CHAPITRE XIII
(Danse de Saint-Guy, chorée de Sydenham.)
Comme définition de la chorée, nous reproduisons simplement la description sommaire qu'en a magistralement tracée Sydenham :
« La danse de Saint-Guy, en latin chorea sancti Viti, est une sorte de convulsion qui arrive principalement aux enfants de l'un et l'autre sexe, depuis l'âge de 10 ans jusqu'à l'âge de la puberté. Elle commence d'abord par une espèce de boitement ou plutôt de faiblesse d'une jambe, que le malade tourne comme font les insensés. Ensuite elle attaque le bras du même côté. Ce bras étant appliqué sur la poitrine ou ailleurs, le malade ne saurait le retenir un moment dans la même situation, et, quelque effort qu'il fasse pour en venir à boni, la distorsion convulsive de cette partie la fait continuellement changer de place. Avant que le malade puisse porter à sa bouche un verre plein de liqueur, il fait mille gestes et mille contours. Ne pouvant l'y porter en droite ligne, parce que sa main est écartée par la convulsion, il le tourne de côté et d'autre jusqu'à ce que ses lèvres se trouvent à la portée du verre ; il sable promptement sa boisson et avale tout d'un trait. On dirait qu'il ne cherche qu'à faire rire les assistants. »
Historique. — Jusqu'à G. Sée, on admettait qu'Hippocrate avait entrevu et que Galieu et Pline avaient connu la chorée. G. Sée a dit
1 Sydenham ; 16SS, I, pag. 364 ; Trousseau ; Clinique médicale, lova. I ;
J. Simon ; ârt. du Nouveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques; Ziemssen , in Handb.;
G. Sée; De la Chorée; raj)ports du r/iumatisme et des maladies du cœur avec les affections nerveuses et convulsives (Mémoire de V Académie de Médecine, XV, pag. 370, i85o).
H. Roger ; Archives générales de Médecine , 1866 ; Rosenthal ; loc. cit. ;
Serre ; Thèse de Montpellier, 1872, n° 70 ;
Raymond; art. Danse de Saint-Guy, in Dictionnaire encyclopédique, 1880; Lannois ; Nosoyraphie des cltorées, Thèse d'agrégation, 188O ; Perret ; Clinique médicale, 1887 ;
G. Guinon; Diagnostic des chorées. Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 24 septembre 1887 ; (Jharcot ; Leçons sur les maladies du Système nerveux, 1888-89; Ronnaud ; Thèse de Lyon, 1890-91 (235 observations) ; Martin; Union médicale, 7 juillet 1892.
CHOREE.
que lous ces auteurs n'avaient décrit qu'une paralysie incomplète des membres inférieurs. — Cependant Galien, en décrivant la scélotyrbe, parle des malades qui ne peuvent pas marcher droit, vacillent de droite à gauche, embrouillent leurs pieds l'un dans l'autre et sont obligés, en marchant, de lever la jambe comme ceux qui montent une côte difficile. Ce n'est guère là le tableau de la paraplégie, et on peut bien admettre, ce nous semble, que la scélotyrbe désignait à la fois la chorée et l'alaxie.
Au moyen âge, la confusion s'établit d'une manière encore plus complète sur la chorée, et on désigne sous un môme nom des états complexes et différents. Au xive siècle, raconte G. Sée, la peste noire vint jeter la terreur et la consternation dans toutes les contrées de l'Allemagne; uue sorte de vertige religieux s'empare des populations effarées, les porte même aux pratiques les plus superstitieuses, que les papes condamnent, mais qui fanatisent le peuple. La misère, les excès, les crimes, ajoutent leur influence, et bientôt éclate dans les forêts du Rhin une sorte de transport, de frénésie extatique, qui, sous le nom de danse de Saint-Guy, devient pendant deux siècles l'effroi et la terreur des populations.
Ce nom de danse de Saint-Guy venait de ce que les malades se rendaient en pèlerinage, pour être guéris, à la chapelle de Saint-Guy, à Dresselhausen, dans le district d'Ulm, en Souabe. Le saint, martyr sous Dioclétien, aurait eu tous les ans, au mois de mai, le pouvoir de guérir ce mal, dont on prétendait qu'il avait été lui-même atteint.
A ce moment, la confusion est à son comble, et, sous les noms de danse de Saint-Guy, dansomanie, folie extatique, convulsions démoniaques, etc., on comprend toutes les affections névropathiques] mystiques qui devaient aboutir aux accès des convulsionnaires de Saint-Médard et de Vernon.
La description de ces grandes névroses épidémiques est certainement très intéressante, mais elle nous entraînerait loin et appartient plutôt aujourd'hui à l'histoire de la médecine 1 qu'à la pathologie interne.
C'est Sydenham qui inaugure, au xviic siècle, la période moderne et scientifique dans l'histoire de la chorée. C'est lui qui prononça le premier le mot de chorée 2 et donna une description que nous avons citée en commençant. Après lui la chorée fut sérieusement étudiée en Angleterre, en Allemagne et en France, où Bouteille donne son Traité en 1810 ; ce qui nous conduit aux travaux contemporains, parmi
1 Voir, dans le livre de Richer sur la grande hystérie, les chapitres consacrés à l'hystérie dans l'histoire et surtout à l'hystérie dans l'art.
2 Le mot chorée nous parait, comme à Charcot, une dénomination défectueuse : chorée signifie danse (^eta) et devrait par conséquent donner l'idée de mouvements rythmés; or le principal caractère des mouvements choréiques est précisément d'être arythmiques.
lesquels nous signalerons plus particulièrement ceux de Trousseau, Sée, Charcot, Lannois, etc., '.
Étiologie2. — L'âge n'est pas indifférent. Nous avons vu Sydenham désigner le temps qui va de 10 ans à la puberté. C'est, en effet, une maladie de l'enfance. Les auteurs modernes admettent cependant, avec Sée, que le minimum est plutôt de G à 11 ans [1/2 des cas), et puis de 11 à i5ans (i/3 des cas). — La chorée se rencontre aussi chez l'adulte: nous en avons observé un cas qui avait débuté à 34 ans. Jeffreys, Bouteille, Powel et Matton en ont vu à 60 et 70 ans, Hirt à 81 ans, Mackenzie à86 ans. Mais ce sontlà des faits exceptionnels, et la chorée de Sydenham s'observe rarement chez le vieillard ; par contre, on observe assez fréquemment, à cet âge de la vie, une autre forme de chorée sur laquelle nous reviendrons dans l'appendice qui fait suite à ce chapitre. — D'autre part, Simon et Constant en ont cité des exemples chez des
ClIORÉES RYTHMIQUES.
1 II ne faulpas croire, toutefois, que l'histoire de la chorée soit, même aujourd'hui, entièrement dégagée du chaos résultant des confusions anciennes. A preuve que Lannois, dans son intéressante thèse datant de 1886, l'ait presque du mot chorée le synonyme de mouvements anormaux. Voici le tableau qu'il donne (et que nous ne saurions d'ailleurs accepter) des diverses formes de chorée :
i° Danse de Saint-Guy épidémique.
2° Tarentisme.
3° Tigreticr.
4° Jumpers.
i° Chorée rythmique hystérique, ou
grande chorée.
20 Spasme réflexe saltatoire.
Tic de Salaam.
Chorées électriques* £ DnWni^
Pseudo-chorées du larynx et du diaphragme.
Maladie des tics convulsil's.
Paramyoclonus multiple.
i° Chorée de Sydenham proprement dite.
\ 20 Chorée molle.
Chorée de Sydenham. 3° Chorée de la grossesse.
/ 4" Chorée des vieillards.
5° Chorée héréditaire.
Hémichoréc et hémiathétose proprement dites.
