fois immobile sous l’influence de la lumière et sous l'influence de l’accommodation ».

Le défaut de contractilité pupillaire à la lumière avec persistance de la contractilité à l’accommodation (signe d’Arggll Robertson) estaujourd’hui considéré comme un des meilleurs sympLômes de la paralysie générale au début ; il l’emporte même au point de vue diagnostique sur l’inégalité pupillaire. Deux maladies seulement, d’après Charcot, sont susceptibles de présenter ce symptôme : la paralysie générale et le tabes.

La migraine ophtalmique a été surtout signalée par Charcot'* et Blocq5 chez les paralytiques généraux ; elle survient souvent dans les périodes initiales.

Ladame c a indiqué, enfin, Vérypthropsie parmi les symptômes de la paralysie générale.

1 Marie (Thèse de Paris, 1890) insiste sur les ophtalmoplégies, externes ou mixtes, qui précèdent quelquefois de plusieurs années l’éclosion de la paralysie générale ;

Récemment, Bannister (Arch. f. Psych., XXIII, 3, pag. 3i3) a vu une paralysie générale débuter par une paralysie du muscle droit externe de chaque côté.

Au début, ces phénomènes sont habituellement fugaces et incomplets.

A une période avancée de la paralysie générale, la musculature externe et in terne de l’œil présente une parésie permanente (Oliver ; Am. Journ. of th.e mecl. Sc., novembre 1890, pag. /,86).

2 Salgo ; Berl. kl. Woch., 20 décembre 1886, n° 5i, pag. 896.

3 Robin ; Thèse d’agrégation citée, pag. 195 ;

Voy. aussi Thomsen ; Charité Annalen, 1886, XI, pag. 33g;

Mœli; Arch. f. Psych. und Nerven., Bd XVIII, hcft 1, pag. 1, 1887 ;

Mendel ; Berl. kl. Woch., 25 novembre 1889, n° 47, pag. 1029 ;

Buckholtz ; Inaug. dissert., Breslau, 1889 ;

Redlich ; Neurol. Centr., i5 mai 1892.

4 Charcot ; Progrès médical, 1882.

5 Blocq ; Archives de Neurologie, 1889, n° 5f, ; — et Revue générale, in Gazette hebdomadaire, i8go, pag. 3ig.

11 Ladame ; Congrès de Médecine mentale et Bulletin médical, 11 août 1889.

Enfin, il y a encore Y hématome de l'oreille cl certains autres troubles trophiques.

On appelle othématome une tumeur sanguine du pavillon de l’oreille que l’on trouve très souvent chez les aliénés, et en particulier dans la paralysie générale. C’est une accumulation de sang qui siège entre le cartilage et le périchondre.

Cette tumeur peut être produite par le traumatisme, en dehors de toute aliénation. Jarjavay a attiré l’attention sur sa présence chez les lutteurs de profession, boxeurs, etc. Dès l’antiquité, ce fait était connu; la poésie l’a conservé dans la description des oreilles d Hector, et la sculpture dans les têtes d’ Hercule et de Pollux.

Beaucoup d’aliénistes attribuent tous les olhématomes au traumatisme. Magnan, entre autres, cite une épidémie d’olhémalomes à l’Antiquaille de Lyon, qui cessa quand on eut renvoyé quelques gardiens

violents.

Le traumatisme ne fait cependant peut-être pas tout. On voit ces tumeurs se développer chez des gâteux inoffensifs. Il faut faiie jouer un certain rôle aux causes internes, et notamment à 1 état de la circulation céphalique. Le développement de l’othématome coïncide souvent avec des signes de congestion cérébrale et s accompagne de chaleur, rougeur de l’oreille, comme après la section du sympathique cervical (Cl. Bernard). — L’altération du système nerveux central peut également exercer une action sur son développement, et Brown-Sequard a pu provoquer des hémorrhagies sous-cutanées de l’oreille par les sections des corps restiformes. — Enfin, on peut y voir la conséquence cl’un trouble trophique, car Virchow a démontré l’altération constante

et préalable des cartilages de l’oreille.

Quoi qu’il en soit, cette tumeur sanguine se développe assez vite ; la peau devient rouge, tendue, luisante; l’épanchement sanguin se fait. Il y a un état stationnaire ; puis il peut y avoir ouverture spontanée et ulcération, suppuration et évacuation de tout le contenu, adhérences

et cicatrisation. . . , . , •

On peut, dans certains cas, hâter la terminaison en ouvrant et traitant aseptiquement le foyer hémorrhagique.

Sans gravité pronostique s’il est traumatique, 1 othématome est grave au contraire chez l’aliéné, dont il prouve l’état avancé et l incurabilité .

Comme autres troubles trophiques, on a noté quelquefois des arthropathies, plus rarement le mal perforant1 * 3, des lipomes multiples et symé-

1 Voy. encore, sur l’othématome: .

Mabille ; Thèse de Nancy, 1878 ; - et Archives de Neurologie, 1886 ,

Vallon; Thèse de Paris, 1882 ;

Combemale ; Montpellier médical, 1 septembre îb ,

Barthélemy ; Thèse de Paris, février 1890.

1 Voy. sur le mal perforant dans la paralysie genei a e .

Marandon de Montyel ; Encéphale, 1S88, n° 3, pag. 207 ;

PARALYSIE GÉNÉRALE

triques le zona 3, le pemphigus, le vililigo, des eschares et une grande fragilité des os, produisant très facilement des fractures3.

