CHAPITRE PREMIER
Nous avons achevé I élude des myélites. — C’est dire que nous avons presque terminé les maladies de la moelle, car il ne nous reste à parler que d états encore incomplètement étudiés, comme la congestion, l’anémie, l’hémorrhagie de cet organe.
Autrefois on exagérait 1 importance el la fréquence de la congestion médullaire. On rang'eaiL dans cette catégorie tous les cas dans lesquels on constatait anatomiquement les signes d’une congestion passive posl mortem, et aussi bien des cas dans lesquels l’examen microscopique révèle aujourd’hui une lésion inflammatoire vraie.
Par réaction contre cette exagération ancienne, le Dictionnaire Encyclopédique ne consacre pas d’article spécial à la congestion de la moelle, et, au contraire, dans un dernier revirement des tendances, Hallopeau et Erb ont fait de cette maladie une étude détaillée.
Il est impossible de séparer cliniquement la congestion de la moelle seule de la congestion des méninges. Nous allons donc décrire simultanément la congestion de la moelle et de ses enveloppes.
L’Étiologie se rapproche, dans ses conditions générales, de celle de la congestion cérébrale, avec laquelle l’hyperémie spinale coexiste souvent. Énumérons les principales de ces causes :
i. L’excilation fonctionnelle de la moelle. La fonction d’un organe entraîne la fluxion vers cet organe; l’excès de fonction produit la congestion. Les efforts corporels2, la gymnastique, les excès de coït, agissent de cette manière. C’est dans celle catégorie qu’il faut classer la congestion médullaire trouvée souvent dans les cas de tétanos; cette lésion est effet et non pas cause des accidents.
1 Hallopeau; Art. du Nouveau Dictionnaire de Médecine el dè'diirurqie
•pratiques ; J
Krb ; Handb. de Ziemssen ;
Le Juge de Segrais ; Archives générales de Médecine, septembre 1888
2 Voy. sur ce point les observations de Leudet ( Archives générales de 'Médecine, i8G3, — et Clinique de Rouen, 187/,).
2. L'excilalion nutritive. La plupart des inflammations de la moelle s’accompagnent d’hyperémie; nous avons signalé cet élément dans les myélites.
3. Les intoxications, et notamment l’empoisonnement par la strychnine, le nitrite d’amyle, l’oxyde de carbone, l’alcool, l’absinthe, etc.
ty. Les fluxions collatérales. Un arrêt subit des menstrues, d’un flux hémorrhoïdaire, de la sueur des pieds,. . . agira de celle manière. On a contesté l’existence de ces congestions médullaires; il y a cependant des faits très bien observés de paraplégie dans la menstruation ou à l’époque de la ménopause, qui sont justiciables de ce mécanisme*.
5. Les refroidissements. Ce seraitla cause principale pour Hammond ; elle agit en partie par fluxion collatérale, en partie par action réflexe.
6. Les traumatismes. La secousse produite par une chute sur le dos ou sur le siège agit daus ce sens, mais par un mécanisme encore obscur.
7. Certaines fièvres, comme la fièvre typhoïde (Chédevergne), la
malaria, les exanthèmes aigus, etc.
Ces causes produisent ce que 1 on appelle les congestions actives , artérielles. — Il y a, d’autre part, les congestions passives , les stases veineuses ; on les rencontre dans les maladies du cœur ou des poumons, les maladies du loie, les tumeurs abdominales, les états convulsifs (épilepsie, tétanos, éclampsie, urémie, rage), dans l’agonie, etc.
L’Anatomie pathologique est peu développée, à cause de la fugacité des lésions hyperémiques. Quelquefois l’injection des membranes contraste avec la pâleur de la moelle ; c’est une pâleur par compression. D’autres fois, la substance grise est tuméfiée et présente une coloration brune, avec de petits vaisseaux remplis de sang, visibles à 1 œil nu. Quelquefois même, la substance blanche a une teinte rougeâtre et contient de gros vaisseaux dilatés.
Avec la congestion passive, il y a parfois de l’hydrorachis ; la sérosité, colorée en rouge, s’accumule dans l’espace sous-arachnoïdien.
Le plus souvent, la congestion est généralisée à tout 1 axe spinal. Rarement elle est localisée, et cela à cause des nombreuses anastomoses du système circulatoire. Il y a cependant quelques cas d’hyperémie limitée aux renflements.
La Symptomatologie peut être nulle. Vulpian fait remarquer notamment le silence clinique des congestions médullaires passives dans les maladies du cœur ou des poumons.. Mais, dans d’autres cas aussi, il y a
des symptômes. . , . ,
Les troubles de la sensibilité dominent habituellement : ce sont des
. voy. les faits de Peter, Barié, etc., in Gazette hebdomadaire, 1SG7, 28 ; et plus récemment la Thèse d’OuDiNÉ (Paris, 1S82, n 10).
douleurs plutôt sourdes qu’aiguës sur le trajet du rachis. La pression sur les apophyses épineuses, les mouvements, la marche, les exaspèrent. Souvent les malades éprouvent une sensation pénible d’engourdissement et des fourmillements dans les extrémités. La sensibilité peut aussi être affaiblie dans ses différents modes.