2 Osler; Med. News., îô octobre 1SS7 (4io cas); Comby ; France médicale, 4 février 1888;
Koch; Deut. Arch. f. kl. Med., 1888, XL, heft 5 et 6, pag. 54^, (anal, in Revue des Sciences médicales, XXXI, pag. n3) ; Herringham, Garrod; Brit. med. Journ., janvier 1889, pag. 70 ; Perret et Devic ; Province médicale, i3 décembre 1890; Grœdel ; Wien. med. Woch., 25 avril 1891 ;
Brown ; New-York Neurol. Soc, 6 décembre 1892; — Journ. of nerv. dis., août 1893 ; ïUchford ; Med. News., 22 avril 1893.
Pseudo-choréesJ
ClIORÉES ARYTHMIQUES.
Chorées épidémiques.)
Chorées rythmiques proprement dites.
-'■ groupe
groupe
GHORÉE. 665
enfants très jeunes. Monod, Fox, Richter, et plus récemment Relier1, Rau2, Michon3, ont observé la chorée congénitale, ou du moins la chorée se développant tout de suite après la naissance. Tout cela est exceptionnel.
Pour ce qui est du sexe, toutes les statistiques portent une plus grande proportion de femmes : deux sur trois, trois sur quatre, ou même quatre sur cinq ''.
L'hérédité a. une influence incontestable 5. On peut retrouver la chorée elle-même chez les ascendants. Ainsi, Dorfmûller a vu deux sœurs et leur père choréiques. Sée a réuni 18 exemples de chorée chez le père ou la mère de choréiques. Huntington parle d'une famille irlandaise dans laquelle la chorée se transmit pendant plusieurs générations. Mais il s'agit encore là d'une forme spéciale de chorée que nous traiterons à part — D'autres fois (et c'est le cas le plus fréquent), on trouve dans l'hérédité d'autres névroses : hystérie, épilepsie, aliénation mentale, et diverses manifestations du nervosisme. Ce fait est mentionné dans de nombreuses observations.
Le tempérament nerveux et, d'après Sée, le tempérament lymphaticonerveux, disposent à la chorée. C'est surtout chez des enfants chétifs, nerveux, capricieux, irritables, impressionnables, qu'elle se développe.
De plus, on a remarqué certaines idiosyncrasies. Ainsi, Frank affirme que cette névrose est très répandue dans la race juive. Il n'est point étonnant, ajoute-t-il, qu'une nation accoutumée à gesticuler soit surtout sujette à une maladie gesticulatoire. L'explication est assez originale, mais peu suggestive. — La maladie paraît aussi être plus fréquente dans les pays froids, et on observe un plus grand nombre de cas en automne et en hiver.
Tout ce qui affaiblit le système nerveux : éducation mal dirigée, études prématurées , mauvaise alimentation , mauvaises conditions hygiéniques, masturbation, excès sexuels, etc., tout cela dispose à la chorée, comme du reste à toutes les autres névroses.
Nous devons encore une mention spéciale à la puerpéralité, à différentes périodes de la vie génitale, comme la menstruation et surtout la grossesse .
La chorée des femmes enceintes, chorea gravidarum* , forme la plus
1 Hbller ; Revue des Sciences médicales, VIII, pag. 410-
2 Rau ; Inaug. Dissert., Berlin, 1887.
:1 Michon ; Lyon médical, 26 mai 1889, pag. 129.
1 Ce l'ail, d'après Perret, serait en rapport avec l'origine névropathique, plutôt qu'avec l'origine rhumatismale, de la chorée.
5 Déjerine ; Thèse d'agrégation, 1886.
6 Voy. Mosler ; Virchow's Archiv., 1862; Jaccoud ; Clinique de la Charité, 1867-69 ; Barnes ; Société Obstétr. de Londres, 1868 ; Charpentier ; Traité d' Accouchements ;
Grasset, 4" édit., tom. II. 43
grande partie des chorées d'adulles. D'après Jaccoud, qui lui a consacré un important travail, elle se développerait surtout dans le cours de la première grossesse : les deux tiers des femmes étaient des primipares ; chez les autres, c'était une seconde grossesse, sauf chez deux, qui étaient, l'une à sa quatrième, l'autre à sa cinquième gestation. — C'est dans les quatre premiers mois surtout que se développe celle chorée (exceptionnellement à la fin de la grossesso'j, et il n'est pas nécessaire que la femme ait été déjà choréique dans son enfance. Du reste, cette cause n'est jamais unique pour produire la névrose.
Depuis le travail de Jaccoud, basé sur 3i observations, on a publié un certain nombre de faits nouveaux. Robert Barnes en a réuni 58 cas en 1809 ; Bodo Wenzel en a ajouté 8 autres en 1874 , etc. — Mais les conclusions générales n'ont pas été modifiées.
Tous les éléments étiologïques que nous venons de passer en revue ne suffisent pas à produire la chorée, ils déterminent la forme nerveuse que prend la maladie ; mais, le plus souvent, on trouve derrière celle névrose une maladie vraie, un état morbide, et plus spécialement une dialhèse.
En lôte de ces affections originelles, il faut placer le rhumatisme.
La coïncidence du rhumatisme et la chorée avait été entrevue avant G. Sée. Mais c'est ce médecin qui en a évidemment fait, en 1846, ressortir la fréquence et l'importance comme loi clinique. D'après lui. les choses peuvent se présenter de trois manières : dans une première catégorie de faits, qui sont les plus nombreux (5 sur 7!, le rhumatisme articulaire précède la chorée ; dans un deuxième groupe, la chorée se présente avec un rhumatisme articulaire concomitant ou consécutif ; dans une troisième série, enfin, la chorée s'accompagne d'autres manifestations rhumatismales non articulaires, telles que : endocardite, synovites tendineuses5, etc. Sée considère alors ces inflammations
Société gynécologique de Berlin, 1875 (Revue des Sciences médicales, Ml, pag. 202);
Hervé, Ga.yra.rd ; Thèses de Paris, 1884 ; Charcot; Leçons du Mardi, 1887-88 ; Hocquet; Thèse de Paris, janvier 1888;
Barton Hurst; Journ. of tke Amer. med. Assoc, 11 février 1888, pag. i85;
Dodge ; Med. News., 28 juillet 1888 ;
Handfield Jones ; Obst. Soc. of London, 3 juillet 1889 ;
Riche ; Thèse de Paris, juillet 1891 ;
Marx; Am. Journ. of Obst., mai 1892;
M. Gann, Hicks ; Trans. obst. Soc. of London, 1892, XXXIII, pag. 4 1 3 ; Fontene au ; Contribution à l'étude de la chorée graoidique. Thèse de Paris, juillet 1893.
' Didier ; Journal des Sciences médicales de Lille, iSg2, n° 26, pag. G17.
2 Barkley (Soc. de physiol . Amér., novembre 1891) a vu récemment, dans un cas suivi de mort, la chorée coexister ave une endocardite, un abcès de la parotide et une broncho-pneumonie.
Brieger (Bevl. Id. Wocli., 18 mars iS8G, XIII, 10) a signalé, dans certains cas, l'alternance de la chorée et des manifestations articulaires.
séreuses et la chorée comme des manifestations simultanées d'une cause commune, le rhumatisme '. H. Roger, en 1866, a soutenu la même opinion dans un remarquable mémoire'.