Dans la paralysie générale ordinaire, les muscles ne s’atrophient pas. D’après Christian ’, dans les cas où il y a atrophie et dégénérescence graisseuse, cela s’explique par la coexistence d’une autre maladie, telle que l’atrophie musculaire progressive (Baillarger), une hémiplégie, etc.

On a enfin signalé quelques troubles vaso-moteurs, tels que des ecchymoses, de la rougeur ou pâleur de la peau, des hémorrhagies* et des troubles sécrétoires, comme la salivation6. Marro7 insiste sur la présence de la peptone dans les urines des malades ; Rouillard 8 a constaté de la glycosurie.

IV. Période terminale. — La période terminale commence quand le malade perd l’urine et les matières fécales, quand il devient gâteux.

Dans le cours de la maladie, et quelquefois même au début, on a pu observer des alternatives de rétention et d’incontinence d’urine9. Mais ici, cela devient définitif. — La démence et l’impuissance motrice sont à leur comble.

Magnan les dépeint bien : « Constamment souillés par leurs urines et leurs selles, ils gâtent sans cesse et plongent leurs mains dans les ordures, dont ils recouvrent tout. Ils sont presque entièrement isolés du monde extérieur, auquel ils ne semblent plus tenir que par la vie purement végétative. On les voit, quand il leur reste encore quelque lorce, courbés sur leur assiette, s’aidant des mains et des lèvres pour

Mabille ; Archives de Neurologie, juillet 1888, n° 46 ;

Féré ; Nouvelle Iconographie, 1889, n° 4, pag. i56 ;

Barthélémy ; loc. cit. ;

Ohipault ; Revue générale sur le Mal perforant, in Gazette des Hôpitaux, 1891, pag. 765.

1 Targoxvla ; Annales médico-psychologiques, mars-avril 1891.

Ces lipomes siègent d’habitude dans les régions zygomatique, mastoïdienne, mentonnière, claviculaire, delLoïdienne ou sacrée.

2 Gannet ; Thèse de Paris, février 188g.

J v°y- Par exemple l’observation typique de Frœlich ; Revue médicale de l’Est, 1890, n° 18.

Christian, au contraire, réagit contre l’idée de la fragilité des os, les disposant aux fractures (Annales médico-psychologiques, novembre 1 885, pag. 112).

‘ Christian ; Annales médico-psychologiques , 1879, I, pag. 4o5.

* Savage ; Journ. of ment. Sc., janvier 1886, pag. 5o4 ; — anal, in Revue des Sciences médicales, XXVIII, pag. 257.

6 Féré; Sialorrhèe paroxystique dans la paralysie générale; Société de Biologie, 9 mai 1891.

Marro ; Revue des Sciences médicales, XXXIII, pag. 200.

8 Rouillard ; Annales médico-psychologiques, mai 1888, pag. 432 ;

Voy. aussi, sur la constitution des urines chez les paralytiques généraux: MossÉ et Banal ; Revue de Médecine, juillet 1889.

Voy- Samson; Quelques paralysies viscérales dans la paralysie générale Thèse de Paris, mai 1887.

faire pénétrer dans la cavité buccale les aliments qui s’échappent, avec lesquels ils se barbouillent.»

Celte vie bestiale peut se conserver, prospérer et tout absorber: les malades engraissent quelquefois L

Puis la mort arrive par un des mécanismes que nous verrons plus tard.

Nous avons cherché jusqu’ici à indiquer le tableau clinique de certaines formes de paralysie générale. Dans tous les cas dont nous avons parlé, ce sont les phénomènes cérébraux ^moteurs et intellectuels) qui dominaient la scène ; en tout cas, c’est par eux que la maladie commençait, les phénomènes spinaux n’apparaissant pas du tout ou n’apparaissant que secondairement. La maladie, dans tous ces faits, semblait envahir de haut en bas.

Elle peut aussi, d’autres fois, suivre l’ordre inverse, commencer par la moelle et envahir consécutivement le cerveau. Magnan a bien mis en lumière ces formes spinales dans des travaux récents2.

Chez certains paralytiques, dit-il, dix, quinze ans avant le développement de la paralysie générale, surviennent des troubles de la sensibilité, des douleurs fulgurantes par accès rapides de quelques secondes, avec des intervalles variables, se répétant plusieurs fois en quelques minutes ou ne reparaissant qu’après plusieurs jours ou plusieurs mois, erratiques, vagabondes, dans les deux jambes ou dans une seule, ou môme dans une partie limitée d’une jambe.

Puis viennent des troubles du mouvement : la marche est incei laine, chancelante; le malade trébuche, il descend difficilement. La pointe du pied est ensuite projetée irrégulièrement à droite ou à gauche ; le

^ , i t • i > i l*noilo m ont

talon frappe fortement le sol. Les jambes s’entre-croisent facdement. Le désordre s’accroît par l’occlusion des yeux. Ce sont des symptômes

D’autres fois, au lieu de l’ataxie, on voit se développer une sorte de

paraplégie du mouvement et de la sensibilité: engourdissement, fourmi lements dans les extrémités inférieures, picotements à la plante des pieds, sensation imparfaite du sol ; crampes ; jambes faibles, lassitude dans les jointures, sentiment de pesanteur ; fatigue dans les jambes, marche difficile et lente. ,

Suivant les cas, on voit prédominer les phénomènes moteurs ou

d’ataxie

mie de moyenne intensité.

