II. Des symptômes accessoires ou de seconde ligne
Mathieu ajoute, dans sa classification, une troisième catégorie, celle des symptômes objectifs de la neurasthénie 1 : mais le cadre de ces symptômes est tellement restreint (épreuve dynamométrique, caractères du tracé sphygmographique), ils sont d'autre part si peu concluants, que nous préférons nous en tenir aux deux premières divisions.
I. Stigmates. — Les principaux stigmates de la neurasthénie sont : la céphalalgie, le vertige, l'insomnie, la dépression cérébrale, Yamyoslhéhie, la rachialgie, les troubles gastro-intestinaux .
i° La céphalée neurasthénique'1 a été retrouvée par Lafosse, qui en a fait une élude spéciale, dans 44 sur 45 faits de neurasthénie qu'il a rapportés ; d'après Bouveret, elle s'observerait dans 3/4 des cas; d'après Levillain, dans 4/5 des cas.
Il s'agit tantôt d'une douleur véritable, tantôt d'une simple pesanteur ou constriction ; les malades ont la sensation d une calotte en plomb, d'un casque lourd et étroit (galeati).
Le foyer maximum de la douleur est très variable; elle occupe le plus souvent la région frontale ou occipitale, comme si le chaton d'une
1 Voy. Lowenfeld; Signes objectifs de la Neurasthénie, in Deut.med. Woc/i., 1891 (anal, in Revue des Sciences médicales, XL, pag. 157J, — cl Mercredi médical, 3 février 1892.
2 Lafosse; De laCéphalée newastliénique. Thèse de Paris, 1887.
bague énorme comprimait le front ou l'occiput. D'autres fois, c'est une sensation horriblement pénible de vide intra-cérébral, ou encore l'impression d'un flot bouillonnant dans la cavité crânienne. Le trouble peut se localiser à un seul côté du crâne ; c'est alors la « céphalée dimidiée » des auteurs. L'hyperesthésie du cuir chevelu n'est pas rare.
La céphalée est surtout diurne ; elle débute au réveil et persiste toute la journée, cessant momentanément après le repas ; quelquefois, au contraire elle apparaît aussitôt après l'alimentation. Elle est exagérée par le travail, les émotions, et certaines conditions particulières à chaque individu Elle s'accompagne quelquefois d'éblouissements, de bourdonnements et de sifflements d'oreilles, provoquant une démarche incertaine et titubante.
2° Le vertige1, en rapport ou non avec des troubles gastriques, se présente sous deux formes: dans la forme légère c'est une vague sensation d'instabilité, facilement combattue par le raisonnement et ne s'accompagnant d'aucun trouble apparent de l'équilibre; dans la forme grave, une titubation véritable vient se joindre à la notion vicieuse qu'éprouve le sujet sur le milieu ambiant.
Souvent, dans les périodes aiguës de l'affection, il arrive aux malades de perdre par moments, le sentiment de leur personnalité, de la réalité objective de leurs actes ; ils n'ont pas, dans leurs courses, la sensation du sol sur lequel ils marchent, et croient flotter au-dessus de la chaussée ; ils n'ont pas conscience des mouvements qu'ils accomplissent, et dont la réalisation leur parait due à une personnalité étrangère; le son môme de leur propre voix est méconnu. Ils vont, viennent, causent, saluent automatiquement, corrects par instinct et lucides en apparence, en réalité le cerveau vide, la vue brouillée, la notion du milieu faussée et indécise. Ces phénomènes sont heureusement passagers ; ils s'observent dès la phase aiguë du surmenage, et reconnaissent souvent pour cause occasionnelle l'usage même modéré des toxiques (tabac, alcool), vis-à-vis desquels le neurasthénique vertigineux offre une susceptibilité particulière.
3° L'insomnie - se présente, chez les neurasthéniques, sous des formes variées ; chez beaucoup de malades, c'est un phénomène prédominant, le symptôme sur lequel ils attirent d'emblée votre attention. Le plus souvent, il s'agit d'une difficulté plus ou moins grande à s'endormir ; il en résulte un état d'agitation pénible, encore accrue par la recherche ardente et inquiète du sommeil , combinée à l'intime conviction que l'on demeurera longtemps éveillé ; puis survient un lourd sommeil, entrecoupé de cauchemars et de réveils successifs. D'autres fois, au contraire, le sommeil se produit hâtivement, mais il est de courte durée et bientôt remplacé par une veille anxieuse.
1 Voy. Marro ; Acad. di Med. di Torino, 1893.
2 Hedley ; The Lancet, 10 juin i8g3, pag. i38i.
4° Les phénomènes de dépression cérébrale jouent, à peu près constamment, le principal rôle chez le neurasthénique ; ils impriment à sa physionomie et à ses allures le cachet particulier qui permet souvent de dépister au premier ahord la nature de son mal. Le faciès est triste et préoccupé, anxieux; les facultés cérébrales sont amoindries; la mémoire, surtout pour ce qui concerne les noms propres, fait défaut ; l'attention ne peut être prolongée sans fatigue au delà d'un petit nombre d'instants. Mais, de toutes les opérations de l'intelligence, la plus atteinte est la volition : le neurasthénique ne peut point vouloir ; sa volonté, endormie, comme frappée de catalepsie, a cédé la place à une aboulie 1 persistante, à un dégoût invincible de toutes choses, qui rend contrainteet péniblel'exécution d'un acte quelconque ; d'où l'indécision, l'irritabilité et les caprices du caractère ainsi modifié ; d'où encore la difficulté du travail chez les neurasthéniques qui peuvent encore travailler. « Un comptable ne peut plus calculer sans commettre des erreurs. Un prédicateur ne peut plus suivre le fil de ses idées ni coordonner les diverses parties de son discours. Un professeur est devenu incapable de poursuivre jusqu'au bout la démonstration d'un problème de géométrie. La plupart des patients ainsi frappés se voient avec une extrême inquiétude menacés de renoncer à leur profession » (Bouveret).
» Le malheureux neurasthénique, est-il écrit dans nos Leçons, ne réagit pas, il ne lutte plus, il se décourage et s'effondre devant tout. Son impressionnabilité et son émotivité lui font un monstre de rien : un simple caillou devient un rocher, une ombre devient un fantôme. Il en résulte pour lui une appréhension et un véritable désespoir , parce qu'il a conscience de sa faiblesse et de son défaut de réaction ».
Avec cela, une préoccupation extrême et constante de son état, une analyse minutieuse de tous les phénomènes organiques et de toutes les sensations éprouvées, une faculté incroyable d'auto-observation. Tout cela se traduit d'habitude, en présence du médecin, par la remise d'une note plus ou moins détaillée sur les origines et les caractères de la maladie, parla communication de quelque volumineux registre relatant jour par jour la marche de l'affection, et, plus tard, par de longues lettres destinées à rectifier ou à compléter quelque détail insignifiant. Ce sont là des indices à peu près certains de névrose: «l'homme aux petits papiers » de Charcot est un neurasthénique.
Les troubles de l'intelligence peuvent aller plus loin encore; il ne suffit pas toujours au neurasthénique de concentrer ce qui lui reste d'attention sur les symptômes fâcheux qu'il éprouve ; souvent aussi il se crée des périls imaginaires, des obligations absorbantes et irrationnelles, qui témoignent d'un degré de plus dans la déchéance mentale ; il s'agit là des phobies, dont nous reparlerons ultérieurement.
5° De l'affaissement cérébral nous rapprocherons l'affaiblissement
1 Rivière ; De l'Aboulie neurasthénique. Thèse de Paris, mai 1891.
musculaire ou amyosthênie. Les neurasthéniques accusent constamment une sensation de lassitude générale, d'épuisement des forces, qui se manifeste surtout le matin au réveil ou succède à la moindre fatigue. Cet amoindrissement de l'énergie musculaire, dont le dynamomètre fournit la démonstration objective, peut être poussé au point de nécessiter le séjour du malade au lit pendant des semaines et des mois. Il n'existe toutefois aucune modification de la sensibilité, des réflexes, des réactions électriques ou des sphincters. Il ne s'agit pas là d'une parésie de nature organique, mais bien de phénomènes purement subjectifs, car l'énergie musculaire demeurée latente peut se réveiller brusquement, à un moment donné, sous le coup de quelque intense stimulation du système nerveux.
6° La rachialyie, qui est l'analogue spinal de la céphalée, consiste en des douleurs, spontanées ou provoquées, sur le trajet de la colonne. Ces douleurs siègent le plus souvent au bas de la région cervicale ou à la région lombo-sacrée [plaque sacrée de Charcot), quelquefois à la région coccygienne (coccygodynie). On voit fréquemment des douleurs vives dans les membres inférieurs coïncider avec la rachialgie, sans que le sujet présente, d'autre part, aucun des symptômes du tabès ; d'autres fois, enfin, la douleur dorsale s'accompagne de douleurs névralgiques disséminées : c'est alors la névralgie générale de Valleix.
7° Les troubles gastriques s'observent chez les neurasthéniques avec une fréquence telle qu'ils prennent rang de stigmates.
Il ne faudrait pas croire toutefois qu'il y ait une forme de dyspepsie spécialement en rapport avec la neurasthénie ; on peut retrouver dans cette dernière la plupart des principaux types de la dyspepsie commune. Mathieu 1 en distingue trois variétés :
A. La dyspepsie nervo-motrice, avec ou sans hyperchlorhydrie ;
B. L'hyperchlorhydrie ;
C. L'hypochlorhydrie, accompagnée de stase gastrique permanente, avec ou sans hyperacidité organique.
A. La dyspepsie nervo-motrice, avec ou sans hyperchlorhydrie, présente une forme légère et une forme grave.
Dans la forme légère, l'appétit est conservé, le malade éprouve un bien-être passager après le repas ; mais bientôt survient de la pesanteur épigastrique, la tête est lourde, le ventre se ballonne en totalité ; des renvois gazeux se produisent, en même temps que le sujet éprouve de la dyspnée, des palpitations, et qu'il présente de la fréquence et de l'irrégularité du pouls. Tout cela disparait en quelques heures4.