Nous ajouterons même que, dans certains cas, la chorée peut être, chez un sujet, l'unique manifestation d'un rhumatisme héréditaire. Dans une famille que nous avons observée récemment, le père avait eu un rhumatisme chronique très tenace et très long, auquel il finit par succomber. Deux enfants ont été choréiques. L'une a eu la danse de Saint-Guy à 6 ans; peu après la guérison de cette névrose, elle sentit des palpitations, de l'essoufflement, et elle a aujourd'hui une insuffisance mitrale caractérisée. L'autre a eu la chorée à i3 ans et ne présente aucune autre manifestation rhumatismale. — Nous n'hésitons pas à voir dans la chorée de ces deux enfants un symptôme du rhumatisme que le père leur a transmis; et cependant ni l'une ni l'autre n'a eu de phénomènes articulaires, et l'une d'elles n'a pas d'autre manifestation rhumatismale abarticulaire.
Ces rapports de la chorée avec le rhumatisme sont incontestables 3;
1 Voy. le nouveau travail de Sée sur les choré-rhumatismes, in Union médicale, 17 juillet 1888 (128 cas) ; — Médecine moderne, 22 octobre 1891 et 21-28 janvier
2 Voy. encore, sur les rapports de la chorée et du rhumatisme : Prior ; Berl. kl. Woch., 11 janvier 1886;
Peiper; Deut. med. Woch., 2(5 juillet 1888;
Herringham; .Soc. roy. de Med. et de Chir.de Londres, 1889 (Semaine médicale, i(5 janvier 1889) ; — et Med.-chir. Transact., 1889, LXXII, pag. 117 (Revue des Sciences médicales, XXXVI, pag. 53o).
Daville ; Thèse de Paris, juin 1889;
Sturges ; Lancet, 1889, I, 3;
Garrod ; Roy. med. and surg. Soc, 8 janvier 1889 ; — Med.-chir. Transact., 1889, LXX1I, pag. 117 (Revue des Sciences médicales, XXXVI, pag. 53o) ; — Lancet, 23 novembre 1889 ;
Syers; Lancet, 21 décembre 1889 ;
Guibert ; Gazette hebdomadaire de Montpellier, 1890;
Me yer ; Sevl. kl. Woch.) i4 juillet 1890 (Revue des Sciences médicales, XXXVIIIj pag. 199) ;
Goodall ; Guy's Hosp. Rep., 1890, XLVII, pag. 35 (Revue des Sciences médicales, XXXVIII, pag. 549) ; Grœdel ; Wien.med. Woch., avril 1891; Comby ; Société médicale des Hôpitaux, 29 mai 1891 ;
Brown ; The Journ. of nerv. and ment, dis., août i8g3 (Revue Neurologique, i5 octobre i8g3, n° 19, pag. 543).
A l'appui de la nature rhumatismale de la chorée, Lewis (Med. Neios, i3 novembre 1886; et Am. Journ. of the med. Se, septembre 1892, pag. 202) a récemment insisté sur les relations saisonnières qui existent entre les deux aflections et le parallélisme que l'on note entre leurs courbes respectives.
3 Assez récemment cependant, Debove (Progrès médical, 1880, n°s 22 et suivants) et Joffroy (ibid.) les ont niés et ont vu dans les symptômes articulaires de certains choréiques des arthropathies d'origine nerveuse, des «arthropathies choréiques». Debove montre que dans certains cas la chorée n'est pas rhumatismale ; que d'autre part elle « est une dans sa nature ■» ; que donc « clic est toujours rhumati -
lies
toutefois on les a exagérés. Ainsi, Bolrel est arrivé à dire que la chorée est toujours une affection rhumatismale, et trouve sa raison physiologique dans un rhumatisme des centres nerveux.
L'exagération est manifeste. Nous avons vu. el tout le monde a vu, des cas de chorée soigneusement analysés à ce point de vue, dans lesquels on ne trouve aucune espèce d'antécédent rhumatismal. Il y a même des faits de chorée avec endocardite dans lesquels le rhumatisme n'est qu'une hypothèse ; on peut en effet, dans ces cas, admettre, avec Broadbent, une endocardite primitive et une chorée secondaire développée et rattachée à une origine embolique ; ou bien on peut penser, avec Parkinson, que l'endocardite est secondaire et complique la chorée, comme Labadie-Lagrave, Bouchut. l'ont vue compliquer la diphtérie, l'érysipèle et diverses autres maladies; ou enfin la chorée et l'endocardite seraient des manifestations simultanées d'un état morbide commun autre que le rhumatisme.
Pour Charcot la chorée n'est pas de nature rhumatismale, mais le rhumatisme peut être l'un de ses générateurs ; le rhumatisme, d'après lui, intervient dans la production de la chorée, au même litre qu'il intervient dans la genèse des névroses en général.
D'autres affections peuvent, en effet, se rencontrer aussi derrière la chorée, quoique moins fréquemment que le rhumatisme.
C'est la scrofule qui doit venir immédiatement en deuxième ligne. Les deux Frank avaient constaté des traces de scrofule chez beaucoup de choréiques. G. Sée, sur 128 choréiques, a trouvé 4 phtisiques, 16 scrofuleux et 3 rachitiques.
Nous avons observé, à l'hôpital Saint-Éloi, un malade dont on trouvera l'histoire complète dans la Thèse de Serre, et qui est particulièrement intéressant à ce point de vue. Jusqu'à 17 ans, il avait eu des manifestations scrofuleuses variées : engorgements ganglionnaires répétés passant à la suppuration, carie du troisième métacarpien, etc. A 17 ans, les manifestations s'arrêtent, et le nervosisme se développe. Il devient sombre de caractère, impressionnable, facilement émotionné : le bruit d'un marteau tombant derrière lui sur une enclume le fait sauter. Cet état nerveux va en s'accentuant jusqu'à l'explosion de la chorée elle-même. Bien de rhumatismal ni chez lui ni dans sa famille2.
maie ou qu'elle ne l'est jamais», et que, par suite, « elle n'est jamais rhumatismale». C'est là un raisonnement auquel nous ne pouvons souscrire. — Uebove développe ensuite une idée à laquelle nous souscrivons au contraire très volontiers, et que l'on peut très bien accepter sans renverser les rapports de la chorée avec le rhumatisme et les autres diathèses : il en fait une névrose cérébro-spinale d'évolution . C'est une idée très clinique, que beaucoup de médecins acceptaient déjà. Voy. encore Saric ; Thèse de Paris, iS85.
1 Charcot; Leçons du Mardi, 1888-89.
2 Rachford (Med. Neivs, 22 avril 1893, n° 1G, pag. 429) est récemment revenu sur le rôle que joue l'anémie, résultat de la tuberculose ganglionnaire, dans l'étiologie de la chorée ; il la retrouve dans 5o % des cas.
GHORÈE.
La diathèse syphilitique a également assez souvent déterminé la chorée, qui peut guérir alors par l'iodure de potassium.— Les diathèses tuberculeuse ', herpétique, etc , se manifestent aussi de cette manière.
Les fièvres produisent encore la chorée, spécialement clans la période de convalescence. Bright, Bouteille, Sée, l'ont observée à la suile de la rougeole ; de Haën, Lallalba, à la suite de la variole ; Steph. Mackenzie, après la scarlatine2 ; Rilliet et Barthez, Sée, Peiper, après la fièvre typhoïde ; Hufeland après la fièvre intermittente. Stefanini 3 attribue aussi au miasme paludéen une espèce particulière de chorée, dite chorée électrique, qui ne s'observe qu'à Pavie et dans le Milanais. D'autres, enfin, l'ont vue se développer après la pneumonie, le choléra, la diphtérie, la coqueluche, la blennorrhagie, la grippe 4, la miliaire,et après des fièvres indéterminées.
On peut encore rattacher la production de la chorée au mal de Bright (Lacaze, Sée5,, à la chlorose (Trousseau), à l'anémie, à l'hystérie (Charcot, Marie6;, etc.
