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CHAPITRE XI

La catalepsie 2 est une névrose l'orl curieuse, encore très obscure, que les uns considèrent comme une maladie, d'autres comme un symptôme, dont certains nient l'existence en dehors de l'aliénation mentale. Elle est caractérisée cliniquement par la suspension des manifestations intellectuelles et volontaires, et surtout par l'aptitude qu'ont les muscles de la vie de relation à garder les attitudes qu'on leur imprime.

Vaguement entrevue par Hippocrale, elle est décrite par Galien, qui en donne la première observation. C est Asclépiadede Bithynie (100 ans avant Jésus-Christ), et surtout Cœlius Aurelianus, qui ont employé les premiers le mot catalepsie (zaTâ^t;, de xaTaiapSâ-jew, saisir) ; ce mot rappelle le saisissement qui s'empare des malades au moment de leur crise et les immobilise.

Rotter; Deut. med. Woch., i8g3, n° 7, pag. 102;

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La catalepsie en tant que manifestation nerveuse isolée, spontanée et dégagée des associations névrosiques auxquelles elle est d'habitude intimement liée (léthargie, somnambulisme), en dehors par conséquent de l'hypnotisme proprement dit, mérite d'être conservée, sinon comme une espèce morbide à part, du moins comme un syndrome bien caractérisé, auquel nous conserverons la place et les développements qui lui avaient été consacrés dans nos précédentes éditions.

Brissaud, qui a publié récemment (Semaine médicale, 22 mars i8g3, pag. 125) une remarquable observation de catalepsie survenue au cours du mal de Bright, préfère le terme d'« attitudes cataleptoïdes », réservant le mot de catalepsie aux phénomènes de même ordre que l'on observe, dans l'hypnose.

Etiologie. — La catalepsie appartient à la famille des grandes névroses que l'on peut appeler constitutionnelles, et qui, comme l'hystérie, l'épilepsie et l'aliénation mentale, contractent entre elles des rapports très étroits. C'est là le premier fait éfiologique à mettre en lumière, et tout d'abord nous montrerons les relations de la catalepsie avec l'aliénation mentale et l'hystérie.

L'aliénation mentale a des rapports si intimes et si fréquents avec la névrose que nous étudions, qu'un aliéniste éminent, le professeur Cavalier, affirmait que les deux choses marchent toujours ensemble, et qu'il n'avaitjamais vu un cataleptique qui ne fùtpas aliéné. Nous croyons que la proposition ainsi formulée est exagérée ; mais enfin la coïncidence est extrêmement fréquente.

Les formes d'aliénation qui s'allient le plus souvent avec la catalepsie sont les formes lypémaniaques. L'élément stupeur est déjà presque un état semi-cataleptique. Toutes les fois que le délire est dépressif, avec des idées de persécution par exemple, tout le monde a remarqué l'immobilité fréquente du sujet, le manque d'expression de ses traits, la lenteur et la difficulté de ses réponses, en général monosyllabiques (catatonie).

On a bien aussi observé quelquefois la catalepsie dans des cas de manie ; mais c'est rare, et le plus souvent c'est dans les formes dépressives qu'on la constate.

D'autre part, en se plaçant à un autre point de vue, on remarque que l'étal mental des cataleptiques est rarement dans une intégrité absolue. Souvent le délire précède ou suit l'attaque de catalepsie. La malade de l'hôpital Cochin ', dont on a tant parlé, avait des hallucinations.

Quelquefois les troubles dans l'état mental prennent des proportions considérables ; d'autres fois, ils sont réduits : l'intelligence a peu d'étendue, elle est susceptible de peu de développement, ou bien elle présente des lacunes ; ou encore les sujets ont une impressionnabilité extrême, offrent le caractère des hystériques, etc.

Les rapports de la catalepsie avec l'aliénation mentale et avec les troubles psychiques sont donc intimes. Mais on ne peut pas dire pour cela que tous les cataleptiques soient aliénés. Nous avons observé nous-mêmeà l'hôpital Saint-Éloi, en 1870, un caporal cataleptique dont on trouvera l'observation dans la Thèse de Louis2, et qui n'était nullement aliéné.