1 Mathieu; Médecine moderne, 25 août i8g3, — et Traité déjà cité.
Voy. aussi: Mounier; Des troubles gastriques ae la Neurasthénie. Thèse de Paris, juillet 1890;
Hain ; Contribution à l'étude de la dyspepsie chez les Neurasthéniques. Thèse de Paris, juillet 1893.
2 N^cke (Neurol. Centr., 1 janvier i8g3) a publié des faits de rumination ou mérycisme, survenant entre 10 minutes et 2 heures après le repas, et consistant
Au point de vue chimique, le travail de la digestion paraît se faire normalement ; il est rare de constater, par les procédés ordinaires d'examen du suc gastrique 1 , quelque perturbation dans le chimisme stomacal.
Du côté de l'intestin, la constipation est la règle ; d'autres fois, il existe une diarrhée plus ou moins abondante, fréquemment accompagnéede sensations syncopales au momentdes garde-robes; dans d'autres cas, entin, on se trouve en présence de Yentérite pseudo ou muco-membraneuse -, qui pourrait, en raison de la fièvre et de l'amaigrissement qu'elle provoque, égarer le diagnostic.
Dans les formes graves, l'inappétence est complète, la langue sale; l'alimentation provoque des malaises insupportables, qui suivent de près l'ingestion des aliments ; le malaise s'accompagne souvent de douleurs véritables ou d'une sensation de brûlure, qui surviennent spontanément ou sont révélées par la pression ; Debove :i a même signalé, chez un malade, des crises gastriques tout à fait comparables à celles des tabétiques. Deux ou trois heures après le repas apparaissent des douleurs vraies du côté de l'intestin, surtout dans les cas d'entérite muco-membraneuse concomitante. Le sujet s'amaigrit rapidement . Il a la peau sèche et rugueuse. Chimiquement, on note de l'hypochlorhydrie, d'où résultent des phénomènes de stase gastrique et des fermentations anormales.
B. Uhyperchlorhydrie est considérée comme fort rare par Bouverel; Mathieu au contraire lui fait une part de i/4 ou i/5 des cas de dyspepsie neurasthénique. Les sujets atteints de cette névrose pourraient, d'après lui, présenter l'une quelconque des trois formes del'hyperchlorhydrie, dont il résume le tableau de la façon suivante (pag. 70) :
«La sécrétion exagérée d'acide chlorhydrique peut se présenter sous trois aspects principaux :
»i° La simple exagération de l'acide chlorhydrique pendant les périodes de digestion ;
»2° Les crises d'hypersécrétion chlorhydrique, s'accompagnant habituellement de vomissements nerveux ;
dans la régurgitation partielle des aliments tels qu'ils ont été ingérés, sans aucune modification de leur goût primitif. Le inérveisme, souvent favorisé par l'ingestion d*aliments déLerminés, ne s'accompagnerait ni de dyspepsie ni de dilatation stomacale, et se montrerait sous forme d'accès évoluant parallèlement à des poussées neurasthéniques.
Voy. encore Suzengl:rger ; Nuova Revista, 1 8<j3 (anal, in Reçue Neurologique, i5 septembre 1893, n° 17, pag. 4/8).
1 Lyon; Thèse de Paris. 1891;
Mathieu ; art. Estomac in Traité de Médecine de Chareot et Bouchard, loin. 111. Hayem et Winter; Du Chimisme stomacal, Traité, 1S90.
Debovk cIRémOnd; Du lavage de l'estomac, Traité, in Bibliothèque médicale Charcot-Debove, 1892.
Voy. Lyon; De l'entérite muco-membraneuse, Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 11 mai 1889.
3 Debove ; Société médicale des Hôpitaux, 11 janvier 1S89.
»3° L'hypersécrétion continue, avec dilatation de l'estomac et stase (maladie de Reichmann). C'est de beaucoup la forme la plus grave. Elle se traduit par des douleurs intenses quelques heures après le repas, douleurs très analogues à celles de l'ulcère rond, et assez souvent des vomissements qui mettent fin aux crises douloureuses. L'état général est gravement atteint ; il y a de l'amaigrissement, de la perte des forces. L'ulcère rond vient souvent compliquer cette grave gastropathie ».
C. Stase permanente et hypochlorhydrie, avec ou sans hyperaciditè organique. — C'est ici la dilatation de l'estomac telle que la décrit Bouchard; l'hyperacidité, quand elle existe, est due à la présence dans le suc gastrique des acides de fermentation, s Dilatation de l'estomac très marquée, aigreurs, douleurs plus ou moins vives au creux épigastrique, acidité souvent supérieure à la normale, pas d'H Cl libre, peu d'H Cl combiné, peu de peptones ; voilà ce qu'on trouve dans ces conditions ». Cette forme serait, au dire de Mathieu, plus rare qu'on ne l'a cru jusqu'ici, et l'auteur que nous venons de citer n'admet son existence, dans un cas déterminé, qu'après constatation de vomissements abondants témoignant d'une stagnation prolongée desingesta, ou après avoir extrait mécaniquement de l'estomac une grande quantité d'aliments, alors que la digestion stomacale eût dû être depuis longtemps achevée.
Tels sont les stigmates de la neurasthénie, les signes que l'on devra tout d'abord rechercher lorsqu'on soupçonnera la névrose.
Huchard 1 a tenté récemment de simplifier cette énumération et a groupé les principaux symptômes sous trois chefs :
i° Asthénie neuro-musculaire ;
2° Meiopragie fonctionnelle des organes (defxswv, moins, Trpuvasïj, fonctionner) ; 3° Asthénie cérébrale.
II. Symptômes accessoires. — Les symptômes de seconde ligne se répartissent assez uniformément sur la plupart des appareils, et cette généralisation semble justifier l'opinion que Mead se faisait de la neurasthénie : non unam sedem habet, sed morbus tolius corporis est.
Passons-les en revue système par système, et analysons tout d'abord l'état des fonctions du système nerveux.
Du côté de Y intelligence on note fréquemment, en dehors des troubles déjà esquissés (affaiblissement de la mémoire, de l'attention, de la volonté, auto-observation), une irritabilité d'humeur, une instabilité de caractère, qui tiendraient plutôt, semble-t-il, à la névropathie fondamentale, héréditaire ou acquise, qu'à la neurasthénie elle-même. Il est, en outre, extrêmement fréquent de voir les sujets absorbés et dominés par
Hue hard ; Archives générales de Médecine, décembre 1892.
l'idée qu'ils sont atteints d'une maladie organique, une lésion du cœur ou de l'estomac par exemple. Mais, par opposition à ce qui se passe chez les nosomancs, également inféodés à l'idée d'une affection organique, le neurasthénique ne demande qu'à renoncer à son idée fixe, à être convaincu de sa fausseté. Démontrez-lui qu'il a tort, fournissez lui quelques arguments, aussitôt il fait sienne votre opinion, remonte sur sa bête, recouvre entrain et gaieté. Malheureusement il est tout aussi facile à décourager qu'à convaincre, et retourne bien vite à ses idées mélancoliques. — Lenosomane, lui, ancré dans son opinion comme tout maniaque, écoutera vos raisonnements avec indifférence ou irritation, bien décidé par avance à ne pas se laisser persuader ; et, de fait, vous ne parviendrez jamais à modifier son opinion, celle-ci ne reposâtelle d'ailleurs sur aucun fondement.
Chez les sujets en possession d'une hérédité de dégénérescence, les troubles mentaux peuvent se traduire par des phobies et même aboutir à l'aliénation mentale.
A côté de l'amyosthénie dont nous avons parlé plus haut, les troubles moteurs ne sont pas rares. Beard et Bouveret signalent des paralysies « incomplètes, mobiles et de très courte durée, le plus souvent procédant par accès dequelques minutes seulement ». Régis a même observé de l'aphasie1. Le « dérobement des jambes » a été fréquemment observé ; certaines formes d'impotence fonctionnelle, la crampe des écrivains par exemple, sont loin d'être exceptionnelles.
Récemment Pitres2 a insisté sur les caractères du tremblement neurasthénique : les oscillations sont brèves, rapides, vibratoires, analogues à celle du goitre exophtalmique ou du tremblement éthylique. Le plus souvent, il n'est apparent que dans certaines conditions et a besoin d'être révélé, dans l'attitude du serment par exemple ; il s'exagère lors des fatigues, des émotions ou des excès ; enfin il est plus marqué au moment des crises de neurasthénie aiguë. Quand ce symptôme est permanent, Pitres lui reconnaît la valeur d'un stigmate.
Le même auteur a décrit, chez les neurasthéniques, des secousses musculaires comparables à celles du paramyoclonus, des crampes, des spasmes rythmiques du cou, delà langue, de l'œsophage, l'astasie-abasie (qui n'est donc pas toujours un phénomène hystérique), l'instabilité dans la position verticale.
Les réflexes tendineux sont souvent abolis ou diminués, quelquefois normaux, rarement accrus.
Comme troubles sensitifs surajoutés à la céphalée et à la rachialgie [dont nous avons déjà parlé), on note une impressionnabilité excessive
1 RiiGiS ; Gazette hebdomadaire de Bordeaux, 3o juillet iSy3, pag. 36g.
2 Pitres ; Congrès de l'Association pour l'avancement des Sciences, septembre
Voy. aussi : Barrau ; Des troubles musculaires dans la Neurasthénie. Thèse de Bordeaux, 1892-93.
à l'égard des influences extérieures (chaleur, froid, hygrométricité, état électrique de l'atmosphère). Les neurasthéniques sont des « névropathes barométriques » au premier chef. Ils se plaignent souvent, en outre, de sensations anormales telles que fourmillements, picotements, brûlure, douleurs fulgurantes, prurit analogue à celui que l'on observe dans un certain nombre de névroses. D'autres fois, ce soDt des douleurs permanentes, localisées à un organe ou à une région de la périphérie (topoalgie de Blocq). Enfin, nous devons citer, parmi les réactions anormales du système nerveux sensitif, celles qui suivent fréquemment l'ingestion des remèdes: le neurasthénique est particulièrement susceptible à l'égard des médicaments et réagit, vis-à-vis des agents de la thérapeutique, d'une façon immodérée ou paradoxale.