Du côté de la motilité, on note quelquefois des phénomènes d’excitation : crampes ou contractures, par exemple dans les muscles du dos ou de la nuque, produisant un léger opisthotonos. — Plus souvent il y a un certain degré de paralysie, surtout dans les extrémités inférieures : les membres sont devenus lourds, la fatigue est rapide et la marche pénible; quelquefois la parésie atteint les quatre membres. Rarement ces troubles empêchent la marche. En général, il n’y a pas de paralysie de la vessie; les réflexes sont exagérés; Hammond cite les érections parmi les symptômes importants.
Le type le plus net d’hyperémie médullaire a été décrit par Fritz et Chédevergne dans la fièvre typhoïde. La pression sur les apophyses épineuses est douloureuse ; il y a une hyperesthésie prononcée de la peau des extrémités : quelquefois le conLact le plus léger, un simple frottement, provoque de vives souffrances ; une sensation de brûlure ou une douleur profonde et déchirante peut être ressentie tout le long du rachis. La pathogénie est, du reste, complexe dans ce cas.
Vulpian regarde « comme tout à fait erronée l’opinion qui attribue à la congestion delà moelle les troubles nerveux, paralytiques ou irritatifs, qui s’observent dans les fièvres typhoïdes accompagnées de phénomènes spinaux ; c’est à l'inflammation des centres nerveux et non à la congestion qu’il faut rapporter les phénomènes observés ». Et il ajoute : « Ce qui le prouve, ce qui le montre clairement, ce sont les cas, qui ne sont pas très rares, danslesquelson observe, à la suite de la fièvre typhoïde, des paralysies, des atrophies musculaires, des anesthésies plus ou moins limitées, qui sont précédées par d’autres phénomènes d’excitation pendant la maladie elle-même. Si ces phénomènes étaient dus à la congestion, ils devraient évidemment disparaître avec la maladie1 ».
L’argument ne nous paraît pas pérempioire. De ce que, dans certains cas, les accidents persistent et prouvent une inflammation, cela n’établit pas que, dans les autres cas, qui sont les plus nombreux, les phénomènes nerveux éphémères observés ne correspondent pas à une congestion de la moelle. Jusqu’à nouvel ordre, nous regarderons donc comme de simples hyperémies ces processus irritatifs qui ne laissent aucune trace à l’autopsie.
Brown-Sequard a indiqué uu signe qui serait caractéristique de la congestion de la moelle: l’impuissance motrice est plus accentuée quand le malade est au lit que quand il est debout. Le malade marche mieux dans le milieu du jour, quand il est resté un certain temps assis
Vulpian ; Leçons sur les maladies du Système nerveux, pag. 80.
ou levé, que le malin quand il se lève. Mais Erb fait remarquer que certains auteurs ont soutenu le contraire, la station debout augmentant l’afflux des liquides à la partie inférieure de la moelle.
Les signes de la congestion médullaire sont du reste si peu caractéristiques, surtout par rapport à ceux de l’anémie du môme organe, qu’Hammond s’est efforcé de prouver, dans un travail assez récent',
« que les affections décrites sous le nom d’irritation spinale, d’hystérie, de congestion médullaire, doivent être dénommées anémie spinale postérieure, et qu’en effet elles ne sont dues qu’à une anémie des cordons postérieurs de la moelle ».
Le Début de la congestion médullaire est en général rapide. La Marche est entrecoupée d’alternatives d’amélioration et d aggravation ; on observe aussi de remarquables déplacements de siège (Leudet).
La guérison est la règle. On a cité quelques cas de mort par asphyxie. Mais Hallopeau remarque avec raison qu’il devait y avoir alors extension au bulbe.
L’élément principal du Diagnostic est la connaissance des conditions étiologiques. Ainsi, des symptômes spinaux se développant apres la suppression d’un flux habituel ou d’une hémorrhagie, ou encore dans le cours d’une fièvre typhoïde, indiquent une congestion de la moelle.
On a quelques autres bons signes dans la mobilité des phénomènes, l’influence de 1 attitude, la courte durée de la maladie.
Comme Traitement, on peut employer les ventouses scarifiées le long du rachis, les sangsues à l’anus, les ventouses sèches sur les extrémités inférieures, les pédiluves ou manuluves sinapisés, les purgatifs (notam- Hammond déclare l’ergot de seigle avantageux au début de la foi me aiguë, et indispensable dans les formes invétérées. Il l’administre a la dose de 4 gram. d’extrait liquide, répétée trois fois par jour.
D’après le même auteur, la belladone est encore un remède utile, surtout quand la congestion spinale s’accompagne de paralysie du sphincter ou de vives douleurs dans le dos. « On peut ladmmistier en teinture à la dose de i5 gouttes, trois fois par jour, ou bien encore on peut appliquer un emplâtre belladoné sur la partie de 1 épine dorsale
oui est le siège de la douleur. » .
« Les douches chaudes (à98« Fahr.) surla colonne vertébrale, ajoule-
Ul, constituent un excellent révulsif. On doit projeter 1 eau d une hauteur de deux pieds environ sur le dos, au niveau de la région doulou-
reuse, pendant cinq minutes, tous les jours. » , ,
Hammond conseille enfin d’y ajouter les courants continus le long
i Hammond ; Revue
des Sciences médicales, X, pag. ni.
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de la colonne vertébrale (courants faibles et sans cjuc les séances dépassent dix minutes).
S’il y a tendance à la chronicité, les vésicatoires, les applications de teinture d’iode, d’aloôs, à faibles doses répétées, les douches d’éther le long- de la colonne vertébrale, pourront rendre des services.
11 faut chercher à rappeler, s’il y a lieu, l’écoulement sanguin dont la suppression a entraîné les accidents.