1 Gallopain (Congrès de tous les paralytiques, à quel

2 Voy. sur les symptômes une intéressante Revue de E

PARALYSIE GÉNÉRALE

la vessie ou du rectum : rétention ou incontinence d’urine, consLipalion opiniâtre ou selles involontaires : on note en même temps un satyriasis habituel, bien différent de l’impuissance des tabétiques. Puis viennent des douleurs en ceinture, une sensation de conslriction à la base du thorax, de l’oppression. Plus tard encore, les mains deviennent inhabiles, les bras sont pris de tremblement, les occupations délicates sont suspendues.

En d’autres termes, la maladie débute par une quelconque des formes que nous avons étudiées dans les maladies de la moelle. Elle peut même rester limitée à ces manifestations spinales.

Si elle se complète après un de ces débuts spinaux, on voit apparaître l'hésitation de la parole, le tremblement fîbrillaire des lèvres, des mouvements vermiculaires à la surface de la langue, l’inégalité pupillaire. L’intelligence s’affaiblit, la mémoire devient infidèle, l’aptitude au travail diminue, le caractère change. Puis surviennent le délire et la démence progressive, et la maladie reprend son type habituel.

La période moyenne, que nous avons décrite, avec les deux ordres de troubles moteurs et intellectuels, est le plus souvent l’aboutissant commun de toutes ces formes à début varié.

Les nerfs peuvent également être atteints, et la maladie débute quelquefois par là.

Une ou plusieurs années avant le développement de la paralysie générale, le sujet sent la vue s’affaiblir, avec des céphalées plus ou moins violentes ; l’amblyopie fait des progrès et aboutit à la cécité; l’ophtalmoscope montre une atrophie de la papille quand il y a sclérose des nerfs optiques. — D’autres fois, il y a paralysie de la paupière supérieure, strabisme, diplopie, anesthésie de la peau des joues ou de la muqueuse buccale. — D’autres fois encore, l’ouïe, l’odorat1, plus rarement le goût, se perdent.

' Voisin a beaucoup insisté, depuis 1867, sur l’importance diagnostique des troubles cle l’odorat (diminution ou abolition) dans la paralysie générale. C’est, à son avis, un des meilleurs signes de cette maladie. Car, 1° il est presque constant; 2» il n’appartient pas à une autre maladie qu’à la paralysie générale, sauf les cas exceptionnels (tels, par exemple, l’ozène et ses suites, une ancienne fracture de 1 ethmoidc) ; dans la folie simple, l’odorat est plutôt augmenté que diminué; 3° c’est un signe du début qu’on peut constater avant môme qu’il y ait tremblement dans la langue ou inégalité pupillaire, ou même avant qu’il y ait affaiblissement de la mémoire ; 4° c’est un signe facile à percevoir : en effet, il est assez persistant, tandis que les autres manifestations ne sont pas continues.

On fait sentir du poivre, par exemple, au malade sans qu’il le voie ; s’il ne le reconnaît pas, on le lui fait reconnaître à la vue ; on affirme ainsi que ce n’est pas la démence qui est en cause, et que c’est l’odorat qui est diminué ou aboli.

Le plus souvent, la substance odorante ne produit aucune sensation ; d’autres fois, il y a une sensation, mais elle est pervertie. Les hallucinations de l’odorat sont très rares au début de la paralysie générale, tandis qu’elles sont fréquentes dans la folie simple ou folie névropathique (Voisin ; Traité cité, pag. 3y).

Jehn et Mendel ont obtenu des résultats tout différents de ceux de Voisin •

Plus récemment, Magnan est revenu sur les paralysies des nerfs crâniens qui surviennent au début ou dans le cours de la paralysie générale. Elles reconnaissent deux causes: les unes, apparaissant à la suite d’attaques apoplectiformes, sont passagères et dépendent des lésions centrales ; les autres, au contraire, sont persistantes, tiennent à des lésions des nerfs et frappent surtout les 2% 3e, 4° et G° paires'; souvent le nerf optique est frappé avec un des moteurs oculaires; mais la lésion peut être très accusée dans l’un, moins nette dans l’autre. La sclérose du nerf est surtout prononcée à la périphérie, aux points normalement riches en tissu conjonctil.

« Duterque*, disent Christian et Ritti, prétend assigner à la paralysie générale, au point de vue des troubles de l’œil, trois périodes bien distinctes : dans la première, on observerait toujours (?) l’inégalité pupillaire, la congestion papillaire et la dilatation variqueuse des veines et artères rétiniennes; dans la deuxième période, les désordres seraient plus avancés, c’est le règne de 1 œdème papillaire et péri papi 1 laire ; dans la troisième période enfin, l’atrophie de la papille serait complète. » Ces conclusions sont trop générales; car, comme Christian et Ritti l’ajoutent, si elles étaient fondées, tous les paralytiques finiraient par être aveugles ; ce qui n’est pas.

Sans être caractéristiques de la maladie, ces faits ont une importance considérable.