Les organes des sens n'offrent pas de modifications constantes ou spéciales.
Du côté de Vœil', le frémissement névrosique des paupières est chose banale; l'hyperémie conjonctivale est fréquente (Beard); les pupilles, souvent dilatées, peuvent être passagèrement inégales2. Charcot et Pitres ont noté un rétrécissement transitoire du champ visuel ; les mouches volantes ne sont pas rares Mais le phénomène le plus constant est la participation de la fonction visuelle à l'asthénie générale, l'affaiblissement rapide et passager de la vue à la moindre fatigue. U asthénopie accommodative :) prive le neurasthénique de bien des distractions ; bien souvent il doit renoncer à la correspondance et à la lecture. — Avec cela, le fond d'ceil est normal : on n'a jamais rien trouvé, à l'examen ophtalmoscopique, au delà d'un peu de congestion rétinienne.
On note souvent l'hyperexcitabilité de Y ouïe; les malades se plaignent aussi de sifflements et bourdonnementsd'oreilles ; ils accusent une perception gênante par l'oreille des battements artériels, etc.
Le goût et Vodorat n'offrent à considérer que quelques bizarreries d'ordre névropathique ; la salivation a été fréquemment signalée. Certains troubles du goût ont été particulièrement observés par Peyer4, dans cette forme de neurasthénie que les Allemands dénomment neurasthénie sexuelle.
1 Grandclément ; Neurasthénie avec troubles visuels; in Lyon médical, 29 mai 1892.
2 Pitres (loc, cit.) a observé l'abolition de la contractilité pupillaire sous l'influence de l'accommodation, avec conservation de la contractilité pupillaire à la lumière. C'est l'inverse du phénomène décrit, chez les tabôtiques, sous le nom de signe d'Argyll-Robertson.
3 Gollins ; Roy. London opht. Hosp. rep., XII, \.
Rosenbach (Centr. f. Nerven., 1886, n° 17) a attiré l'attention sur la difficulté qu'éprouve le neurasthénique à maintenir ses paupières fermées lorsqu'on lui ordonne de les clore avec énergie ; il ne peut déployer la même force qu'une personne saine, en sorte que l'occlusion des yeux est temporaire et incomplète.
* Peyer; Corr. bl. f. schweiz. Aerz., 1 mai 1890, pag. 291.
L'appareil circulatoire présente un certain nombre de troubles pour le détail desquels on se reportera à ce que nous avons dit plus haut (pag. 36g) de la névropathie cérébro-cardiaque. Du côté du cœur, la fréquence des palpitations, de l'arythmie, de la tachycardie, des sensations subjectives dans la région sous mammaire gauche, souvent accompagnées d'une énergie anormale de la contraction, donnent quelque créance à l'idée d'une allection cardiaque. L'angine de poitrine neurasthénique, bien décrite par Landouzy et Huchard, n'est qu'une des variétés de l'angor névropathique et participe aux caractères généraux de cette manifestation névrosique ; la durée des crises, en particulier, est souvent fort longue ; l'angoisse peut persister des heures, des jours et des semaines, sans revêtir d'ailleurs la gravité de l'angine de poitrine organique.
Le pouls est généralement instable ; dans les formes graves, on a noté une diminution marquée de la tension artérielle '.
Il est fréquent de constater des battements énergiques au niveau des tempes, du cou et à l'épigastre (aorte abdominale).
Signalons encore, du côté des vaso-moteurs2, la fréquence de la roséole émotive, les poussées congestives qui se produisent à la face aussitôt après le repas, la production facile du phénomène vicieusement dénommé raie méningitique, le refroidissement et la congestion alternantes des extrémités, etc. Beard a môme signalé la présence de véritables accès de fièvre neurasthénique (?..
La fonction respiratoire estcelle qui échappe le plus aux atteintes de la neurasthénie ; tout au plus a-t-on noté, dans quelques cas, un peu de dyspnée ou une petite toux sèche et agaçante, nullement en rapport avec une lésion quelconque des organes thoraciques.
Les fonctions génito-urinaires sont, au contraire, fréquemment troublées.
Les troubles génitaux ont une importance telle qu'ils servent à caractériser une des formes de la névrose, la neurasthénie sexuelle des Allemands ; nous avons vu plus haut qu'on pouvait voir dans un certain nombre de ces troubles, suivant la théorie que l'on adopte, une cause ou une conséquence de la neurasthénie.
Chez la femme il n'est pas rare d'observer des altérations de l'utérus ou de ses annexes, lésions dont le retentissement sur le système nerveux reconnaît des causes complexes (souffrances persistantes, réclusion, stérilité, découragement produit par la conscience d'une infirmité sexuelle), et qui à leur tour sont fâcheusement influencées par l'asthénie générale-1.
1 Weber ; Boston med. Journ., 3 mai 1888.
2 Leur; Neurasthénie vaso-motrice, Wiosbadcn, 1S01.
3 Ghéeon (Association française pour l'acancement des Sciences, 5 aoùL i8g3) a
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Chez l'homme on a signalé, antérieurement à la neurasthénie ou à l'origine de celle-ci, des phénomènes d'exciiation génitale (excès de coït, onanisme), et plus lard, une impuissance complète.
Toute perturbation dans la sphère génitale préoccupe vivement les malades. «Les neurasthéniques, écrit Mathieu (pag. 91), sont toujours très affectés par l'existence d'une affection génito-urinaire, par la biennorrhagie en particulier ; ils sont réellement frappés dans leur virilité, dans leur confiance en eux-mêmes.
«Lorsque l'écoulement a presque totalement disparu, ils ne sont pas débarrassés de leur inquiétude. Ils vivent en contemplation devant leur canal. Ils passent des heures à chercher à en exprimer une goutte de muco-pus. Ils s'affolent de la présence de quelques spirales, de quelques filaments blanchâtres, dans le premier jet de la miction. Volontiers ils ont recours aux injections, au cathétérisme, aux remèdes de divers ordres, conseillés souvent par des gens d'une compétence douteuse. Par tout ce qu'ils font, ils augmentent le mal, ils entretiennent la prostatcrrhée qu'a laissée derrière lui l'écoulement blennorrhagique. La neurasthénie est la conséquence de cet état permanent d'inquiétude chez les névropathes de profession » .
Un trouble génital souvent associé à la neurasthénie est la spermatorrhée, l'écoulement involontaire et fréquemment répété du sperme. Dans les cas peu accentués, le liquide séminal s'écoule à la moindre provocation, dès le début d'une tentative de coït, sous l'influence de rêves lascifs; plus tard, l'évacuation de semence se produit au cours de la défécation ou de la miction.
L'appareil urinaire est généralement moins atteint ; on a cependant signalé quelques troubles du côté de la vessie (cystalgie) ' et, d'autre part, la fréquence des déplacements du rein [rein mobile)'2; nous reviendrons plus loin sur ce point.
Enfin, Beard et Rockwell ont signalé l'abondance des urates, des phosphates et des oxalates, dans les urines des neurasthéniques.
La neurasthénie peut donc troubler, dans l'économie, le fonctionnement de tous les appareils ; partout elle peut provoquer des manifestations de deux ordres : des phénomènes d'excitation et des phénomènes de dépression fonctionnelle, les deux variétés de troubles se succédant ou alternant à l'infini chez un même sujet.
Cette richesse symptomatique, ce luxe de symptômes, ne se retrouvera
récemment insisté sur la fréquence de la neurasthénie chez les femmes atteintes de relâchement des ligaments larges.
' Guyon ; Neurasthénie vésicale, in Annales des maladies génito-ur inaires, mars 1891 ;
Mesnard ; Cystalgie neurasthénique, in Semaine médicale, 16 août i8g3, pag. 198.
- Bruhl ; Du rein mobile, Revue générale, in Médecine moderne, 1892, n° 16. Grasset, &° édit., tom. II. 26
pas, on le comprend sans peine, dans tous les cas de neurasthénie. Peu de malades sont frappés dans l'ensemble de leurs fonctions; le plus souvent, au contraire, un ou plusieurs appareils deviennent seuls les aboutissants du travail morbide On conçoit, dès lors, la multiplicité des formes qui peuvent se présenter à l'observation du clinicien. Ces diverses formes, reliées entre elles par l'identité de leurs stigmates, tirent leur individualité de deux éléments principaux: i° la cause qui a provoqué la neurasthénie et qui imprimera son cachet aux accidents : 2° les prédispositions d'organes, appelant toute affection à localisation indécise vers le système en état de faiblesse relative.
Les classifications proposées par les auteurs pèchent, en général, par le défaut d'unité, un certain nombre de ces divisions ayant pour base un caractère symptomatique, les autres un caractère éliologique ; d'où une grande difficulté pour rattacher certaines formes, doublement caractérisées, à telle ou telle catégorie.
Beard admet sept formes: i" cérébrasthénie ; 2° myélasthénie ; 3" forme gastrique ; 4e forme génitale ; 5° neurasthénie traumatique ; 6° hémineurasthénie; 70 hystéro-neurasthénie.
Bouvéret en reconnaît neuf variétés : i° neurasthénie cérébro-spinale; 20 neurasthénie cérébrale (cérébrasthénie) ; 3° neurasthénie spinale (myélasthénie) ; 4° neurasthénie aiguë ; 5° neurasthénie héréditaire ; 0° neurasthénie féminine ; 7^ neurasthénie génitale; 8° hystéro-neurasthénie ; 90 hystéro-neurasthénie traumatique.
Levillain, cherchant à éviter le reproche que nous avons formulé plus haut et qui s'applique aux groupements précédents, propose deux classifications bien distinctes, l'une comprenant les variétés cliniques (forme cérébro-spinale commune, hémineurasthénie, cérébrasthénie, myélasthénie, neurasthénie cérébro-gastrique et cérébro-cardiaque, névrose gastrique, neurasthénie sexuelle de Beard), — l'autre englobant les variétés étiologiques (neurasthénie traumatique, hystéro-neurasthénie, neurasthénie héréditaire, neurasthénie féminine, neurasthénie mâle et ouvrière).