A côté de l'aliénation mentale est ïhystérie. Très souvent la catalepsie est précédée ou suivie de divers phénomènes hystériques ; elle est une véritable manifestation de l'hystérie. On trouvera le type de ces associations chez la malade de Cochin, qui avait eu de l'anurie et des

1 Archives de Médecine, octobre 1875 et mars 1877.

2 Louis ; Thèse de Paris, 1875.

vomissements, la boule, les attaques convulsives, etc., avant de présenter la catalepsie.

Quoique l'on puisse quelquefois invoquer cette névrose, même dans les cas où la catalepsie s'observe chez l'homme, cependant les cataleptiques ne sont pas toujours hystériques, comme le voulait Lieulaud.

Les autres névroses se rencontrent moins souvent. Sauvages a décrit l'histoire d'une malade curieuse, chez laquelle il y avait somnambulisme et catalepsie. L'attaque commençait par la catalepsie ; puis survenait le somnambulisme, puis encore la catalepsie, et enfin la malade se réveillait sans se rien rappeler.

L'extase est un état très voisin de la catalepsie à certains points de vue, et les deux névroses peuvent se trouver mêlées.

L'épilepsie peut aussi avoir des rapports, soit que l'attaque d'épilepsie se termine par la catalepsie, soit que les attaques d'épilepsie et de catalepsie alternent.

Le tétanos, qui, d'un certain côté, n'est qu'un degré de plus de la catalepsie, la complique quelquefois (?).

Favrot parle d'un sujet chez lequel la chorée et la catalepsie se remplaçaient, l'une le jour et l'autre la nuit.

Enfin, on peut voir plusieurs de ces névroses se superposer chez le même sujet, comme chez ce malade de Mesnet, qui cumulait l'hystérie, la catalepsie, l'extase etlesomnambulisme. Tantil est vrai que la plupart de ces névroses ne sont en réalité que des manifestations, des actes morbides.

D'après ce que nous venons de dire, l'étiologie seconde se confond naturellement avec les causes de l'hystérie, de l'aliénation mentale et de toutes les névroses ; nous n'avons pas à y insister. En dehors de cela, il y a une grande obscurité dans la connaissance des causes.

L'hérédité joue un certain rôle. Sauvages cite deux sœurs cataleptiques, et Millardet deux frères jumeaux.

Comme âge, cette névrose est rare chez les enfants 1 et chez les vieillards ; c'est une maladie de la jeunesse, elle éclate en général avant 3o ans.

Au point de vue du sexe, il paraît incontestable que les femmes sont plus souvent atteintes, quoique, comme le dit Linas, toutes les statistiques ne le démontrent pas. Mais la fréquence de l'hystérie et des épidémies de névroses chez la femme rend cette prépondérance inévitable. — De même, le tempérament nerveux est un élément de prédisposition.

Linas montre que toutes les professions peuvent être atteintes.

1 Jacoby (loc. cit.) a récemment publié un cas de catalepsie, ayant duré un mois et survenue à la suite d'une lièvre typhoïde compliquée de coqueluche, chez un enfant de 3 ans. — Monti aurait relevé, au dire de l'auteur, n cas chez des enfants entre 5 et i5 ans.

Cependant la fréquence la plus grande des cas serait pour les religieux, les étudiants et les soldats.

Toutes les affections psychiques déprimant le moral prédisposent à la catalepsie, comme du reste à toutes les névroses. Ainsi agissent les revers de fortune ou d'amour, l'exaltation religieuse, etc. Les impressions vives, les émotions, sont surtout des causes occasionnelles du développement de la maladie. Jones a vu un homme frappé à l'occasion de la mort subite de sa femme ; Rosenthal, après une frayeur intense.

Les excès de table ou quelquefois le simple travail de la digestion peuvent provoquer la crise : c'était le cas de ce malade de Puel dont les accès venaient toujours après le repas et variaient d'heure quand il changeait le moment de son dîner. — Les vers intestinaux peuvent encore être le point de départ de la catalepsie.

D'après Eulenburg, les traumalismes et les influences atmosphériques ont été des causes déterminantes dans quelques cas. Jamieson a vu une attaque de catalepsie survenir après un coup violent sur la jambe; antérieurement le sujet avait eu une première attaque de la névrose à la suite d'une frayeur. D'après Hartmann, la maladie a débuté à la suite d'un abcès puerpéral du sein.