Pour résumer toute cette symptomatologie, on voit que la paralysie générale est une maladie de tout le système nerveux. A ce point de vue, il faut la rapprocher de la sclérose en plaques et de l’ataxie locomotrice progressive, qui sont aussi des maladies de tout le système nerveux. Il y a de nombreux points de contact entre ces diverses affections3; elles peuvent même coexister chez le même individu. Il y a, sous ce rapport, des faits concluants de Magnan, et nous en avons nous-mêmes observé récemment un bel exemple L

mais Christian et Ritti, sans attribuer à l’abolition de rodorat r'mpo1 tance que lui accorde Voisin, croient cependant que les troubles olfaeti s son

1 Voy. plus haut, sur les paralysies oculaires, les conclusions de la thèse de Marie, 1S90.

2 Duterque ; Annales médico-psychologiques, 1SS2, Nil. ,

3 D’où les noms d '«ataxie psycho-motrice » et de «.sclérosé en p aqu

cerveau » qui ont été donnés à la paralysie générale. «Hérose

< Heutschel a publié un fait de paralysie générale coïncidant avec la s en plaques chez le môme sujet (Centralbl. f. Nerv, II, pag. a5o), de même qu Tous avons vu Westphm. observer sur le même individu l'ata, e locomolnce ci

la sclérose en plaques. in Virch.

Voy. aussi: l’observation de Arndt (Paralysie générate et tabes), in V Arch., LXXIII, 1878, pag. 196, et l’autopsie, in Congres annuel de la Socte

PARALYSIE GÉNÉRALE

TouL cela ne prouve-t-il pas que, comme nous l’avons dil plusieurs fois et le répéterons plus tard, ces divers étals, que nous décrivons comme des maladies, n’en sont pas en réalité? Ce sont des groupes cliniques, des groupes d’attente; la nosologie du système nerveux n’est pas faite.

Au point de vue de la Marche, la paralysie générale présente de nombreuses variétés dans le mode de début, d’évolution et de terminaison.

La maladie peut débuter par le cerveau, suivre une marche descendante et envahir la moelle secondairement; ou encore débuter par la moelle, suivre une marche ascendante et gagner le cerveau consécutivement; ou bien commencer simultanément par le cerveau et la moelle ; ou enfin débuter par les nerfs, parle système nerveux périphérique.

Dans la première variété, il y a encore des subdivisions. Le début peut se faire par les phénomènes intellectuels, par les phénomènes moteurs et sensitifs, ou enfin simultanément par les deux ordres de phénomènes.

Au point de vue de l’évolution, il y a des variétés suivant la prédominance et les caractères des symptômes : ainsi, c’est la variété paralytique si les troubles moteurs l’emportent ; la variété congestive si les accidents congestifs, les attaques, dominent. Si ce sont au contraire les phénomènes intellectuels qui occupent le premier rang, c’est la variété expansive si le délire est ambitieux, et la variété mélancolique si le délire est à forme dépressive.

Dans les tonnes spinales, il y a des variétés ataxique, paraplégique, etc.

La marche de toutes ces variétés est en général lente, essentiellement progressive, mais avec des poussées et surtout avec des intermissions très remarquables. Les t'émissions' sont particulièrement accusées dans les lorines avec exacerbations maniaques.

médecins aliénistes allemands, 17 mai i883 (Archives de Neurologie , 1SS4, VII, Pag- 379).

Bristowe ; (Rapiqtorts de la •paralysie générale avec le tabes et la sclérose en plaques), in. Britmed. Journ., 1 janvier 1887.

Stojanovitch ; Étude critique sur les rapports du tabes et de la paralysie générale. Thèse de Paris, juin 1893.

Nous nous sommes déjà occupés (pag. 498) des rapports du tabes avec la paralysie générale et reviendrons, au paragraphe du diagnostic, sur ses rapports avec la sclérose en plaques.

' Baillarger ; Note sur les rémissions dans la forme maniaque de la paralysie générale, in Annales médico-psychologiques, mai 187G;

Larroque ; Rémissions dans le cours de ta paralysie générale; Thèse de Paris, 1886;

Guillemin ; Contribution àVétude de la rémission datis la paralysie générale; in Annales médico-psychologiques, nov.-dôc. 1891.

On a signalé l'influence favorable exercée sur l’évolution de la maladie par des affections aiguës intercurrentes (Voy. Castriotis ; Thèse de Montpellier, 1S90).

Puis, quelle qu’ait été la forme, l’aboutissant commun est l’association des troubles intellectuels à fond de démence et des troubles physiques, soit moteurs, soit sensitifs.

On a décrit aussi une forme aiguë (forme galopante de Trélat) de la paralysie générale, qui est rare, mais dont nous devons dire un mot.

t Quelquefois , dit Voisin, la maladie évolue avec une rapidité effrayante; toutes les périodes sont alors confondues et, en un mois, en quinze jours, huit jours même, on voit la mort survenir. Cette paralysie générale aiguë peut débuter brusquement chez un individu sain jusqu’alors. Le malade est pour ainsi dire sidéré. Dès les premiers jours, il ne peut plus se tenir sur ses jambes, et il arrive avec une rapidité surprenante à cette période de cachexie qui appartient plus spécialement à la troisième période de la variété lente et qui se manifeste par des eschares siégeant sur les diverses parties du corps. Dans ce cas, le délire n’a pas le même caractère que le délire de la forme lente; il revêt, soit le caractère du délire maniaque avec agitation, soit celui du délire hypochondriaque; dans d’autres cas, l’intelligence est rapidement oblitérée et aucune idée ne se forme plus dans le cerveau ; cet organe est rapidement désorganisé, et, à l’autopsie, on trouve un ramollissement de la substance grise, plus ou moins prononcé dans les diverses circonvolutions.»

La Durée est très variable. Rarement on observe l’évolution rapide, qui dure de quelques semaines à un an. D’autres fois, il y a des temps d’arrêt d’une durée énorme, sortes de guérison pouvant même exceptionnellement se prolonger au delà de 20 ans. — Charcot fixe à quatre ans sa durée moyenne.