Pitres, entrant dans la voie des simplifications et prenant pour base exclusive la localisation des troubles morbides, décrit seulement six formes : i° cérébrale ; 20 spinale ; 3° névralgique ; 4° cardialgique ; 5° gastro-intestinale ; 6° génitale.
Blocq, allant plus loin encore dans le même sens, distingue : A. La neurasthénie sans prédominance excessive d'aucun syndrome (neur. générale) ; — B. La neurasthénie avec prédominance d'un syndroma relevant plus particulièrement: a. de l'appareil nerveux cérébral (neur. cérébrale), b. de l'appareil nerveux spinal (neur. spinale), c. de l'appareil nerveux sympathique (neur. sgmpathique: cardiaque, gastro-intestinale, génitale), d. de l'appareil nerveux périphérique (neur. périphérique).
Nous acceptons, pour notre part, la classitication de Mathieu, qu'il expose et justifie de la façon suivante (pag. 97):
«Trois circonstances cliniques sont surtout à considérer, parce que leur existence ou leur absence fournit immédiatement des données importantes sur l'étiologie de l'état névropathique et sur son évolution probable :
» I. La neurasthénie est simple, exempte de tout signe marqué de dégénérescence, exempte de toute autre névrose surajoutée;
»II. La neurasthénie s'accompagne de signes certains, accusés, de dégénérescence ;
» III. A la neurasthénie se surajoutent les stigmates d'une ou de plusieurs autres névroses (l'exemple le plus fréquent est donné par l'hystéro-neurasthénie) . »
I. Neurasthénie simple. — Elle fournira, suivant les prédominances symptomatiques, les variétés suivantes :
f Neurasthénie cérébro-spinale.
— cérébrale.
Système nerveux.
J i — spinale.
périphérique.
Appareil digestif — dyspeptique.
Appareil circulatoire — cardiaque.
Appareil génito-urinairc — génitale.
Chaque localisation fournira des formes légères et des formes graves. i° La neurasthénie cérébro-spinale répond à la description schématique précédente ; elle comprend l'ensemble des symptômes de la névrose, sur lesquels nous ne reviendrons pas.
On peut ranger dans cette catégorie de faits un certain nombre de sous-variétés :
U hémineurasthénie de Beard, ou neurasthénie dimidiée de Charcot, occupe une moitié seulement du corps, ou tout au moins prédomine d'un côté.
La neurasthénie héréditaire « se distingue par la précocité du début des accidents névropathiques. leur intensité, la coexistence fréquente de bizarreries ou de phobies en rapport avec un trouble mental qui déborde quelquefois la neurasthénie simple, par sa longue durée, et enfin sa résistance au traitements (Mathieu).
La neurasthénie féminine (Weir Mitchell ') est celle que l'on observe surtout chez les femmes atteintes de lésions utérines, ou encore à la suite de grands chagrins, de fatigues physiques non compensées par une suffisante réparation. Elle esi caractérisée par une dépression cérébro-spinaleextrême, des manifestations hypocondriaques à peu près constantes. « Souvent ce sont des geignardes (Charcot), dont la vie n'est qu'une longue plainte, d'une modulation monotone, à laquelle
' Voy. Mendel ; De l'hypochondrie chez les femmes, in Berl. kl. Woch., 18 février 1889, pag. i45.
tout sert de prétexte. Souvent aussi ce sont des incomprises, et l'on trouve à la fois chez elles la dépression neurasthénique et le tourment d'une âme méconnue cherchant une âme sœur qu'elle a de grandes chances de ne trouver jamais » (Mathieu).
2° La forme cérébrale s'observe surtout chez les sujets dont l'intelligence a été surmenée ; elle se caractérise par la céphalée, l'insomnie, l'aboulie, le vertige, l'impossibilité de travailler. A ces symptômes viennent quelquefois se joindre, chez les candidats aux psychoses, la mélancolie et les phobies.
3° La forme spinale, plus fréquente chez les surmenés du plaisir ou certains intoxiqués, se traduit par la rachialgie, l'amyoslhénie (portant de préférence sur les membres inférieurs), les troubles génitaux. Elle répond à l'ancienne conception de l'irritation spinale, dont nous avons détaillé la description au début. Quelquefois l'analogie des symptômes avec le tabès est telle que l'on a dû créer le mot de pseudo-tabes neurasthénique pour caractériser cet état, bien différent par son pronostic, de la sclérose des cordons postérieurs
4° La forme périphérique se manifeste le plus souvent par des douleurs plus ou moins intenses, à caractère rhumatoïde ou névralgique. Ces douleurs ne sont pas accrues par la pression, ni accompagnées d'une hyperesthésie cutanée correspondante ; elles ne répondent pas au trajet des nerfs, et se présentent sous forme de plaques ou de points douloureux, localisés en des régions variables et nullement en rapport avec des districts anatomiquement ou physiologiqueinent délimités.
Quand ces douleurs sont disséminées dans presque toutes les parties de l'économie, c'est la névralgie générale de Valleix, dont nous avons détaillé la description au début de ce chapitre. Quand elles sont localisées à une région déterminée et s'y maintiennent en permanence, c'est la topoalgie '1 de Blocq, ou neurasthénie monosymptomatique et douloureuse. Nous signalerons, parmi ces localisations périphériques limitées de la neurasthénie: la glossodgnie3 de Verneuil, avec ulcérations
1 On trouvera au chapitre de l'ataxie (pag. 577 du tom. I) l'histoire résumée et le diagnostic des pseudo-tabes.
Voy. Bourras ; Du pseudo-tabes neurasthénique ; Thèse de Bordeaux, 1S89 ; Joseph; De la neurasthénie tabéti forme, in Berl. kl. Woc/i., 6 avril 1891, pag.
2 Blocq ; De la topoalgie, in Gazette hebdomadaire, 1891, n0' 22 et 23 ; — Revue générale de clinique et de thérapeutique, 1892.
On peut rapprocher de la topoalgie les ''neurasthénies locales- d'HuCHARD (Archives générales de Médecine, décembre 1892, pag. 642, et Société médicale des Hôpitaux, 24 lévrier 1893). Cet auteur en décrit deux formes : Tune, périphérique et douloureuse, correspond à la topoalgie; l'autre, viscérale, comprend les formes dyspeptique et cardiaque de la neurasthénie.
Voy. aussi : Weill; Les neurasthénies locales. Thèse de Nancy, juin 1892 ;
MobiuS ; Die Topoalgie, mSchmidfs Jahrb , 1892.
3 Vrrneuil, Hardy, Magitot ; Académie de Médecine, 7 octobre 1887;
imaginaires de la langue, la coccygodynie, Y algie mammaire1 , certaines myalgies '2, etc. 11 existe quelquefois, au niveau des régions douloureuses, des troubles objectifs de la sensibilité ou des troubles vasomoteurs.
5° La forme dyspeptique (stomacale ou intestinale) répond aux troubles digestifs que nous avons analysés au paragraphe des stigmates. Elle se traduit quelquefois par des phénomènes aigus (pouvant simuler, dans certains cas, la typhlite ou la pérityphliteî , mais offre généralement une évolution chronique. De toutesles formes de la neurasthénie, c'est celle qui aboutit le plus fréquemment à la cachexie.
6° La forme cardiaque se trouve décrite dans la première partie de ce chapitre, sous le nom de névropathie cérébro-cardiaque (Krishaber), et au paragraphe des symptômes accessoiresde la neurasthénie3. Huchard'' a, tout récemment, insisté sur une modalité spéciale de ces troubles cardiaques, qu'il appelle arythmie angoissante paroxystique (elle est d'autres fois permanente), et qui ne doit pas être confondue avec l'angor neurasthénique.
7° La forme génitale [neurasthénie sexuelle de Beard et des Allemands)11 présente une phase d'excitation sexuelle, bientôt suivie d'une phase de dépression avec impuissance, spermatorrhée et symptômes d'irritation chronique de la région prostatique. Chez la femme, cette forme de neurasthénie se traduit par des névralgies lombo-abdominales, des douleurs dans la région hypogastriquc ou iliaque, du prurit vulvaire, du vaginisme et des troubles menstruels.
II. Neurasthénie liée à des signes de dégénérescence héréditaire^' . — Le trouble psychique dominant dans cette forme de neurasthénie consiste dans la présence des phobies. Nous avons déjà signalé, au début, Y agoraphobie ou peur des espaces ouverts, la claustrophobie ou peur des espaces clos ; ces deux variétés réunies constituent la topophobie . L'astrophobie consiste dans une peur immodérée des orages et des éclairs ; Y anthropophobie , ou peur des personnes, pousse le malade à
Schwartz ; Union médicale, 19 juin 1888; Bernhardt ; Neurol. Centr., 1 juillet 1890.
1 Maragliano ; Rifoima medica, 1893 (anal, in Revue Neurologique, i5 juillet iSy3, n° i3, pag. 359).
2 Féolde ; Thèse de Paris, mars i8g3.
3 Voy. encore Seeligmuller ; Berl. M. Woc/î., octobre 1884, pag. C61 ; Leer; Berl. kl. Woch., il, octobre 1889, pag. go5 ;
Wilhelm ; Etude d'ensemble, Vienne, 1891. ' Huchard ; Revue de Médecine, 1892.
5 Krafft-Ebing ; Wien. med.Pr., 1887, n° 5, pag. 161 Beard et Rockwell ; Vienne, i885; Furbringer; Deut. med. Woch., 1888, XXV, pag. 28; Peyer ; loc. cit.
6 Voy. Régis; Des Neurasthénies j^sychiques, in Journal de médecine de Bordeaux, 5 avril 1891.
fuir ses semblables ; la monophobie, ou crainte d'êlre seul, l'empêche de s'isoler. La misophobie est la crainte de la saleté, la nosophobie est la peur des maladies.
Il y a encore des phobies d'ordres divers : peur de monter en chemin de fer, de toucher un boulon de porte, d'entrer en contact avec tel ou tel métal, etc. Certains malades ont peur de tout (pantophobie) ; d'autres, enfin, ont peur d'avoir peur [phobophobie] .