Ces états généraux correspondent à autant de chorées, qui sont symptomatiques et non essentielles ; le nombre de ces dernières est extraordinairement rare. Quelquefois aussi la chorée est symptomatique d'un état local, soit du système nerveux, soit d'un organe plus ou moins éloigné.
La première catégorie d'altérations sera étudiée à l'anatomie pathologique. Quant aux lésions de la seconde espèce, Stoll et beaucoup d'autres depuis ont rattaché la chorée aux vers intestinaux7; Baumel, à
' Nous avons vu, en 1891, à la Salpêtrière, une jeune fille atteinte de chorée récidivante et chez laquelle, en l'absence d'antécédents nerveux ou arthritiques, existait une hérédité tuberculeuse intensive : sa mère était poitrinaire, et deux de ses frères étaient morts, à 10 et 12 ans, de méningite tuberculeuse.
2 Steph. Mackenzie (Brit. med. Jourv., février 1887, pag. 425), sur 43g cas de chorée, a trouvé à l'origine des troubles nerveux : 11G fois le rhumatisme articulaire aigu, 62 fois le rhumatisme musculaire, 10 fois les nodosités rhumatismales de Troisier, 129 fois la scarlatine, etc.; 38 fois seulement la chorée a été primitive.
Voy. encore, sur les rapports de la chorée et de la scarlatine : Carslaw ; Glasgow med. Jour n., mai 1891, pag. 329 (anal, in Revue des Sciences médicales, XXXIX, pag. i5o).
3 Stefanini ; Revue des Sciences médicales, VIII, pag. 221. 1 Ferrarini; Lo Sperimentale, 1892, 12, pag. a3i.
à Thomas (Deut. med. Woc/i., 21 juillet 1892; anal, in Semaine médicale, 19 octobre 1892, pag. 420) a vu survenir la chorée au cours d'une néphrite scarlatineuse, et rapporte les accidents nerveux à une auto-intoxication d'origine rénale. Ne serait-on pas en droit d'incriminer l'infection scarlatineuse elle-même?
Nous verrons dans la symptomatologie que l'on a, d'autre part, décrit une néphrite choréique.
u Marie ; Pi-ogrès médical, 1886 ;
Séglas ; Bulletin de la Société de Médecine mentale de Belgique, 1888; Toché ; Thèse de Paris, mai 1891.
7 Voy. Jenkings ; Lancet, septembre 1890, pag. 667 (Revue des Sciences médicales, XXXVII, pag. 56i).
la dentition ' ; Jacobi2 attribue la choréc, dans certains cas, à des lésions congeslives ou inflammatoires de la muqueuse naso-pharyngicnne ; certains ont incriminé les maladies gastriques, et Thomasius même le fromage (!), On a accusé aussi la piqûre de certains insectes (grande mouche et araignée, surtout tarentule) de produire la choréc chez les moissonneurs et les travailleurs ; mais ces faits sont plus qu'hypothétiques.
Enfin on a vu des cas développés sous l'influence de traumalismes éloignés : écharde sous un ongle, petit abcès au pied conlenant un fragment d'aiguille, etc.
Que la névrose soit sous la dépendance d'un état général ou d'un état local, qu'elle soit produite par réflexe ou directement, les vives émotions, les impressions subites, iulerviennent encore, le plus souvent, pour déterminer l'apparition de la maladie.
Ainsi, le sujet scrofuleux dont nous avons déjà parlé, travaillait en 1869 à l'arsenal de Toulon : il voit un homme tomber à l'eau et se noyer sous ses yeux sans qu'il puisse lui porter secours; il perd connaissance pendant deux heures, puis devient choréique. Il guérit. En 1870, les Prussiens arrivent à sa ferme près de Rouen, saccagent et pillent toute sa propriété, et fusillent sous ses yeux son père âgé de 73 ans; sa tante, âgée de 76 ans, meurt de douleur ; lui-même perd immédiatement connaissance et se réveille choréique pour la seconde fois. — Frérichs et Eichhorst citent le cas d'un enfant qui devient choréique après avoir assisté dans une cachette au meurtre de ses parents. — Il nous parait inutile de citer d'autres exemples ; ils fourmillent, au reste, dans les auteurs3.
Signalons enfin Y imitation'', la contagion nerveuse, qui joue un grand rôle dans le développement de certaines chorées; on a observé de véritables épidém ies de cette névrose (Charcot)3.
Tout le monde connaît l'épidémie de chorée qui sévit dans l'hôpital de Harlem, et dans laquelle Boerhaave dut menacer les enfants du cautère actuel pour faire cesser la maladie. On a vu l'imitation propager la chorée aux cinq enfants d'une même famille et à la domestique de la maison.
Cependant il faut remarquer que les vraies et grandes épidémies se rapportent le plus souvent à des névroses complexes, à la grande chorée [chorea major, chorée hystérique), plutôt qu'à la chorée simple que
' Baumel ; Leçons cliniques sur les maladies des Enfants, iSg3 ; Brochet ; Thèse de Montpellier, 1892.
2 Jacobi; Am. Journ. of the med. Se, 1886, pag. 5ij.
3 Voir la statistique de 214 cas de chorée faite par Money, in Brain, 8 janvier iS83 (Encéphale, i883, III, pag. 25:>.).
* Voy. le l'ait récent de Troutowski; Gaz. des Hôp. de Bolkine, iSg3 (Revue Neurologique, i5 novembre iSy3, n° 21, pag. 607). 5 Voy. Perret et Devic; Province médicale, décembre i8<jo et janvier 1891.
nous étudions ici. Nous verrons, en outre, quand nous nous occuperons de la pathogénie de la chorée, que ces épidémies peuvent être aussi, dans certains cas, justiciables d'une autre interprétation.
Symptômes. — Une période prodromique, de durée variable, est assez fréquente; elle porte sur l'état général et sur l'état intellectuel ; on observe un changement dans le caractère de l'enfant: de gai, il devient capricieux, impressionnable, s'inquiète ou s'irrite pour rien. L'activité intellectuelle baisse et surtout la force d'attention diminue; les enfants sont inattentifs, oublieux; on s'aperçoit à l'école de leur instabilité psychique, à laquelle se joint bientôt Y instabilité motrice. Ils éprouvent des inquiétudes dans les membres, ne peuvent pas tenir en place, se déplacent sans besoin. Déjà, si on les observe soigneusement, on reconnaît quelques mouvements saccadés et involontaires.
Schmitt1 a insisté sur des cas dans lesquels les prodromes sont constitués par des symptômes d'irritation spinale : douleur à la pression des apophyses épineuses, surtout aux régions dorsale et lombaire, et au niveau d'un nombre variable de vertèbres ; douleurs rhumatoïdes à l'épaule, à la nuque; douleurs de tête moins accusées; démangeaisons à l'anus et à l'orifice des fosses nasales, faisant penser à la présence de vers intestinaux ; lassitude générale, incertitude dans la marche. Les malades voient parfois des étincelles, ne peuvent ni lire ni fixer longtemps. Ils ont de l'insomnie, des rêves pénibles et de violentes terreurs. Ces prodromes durèrent seize jours dans une observation.
Quelquefois le début est brusque, notamment après une émotion vive. — Exceptionnellement, on a noté un début par une attaque d'hystérie ou d'épilepsie, par une fièvre cérébrale avec délire et vomissements.
Quel que soit le mode du début, une fois la chorée confirmée, les mouvements convulsifs forment le phénomène capital2.
Le tableau commence par les bras et plus souvent par un bras ; le malade ne peut pas tenir les objets qu'il tient dans les doigts, il les laisse aller; l'écriture devient confuse, illisible. Puis viennent des secousses involontaires dans les bras, les épaules, la face, secousses que les sujets cherchent à dissimuler dans des mouvements volontaires variés. Mais bientôt ils ne peuvent plus les masquer ou les maîtriser ; souvent même leurs efforts augmentent l'intensité des mouvements.