La Terminaison fatale se produit de différentes manières • : par pénencéphalite aiguë, par cachexie et marasme par maladie par congestion cérébrale, ou encore par asphyxie a la suite du pas a e d'un bof alimentaire dans la trachée. Quand il y a des troubles de deglutition que l’œsophage est paralysée, le malade peut avaler de trop gros morceaux qui s'engagent dans la trachée et l'étouffent-. Enfin, la mort

"“Il des cas incontestables de guérison dans

li naralvsie générale. Voisin en a réuni un assez grand nombre, et, ps guérison, il Entend la disparition complète de toutes les mamlestations

- Jamin ; Des causes de la mort dans la paralysie générale; Thèse de Pans,

jU“* ; De la mort dans la paralysie générale; Th.se de Paris,

avril 1890. . q

a Vallon; Société de médecine légale , 11 mai 1891 ;

Guérin; Thèse de Paris, janvier 1892.

psychiques et somatiques de la maladie, disparition s’étant maintenue après plusieurs années1.

?tiologie2. L hérédité joue un rôle incontestable, comme pour les autres loi mes de folie et la plupart des maladies nerveuses. Calmeil a noté 1 influence héréditaire dans un tiers des cas, et Grainger Stewart anf XJ'2 Pour 100 3- ^ est surtout à l’hérédité névropathique qu’on frf m^re ^ai C0n^ie’ ^ ^crédité mentale ne paraît jouer aucun rôle ( a ) , cependant Marcé a attiré l’attention sur la présence de la monomanie, la manie, la mélancolie, l’épilepsie, chez les ascendants du paia ytiquegénéial. Baillarger, Luys, Bail, Régis, Lunier, Lemoine5, ont accusé tout spécialement « l’hérédité congestive ».

Clouston et Savage « ont constaté, dans un cas, le développement simultané de la paralysie générale chez deux jumeaux.

Les hommes paraissent être beaucoup plus souvent atteints que les lemmes A Bicêtre (hommes), on compte /,o % de paralytiques, et à la Salpêtrière (femmes) seulement 10 %. La proportion est encore beaucoup plus forte parmi les aliénés aisés ou riches 8

Cest une maladie des adultes. Calmeil ne l’a jamais observée audessous de 22 ans; Charcot et Dutil9 l’ont vue toutefois, dans un cas recent, débuter à i4 ans. Régis a réuni cas de paralysie générale

eve oppes chez des sujets de i3 à 17 ans10. L’âge ordinaire serait de oô a 45 ans.

'Voisin ; Bulletin général de thérapeutique, i5 mai 1889, pag. /01 ;

Voy. encore Wendt ; AUg. Zeit. f. Psych., l889, XLVI, 1 Consulter sur ce point: Ball ; France médicale, août 1887 • hristian ; Archives de Neurologie, septembre 1887 ;

Kitti ; Gazette hebdomadaire, 26 octobre 1888 •

Evrard ; Thèse de Paris, 1889 ;

Renaut; Thèse de Paris, mai i893 ;

(i8E9o,1i8S91i)mP°rtantCS diSCUS3i°nS dcs réccnls Congrès de médecine mentale Voy. sur la question de l’hérédité dans la paralysie générale •

Nt‘ndance d“ ^ooliqum-, Thèse de Montpellier isss’- cl

d0 '’’aIC0“lis,nc

5 EGRAIN> Congres de médecine mentale, 1889.

0 Cr.grèS dC médecine mentale -et Gazette médicale de Paris 1880

, t 0USJ°N Ct SAVAGE J The of ment, dis., avril !888 pag 65 9*

oy. Siemerling ; Charité Annalen, XIII 1888 ’ 0

élevées et le. profeS* *"*"* 50 <*«*»

;.““S°01 ct“UTIL 1 Archives de Neurologie, mars ,8m.

«AT ’ De ^ *"** “ ** **«* ™S* *> Paris.

Grasset, 4° édit.

D’aulre part, Marterel 1 démontre la possibilité de son apparition à

un âge avancé. .

Les causes morales, les travaux de l’esprit, les fatigues intellectuelles

excessives, le surmenage cérébral2, l’alcoolisme les excès vénériens et surtout l’association d’un travail intellectuel forcé, avec des excès in Baccho et Venere : voilà les causes occasionnelles principales*.

On a noté aussi l’intoxication mercurielle, le saturnisme5, les traumatismes sur la tête'5, l’érysipèle du cuir chevelu (Baillargcr), la pellagre, le séjour auprès des fourneaux (cuisiniers, boulangers, serruriers), l’insolation, toutes les causes de congestion cérébrale7.

1 Marteret ; Thèse de Paris, 1888.

^ ..Quand nous voyons, dit Ball (France médicale, n août 1887), les progrès effrayants qu’elle a réalisés depuis un demi-siècle, quand nous constatons que les pays les plus éclairés et les capitales les plus célèbres en sont plus spécialement le siè-c nous sommes tenté de dire que la paralysie générale est un tribut prélevé par les divinités jalouses sur les civilisations trop avancées et qui se sont trop

que font souvent les paralytiques généraux seraient, d’après Ball (loc. cit.), plutôt l’effet que la cause de leur maladie. Au contraire, l’alcoolisme ancien et invétéré, et, surtout l’alcoolisme des ascendants peuvent être considérés comme jouant un rôle important dans la production de

PTo'rmforcrsirle rôle de l'alcoolisme dans le développement de la paralysie générale :

Garnier ; Congrès de médecine mentale, 1889;

B.OQUES; Thèse de Paris, juin 1891 ;

Congrès de médecine mentale, août 1891 ;

Parmi les "auteurs*1 les uns considèrent l’alcoolisme comme l’un des principaux facteurs de jjyparalysie générale ; d’autres croient l'alcoolisme capable tout au Sus de provoquer une pseudo-paralysie générale; d'autres, enlin, concluent a l indépendance des deux étals morbides, dont l’un (l’alcoolisme) peutparfois conduire tt ï’ alcoolisme, pour ces derniers, joue le rôle de cause occasionnelle,

buvant amener la paralysie générale chez un prédisposé vésamque.