Les phobies légères, surmontables, s'observent quelquefois dans la neurasthénie simple et n'impliquent pas un fâcheux pronostic; il n'en est pas de même des phobies graves, impérieuses, invétérées, dont la constatation imposera de sérieuses réserves sur l'avenir intellectuel du sujet.
III. Hystéro-neurasthénie. — La neurasthénie peut être associée à diverses névroses : l'épilepsie, la migraine, la maladie de Basedow; mais c'est de préférence à l'hystérie qu'elle se superpose dans nombre de cas. C'est surtout à la suite des accidents de chemins de fer que l'on voit apparaître les deux variétés de troubles névrosiques, d'où le nom de railway -spine donné par les Anglais (Brodie, Erichsen) à ces manifestations nerveuses. La neurasthénie, affectant d'ordinaire la forme cérébro-spinale, précède habituellement l'hystérie de quelques jours ou de quelques semaines, puis celle-ci apparaît, et les deux névroses se lient étroitement, se combinent l'une à l'autre (Charcot).
Les Allemands (Oppenheim, Thomsen) ont refusé d'accepter celle interprétation, presque universellement admise à l'heure actuelle, des troubles nerveux consécutifs au traumatisme ; ils en font encore aujourd'hui une névrose à part, voisine de l'hystérie, mais ne se confondant point avec elle, la névrose traumatique. Nous nous étendrons davantage sur ce sujet au chapitre de l'hystérie.
Diagnostic. — Quand le cadre de la neurasthénie est bien rempli, avec la dissémination de ses symptômes et l'ensemble de ses stigmates, le diagnostic en est facile : mais il n'en est pas de même dans les formes incomplètes et surtout dans les formes monosymptomaliques. Nous ne ferons (et pour cause) qu'énumérer les principales affections avec lesquelles il serait facile de la confondre.
Formes cérébrales. — La céphalée neurasthénique devra être distinguée de la céphalée syphilitique, de la céphalée urémique, de la céphalée des tumeurs cérébrales, de la céphalée de croissance, de la migraine, de la névralgie du trijumeau, du « clou » hystérique, etc.
Le uerliye neurasthénique ne sera pas confondu avec le vertige des affections cérébrales, celui de l'artério-sclérose, le vertige de la maladie de Ménière.
Les phobies et troubles mentaux seront séparés des vésanies pures cl de certains troubles analogues que l'on observe dans la maladie des tics (Appendice au chap. Vlll de l'art. III).
Formes spinales. — La myél asthénie sera distinguée des maladies organiques de la moelle (tabès, myélites diffuses, paralysie générale) et des affections occupant le domaine des nerfs périphériques (polynévrites, névralgies).
La forme cardiaque se distinguera des maladies de cœur par l'absence de phénomènes objectifs (souffles cardiaques, troubles circulatoires); l'angor neurasthénique se différencie de l'angor organique parles caractères que nous avons signalés au chapitre de l'angine de poitrine.
Enfin, la forme dyspeptique pouvant simuler toutes les affections organiques ou fonctionnelles de l'estomac, il faudra, pour admettre sa réalité dans un cas déterminé, établir « qu'elle existe bien chez un neurasthénique et qu'elle est fonction de neurasthénie » (Mathieu). Ce diagnostic n'est pas toujours facile, et, quand la dyspepsie neurasthénique s'accompagne de cachexie, on aura souvent beaucoup de peine à la différencier de la cachexie cancéreuse.
Nous insisterons, en terminant, sur la nécessité de ne point confondre la neurasthénie avec ces troubles nerveux vagues, superficiels, disséminés, que l'on observe chez les sujets émotifs, de caractère instable, et qui constituent la névropathie simple, une exagération du «tempérament nerveux ». Nous reproduisons intégralement le passage où Levillain expose et critique l'assimilation, faite par certains auteurs, de celte névropathie vague à la neurasthénie :
« Arndt, en i8-25, a tenté de transformer la neurasthénie en un état nerveux plus vague encore que les anciennes névroses protéiformes. D'après cet auteur, la neurasthénie s'étend du symptôme « aspiration vague vers quelque chose de nouveau » jusqu'au syndrome épileptique ou hystérique. — Ce n'est plus de la nosographie clinique, c'est de la haute fantaisie pathologique. Neurasthénie par-ci, neurasthénie par-là, s'écrie-t-il, c'est la maladie à la mode !
«Neurasthéniques, ces personnes irritables, emportées, mécontentes de leur sort, aspirant toujours à quelque chose de nouveau, même si cela ne vaut pas mieux que ce qu'elles ont : Socrate, Alexandre, Catilina, Vercingétorix , Auguste, Tibère, Séjan , Frédéric II, Voltaire, Robespierre, Kpssuth , Garibaldi , Gambetta, Napoléon Ier, Pie IX , Luther, Loyola, Rousseau; tous des nerveux, des neurasthéniques!
«Neurasthéniques (car il y a des races, des peuples, des épidémies neurasthéniques), ces descendants énervés des Mérovingiens, Carlovingiens, Capétiens, ces Egyptiens, ces Perses, ces Romains, ces Américains de la décadence. Les Allemands aujourd'hui ne sont pas non plus épargnés, non seulement en eux-mêmes, mais aussi et surtout dans leur descendance. Voyez la fréquence croissante des suicides chez ces jeunes gens cultivés qui sortent des écoles! Voyez cet envahissement des affections mentales ! Les femmes sont toutes irritables, nerveuses ; bientôt on n'en trouvera plus une seule bien portante, même à la campagne.
»Neu rasthéniques, ces armées du salut, ou ligues d'antivivisectionnistes, tous ces névropathes qui cherchent toujours et partout la satisfaction de sentiments et d'aspirations exaltés, d'agitations morbides, etc.
«Névropathes ! oui, — admet Levillain, — mais non pas neurasthéniques ! au moins d'après cette description.»
Le Pronostic de la neurasthénie est éminemment variable, suivant son degré, sa forme et le terrain sur lequel elle vient se greffer.
Chez les sujets robustes, dont l'hérédité névropathique n'est pas trop chargée et surtout chez lesquels toute hérédité mentale fait défaut, la guérison peut survenir sans trop se faire attendre. Mais lorsque, au contraire, il existe une hérédité lourde, quand en particulier le principe héréditaire se traduit, chez le descendant, parles stigmates d'une dégénérescence atavique (asymétrie faciale, bec-de-lièvre, hypospadias, malformations dentaires, adhérence du lobule de l'oreille, coloboma, syndactylie), la névrose est tenace, souvent inguérissable ; les troubles cérébraux s'accusent de plus en plus, et la névrose se transforme à un moment donné en psychose définitive.
L'hystéro-neurasthénie est particulièrement tenace ; il n'est pas l'are qu'elle conduise le malheureux qui en est porteur à la vésanie ou au suicide.
On doit toutefois, pour être en droit de légiférer sur l'avenir d'un neurasthénique, l'avoir tenu quelque temps en observation ; il faudrait se garder de fonder son pronostic sur l'impression d'un moment. Le physique et le moral du neurasthénique subissent, en effet, des fluctuations parallèles et souvent quotidiennes, qui d'un jour à l'autre modifieraient le jugement à porter. On en voit qui, sombres et désespérés un jour, souffrant de mille maux et incapables, semble-t-il, de supporter davantage le fardeau de l'existence, semblent renaître le lendemain à la vie et à la santé, et réalisent des exploits dont un individu de santé normale n'eût point osé poursuivre l'exécution. La distraction, l'amourpropre,la nécessité, ont une prise énorme sur ces malades, qu'un souffle abat ou relève suivant le sens de l'impulsion. Le neurasthénique est donc un malade a inégal » par excellence, sur lequel il faudra se former une opinion moyenne, véritable résultante d'examens réitérés.
La Durée de la maladie est généralement longue ; malgré l'état de dépression générale qui prédomine, nous l'avons vu, l'existence n'est pas directement menacée ; tout au plus peut-on voir dans le neurasthénique un infirme, dont l'incapacité de travail sera plus ou moins prolongée.
Au point de vue médico-légal, cette incapacité de travail a une grande importance, lorsqu'il s'agit par exemple d'apprécier, au cours d'un procès en responsabilité (hysléro-neurasthénie traumatique), le préjudice causé. Le problème est fort délicat; l'impotence fonctionnelle est souvent absolue et durable. Mathieu engage, à ce propos, à faire usage de la plus grande circonspection à l'égard des allégations du malade.
i Rien de facile, dit-il (pag. 124), comme de simuler, au moins d'exagérer, avec des maladies qui n'ont pas de symptômes objectifs. En qualité de médecin du chemin de fer, j'ai pu voir à plusieurs reprises des guérisons rapides se faire après un jugement favorable, après l'obtention d'une indemnité ou d'une pension. C'est la métallothérapie, non par l'or, mais par le billet de banque.»
Mathieu fait, ce nous semble, trop de part à la supercherie ! Qu'un neurasthénique soit porté par instinct à exagérer son mal, à solliciter la pitié par une narration émouvante de ses misères, rien de plus vrai. Autosuggestion si vous le voulez; mais supercherie, non! Il y a incapacité réelle de travail, cela suffit ; peu importe le mécanisme ! Quant à l'amélioration qui succède au jugement et dont on semble faire un crime au névrosé, quoi de plus naturel ? Sa névrose, attisée parles soucis et la préoccupation de l'attente, se calme au contactd'une décision définitive, surtout quand elle est favorable ; la pluie d'or agit comme une douche bienfaisante sur son système nerveux surexcité.
Pathogénie. — ■ Depuis que la neurasthénie est devenue une entité nosologique, on a maintes fois tenté d'en rattacher le développement à la lésion de certains organes ; on a considéré, en d'autres termes, l'altération de certains appareils comme servant d'intermédiaire entre l'application des causes énumérées dans l'étiologie et le syndrome neurasthénique : les vices de fonctionnement de l'estomac et les troubles génitaux ont été surtout mis en cause. Par contre, d'autres auteurs (et c'est aussi notre opinion) considèrent la neurasthénie comme n'étant nullement inféodée à l'altération d'un système et constituant une névrose à part, dans laquelle les manifestations viscérales jouent le rôle, non plus de cause, mais d'effet, ou plutôt de localisation indépendante et parallèle.