Les phénomènes se généralisent ensuite et atteignent leur apogée
1 Schmitt ; Revue des Sciences médicales, III, pag. 174.
2 Les mouvements choréiques sont « des mouvements musculaires à grand rayon, involontaires bien que le plus habituellement conscients, occupant principalement la tête et les membres, incessamment renouvelés sans repos ni trêve et ne s'arrètant que pendant le sommeil » (Lannois).
Voy. Word; Journ. of nerv. dis., avril i8g3.
[folie musculaire). Voici, d'après J. Simon, la description d'une chorée complète frappant tous les muscles.
Les muscles de la face s'agitent rapidement et de mille manières, d'où une mimique bizarre, des expressions variées et grotesques dans la figure, qui représentent l'orgueil, la tristesse, l'indignation, l'épanouissement, le mépris, la sympathie. Le front se plisse ou se déplisse, et la calotte du cuir chevelu est alternativement tirée ou éloignée. Les sourcils se rapprochent ou s'écartent, se relèvent et s'abaissent. Les paupières battent. Les lèvres sont tirées en grimaces de toutes sortes. Les yeux oscillent dans leur orbite, tournant sur eux-mêmes, d'où une expression tout à fait étrange. La langue frappe quelquefois le palais avec un claquement spécial, analogue à celui que font entendre les cochers, ou bien le malade sort la langue et l'agile dans tous les sens hors de sa bouche.
La parole est plus ou moins altérée : il y a de l'hésitation, de l'embarras dans l'articulation des mots, du bégayement1. Le malade profite de ses moments de calme relatif pour articuler et parler. La voix est émise par saccades, et souvent avec des intonations fausses surajoutées.
Ce qui manque surtout, du reste, c'est l'expiration régulière et soutenue. Les choréiques sont incapables de chanter. Quelquefois ils ne peuvent bien dire qu'une syllabe dans une expiration. L'amélioration de leur état se mesurera précisément au nombre de syllabes qu'ils disent dans une expiration. Ziemssen a vu aussi l'état choréique des muscles du larynx entraîner l'impossibilité de soutenir et de moduler les sons, d'où une voix particulièrement monotone2.
La mastication et la déglutition sont quelquefois très difficiles. — Les sphincters sont intacts, mais ne résistent que difficilement à l'expulsion stercorale provoquée par les contractions abdominales et viscérales.
Le malade a toutes les peines à porter son verre à la bouche, et, quand les lèvres touchent enfin, il profite de ce moment pour avaler d'un trait le liquide, que projetterait au loin une nouvelle contraction. — Le cou s'incline, se relève, se tord, se redresse ou se courbe sur luimême.
1 Hadden (Brain, 1884, pag. 25o ; anal, in Revue des Sciences médicales, 1880, XXV, pag. 201) a vu, chez trois choréiques, « une perle complète de l'articulation des mots, une sorte d'aphasie par glossoplégie ; il est à remarquer que, chez ces trois malades, les mouvements choréiformes étaient heaucoup plus prononcés du côté droit, et qu'il y avait même chez l'une d'elles une paralysie du bras droit.»
2 Voy. IIolden ; Chorée du larynx, in New-York med. Journ., 10 janvier i885 ; Keimer; Deut. med. Woch., i885, n" 40 (Revue des Sciences médicales, XXVII,
pag. 751) ;
Masucci; Arch. ital. dilaring., 1886, V, l'asc. 3 et 4 (Revue des Sciences médicales, XXVIII, pag. 3o6).
Les fonctions respiratoires 1 et digestives peuvent aussi être gênées par les convulsions du tronc.
La démarche est des plus bizarres, à cause des convulsions des membres inférieurs : le choréique lève tout d'un coup une jambe, la projette sur le côté ; il sautille, tombe quelquefois.
On peut imaginer, du reste, une série de combinaisons variées que présentent tous les mouvements dans les divers cas particuliers ; le tableau n'est évidemment pas complet chez chaque malade.
En somme, la maladie est caractérisée par des contractions anormales survenant, soit à l'occasion des mouvements volontaires et les troublant, soit au repos, dans l'intervalle de tout mouvement2, sous l'influence d'une cause quelconque ou spontanément.
Ces mouvements ne se généralisent pas d'emblée ; ils frappent un côté d'abord et restent plus accentués de ce côté, qui est le plus souvent le côté gauche.
On observe aussi de véritables hémichorées, mais assez rarement, Sur 223 cas, G. Sée a relevé 47 hémichorées, 16 chorées partielles et i5o, chorées générales. — Pye-Smith a compté 34 hémichorées sur i5o cas. Le côté gauche est le plus souvent atteint, dans une proportion de 37 contre 27, d'après Sée, et de 18 contre i5, d'après Pye-Smith.
J. Simon ajoute que, même dans les cas d'hémichorée, la délimitation à une moitié du corps n'est qu'apparente et n'est jamais rigoureuse. La tête et la face notamment participent souvent aux convulsions. — La vraie délimitation hémilatérale se trouve dans les hémichorées prœou post-hémiplégiques, qui forment une variété à part:!.
Quelquefois les mouvements anormaux sont plus limités encore, à un membre par exemple (monochorée) ; le plus souvent, cependant, ces cas représentent un début ou un reliquat dechorée plus générale. - — Quelques auteurs ont également observé la forme croisée, bras gauche et jambe droite, et réciproquement (chorée alternante)'' . — Landouzy5 a constaté une forme paraplégique.
Les auteurs font remarquer que les muscles atteints éprouvent peu de fatigue, malgré les mouvements considérables qu'ils exécutent. Il y a simplement de la faiblesse générale. — Mais, d'autres fois, on a noté de vrais phénomènes parétiques, sur lesquels nous reviendrons à la fin de ce paragraphe .
' Ferrand; Gazette médicale de Paris, 1884, 41!
Hauer; Respiration chez les choréiques, in Prag. med. Woch., 24 juillet 1889.
2 Ewald (Zeitsc/ir. f. klin. Med., 1884, VII, 5i ; anal, in Revue des Sctvrnces médicales, i885, XXV, pag. 194) a observé deux cas de mouvements choréiformes, différant de la chorée ordinaire en ce que les secousses cessaient à l'occasion des mouvements intentionnels
3 Voy., sur Fhémichorée de Sydcnham ou hémichorée essentielle: Sol. lier ; France médicede, 3o janvier 1891 ;
Legrain ; Annales de la Policlinique de Paris, juin 1892.
i Augier ; Journal des Sciences médicales de Lille, 4 janvier 1889.
' Landouzy ; Revue des Sciences médicales, III, pag. 626.
Le sommeil fait en général cesser les convulsions choréiques, qui reparaissent au réveil. Dans des cas exceptionnels, le sommeil est agité, de courte durée, avec des rêves pénibles et effrayants. Quelquefois même, mais rarement, la chorée peut persister dans le sommeil, 6 fois sur i58cas d'après G. Sée.
Cyon admet que les faits de celte dernière espèce seraient tous d'origine réflexe, ayant leur point de départ dans une endocardite ou une péricarditc rhumatismale, dans des maladies utérines, dans la présence de versinlesLinaux ou dans des maladies de la peau. Contre celte opinion, Ziemssen fait remarquer que la persislance de la chorée pendant le sommeil est infiniment plus rare que les cas de la chorée réflexe.
Le sommeil artificiel du chloroforme ou du chloral supprime aussi les convulsions choréiques, qui reparaissent au réveil, surtout aux premiers mouvements volontaires.