* Colin a insisté sur la fréquence de la paralysie générale dans ^^e chez lcs

n fripiers Chez les officiers, la paralysie générale représente au moins

m le ries ns d’aliénation Or, l’aliénation, d’une façon générale, est relativement

.tandis, par exemple, que chez les soldats elle est de f t 1 , no chez les sous-officiers la fréquence est exprimée par le rapport 0,61

T'clt lis ons le rapport ’a.tein. i,3r pour .ooo (VomtK ; !*.«

C'vôy. 3 également Darricarère ; Thèse de Paris, 1889-90. Annales me-

5 Charpentier; Les intoxications et la paralysie gener ale , in Annales

dTZ mpitaux, 16 octobre 1S88;

Arnaud; Encéphale, 1888;

«*"*- °LT\ tt-dS

,891) dans laquelle les premiers symptômes de la paralysie génua c on lrolir^de ’ “ (hydrargyrisme, saturnisme, syphilis, pellagre,

PARALYSIE GÉNÉRALE

On a beaucoup discuté, ces derniers temps, la question des relations palhogéniques de la paralysie générale avec la syphilis'.

Alors que la syphilis n’est même pas mentionnée dans l’article relativement récent du Dictionnaire Encyclopédique sur la paralysie générale, certains auteurs en sont venus aujourd’hui à rapporter à l’infection syphilitique tous les cas de méningo-périencéphalite ; d’autres, au contraire, en font une condition étiologique nulle et indifférente.

Fournier, qui se déclare parLisan convaincu de la nature syphilitique de la paralysie générale, appuie son opinion sur les arguments suivants : i° On trouve des statistiques où la syphilis figure chez 80 % des sujets atteints de paralysie générale 2. Certainement les statistiques ne peuvent aboutir, dans l’espèce, qu’à des appréciations numériques erronées, en raison de l’état mental des malades qui prive le médecin de bien des commémoratils ; mais c’est là, au contraire, une raison pour tenir le plus grand compte des statistiques positives.

Or, voici un certain nombre de statistiques où la proportion des antécédents syphilitiques dans la paralysie générale s’est élevée du tiers à la

îenLienl actuellement dans le cadre étiologique des pseudo-paralysies générales.

On trouvera au chapitre de l’ataxie locomotrice (pag. 498) un résumé des récentes discussions concernant les rapports réciproques de la paralysie générale et du tabes. Nous y ajouterons simplement le récent travail de Stojanovutch ; Étude 0 itique sur les rapports du tabes dorsalis et de la paralysie générale ; Thèse de Paris, juin 1893, — et Muselier; Revue générale, in Gazette médicale de Paris, 18 mars i8g3, pag. 120.

' Nous citerons là-dessus parmi les travaux récents :

Vernet ; Thèse de Nancy, 1887 ;

Régis ; Gazette médicale de Paris, 1888 ;

Régnier ; Revue de Médecine, iS8g;

Mauriac ; Gazette hebdomadaire, mai 1889 ;

Lamuset , Annales médico-psychologiques, janvier-février 1891 •

Bonnet ; Thèse de Paris, juillet 1891 ;

Anglade ; Thèse de Paris, novembre 1891 ;

Morel Lavallée et Bélières ; Traité, 1889;— Revue de Médecine, fév. 1803 •

Raymond ; Bulletin médical, i3 avril 1892 ;

Jacobson; Journ. of ment. Sc., avril 1892 (anal, in Revue des Sciences medicales, XL, pag. 257) ;

Toulouse ; Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 26 juillet 1892-

Mairet ; Aliénation mentale syphilitique, Leçons, 1893;

Chanson ; Thèse de Paris, mars 1893;

Fournier ; Bulletin médical, 1893, pag. 383 et 407.

- Par contre, d’autres statistiques ne la montrent que dans 1 à 4 7 des cas Fournier fait remarquer avec juste raison que, sur cent individus pris a°u hasard' il y en a une quinzaine au moins qui ont eu maille à partir avec la syphilis • nourquoi la proportion serait-elle moindre chez les paralytiques généraux? «Ce serait a croire, comme on l’a dit, que pour se préserver de la syphilis dans Page des

Pâ1Tmùr ,.SUffirait dC Prendre Un abonncment Pour la paralysie générale* dans

Christian ne retrouve la syphilis que chez i5 % des paralytiques généraux et Zdical, 1889). 1 pathogénique Congrès de médecine mentale et Bulletin

gG8 MALADIES DE LA MOELLE.

moitié des cas : Goldsmilh, 33 %;— Aschcr, 34,7; — Ziehen, ^ Cullerre, 42; — Jacobson, 43 ; — Bierswenger, 49 i — Burkhardt, 5o; —

Goldstein, 5o. .