La foudre peut aussi jeter les sujets dans un état analogue à la catalepsie, et cet état persister môme après la mort. Tout le monde connaît les huit moissonneurs de Cardan, qui furent foudroyés pendant qu'ils prenaient leur repas sous un arbre, et qui conservèrent tous l'attitude qu'ils avaient au moment de la mort. Ainsi que le fait remarquer Linas, la peur peut quelquefois agir au moins autant que la foudre, comme chez deux domestiques frappés de catalepsie aux deux bouts de Genève au moment où éclata un violent coup de tonnerre.

L'influence des maladies générales a été peu étudiée. Elle est réelle cependant. Le professeur Combal cite un cas qui était sous la dépendance de la goutte. La malaria a été notée par Boerhaave, Dionis, etc. La catalepsie peut même alors être guérie parle quinquina. Linas, qui cite ces faits, ajoute que la chose est toute naturelle pour ceux qui regardent la fièvre intermittente comme une névrose. Il n'est pas nécessaire d'adopter cette hypothèse pour admettre et comprendre la manifestation cataleptique du paludisme. Une maladie générale, une intoxication, une diathèse, le paludisme, peuvent se manifester par une névrose, comme la catalepsie, sans que les accès de fièvre classiques soient eux-mêmes de la nature des névroses.

Landry a vu la catalepsie succéder à un rhumatisme articulaire aigu, Taupin à une fièvre typhoïde, Rostan à une pneumonie ; Brissaud et Lamy l'ont vue survenir au cours du mal de BrightV

Un fait curieux dans l'étiologie de la catalepsie est la contagion : on

1 Brissaud et Lamy ; Gazette hebdomadaire, 1890, pag. 367 ; Brissaud ; loc. cit.

Grasset, 4e édit., toni. II.

a observé de véritables épidémies de celte névrose. La simulation peut très bien en imposer dans certains cas, mais la contagion nerveuse est en dehors de ces faits. Les grandes épidémies convulsives du moyenâge, des xvic, xviib et xvme siècles, présentaient toutes les névroses et toutes les vésanies réunies, et parmi elles on rencontrait très souvent la catalepsie. — Il est, du reste, inutile d'insister sur le récit de ces faits, que l'on trouvera aujourd'hui partout.

Dans notre deuxième édition, nous parlions ici de la catalepsie artificielle ou provoquée; comme nous consacrons un chapitre spécial à l'hypnotisme et aux diverses formes de sommeil provoqué, nous supprimons ici ce paragraphe, qui se trouvera plus loin avec plus de développements.

Symptômes. — On observe rarement des prodromes. Quand il y en a, ce sont les prodromes ordinaires de l'attaque d'hystérie : céphalalgie, vertiges, douleur épigaslrique, constriclion à la gorge, palpitations, bâillements, soupirs, troubles de la vue, crampes, fourmillements, etc. — Il n'y a, du reste, pas de règle fixe pour l'apparition et la nature de ces phénomènes.

Le plus souvent, le début est absolument brusque, coïncidant fréquemment avec le moment d'une émotion vive. Le sujet est alors saisi au milieu de ses occupations habituelles et est subitement immobilisé dans la situation même, quelle qu'elle soit, qu'il a au moment de l'attaque.

Ainsi, Tissot cite une petite fille de Sans qui, vivement choquée un jour de voir sa sœur saisir avant elle à table un morceau qu'elle désirait, tomba en catalepsie et resta raide, le bras ainsi étendu vers le plat, pendant une heure. C'est bien là le saisissement qu'exprime le mot y.a.Tâ\-n^tç. Henry François a vu un militaire qui, au milieu d'une querelle avec un camarade, saisit une bouteille pour le frapper et reste tout d'un coup immobile, raide, sans mouvements, le bras en l'air. Fehr parle d'un magistrat qui, injurié au milieu de son réquisitoire, demeure muet, la bouche béante, les yeux ouverts et menaçants, et le poing tendu vers l'insulteur. Un homme, observé par Frank, fut pris en montant une échelle; un autre en jouant aux cartes. Boerhaave a vu un malade pris en saluant son médecin qui s'en allait. — Toujours le malade est immobilisé au milieu même d'un mouvement inachevé.