Nous allons examiner succinctement, en suivant le plan exposé par Mathieu, chacune de ces théories.
I. Origine gastro-intestinale' . — Quatre hypothèses ont été et sont encore, à l'heure actuelle, proposées pour expliquer la neurasthénie par la dyspepsie.
i° Théorie de F auto-intoxication. — C'est ici une théorie fort suggestive, invoquée par les humoristes de tous les temps pour interpréter les troubles nerveux des dyspeptiques, et récemment adaptée par Bouchard à l'humorisme plus scientifique de notre époque.
D'après Bouchard, la neurasthénie serait étroitement liée à la dila-
1 Voy. Ewald; De la neurasthénie dyspeptique, in Berl. kl. Woch., 26 mai- •1 juin 1884 ;
Blanc-Champagne; Thèse de Paris, juillet 1890.
tation stomacale*. Mathieu résume cette hypothèse dans les quelques lignes suivantes ipag. i35) :
« Dans la doctrine de M. Bouchard, trois points principaux doivent ôtre successivement examinés :
pl. Certains estomacs se laissent dilater d'une façon particulière, en vertu d'une faiblesse congénitale, héréditaire parfois, de la fibre musculaire lisse. Ils ne se rétractent pas dans l'intervalle des périodes de digestion, et les liquides ont, par conséquent, tendance à y séjourner. Ces liquides, naturellement assez complexes «mucus, salive, suc gastrique, aliments digérés et détritus alimentaires), représentent un milieu éminemment favorable aux fermentations diverses et à la putréfaction. Cela d'autant mieux que le suc gastrique ne renferme pas une quantité suffisante d'acide chlorhydrique pour enrayer, sinon pour empêcher totalement, ces fermentations excessives et anormales.
»2. Des produits toxiques solubles, plus ou moins comparables aux ptomaïnes, sont le résultat de ces décompositions, de ces fermentations. Absorbés, ils donnent lieu à une sorte d'intoxication de l'organisme, qui se renouvelle pour ainsi dire à jet continu. De là une série d'accidents généraux et locaux [neurasthénie, — accroissement de volume du foie, chassant le rein droit de sa loge (rein flollant), — éruptions cutanées, — dyspnée asthmiforme, — congestion rénale, — palpitations, — nodosités phalangiennes, — osléomalacie, — rachiLisme, etc ]
« 3. L'absence de l'acide chlorhydrique dans l'estomac, la nonexistence de son action d'antisepsie physiologique d'une part, et de l'autre la détérioration de l'organisme, l'affaiblissement de sa résistance, prédisposent le dilaté à toutes les maladies infectieuses, en particulier à la fièvre typhoïde et à la tuberculose. »
Les objections qui ont été opposées à la théorie pathogénique de Bouchard sont les suivantes :
a. Tout d'abord, la dilatation de l'estomac ne serait pas aussi fréquente qu'on le suppose. Le principal symptôme sur lequel on se fonde d'habitude pour la diagnostiquer (clapotage au-dessous d'une ligne allant de l'ombilic aux fausses côtes gauches) ru- serait point caractéristique. Debove et Mathieu, dans des cas où il existait un clapotage très net, n'ont pu extraire avec la sonde aucun liquide de l'estomac. Il est donc possible que le clapotage traduise dans certains cas l'existence d'une stase dans le côlon (Malibran) -.
D'autres symptômes, rapportés par Bouchard à la dilatation stomacale, ne lui appartiendraient pas en propre, cl sont attribués par d'autres auteurs à des troubles primitifs du système nerveux. C'est
' Bouchard; Société médicale des Hôpitaux, i8S4; — Leçons sur les autointoxications, 1887.
Le Gendre ; Dilatation de l'estomac et fièvre typhoïde. Thèsj de Paris, 1886 ; — Société médicale des Hôpitaux, 1892.
2 Malibran ; Thèse de Paris, 188Ô.
ainsi que les nodosités siégeant à l'union de la première avec la deuxième phalange, nodosités auxquelles Bouchard a attaché son noir, et qu'il considère comme l'indice dune dilatation stomacale déjà ancienne, constituent au contraire, pour Bloch1 etMathieu, des stigmates névropathiques.
b. D'autre part, la dilatation de l'estomac ne saurait être considérée comme la source exclusive des phénomènes neurasthéniques, car il est des cas où les phénomènes nerveux sont indiscutablement primitifs ; c'est ce qui arrive quand la névrose s'installe subitement, à la suite d'une émotion par exemple, chez un sujet bien portant jusque-là. La dilatation, lorsqu'on la constate dans les cas de cet ordre, ne peut être envisagée que comme un trouble secondaire.
c. Chez les dilatés organiques (cancer du pylore), dont l'ectasie gastrique ne peut être mise en doute, etchez lesquels la pompe stomacale ramène constamment des débris alimentaires fermenlés, quelquefois putréfiés, la neurasthénie est exceptionnelle. Si les fermentations ventriculaires étaient la source véritable des agents toxiques qui vont impressionner le système nerveux, ce serait pour elles, semble-t-il, le cas ou jamais de remplir leur mission.
cl. Mathieu refuse, enfin, d'incriminer une auto-intoxication, due aux fermentations stomacales, dans les cas où l'hyperchlorhydrie coexiste avec une dilatation de l'estomac ; l'action de l'acide chlorhydrique comme antifermentescible n'a point, en effet, été infirmée jusqu'ici. — Cet argument n'est pas absolu toutefois, car Bouveret et Devic2 ont trouvé dans des estomacs dilatés, même avec hyperchlorhydrie, des albumines toxiques capables de provoquer la tétanie.
Les divers arguments que nous venons d'exposer nous paraissent bien faits pour jeter un doute sur la valeur pathogénique de la dilatation stomacale. Qu'elle coexiste fréquemment avec la neurasthénie, le fait est indiscutable, et c'est un des mérites de Bouchard d'avoir mis eu lumière cette coïncidence, mais il nous parait difficile d'aller plus loin et de considérer le trouble gastrique comme le facteur nécessaire du trouble nerveux .
2° Hayem et Win ter expliquent la neurasthénie par une viciation de la nutrition organique, d'origine dyspeptique. D'après eux, il se formerait, chez les sujets atteints de dyspepsie, des produits albuminoïdes anormaux, d'assimilation défectueuse et d'élimination difficile, qui provoqueraient à la longue des maladies du rein, du foie, des vaisseaux, certains troubles généraux de la nutrition (goutte, gravelle, diabète, obésité, rhumatisme chronique) , et des troubles nerveux.
Cette théorie est séduisante, mais un peu spéculative peut-être, et
1 Bloch ; Association française pour l'avancement des Sciences, 1889.
2 Bouveret et Devic; Revue de Médecine, 1892.
iO'i MALADIES DES NERFS ET NÉVROSES.
justiciable, en outre, d'une partie des objections faites à la théorie précédente.
3° Plus vague encore est la doctrine de Leven ', qui, reprenant une idée chère à van Helmont et à Beau, invoque une action réflexe d'origine gastro-intestinale ; une altération primitive du plexus solaire servirait de point de départ uniforme aux accidents.
4° La théorie des ptôses viscérales2, formulée par Glénard en i885,et soutenue par Féréol, Traslour, etc., recrute depuis quelques années un assez grand nombre d adhérents. A la conception purement chimique de Bouchard, elle substitue uneconception physico-chimique, dans laquelle l'élément mécanique joue le principal rôle.
Nous allons résumer aussi brièvement que possible celte théorie de Glénard, attrayante et émanant d'un clinicien éminent, malheureusement pourvue d'une terminologie un peu compliquée.
La ptôse des organes abdominaux, ou viscéroptose, qui est ici l'élément essentiel, se produit sous l'influence de l'accouchement, du traumatisme, des efforts, en un mot de toutes causes capables d'amener le relâchement de la paroi abdominale, et, partant, des ligaments qui soutiennent les viscères ; d'où chute de ces derniers. Le coude droit du côlon transverse tombe le premier; il en résulte: i° que l'estomac est attiré en bas ; 2° que l'orifice gastro-duodénal se trouve comprimé et le passage des aliments gêné. Puis le reste du côlon transverse s'affaisse à son tour ; l'orifice jéjuno-duodénal est alors rétréci, et la gène à la circulation des aliments se trouve ainsi accrue. Plus tard, enfin, les autres ligaments se laissent distendre ; le tube digestif dans son ensemble participe à la ptôse; les aliments ne passent plus qu'avec peine au travers d'un conduit coudé, comprimé en divers points, et qui se laisse passivement dilater au-dessus des obstacles; les autres viscères abdominaux, le foie, le rein, l'utérus sont entraînés, et, en fin de compte, à la limite, on se trouve en présence d'un abdomen dont toutes les conditions de tension et de symétrie sont modifiées, où les rapports normaux des viscères sont profondément perturbés, où les organes flottent sans règles ni lois dans une cavité trop vaste pour les contenir ; Wéquilibre abdominal» n'existe plus.
Tout cela, même dans les degrés atténués, ne va pas sans une série de troubles que Glénard divise delà façon suivante: i° phénomènes asthéniques (dépression générale); 20 phénomènes méso-gastriques (pro-
1 Leven; Traité, 1884, et éditions ultérieures.
2 Glénard; Lyon médical, i885; — Société médicale des Hôpitaux, i5 mai 1886;
Féréol: Société médicale des Hôpitaux, 1886 à 1888;
Trastour; Semaine médicale, 7 septembre 1887; — Les dcséquilibi és du ventre (entéroptosiques et dilatés), 1889 et iSg3; Guilleret ; Revue générale, in Galette des Hôpitaux, 22 septembre 1888 ; Kaplan, Gourcelot, Rlanc-Champagne ; Thèses de Paris, 1889-1890.
venant du tiraillement des ligaments ou méso : sensation de pesanteur, de tiraillement, de creux entre l'estomac et le ventre) ; phénomènes gastriques ou choméliens, ainsi dénommés pour rappeler la part de Chomel dans leur description (sensation de brûlure, vomissements); le traitement de la dyspepsie n'aurait d'action que sur ces symptômes; 4° phénomènes névrosiformes.