Dans une quinzaine d’autres statistiques, la proportion des antécédents syphilitiques est montée bien plus haut : Erb, 52 °/ „; l' iseher, Go;

— Mierzejewsld, 60 ; — OEbeke, 62; — Thomson, 62;— Bonnet (66 à 80 avec cas probables); - Cuylitz, 73,5; - Reinhardt, 73; - Snell, 75; - Mendel, 75 ; — Jespersen, 77 ; — Rohmel, 77; — Rumpl, 78; — Mac Dowal, 80;— Régis, 80; — Anglade, 81,8.

Les syphiligraphes, d’autre part, ont vu dans bien des cas la paralysie générale survenir, au bout d’un temps variable, chez des sujets dont ils avaient autrefois diagnostiqué la syphilis « Il m’est souvent, très souvent arrivé, — déclare Fournier, — de voir des malades que i’avais traités de la syphilis aboutir, plusieurs années après (10, 12, i5 ans), à des états cérébraux constituant, ou bien ce que je considérais primitivement comme des pseudo-paralysies générales, ou bien ce qu’aujourd’hui (et plus légitimement, pour la plupart au moins) je

qualifierai de paralysie générale vraie. » . . , . .

20 La paralysie générale est, comme la syphilis, plus rare dans le sexe féminin ; les femmes qui en sont atteintes appartiennent pour la plupart à la catégorie des irrégulières et des prostituées. Anglade, sur 37 femmes aliénées paralytiques, a relevé la syphilis d’une façon certaine chez 3o, d’une façon probable chez 5.

3° La syphilis et la paralysie générale sont rares dans certains milieux . à la campagne, par exemple (dans les pays agricoles surtout), et chez

les ecclésiastiques '. , ,

40 Si on compare la syphilis aux autres facteurs étiologiques dans les

antécédents du paralytique général, on constate qu’elle les dépasse tous par sa fréquence. Chez 100 malades, OEbeke a relevé : syphilis, 53 fois, prédisposition héréditaire, 46; tempérament nerveux, 44; surmenage psychique, 4i ; excès sexuels, 22 ; hérédité directe, 22 ; fatigues, 22;

ll>51' La11 syphilis est incomparablement plus fréquente dans le passé des paralytiques généraux que chez les fous vulgaires.

P 6° Les lésions de la paralysie générale coexistent souvent avec les

lésions ordinaires de la syphilis.

, Bouchaud (Annales, médico-psychologiques, mai-juin 1891) 0 public sur ce

dernier point de curieuses statistiques : ... , , pour 3,7

Æ ST. paralysie RS ^

leurs de la paralysie générale : les excès, l’alcoolisme et la sjphi

PARALYSIE GÉNÉRALE

7° Dans les i4 cas cilés plus haut, où Régis a vu survenir la paralysie générale chez de tout jeunes sujets, 7 étaient manifestement atteints de syphilis.

8° Enfin, l’association fréquente du tabes avec la paralysie générale vient encore à l’appui de la nature spécifique de cette dernière. « La doctrine du tabes d’origine syphilitique devait conduire à la doctrine de la paralysie générale d’origine syphilitique » Fournier).

Quant aux objections qui ont été faites à cette doctrine (absence de lésions spécifiques, résistance au traitement spécifique, difficulté de démêler l’action de la syphilis dans l'étiologie complexe de la paralysie générale), Fournier leur oppose la plupart des arguments que nous avons déjà développés dans l’étiologie du tabes (pag. 5o3) et auxquels on pourra se reporter.

La syphilis joue donc un rôle important, sinon exclusif, dans l’étiologie de la paralysie générale. Les autres causes signalées dans cette étiologie conservent toutefois une bonne part de l’efficacité qui leur avait été primitivement attribuée.

<t Lorsque la syphilis aboutit à la paralysie générale, affirme Fournier, elle peut y être aidée, et puissamment aidée, par d’autres éléments étiologiques, notamment par les tares héréditaires, par les surmenages nerveux de tout ordre, plus spécialement encore par les excès vénériens et autres, par les agitations, les turbulences de la vie mondaine, de la vie à grandes guides, par les dissipations de tout ordre, par l’alcoolisme, voire par les traumatismes, etc. »

Marie • reconnaît à la paralysie générale trois facteurs principaux : i° l’hérédité, qui jouerait d’aprèslui le rôle prédominant; 20 l’alcoolisme, et surtout l’alcoolisme des ascendants ; 3° la syphilis.

Pour le Diagnostic complet, nous renverrons aux ouvrages spéciaux1 2 ; nous nous bornerons ici à en donner quelques traits.

Quand la maladie est bien établie, elle est facile à distinguer si elle présente la réunion des deux ordres de symptômes caractéristiques : phénomènes intellectuels et phénomènes physiques (moteurs et sensitifs). Mais l’intérêt et la difficulté consistent à faire le diagnostic dans la période de début.

Charcot insiste sur les difficultés du diagnostic au début de l’affection. Il conseille de presser vivement l’interrogatoire des malades suspects, afin de ne point leur laisser le temps de dissimuler par un effort momentané leur infériorité intellectuelle, comme ils auraient

1 Marie; Congrès de médecine mentale, août 1891.

2 Voy. aussi le travail de Christian sur les difficultés que présente le diagnostic de la paralysie générale (Annales médico-psychologiques, 188/,), — et celui de Régis sur le diagnostic différentiel de la folie à double forme cl de la paralysie générale progressive ( Encéphale , 1881).

souvent tendance il le faire dans la période initiale. Les troubles de la parole, en particulier, deviennent de la sorte rapidement maniiestes.