Pendant l'attaque même, stipitis ou trunci instar mortui rita jacens, le sujet est inanimé comme un arbre, gisant comme un mort, disaient les anciens Et, en effet, c'est une sorte de mort apparente. Il y a immobilité et raideur, avec conservation presque indéfinie delà position dans laquelle l'accès a surpris le malade.

Si l'on saisit alors ses membres, on éprouve à les fléchir une demirésistance ; ce n'est ni la flaccidité d'un membre paralysé, ni la rigidité d'un muscle toniquement convulsé. Les membres se laissent gouverner

comme de la cire molle (flexibilitas cerea) ; c'est là l'expression classique, qui est très exacte.

On fléchit la cuisse sur le bassin, la jambe sur la cuisse ; on en fait autant de l'autre côté. On fléchit le bras de diverses manières. Le malade reste dans cet état, ne reposant quelquefois que sur le dos, sur la partie inférieure du tronc, dans la position la plus grotesque et la plus fatigante; il ne bouge pas et reste là très longtemps, sans présenter de fatigue ni de relâchement musculaire.

Si on veut le faire changer de place, on le pousse : il glisse comme une masse inerte.

Les muscles de la face sont eux-mêmes immobilisés, d'où la persistance d'une expression donnée, celle qu'avait la figure a", moment de l'attaque. Les yeux sont ouverts et fixes.

Toutes les sensibilités sont abolies. On peut piquer, couper, brûler : rien n'est senti. L'intelligence, la conscience et le souvenir ont complètement disparu.

C'est ainsi que les choses se passent, du moins dans les attaques complètes ; mais, en même temps, le poumon respire normalement, quoique lentement. Le pouls conserve son rythme, en perdant quelquefois un peu de sa fréquence, etles fonctions digestives peuvent s'accomplir avec une régularité parfaite.

Souvent aussi l'attaque est plus ou moins incomplète, fruste. Quelques-uns des caractères indiqués manquent, ou sont réduits, ou atténués. Ainsi, la rigidité caractéristique existe, mais épargne certains muscles. La face peut rester indemne ; les sujets remuent encore les yeux, les paupières : palpebrant œgrotantes, disait Cœlius Aurelianus. D'autres ont la liberté de leurs mains. Chez certains, il y a une raideur hémiplégique, ou même plus restreinte, à un seul membre par exemple.

Pour la sensibilité aussi, il peut y avoir des immunités variées et plus ou moins bizarres. Certains malades se remuent quand on les touche, perçoivent les sensations de contact ou de chaleur, etc. D'autres voient les personnes et les objets qui les entourent, le plus souvent sans les reconnaître; ils clignent de l'œil à l'approche d'un objet.

D'autres encore ont le sens de l'ouïe conservé ; ils reconnaissent les personnes à la voix, manifestent par leurs larmes et par l'expression de leur physionomie qu'ils entendent ce qu'on leur dit et regrettent de ne pas pouvoir répondre. Tulpius parle du fait curieux d'un cataleptique qui demeura dans l'attaque jusqu'à ce qu'on eût crié à ses oreilles qu'on lui accordait ce qu'il désirait.

L'odorat et le goût peuvent aussi être conservés. Ainsi, si l'on présente une odeur agréable, certains sujets font de larges inspirations pour en jouir; si elle est au contraire fétide, ils cherchent à l'éviter. De même pour les saveurs.

Dans quelques cas plus rares, on a noté de l'hyperesthésie. Dans un

fait de Lasègue, il y avait anesthésie d'un côté et hyperesthésie de l'autre.

L'intelligence est quelquefois conservée. Les sujets regrettent de ne pas pouvoir répondre, l'expriment par leur figure pendant l'attaque ou même en parlent après. Une malade de Favrot disait après l'attaque : a II m'était impossible de bouger; on aurait approché de moi un fer rouge que je n'aurais pu m'éloigner ». La volonté est donc intacte, mais l'instrument manque pour l'exécution.