Quant aux moyens d'apprécier l'existence, la variété et le degré de la splanchnoptose abdominale, Glénard fournit une série désignes appropriés à la ptôse de chaque organe :
Le déplacement du gros intestin se traduirait par l'existence de battements aortiques, de la corde colique transverse (méso-côlon transverse tiraillé), du cordon sigmoïdal (S iliaque), du boudin caecal, etc.
Pour le rein, la « palpation néphroleptique » par le cprocédé du pouce», permettrait de se rendre compte des moindres déplacements. En pratiquant l'c affût», la «capture» et l'« échappement », suivant la méthode de l'auteur, on parviendrait à apprécier les degrés les plus légers de la ptôse rénale.
Enfin, au-dessus de toute cette cynégétique, une simple manœuvre, l'épreuve de la sangle, assurerait à la fois le diagnostic et le traitement de toutes les formes de ptôse : toutes les sensations anormales disparaissent lorsqu'on relève et que l'on soutient, avec une sangle ou avec les deux mains, l'abdomen du malade ; elles reparaissent aussitôt qu'on cesse la contention.
Glénard et, avec lui, un certain nombre de cliniciens ont donc rattaché la neurasthénie à la ptôse des viscères abdominaux, ptôse résultant d'une diminution dans la tension intra-abdominale. — Il faut ajouter, toutefois, que le promoteur de la théorie est revenu récemment de sa première opinion et refuse aujourd'hui à la viscéroptose une action efficace dans le développement de la neurasthénie'. La chute des viscères, assure-t-il, est certainement susceptible de s'accompagner de troubles nerveux offrant des analogies avec la neurasthénie, mais ils ne doivent point être confondus avec elle; ces troubles nerveux sont justiciables du traitement de l'entéroptose et disparaissent sous l'influence d'un traitement s'adressantà cette dernière, au lieu que les accidents neurasthéniques sont absolument rebellesà ce mode d'intervention pathogénique. Certains troubles fonctionnels du foie (hépatisme) joueraient, d'après la dernière conception de Glénard, le principal rôle dans la genèse, de la neurasthénie.
IL Origine génitale. — Laneurasthénie est, nous l'avons vu, fréquente chez les femmes atteintes de lésions utéro-ovariennes, chez les hommes atteints de blennorrhée chronique ou de spermatorrhée. La plupart des neurasthéniques, hommes ou femmes, présentent des troubles, apparents ou purement fonctionnels, du côté delà zone génitale.
1 Glénard; note manuscrite citée par Mathieu, loc. cit., pag. i&4-
Quoi d'étonnant à ce qu'on ail cru pouvoir leur rapporter le développement delà neurasthénie? « Les malheureuses femmes ainsi atteintes — dit Mathieu (qui expose d'ailleurs cette théorie sans la partagerj — sont soumises à une double torture physique et morale, morale souvent encore plus que physique. Bon nombre d'entre elles sont complètement immobilisées, condamnées en permanence au lit ou à la chaise longue. D'autres, qui peuvent se mouvoir encore, sont cependant desinfirmes, et cette infirmité les atteint au plus sensible de leur amour-propre. Les rapports sexuels deviennent difficiles ou douloureux; la crainte d'être trompées, d'être pour leur mari un sujet d'ennui, de fatigue, sinon de dégoût, les obsède. L'appétit disparaît, le sommeil aussi. Ce sont constamment des préoccupations tristes, et la neurasthénie devient manifeste. Pour peu qu'il y ail quelque prédisposition héréditaire, la dépression morale peut prendre des allures graves el la guérison devient problématique, même si l'on obtient une amélioration sensible des désordres génitaux».
Les termes mêmes de cet exposé démontrent que les troubles génitaux sontàeux seuls incapables de provoquer la neurasthénie, qu'ils peuvent tout au plus jouer le rôle de cause occasionnelle, provoquer ou réveiller une prédisposition à lanévrose, que toute autre perturbation, physique ou morale, eût également pu mettre en jeu.
III. La dilatation de l'estomac, le rein mobile, les troubles génitaux, peuvent être, à la rigueur, considérés comme des facteurs accidentels de neurasthénie ; ils n'en sont point les générateurs. Celle-ci est donc une névrose pure, dominée par «d'état névropathique», c'est-à-dire par un troublegénéral, héréditaire ou acquis, dans le fonctionnement du système nerveux, trouble primitif auquel la névrose se trouve constamment inféodée.
L'hérédité, dans les cas de neurasthénie, ne diffère en rien de celle qui régit les autres névroses 1 : l'hystérie, l'épilepsie, l'alcoolisme, la folie, l'arthritisme, etc. , se rencontrent chez les ascendants ou collatéraux du malade.
Lui-même présente quelquefois des stigmates physiques de dégénérescence: de l'asymétrie faciale, des malformationsde l'oreille externe dont le lobule est souvent adhérent à la joue, une implantation vicieuse des dents, des malformations digitales (polydactylie, syndactylie) ou pupillaires (coloboma), du prognathisme, un boc-de-lièvre, etc.
D'autre part, le neurasthénique aie triste privilège d'engendrer à son tour des dégénérés ou des névrosés, de perpétuer sa tare sous une forme similaire ou différenciée.
Enfin, chez un même sujet, on peut voir la neurasthénie coïncider ou
1 Déjerine ; L'hérédité dans les maladies du système nerveux. Thèse d'agrégation, 1886, pag. i63.
alterner avec d'autres névroses ou maladies organiques du système nerveux: le nervosisme ou né vropathie vague |Levillain),les vésanies, l'hystérie, la maladie de Graves, la migraine, le tabès, la sclérose en plaques, la paralysie générale, la tachycardie paroxystique essentielle (Bouveret), les maladies arthritiques (rhumatisme, goutte, hérédité^. Ce sont là les «frontières » (Mathieu) que côtoie habituellement la neurasthénie, les limites qu'elle est toujours disposée à franchir.
La neurasthénie mérite donc de prendre place dans la « famille névropathique» et d'occuper, dans la hiérarchie des neuropathies essentielles, un rang élevé que justifient, d'un côté sa fréquence et, d'autre part, la multiplicité, la continuité et l'intensité de ses symptômes.
Nous nous réservons de revenir, au chapitre de l'hystérie, sur sa physiologie pathologique;, c'est-à-dire sur le mécanisme psychique qui correspond à l'éclosion et au maintien d'une série de symptômes dont la plupart sont dépourvus de confirmation objective.
L'envahissement plus spécial de la sphère psychique, l'amoindrissement fonctionnel d'un grand nombre d'organes, sans lésions matérielles correspondantes, la nature névrosique de la maladie, fourniront au traitement 1 ses principales indications.
Le traitement général de la neurasthénie comprend trois indications :
i° Combattre la cause de Fa^'ection ;
2° Traiter le fond neurasthénique ;
3° Poursuivre les localisations prédominantes.
r Pour remplir la première indication, il faudra commencer (et ce n'est pas toujours œuvre facile) par démêler avec tact et persévérance la cause du mal, les conditions qui le favorisent et l'entretiennent. Il faudra étudier le milieu familial, en pénétrer les desiderata, scruter l'hérédité, tenir le plus grand compte des demi-aveux, dessous-entendus échappés dans un moment de désespérance et pouvant mettre sur la voie d'un traitement causal ; sans cela toute intervention directement opposée à la maladie demeurera lettre morte.
C'est dans ce traitement pathogénique. dans cette soustraction du malade aux préoccupations qui l'obsèdent, que le rôle du médecin sera particulièrement délicat ; bien souvent il devra faire dans les familles œuvre extra-médicale, combattre un système d'éducation défectueux, modifier une situation tendue, affranchir le patient d'une habitude vicieuse,» faire participer à la cure un entourage quelquefois méfiant ou mal disposé. Il faut, en un mot, dérober le malade par tous les moyens
1 Voy. Lemoine ; Annales médico-psyeholoç/iques, septembre 188S: Hirt; Wien. med. Pr., 1889, n° 36; Ziemssen ; Union médicale, 21. mars 1889; Pétkina ; Prag. med. Woch., 11 septembre 1889; Holst ; 3e édition, Stuttgard, 1891.
possibles aux influences pernicieuses (surmenage, préoccupations, excès) qui ont pu venir en aide à la prédisposition.
C'est par les mômes procédés qu'on fera la prophylaxie de la névrose chez tout sujet dont les tendances personnelles ou héréditaires feraient un candidat à la neurasthénie.
•>° Le fond neurasthénique est tout d'abord justiciable d'une hygiène sévère et d'un traitement moral.
Il importe avant tout que le médecin prenne autorité sur son malade et lui persuade qu'il n'est atteint d'aucune lésion organique, que rien ne s'oppose dès lors à une guérison radicale. Pareille persuasion n'est point difficile à obtenir, car le neurasthénique ne demande qu'à être rassuré ; mais il faut encore tenter de la maintenir. Une attitude ferme et bienveillante en même temps, l'audition patiente et apitoyée de... quelques-uns des troubles si variés sur la description desquels l'imagination du neurasthénique n'est jamais en défaut, un examen minutieux de tous les organes, aideront à capter la confiance du sujet, à acquérir son adhésion et sa collaboration au traitement. — Une fois en possession du malade, et pour combattre l'asthénie psychique, il faudra lui imposer une direction, lui tracer une voie dans laquelle on maintiendra avec fermeté sa volonté chancelante, mesurer et accroître progressivement sa part de responsabilité, en un mot le forcer peu à peu à s'occuper et à vouloir.
Un môme traitement hygiénique ne saurait convenir à toutes les formes : aux neurasthéniques cérébraux on conseillera l'exercice, la marche, sans redouter môme un certain degré de fatigue physique ; aux asthéniques médullaires, le repos au contraire conviendra davantage. Dans tous les cas, la distraction, les voyages, l'habitat à la campagne, un séjour d'hiver dans un climat tempéré, remplissent d'utiles indications.