Il ne faut point négliger de faire écrire le sujet; on le verra bientôt

s’arrêter en présence d’un chiffre, d’une date ou d’un mot tant soit peu difficile à retenir. — On recherchera enfin avec grand soin la présence du tremblement (membres supérieurs, lèvres, langue), des troubles pupillaires, de la parésie, etc.

Les prodromes que nous avons indiqués ont une grande împoi tance . perversion des idées morales et affectives, perte de mémoire, etc. Le délire ambitieux, une fois constitué, se distingue de la manie ambitieuse simple, de la monomanie ambitieuse [mégalomanie pure), par l’absence de système, le fond d’absurdité et de démence. La stupeur mélancolique de la paralysie générale se caractérise aussi par ses conceptions délirantes spéciales, toujours personnelles et encore ambitieuses • Régis1 a récemment insisté sur le diagnostic de la lypémanie hvpochondriaque avec le délire mélancolique de la paralysie générale.

Dans la démence sénile , l’élément paralytique prédomine davantage, souvent sous la forme hémiplégique; il n’y a pas ces actes d indé îcatesse, d’impudicité, etc. , du début de la paralysie générale.

Certaines lésions cérébrales, le ramollissement en particulier, peuvent simuler la paralysie générale; Mordret» a publié assez récemment une observation d’hématome interarachnoïdien ayant provoqué tous les symptômes de la méningo-périencéphalite. Les lésions cérébrales en foyer ont en général des symptômes plus limités et mieux localisés , délire n’affecte pas les mêmes caractères ; le début est souvent rapide

ou instantané, etc. . i i i„

R est quelquefois difficile de distinguer la paralysie générale de la

sclérose en plaques 3. Dans les deux affections, en effet, on constate de troubles moteurs parétiques dans les membres inférieurs, du tremblement des membres supérieurs, un embarras de la parole souvent très prononcé des troubles oculaires, des phénomènes psychiques, des a qrsTpoplectiformes ou épileptiformes, des rémissions dans 1 évolution

mMaise’dans la paralysie générale, la démarche est plutôt parétique nu ébluL ou titabo^pasmodique.- Lo tremblement, léger et rap.de au repos et pendant les mouvements volontaires, n est pas comparable au tremblement intentionnel, d’amplitude progressivement croissante de H sclérose en plaques. - La dysarthrie est différente : tandis que la parole du sujet atteint de sclérose en plaques est scandée e netteme spasmodique, le paralytique général bredouille et détaillé méa

> Régis; Gazette médicale de Paris, 4-7 Javier 1890.

; ss "• — —

27 janvier 1892, pag. 29.

PARALYSIE GÉNÉRALE

ment les divers éléments du mot : il appuie sur les voyelles et glisse au contraire sur les consonnes d’articulation ; le tremblement « préoratoire » des lèvres, le tremblement de la langue lui appartiennent en propre. — Les troubles oculaires diffèrent également : le nystagmus, la papille nuageuse, caractérisent la sclérose en plaques, le signe d’Argyll-Robertson est l'apanage de la méningo-péricncépbalite. — L’intelligence est beaucoup plus atteinte dans la paralysie générale : si la démence est quelquefois commune, le délire des grandeurs n’a pas son analogue dans la sclérose disséminée. — Enfin, la durée de la paralysie générale est habituellement plus longue que celle de la sclérose en plaques; elle survient d’ordinaire à un âge plus avancé, etc.

Schüle (cité par Mendel) et Charcot ont signalé toutefois la superposition possible des deux affections chez un même sujet.

Nous nous occuperons plus loin du diagnostic différentiel avec la neurasthénie ; nous retrouverons également dans la sixième partie ce qui a trait au diagnostic différentiel de la paralysie générale et de certaines formes de syphilis cérébrale.

Nous dirons enfin quelques mots des pseuclo-paralysies générales ', sur lesquelles nous reviendrons également dans la dernière partie. C’est là, d’ailleurs, une question encore fort discutée et dont le principe même n’est pas accepté par tous les auteurs.

On voit quelquefois survenir, au cours d’infections ou d’intoxications diverses (syphilis, alcoolisme, saturnisme, pellagre), un ensemble symptomatique tout à fait comparable à celui de la paralysie générale.

Trois caractères permettraient de distraire ces manifestations du cadre de la paralysie générale avec laquelle on les a longtemps confondues :

i° L’affeclion n’est point incurable, et la guérison peut survenir à un moment donné, soit spontanément, soit sous l’influence d’un traitement approprié (en particulier suppression de la cause nocive).

2° On ne trouve pas, à l’autopsie, les lésions de la paralysie générale vraie .

3° La notion étiologique a une grande importance. Mais ce n’est point là un critérium absolu, car les diverses causes que nous venons d’énumérer seraient susceptibles de produire tantôt la paralysie générale vraie, tantôt une pseudo-paralysie générale.

Fournier, qui a décrit la pseudo-paralysie générale syphilitique et qui émet lui-même, aujourd’hui, quelques réserves à cet endroit

' Voy. sur la question des pseudo-paralysies générales :

Fournier; De la pseudo-paralysie générale syphilitique , 1S78;

Baillarger ; Annales médico-psychologiques, 1887 et 1888;

Rouillard ; Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 7 juillet 1888;

Parelle ; Thèse de Paris, juillet 1889 !

Cullerre ; Congrès de médecine mentale, août 1888

Charbonneau; Thèse de Paris, mars 1891.

Page 1