Quelques auteurs ont cité des faits dans lesquels certains mouvements faisaient cesser ou produisaient la chorée. Ainsi, Tulpius parle d'une hystérique qui n'avait de convulsions que quand elle était assise, et Thirmaier parle d'un homme que les crampes mettaient sur pied quand il cherchait à s'asseoir ou à se coucher. Ces deux cas sont, du reste, peu concluants.
Rosenthal et Benedikt ont constaté dans des cas différents une augmentation de X excitabilité électrique dans la chorée.
Trihoulet, Rousse et Perigault, Mohammed-Saïd, ont trouvé les nerfs douloureux, avec des points sensibles à la pression sur leur trajet, dans le côté hémichoréique s'il n'y en a qu'un d'affecté, et dans les deux côtés si la chorée est générale.
Du côté des yeux on a signalé des troubles analogues à ceux du surmenage scolaire : hypermétropie, astigmatisme, etc.; fréquemment on a noté une différence de coloration entre les deux membranes iridiennes 1 .
Hasse, Rosenthal, Ziemssen et d'autres ont constaté la dilatation de la pupille, avec paresse ou immobilité à la lumière. Quand un côté est plus pris que l'autre, la pupille correspondante est plus dilatée. Cette dilatation disparaît avec la chorée elle-même. Rosenthal a vu cette dilatation ne pas disparaître par l'application d'une électrode fine entre la sclérotique et la conjonctive, et l'attribue alors à une crampe du dilatateur delà pupille, produite par excitation du centre cilio-spinal - (?).
Les réflexes tendineux sont habituellement exagérés.
La sensibilité est atteinte dans un nombre de cas assez restreint ; ces troubles frappent les parties qui présentent déjà des convulsions. Nous
1 Schweinitz ; New-York med. Journ., i3 juin 1888.
2 Gowers (Brit. med. Journ., 1881, pag. 981 ; anal, in Revue des Sciences médicales, i883, XXI, pag. 58i) a observé une névrite optique dans deux cas de chorée ; ce n'est pcut-èlre qu'une coïncidence. Cependant William George Sym (Edinb. med Journ., mars 1888) a, plus récemment, signalé un fait analogue.
laissons, bien entendu, de côlé l'hémichorée post-paralytique, qui coïncide souvent avec l'hémianesthésie d'origine cérébrale '.
Quelquefois les sujets éprouvent des douleurs dans les masses musculaires, dans la continuité des membres, sans siège précis, dans les articulations, etc. 2; souvent de la céphalalgie, plus souvent encore de l'hyperesthésie des téguments.
Gubler insistait spécialement sur des douleurs particulièrement localisées dans les extrémités osseuses, au niveau des points d'ossification épiphysaires ; il les considérait comme des douleurs de croissance :î. — Marie '' a signalé, dans plusieurs cas, de l'hyperesthésie ovarienne ; Stiebel, Triboulet, ont observé des névralgies sciatiques.
On a également noté quelques troubles trophiques, tels que plaques d'alopécie (Escherich) 5, absence de pigment en certaines régions de la peau ou des cheveux (Môbius)G.
Des troubles psychiques, à des degrés divers, sont constatés dans plus de deux tiers de cas de chorée. Marcé a établi qu'on peut étudier dans l'état mental des choréiques quatre éléments, quelquefois isolés, le plus souvent associés : 1. Troubles de sensibilité morale; changement notable du caractère, qui devient bizarre et irritable ; 2. Troubles de l'intelligence: diminution de la mémoire, grande mobilité dans les idées, impossibilité de fixer son attention sur un sujet ; 3. Hallucinations au réveil, pendant les rêves, ou surtout dans l'état intermédiaire à la veille et au sommeil; phénomènes souvent limités à la vue, plus rarement étendus à l'ouïe et à la sensibilité tactile, qui se rencontrent surtout dans la chorée hystérique, mais peuvent accompagner quelquefois la chorée pure ; 4- Dès le début ou dans le cours de la névrose, il y a quelquefois un délire maniaque; état fort grave, qui dans la moitié des cas amène la mort au milieu de formidables accidents ataxiques, et qui, même dans les cas heureux, laisse souventaprès lui divers troubles intellectuels de durée variable. — C'est ici la folie choréique proprement dite 7.
1 LIadden (loc. cit.) a observe des hémichorées accompagnées d'hémianesthésie «circonstance fort rare chez les choréiques véritables ».
2 Schmitt (Reoue des Sciences médicales, 1886) a attiré l'attention sur le syndrome de l'irritation spinale au début de la chorée.
' Cit. Leblanc ; Journal de Thérapeutique, 1879, pag. 25o.
' Marie ; Progrès médical, 16 janvier 1886, XIV, pag. 3<).
s Escherich ; Mittel. aus. d. med. Klin. zu Wùrtsburg, 1886, II.
" Mœbius ; Schmidt's Jahr., 1886, Bd CCIX, pag. 25.
7 Wiglesworth (The Journ. of ment. Se, avril 1882; anal, in Archives de Neurologie, 1882, IV, pag. 3g3) a publié deux observations de folie associée à la chorée, et les a rapprochées des faits de folie rhumatismale publiés par Glouston (môme journal, juillet 1870).
Voy. aussi Ball ; Maladies mentales, 1882 ;
Rosaguti; Thèse de Montpellier, 1888;
Gay, Poweli, ; Brain, juillet 1889, pag. i5o et 157 (Revue des Sciences médicales, XXXV, pag. 1O8) ;
Hasse. met ces troubles intellectuels sous la dépendance de la faiblesse et de l'anémie entraînées par les convulsions, tandis que Ziemssen y voit un symptôme direct de l'état du système nerveux qui se manifeste aussi par la chorée 1 .
L'état du cœur est particulièrement intéressant à noter dans la chorée. Les malades ont souvent des palpitations, ou tout au moins une fréquence plus grande du pouls, quelquefois avec un certain degré d'arythmie.
Dans certains cas, il y a une vraie chorée du cœur. Reeves veut même que cette chorée existe comme une espèce à part, et il désigne sous ce nom certaines crises de palpitations nerveuses.
Souvent aussi les troubles cardiaques répondent à la chlorose et à l'anémie, qui sont fréquentes dans cette maladie; il y a alors palpitations, souffle à la base, etc. — Enfin, on peut encore avoir affaire à une lésion organique du cœur, par exemple, une endocardite avec hypertrophie consécutive, pourvue de ses signes physiques habituels, mais présentant très peu de signes fonctionnels. — Nous reviendrons sur les rapports de cette endocardite avec la chorée à propos de l'anatomie et de la physiologie pathologiques2.
Voisin et Marie ; Annales médico-psychologiques, juillet 1890; Digoy; Thèse de Paris, juillet 1890 ;
Régis ; Journal de Médecine de Bordeaux, 29 juillet 1S90 ; Mœbius ; Mùnch. med. Woch., 1S92 (anal, in Revue des Sciences médicales, 1893, XLII, pag. 248) ; Breton ; Thèse de Paris, février 1893 ;
Joffroï (De la folie choréique, in Semaine médicale, 25 février 1893, pag. 8y) termine un remarquable travail sur ce sujet par les deux propositions suivantes : i° La chorée est la manifestation (à l'occasion du rhumatisme, d'une pneumonie, d'une émotion, etc.), de la dégénérescence de l'appareil moteur; 20 La folie choréique est la manifestation (à l'occasion de la chorée) de la dégénérescence de l'appareil psychique.
' Voy. sur le côté médico-légal de cette question : Rigal ; Annales d'Hygiène et de Médecine légale, 1873.