L' hydrothérapie1 constitue la médication par excellence de la névrose. Administrée sous forme excitante [douches, bains de mer) dans les formes exclusivement dépressives, sous forme calmante (lotions, frictions, drap mouillé, immersions froides, bains prolongés) chez les neurasthéniques excitables, elle donnera les meilleurs résultats, à condition de .persévérer longtemps dans son emploi. On y joindra, l'été, un séjour à l'une des stations thermales suivantes : Néris, Luxeuil, Royat, Saint- Sauveur-, Lamalou, Ragatz, Evian, Rigorre, ou dans un établissement spécial d'hydrothérapie : Champel, Rrioude, Divonne, Lafoux, Saint- Didier.
L'électricité a été utilisée dans ses divers modes d'application. On a successivement préconisé la franklinisation (Vigouroux), le tabouret
1 Voy. Bottey ; Revue d'hygiène thérapeutique, février 1892.
2 Notre distingué confrère I2 docteur Sabail, de Saint-Sauveur, nous a communiqué un curieux travail de Glauzure (d'Angouléme), paru en 1867 et par conséquent antérieur aux premiers travaux de Beard, sur le traitement de l'épuisement physiologique, physique et moral » par les eaux de Saint-Sauveur.
électrique, les bains électriques. Dans les cas de manifestations localisées, on s'est bien trouvé du souffle électrique, de l'étincelle, des frictions électriques. Beard et Rokwell ont conseillé la faradisation et la galvanisation générale contre certains symptômes, la céphalée en particulier' .
Weir Mitchell 2 a proposé, pour les formes graves, une méthode rigoureuse de traitement, que Levillain résume de la manière suivante: « Elle consiste dans l'association de plusieurs moyens : 1° isolement ; 2° repos (décubitus dorsal, complète inaction musculaire, silence) ; 3" massage ; 4° électrisation localisée (celle-ci n'est pas indispensable) ; 5° suralimentation : d'abord diète lactée, puis aliments de plus en plus abondants et surtout gras (huile de foie de morue, vin de Champagne et eau-de-vie à petites doses, café, extrait de malt); 6° médicaments internes : aloès, fer, etc.»
La nécessité de Y isolement* dans les formes un peu intenses de la névrose est aujourd'hui universellement admise. Nous avons vu quelle est, sur la marche de l'affection, l'influence désastreuse habituelle du milieu familial ; il importe de rompre le charme, de soustraire le malade à ce milieu nocif où la névrose se cultive et se communique, et même d'interrompre passagèrement toute relation avec ce milieu. Ce mode de traitement, cruel en apparence et souvent inaccepté, donne toujours, quand on l'applique, une amélioration plus ou moins durable, sinon la guérison. Nous verrons dans un instant quels sont les moyens pratiques de le réaliser.
Le traitement médicamenteux de la neurasthénie comprend surtout des agents toniques : fer (Gharcot utilise la teinture de mars tartarisée, à la dose de dix gouttes matin et soir), quinquina, kola, coca, huile de foie de morue, — et des calmants du système nerveux : bromure de sodium, valérianate d'ammoniaque *, etc.
Trois grandes méthodes, émanant de conceptions théoriques parallèles et utilisant toutes trois la voie hypodermique, ont été proposées ces derniers temps et se partagent la faveur des praticiens : ce sont les injections du suc testiculaire (séquardisme), les injections de substance cérébrale, et les injections de sérum artificiel.
Brown Sequard a été le grand promoteur de cette méthode générale
1 Robinson (The Journ. of ment, dis., janvier 1893, n° 1, pag. 33) applique surtout l'électrisation aux formes cérébrales, caractérisées parla céphalée, la tendance constante aux préoccupations, et une dépression intellectuelle très marquée ; il conseille l'électricité statique et, en cas d'insuccès, la galvanisation à courants fréquemment interrompus, opérée à l'aide de larges électrodes appliquées à la région lombo-spinale.
2 Weir Mitchell ; loc. cit.
3 Voy. Burkhart ; Volkmann's Samml., 8 octobre 1884,— et Berl. kl. WocA., 1887, XXIV, pag. 45-
4 De Fleury ; Association française pour l'avancement des Sciences, in Semaine médicale, 12 août 1893, pag. 387.
Grasset, 4e édit., tom. II. 27
des injections de substances organiques dans le traitement des maladies nerveuses ; il est parti de cette idée «qu'on peut trouver dans les tissus d'animaux une sorte d'essence de virilité, une leucomaïne tonique, susceptible de produire, à doses extrêmement faibles, autant d'ell'et ulilc que peuvent en produire de mauvais les ptomaïnes morbides et toxiques». Nous avons déjà trouvé des applications de cette théorie, en particulier aux chapitres de l'ataxie et de la maladie de Basedow.
Brown Sequard a proposé les injections de suc testiculaire dans le traitement de la neurasthénie, Constantin Paul les injections de substance grise ; enfin Crocq (de Bruxelles) et plusieurs autres auteurs ont utilisé les propriétés toniques des injections de phosphate de soude '.
Cette question estsi grosse d'intérêt théorique et pratique, et, d'autre part, la solution en est encore, à l'heure actuelle, si discutée, que nous nous bornons à signaler ces diverses méthodes sans y consacrer des développements qui nous entraîneraient beaucoup trop loin.
3. On ne néglige pas, enfin, le traitement des symptômes prédominants. traitement banal et qui n'a rien de particulier à la neurasthénie.
Contre l'insomnie, on administre le chloral, le sulfonal, l'extrait d,î cannabis, le bromidia ; Charcot a trouvé dans ce symptôme une application de sa méthode vibratoire -.
Les troubles gastro-intestinaux seront justiciables du traitement
1 Voy. sur la méthode des injections de liquides organiques en général : Éloy ; Traité, i8g3;
Melville ; Traité, 1893.
Sur les injections de suc testiculaire, ou Séquardisme : Brown Sequard ; Société de Biologie, 1 juin 1889 ;
Brown Sequard et d'Arsonval ; Société de Biologie et Archives de Physiologie, 1889 à i8g3 ; Poehi. ; Académie des Sciences, 11 juillet 1892 ;
Voy. aussi nos citations (Depoux, Peter, Dauriac, Dufournier) au chapitre de l'ataxie locomotrice (pag. 58;).
Sur les injections de substance grise (5 cent, cubes d'une solution au dixième de substance grise de mouton, stérilisée par l'acide carbonique) :
C. Paul; Académie de Médecine, 16 février 1892, 25 avril et 6 juin i8g3 ;
D'Arsonval ; Ibid., 23 février 1892 ;
BabeS; La Roumanie médicale, 1893, I, pag. 28;
Éloy; Revue générale de clinique et de thérapeutique, 3 mai 1893, pag. 277; Tomerco ; Dent. med. Woch., 23 mars 1893, n° 12, pag. 279. Sur les injections de phosphate de soude (solution à 4 % dans de l'eau de laurier-cerise) :
Francotte ; Annales de la Société médico-chirurgicale de Liège, 1893; — et Revue Neurologique, 3o avril 1893, n° 8, pag. 191 ; Huchard ; Société de thérapeutique, 10 mai 1893.
Mentionnons enfin l'opinion récemment exprimée par Massalongo (Ri forma medica, février i8g3, et Revue Neurologique, 3i mars i8g3, n0' 5-6, pag. i3o), qui dénie à ces diverses injections toute efficacité réelle, et conclut purement et simplement à une action suggestive.
2 Charcot; Semaine médicale, 20 juin 1892, pag. 289, — et Progrès médical, 27 août 1892.
habituel de la dyspepsie dans ses diverses formes. S'il y a dilatation avec hyperchlorhydrie, on administrera les excitants des tuniques et de la sécrétion gastrique (noix vomique, bicarbonate de soude, eau de Vichy chaude) ; en même temps on combattra les fermentations (lavage de l'estomac) ; on veillera à l'antisepsie du tube digestif (benzo-naphtol) : on combattra la constipation par l'usage quotidien de laxatifs doux et fréquemment alternés (cascara, podophylle, belladone, laxatifs huileux, graine de lin, poudres alcalines) ; on calmera la douleur (eau chloroformée saturée dédoublée! ; enfin, on maintiendra l'abdomen, dans les cas de ptôse par le port habituel d'une ceinture hypogastrique, etc. — Dans le cas d'hyperchlorhydrie, on donnera des alcalins à haute dose, etc., etc.
L'angor neurasthénique est surtout justiciable des antispasmodiques et des calmants ; il ne contre-indique en aucune façon l'emploi de l'hydrothérapie.
Dans le traitement des diverses topoalgies (glossodynie, coccygodynie, algie mammaire, etc.*, Blocq a conseillé de «provoquer, au niveau de l'endroit où est ressentie la douleur, une sensation pénible et relativement durable, estimant que cette douleur, artificiellement créée, se superposant à la douleur subjective spontanée, s'y substituera et que, grâce à cette mobilisation temporaire, celle-ci finira par disparaître j . On pourra utiliser les pointes de feu et vésicaloires, le balai électrique, les pulvérisations de chlorure de méthyle, etc.
Nous ne citerons que pour les condamner les diverses tentatives chirurgicales (ablation de l'utérus ou de ses annexes) réalisées en vue de combattre certaines localisations neurasthéniques. L'intervention chirurgicale ne sera légitime que lorsqu'elle aura en vue une lésion manifeste et dûment palpable, dont la persistance semblejouer un rôle dans l'évolution de la névrose.
Il nous paraît utile, en terminant cette étude, de mettre en garde contre une tendance malheureusement trop fréquente chez ceux qui sont appelés à traiter la neurasthénie: l'abus et la complexité des moyens thérapeutiques. La diversité des manifestations névrosiques porte naturellement, en effet, à multiplier les médications, et cela bien souvent au grand détriment du malade. On doit se constamment prémunir contre un pareil excès et éviter par-dessus tout de joindre le surmenage thérapeutique aux circonstances nocives qui entretiennent la maladie.
ARTICLE II
Maladies des Nerfs moteurs et mixtes — Névroses
motrices.