Rosenthal a examiné dans deux cas la réaction électrique : dans l'un elle était normale, dans l'autre il y avait augmentation manifeste de la contractilité électro-musculaire et de l'excitabilité galvanique des troncs et plexus nerveux. Chose remarquable : chez ce sujet, qui avait une flexibilité cireuse très marquée, l'attitude obtenue par l'excitation faradique de ses extenseurs ou de ses fléchisseurs du bras, ou par la galvanisation des nerfs correspondants, disparaissait dès qu'on cessait l'électrisation, et la main reprenait la position qu'elle avait avant. Benedikta constaté que l'excitabilité galvanique était augmentée dans les nerfs ; l'excitabilité faradique du muscle était plutôt diminuée.

La température a été prise avec soin chez le malade que nous avons observé à l'hôpital Saint-Éloi et dont nous avons déjà dit un mot. Il eut : 38°, g le matin de l'attaque; 37°, 8 le soir; 3o,° et 38° le lendemain; puis 38° et 38°, 6; 37°, 6; 37°, 4; 37°, 5 : le retour à l'état normal était complet. C'est là un fait intéressant. La majorité des auteurs, au contraire, Skoda entre autres, parle plutôt de refroidissement dans l'attaque, d'une diminution de température pouvant aller, disent-ils, jusqu'au froid de cadavre. Pau de Saint-Martin a cependant constaté une augmentation de deux ou trois dixièmes de degré.

Nous ne parlerons pas des phénomènes extraordinaires signalés par quelques auteurs, comme la vision et l'ouïe s'exerçant par le creux de l'estomac ou par le bout des doigts. Leur constatation n'est pas suffisamment scientifique.

La fin de l'attaque est souvent brusque. Le malade reprend ses sens, la faculté de mouvoir ses muscles, etc., et achève quelquefois même, alors, la phrase et le mouvement interrompus par l'attaque.

Ainsi, Lacassagne a observé un camarade de collège qui fut pris d'un accès au moment où il prononçait le mot charivari; le mot fut prononcé en deux fois, avec un intervalle de deux heures entre la troisième et la quatrième syllabe ; le même sujet, jouant des morceaux de piano à quatre mains, était fréquemment arrêté par un accès ; ses mains restaient en l'air et retombaient demi-heure ou une heure après, pour reprendre le morceau à l'endroit précis où il l'avait laissé. Une dame de Lyon, observée par Peletin, surprise par un accès au milieu d'une conversation, termina en s'éveillant, trois heures après, la phrase qu'elle avait commencée.

D'autres fois, la terminaison est moins brusque ; on observe des

bâillements, des soupirs, un engourdissement, beaucoup de fatigue, et tout rentre dans l'ordre. Du reste, quand l'attaque a été complète, le sujet ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant la crise.

La Durée de l'attaque est essentiellement variable, depuis une ou deux minutes jusqu'à six mois. Les faits de cette dernière durée sont, du reste, exceptionnels; ils sont en général composés d'une série d'accès, avec des intermissions de durée et d'intensité variables.

L'intervalle des attaques peut varier dans les mêmes proportions. Les symptômes, dans ces périodes intercalaires, changeront naturellement avec les maladies mêlées à la catalepsie ; ils peuvent être nuls, ou bien correspondre à l'hystérie, etc.

La Marche de la maladie, dans son ensemble, est longue en général et presque toujours chronique. Il n'y a d'exception que pour les faits rares dans lesquels le traumatisme joue un certain rôle, ou bien qui sont sous la dépendance de la malaria. Le nombre des accès est, du reste, variable pendant le cours total de la maladie. La malade de Baron en eut 740 en deux ans, et celle de Puel 1200 en trente mois.

La Terminaison est, en général, la guérison. Elle peut arriver sans incident spécial ou être amenée par divers incidents, le retour des règles supprimées, par exemple. Dans un cas, elle a coïncidé avec une épistaxis. Quelquefois la maladie se transforme en d'autres névroses, ou, pour mieux dire, d'autres manifestations du même état morbide se substituent à la précédente.

Certains auteurs admettent une terminaison possible par la mort. Mais Linas déclare que cette^assertion ne s'appuie sur aucun fait vraiment démonstratif.

Nous devons aborder maintenant l'étude moins précise et moins concluante de I'Anatomie et de la Physiologie pathologiques de cette névrose.

Les autopsies sont peu nombreuses et ne sont pas concordantes. Des observations déjà anciennes ont montré des troubles circulatoires et œdémateux dans le cerveau, ce qui a fait conclure à Bourdin que l'altération anatomique la plus fréquente serait l'augmentation de sérosité ou l'hydropisie du cerveau.