2 Voy. Osler ; Am. Journ. of the med. Se, octobre 1887;
Herringham ; Saint-Bartk. Hosp. Rep., 1889, XXIV, pag. 55(Revue des Sciences médicales, XXXIV, pag. 127) ;
Lippitt ; New-York med. Rec, 19 janvier 1889;
Grosse; Berl. kl. Woch., 19-26 août 1889 (Revue des Sciences médicales, XXXV, pag. 168) ; Grœdel; Berl. kl. Woch., 6 avril 1891, pag. 354; Leredde ; Revue des Maladies de l'enfance, mai 1891 ;
Sturges ; The-Am. Journ. of the med. Se, 1891, pag. 578 (Revue des Sciences médicales, XL, pag. 545);
Walton et Wickery ; Am. Journ. of the med. Se, mai 1S92 ; Duroziez ; Union médicale, 19 novembre 1892.
Marty (Du Cœur dans la chorée de Sydenham ; thèse de Paris, mai 1892) rapporte les troubles cardiaques survenant au cours de la chorée a quatre causes différentes : le rhumatisme, l'anémie, la chorée elle-même et l'infection microbienne de l'endocarde.
L'élat de l'urine parait variable dans cette névrose. Bence Jones a trouvé une augmentation constante dans la quantité d'urée éliminée. Stiebel etVeghelm ont constaté une diminution de la chaux, d'autres une élimination abondante d'urates; Handfield Jones, une quantité d'urée et d'acide phosphorique souvent augmentée à l'apogée de la maladie et diminuée dans la convalescence. Tait, dans un cas mortel, chez une femme enceinte, a trouvé beaucoup de sucre dans l'urine, qui avait io3i de densité ; pas d'albumine et une diminution des chlorures' .
La question est encore à l'étude. En tout cas, la température axillaire a toujours été trouvée normale et n'a jamais dépassé 38° *.
Nous devons dire quelques mots, en terminant cette symptomato logie, de quelques variétés de chorée :
La chorée molle ou paralytique*, admirablement décrite par Todd, West, Wilks, Gowers, Ollive, Charcot, se caractérise par la paralysie ou tout au moins une parésie très prononcée de certains groupes musculaires plus ou moins nombreux. Ces phénomènes peuvent, d'après Charcot'', se présenter dans trois circonstances principales : 1° au cours d'une chorée vulgaire (les mouvements convulsifs disparaissent au troisième ou quatrième jour et la paralysie s'installe) ; 2° à la suite d'une crise de chorée banale; 3° enfin d'emblée et indépendamment de toute convulsion. — La paralysie peut porter sur tous les membres, sur une moitié du corps (hémiplégie), ou sur un seul membre (monoplégie) ; d'autres fois, elle se limite aux muscles du cou, d'où chute de la tête en arrière ou sur le sternum. Il est habituel de voir survenir, de temps en temps, dans les parties paralysées, de petits
1 Bouchard (Société de Biologie, i3 mai 1893) a signalé la présence d'albumine dans l'urine de certains malades ;
Thomas (Berl. kl. Woch., 25 juillet 1892, pag. 760) avait même décrit une néphrite choréique.
2 Dans les formes sévères de la chorée (voy. plus loin) on a toutefois signalé, ces derniers temps, des phénomènes fébriles.
3 Ollive ; Thèse de Paris, i883 ;
Cadet de Gassicourt ;. Journal de Médecine de Paris, 28 octobre 1888 ; Rondot ; Gazette médicale de Paris, avril-mai 1889 ; — Gazette hebdomadaire de Bordeaux, 8 juin 1890; Raymond ; Société médicale des Hôpitaux, 16 mai 1890 ; Simon ; Revue médicale de l'Est, 1890, n" 24, pag. 743 ; Souza-Leite et Cherbuliez ; Progrès médical, 11 mai 1889; Blocq ; Revue générale, in Gazette hebdomadaire, 1890;
Perisson; Des paralysies et des amyotropfties dans la chorée de Sydenham. Thèse de Bordeaux, 1890-91 ;
Descroizilles ; Revue générale de Clinique et de Thérapeutique, 1891, n° G, pag. 81 ;
Pilatoff ; Société de Neurologie et de Psychiatrie de Moscou, (Revue Neurologique, i5 mai 1893, n° 9, pag. 244) ;
Massalongo; Revue Neurologique, i5 juillet 1893, n- i3, pag. 246.
4 Notes recueillies à la Salpètrière, en 1892.
mouvements involontaires, ébauche d'une secousse convulsive. De plus, la langue est fréquemment animée de mouvements spasmodiques et trouble par cette mobilité anormale les actes dans lesquels son fonctionnement intervient. — Cette paralysie n'est jamais suivie de contractures; elle demeure flasque (chorée molle) et ne s'accompagne pas d'anesthésie ; les réflexes sont généralement abolis; il ne survient jamais de réaction de dégénérescence, mais on a signalé dans quelques cas une atrophie à marche rapide'. — Le pronostic est généralement bénin, et Charcot ne signale d'accidents mortels que chez la femme enceinte ou chez certains sujets à tares nerveuses très accentuées : dans ces cas, les convulsions, très intenses au début, s'accompagnent de fièvre, de sécheresse de la langue, d'un état général mauvais, et sont suivies de paralysies ; celles-ci précèdent généralement la terminaison fatale de cet « étal de mal choréique », comparable à bien des points de vue à l'état de mal épileplique.
La chorée des femmes enceintes (chorea gravidarum) , dont nous avons parlé au déhut de ce chapitre, ne présente d'autres parlicularilés que l'intensité des phénomènes convulsifs et une gravité toute spéciale ; elle entraîne fréquemment l'avortement, et la mort dans un tiers environ des cas.
Nous nous occuperons enfin, dans l'appendice qui fait suite à ce chapitre, d'une forme curieuse, bien étudiée dans ces dernières années, la chorée chronique ou chorée de Huntinglon.
Nous avons terminé la description des symptômes de la chorée; nous devons voir maintenant comment-ils s'enchaînent, c'est-à-dire étudier la Marche, la Durée et les Terminaisons de cette névrose.
Le début est en général progressif et la marche essentiellement chronique.
La durée est très variable. Sée donne 69 jours comme moyenne de 1 17 cas, Wicke 89 jours pour i25cas, Charcot 3 mois; d'après Moynier, la maladie serait plus courte chez les jeunes filles (33 à 3y jours) que chez les garçons (74 à 8i jours) ; mais nous croyons qu'il est seul à avoir avancé cette proposition. Les cas de chorée qui durent plusieurs années et môme toute la vie sont souvent symptomatiques d'une lésion du cerveau ou de la moelle, ou appartiennent au domaine de la chorée de Hunlington.
Certains auteurs ont admis dans la chorée une sorte de marche cyclique, mais on ne la retrouve pas dans la majorité des cas.
La guérison est la terminaison habituelle de la chorée, qui disparaît
1 Rondot explique ces atrophies par un mécanisme analogue à celui cpji régit les atrophies musculaires d'origine articulaire, et s'appuie pour cela sur la fréquence des manifestations articulaires chez les choréiques.
Ra.ymond (loc. cit.), au contraire, compare ces atrophies, auxquelles il attribue une origine nerveuse, à celles de l'hystérie.
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GHORÉE. 679
ordinairement sans laisser de traces; une maladie aiguë intercurrente (érysipèle : Kohos ') peut hâter son apparition. Quelquefois la maladie laisse des troubles passagers de la motilité, ou plus rarement des troubles intellectuels persistants, parfois avec paralysies.