Nous citerons aussi deux faits plus récents. Dans un cas de Schwarz, il y avait hydropisie cérébrale et ramollissement de la couche optique et du corps strié, surtout à gauche ; de plus, à la face postérieure de la moelle, depuis la région cervicale jusqu'à la région lombaire, une substance d'un brun rougeâtre, gélatineuse, recouvrait la dure-mère et y adhérait par places. Dans le fait de Meissner, on trouva dans la fosse cérébrale antérieure, au-dessus de l'ethmoïde, un épithélioma partant de la dure-mère ; le tiers antérieur de l'hémisphère droit était

fortement ramolli jusqu'au niveau de l'écorce, ainsi que la partie externe du corps strié droit.

Mais, d'autre part, il y a des observations de Rostan, de Lasègue, etc.. dans lesquelles on n'a trouvé aucune espèce de lésion.

La catalepsie reste donc, jusqu'à nouvel ordre, une névrose.

Quelle est maintenant la physiologie pathologique de ce syndrome bizarre? Quel est le siège probable (le cetle névrose? — En tous cas, quelle que soit la conclusion à laquelle nous arriverons après ce court exposé, il ne faut pas s'y attacher d'une manière trop absolue, ni surtou! faire comme Baron, qui. attribuant la catalepsie à une accumulation do matière crasse dans le cerveau, faillit, à cause de sa théorie, faire trépaner un individu cataleptique qui guérit bientôt après.

La catalepsie est tout d'abord un trouble essenliellement musculaire. Quelle en est la nature intime ? Ce n'est ni une paralysie ni une convulsion ordinaires ; c'est un élat spécial, tout à fait à part, du système musculaire.

Cet état ne doit pas être confondu avec la contraction ; il est même indépendant de la contraction, puisque l'immobilité s'obtient et se maintient à n'importe quel degré de contraction et de raccourcissement. C'est, en réalité, une exagération de la force de situation fixe de Bai lliez.

Chacun connaît le fait classique et souvent cité de Milon de Crotone, maintenant ses doigts fermés sur une grenade avec une force telle que personne ne pouvait lui faire ouvrir la main, et cependant ne broyant pas la grenade par un excès de contraction, immobilisant par suite avec une grande énergie ses muscles à un degré voulu de raccourcissement. S'il avait résisté par une contraction énergique des fléchisseurs, avec une tendance continuelle au raccourcissement, il aurait infailliblement brisé le fruit quand l'effort opposé venait à cesser ; ce qui n'arrivait pas. — Il déployait donc là, non pas sa force de contraction, mais sa force de situation fixe.

Nous appelons ainsi, après Barthez, la force que chacun de nous a d'arrêter un muscle à la longueur qu'il veut et de le fixer là avec énergie. — La catalepsie est l'exagération de cette force de situation fixe, développée au point de lutter contre la pesanteur et de la vaincre.

Voilà tout ce qu'on peut dire, à notre sens, sur la physiologie de cetle névrose.

Les auteurs contemporains vont plus loin : ils comparent l'état cataleptique à l'état des animaux écervelés, chez lesquels la volonté ne s'exerce plus, à cause de l'ablation des hémisphères. Dans la catalepsie, dit Rosenthal, il y a résistance anormale à la transmission dans les ganglions moteurs et dans la couronne rayonnante, qui part de l'écorce et donne l'impulsion aux racines antérieures; l'excitation volontaire étant alors réduite au minimum, aucune résistance ne sera plus opposée aux excitations réflexes.

D'abord, le fait de celle interruption et de cette résistance exagérée

n'est prouvé par rien : ni par les expériences chez les animaux, dont l'état, après l'ablation des hémisphères, ne ressemble guère à la catalepsie ; ni par les autopsies, comme celle de Schwartz et de Meissner, que nous avons citées.

Déplus, en supposant la chose possible, l'interruption d'action cérébrale et l'exagération des réflexes qui en est la conséquence ne reproduisent en rien un état analogue à la catalepsie. Chez un malade paraplégique, avec myélite diffuse transverse, l'action cérébrale ne s'exerce plus sur les jambes, les réflexes sont exagérés au-dessous de la lésion, et l'état des membres inférieurs ne peut en rien être comparé à la catalepsie.

L'élat cataleptique est donc un état à part; c'est l'exagération de celte force de situation fixe que nous verrons tout à l'heure affaiblie, au contraire, dans une autre névrose, la paralysie agitante. Quant au siège et au point de départ de cette altération, l'état actuel de la science nous empêche de formuler même une hypothèse plausible.

Le caractère essentiel pour le Diagnostic est l'état des muscles tel que nous l'avons décrit.

On distingue cette névrose du tétanos et des différentes espèces de contractures par la flexibilité de cire des muscles et la faculté qu'on a à changer la position des membres chez le cataleptique. L'hystérie coïncide souvent avec la catalepsie; on la reconnaîtra par les autres phénomènes hystériques, qui sont faciles à discerner. L'apoplexie, le coma, la léthargie, la narcolepsie, la maladie du sommeil (sleeping dropsy), entraînent la résolution des muscles: les membres soulevés retombent inertes. Dans la syncope, il y a arrêt des battements du cœur.

Le diagnostic différentiel de la rigidité cadavérique et de la mort réelle a une importance capitale : on aurait, dit-on, enterré comme mortes de simples cataleptiques. — La rigidité cadavérique une fois surmontée ne peut renaître, ce qui est un signe essentiel. On ne peut pas imposer à un mort une attitude donnée et la lui voir garder presque indéfiniment. De plus, il y a l'absence du pouls, le silence du cœur, etc.

Enfin il faut savoir se tenir en garde contre la catalepsie simulée soit par des aliénés, soit par mauvais vouloir, soit par tout autre motif. Dans ces cas, les sujets soutiennent difficilement leurs membres dans une position pénible, ils n'y parviennent que pour peu de temps, au prix de contractions musculaires énergiques dont on peut s'apercevoir, et avec des signes d'une extrême fatigue. De plus, il est fort difficile de simuler l'anesthésie absolue.

Le Pronostic est sans gravité pour la vie. La maladie ne pourrait tuer que par des complications. — Mais c'est toujours une affection sérieuse, qui prouve chez le sujet qui en est atteini un état de nervosisme

intense, dont les manifestations pourront varier ultérieurement, mais disparaîtront difficilement.

Cette névrose aggrave, d'après Linas, le pronostic des maladies auxquelles elle s'ajoute; elle entrave notamment la marche et le traitement de l'hystérie, et imprime une marque d'incurabilité aux maladies mentales.

Le Traitement vise l'accès ou la maladie elle-même.

Pendant une attaque de catalepsie, on essaye d'abord de tous les excitants sensoriels : éther, vinaigre, ammoniaque, odeurs fortes, cheveux brûlés sous le nez. On sait que tous les antispasmodiques sont volatils, la plupart odorants, et agissent au moins en grande partie par cette odoréilé et par voie d'inhalation.

On pourra aussi exciter la peau avec de l'eau, par la chaleur, le chatouillement, le pinceau électrique. Nous avons vu que les frictions intenses font cesser la catalepsie provoquée ; elles peuvent être utiles aussi clans les cas spontanés ; on les fera avec des liniments variés ou même avec la main ou une flanelle sèche.

On a essayé également les inhalations de chloroforme.

Contre la maladie elle-même, nous instituerons le traitement général de l'hystérie et de toutes les affections nerveuses du même ordre. On s'adressera au fond diathésique quand on pourra le découvrir.

On essayera les antispasmodiques variés, et surtout les agents qui ont sur le système nerveux une action sédative plus durable, comme le bromure de potassium, et surtout l'hydrothérapie, qui est incontestablement le meilleur des toniques et des antispasmodiques.

Les ânthelminthiques, les emménagogues, le sulfate de quinine, répondront à des indications spéciales.

Pau de Saint-Martin a traité et guéri un malade parla catalepsie provoquée au moyen de l'hypnotisme. C'est une sorte de méthode substitutive : similia similibus.

Le traitement moral est indispensable dans une maladie où l'intelligence est si rarement dans un état d'intégrité complète. On prescrira l'hygiène morale de tous les gens disposés aux affections du système nerveux, et spécialement aux formes psychiques de ces affections.

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