Les récidives sont, du reste, fréquentes. Sée, sur i58 cas, a observé 37 récidives, dont 17 arrêtées à la deuxième attaque, i3 arrivées à la troisième, et 6 à la quatrième; dans un cas, il y a eu 7 attaques. Rufz et Romberg ont aussi observé jusqu'à 6 récidives, Charcot 7. L'intervalle des récidives peut être seulement d'un mois, quelquefois de deux à trois ans; d'autres fois, les crises sont subintrantes (Charcot), et l'on peut voir de la sorte la durée d'une chorée de Sydenham (il ne s'agit pas ici de la chorée chronique de Huntington) se prolonger i5 à 18 mois, avec des rémissions et des recrudescences multiples. — Le plus souvent, dit J. Simon, la maladie se reproduit annuellement, et de préférence pendant l'automne. Cette dernière assertion est contestée par Wicke, qui trouve au contraire, sur 35 récidives : i3 au printemps, 12 en hiyer, 9 en automne, et 1 en été.
La mort, chez les enfants, est tout à fait exceptionnelle et ne s'observe guère que par des complications. Elle est plus fréquente chez l'adulte, et spécialement dans la grossesse. Ainsi, Wezel a compté 18 morts sur 66 faits de cette dernière catégorie.
Dans beaucoup de cas mortels, les symptômes prennent en peu de jours une intensité énorme, puis le collapsus succède aux convulsions ; le coma, avec selles involontaires précède la mort. Les mouvements choréiques cessent avec l'apparition du coma, ou en tout cas diminuent considérablement pendant cette période terminale-'.
Anatomie et physiologie pathologique, pathogénie. — Nous rappellerons d'abord une espèce de chorée dont nous avons parlé dans notre premier volume et qui correspond à une lésion nette, précise, à siège constant : Yhémichorée prœ ou post-hémiplégique . Ces mouvements
1 Kohos ; Lyon médical, 16 octobre 1892, pag. 229.
2 Voy. Hannequin ; Sur la chorée rhumatismale considérée comme variété de rhumatisme cérébral, et sur la mort dans la chorée. Thèse de Paris, iSS3 ;
Cook et (Jlifford ; Brit. med. Journ., avril 1888, pag. 795 ; Powell ; Deux cas de chorée aiguë suivis de mort, in Société de Médecine de Nottingham, 1888 (Semaine médicale, 9 janvier 1889) ; Hutchinson ; Lancet, 11 mai 1889; Brown ; Lancet, 19 avril 1890 ;
Guillemet (De la mort dans la c/iorée de Sydenham; Thèse de Paris, mars i8g3)a relevé 18 cas de mort sur un ensemble de 120 cas, soit 2,5 %; on n'observerait jamais l'issue fatale avant 7 ans ; elle est surtout fréquente de i5 à 19 ans et atteint de préférence les jeunes femmes. Elle est produite tantôt (et le plus souvent) par des lésions cardiaques (endocardite, péricardite, myocardile), tantôt par une congestion ou une hémorrhagic cérébrale, tantôt par la chorée elle-même; dans ce dernier cas, la mort est subite ou précédée de troubles nerveux variés et persistants.
choréiques hémilatéraux ont élé étudiés d'abord par Weir Mitchell, ensuite par Charcot et ses élèves, Raymond spécialement ; ils coïncident souvent avec l'hémianesthésie d'origine cérébrale et correspondent à une lésion dont le siège est analogue à celui de l'hémianesthésie dans la capsule interne.
Il y a là toute une catégorie de faits bien nets de chorées symptomatiques avec lésion cérébrale, qui doivent être mises et maintenues à part.
D'après l'École anglaise, la plupart des chorées ordinaires devraient être rangées dans une catégorie analogue et attribuées à des causes cérébrales. Todd avait déjà soutenu cette idée en s'appuyanlsur la l'orme hémilatérale de cerlaines chorées, la coïncidence fréquente de l'hémiplégie et les pesées comparatives faites par Ailken du corps strié et de la couche optique.
Kirkes a ensuite lié la chorée à l'endocardite, les produits inflammatoires des valvules se mêlant au sang et altérant les fonctions des centres nerveux. Broadbent a précisé davantage et admis des lésions du corps strié et de la couche optique, principalement dues à des embolies parties du cœur malade. Suivant l'étendue de l'embolie, on observe des combinaisons variées de la chorée avec d'autres symptômes cérébraux, tels que délire, manie, troubles de sensibilité, etc. Les ganglions de la base pourraient, du reste, être altérés autrement que par embolies, par lésions spontanées, par traumatismes ou par action réflexe d'origine périphérique.
Voilà la théorie anglaise. Il faut reconnaître qu'un certain nombre d'autopsies concordent avec ces données 1 .
Ainsi, Tùckwell a trouvé un ramollissement bilatéral, plus accentué à droite qu'à gauche, dans le lobe cérébral moyen. Gray a constaté une oblitération embolique de l'artère basilaire, des deux vertébrales et des deux cérébrales moyennes, avec ramollissement des lobes moyen et antérieur et de la partie dorsale de la moelle ; Fox a rencontré des embolies microscopiques dans le corps strié.
Tous ces faits concorderaient dans une certaine mesure avec les observations de Charcot. En dehors de cela, nous ne trouvons que des relations plus ou moins complexes, sans parler des faits où il n'a rien été constaté du tout -.
Froriep a vu la face antérieure de la moelle allongée comprimée par l'apophyse odontoïde agrandie. — Romberg, dans trois autopsies, a trouvé : atrophie cérébrale et hydrocéphalie, hydrocéphalie et ramollis-
1 Nous résumons toute cette partie de la question d'après l'exposé très complet de Ziemssen.
Voy., plus récemment : Wollenberg ; Arch. f. Psych., 1891, XXIII, pag. 1 ; Kr^smer ; Arch. f. Psych., 1892, XXIII, 2, pag. 538.
2 Voy. par exemple: G. Guinon ; France médicale, 19 janvier 1886 ; Sollier ; Bulletin delà Société anato m i que, 1888, pag. 592.
scment au voisinage des ventricules, ramollissement de la moelle cervicale et dorsale. Frérichs a observé l'hyperémie du cerveau et de ses enveloppes et une pachyméningite hémorrhagique.
Rokitansky a constaté une prolifération du tissu conjonclif interstitiel dans les centres nerveux, Steiner une hyperplasie conjonctive dans la moelle, avec de la sérosité et une hémorrhagie dans le canal central ; dans un autre cas, il y avait hyperémie du cerveau et de la moelle, avec sérosité dans le canal ; dans un autre cas encore, un exsudât séreux, trouble, remplissait le canal médullaire. Dans un fait de Meyncrt, les altérations portaient sur la substance grise des ganglions centraux et de l'écorce cérébrale.
Elischer a décrit une lésion plus étendue encore, portant sur le cerveau, la moelle et les nerfs1 : processus diffus de nature irritative sur tout le système nerveux , prolifération nucléaire dans le tissu conjonctif des nerfs et le long des vaisseaux de la moelle, épaississement et calcification de l'adventice des vaisseaux de la couche optique et du corps strié, etc. Ces processus irritatifs sont suivis de métamorphoses régressives. — Il y aurait là un agent d'irritation portant sur tout le système nerveux, sur tous les conducteurs, et atteignant en certains points une plus grande activité.
Golgi a trouvé, dans un cas compliqué du reste d'état mental, des lésions multiples et complexes, qu'il rapporte à l'encéphalite chronique interstitielle (quelque chose d'analogue aux lésions de la démence paralytique).
A ces faits, analysés par Ziemssen, nous ajouterons une observation de Wrany 2, avec ramollissement de l'insula de Reil et du noyau lenticulaire, et sept autres de Dickinson 3, avec des lésions de divers points de l'encéphale et notamment des corps striés. Ce dernier auteur admet une congestion cérébrale, d'origine rhumatismale ou autre, qui constituerait le substratum anatomique de la chorée. La lésion cardiaque, du reste fréquente, serait secondaire.
On pourrait aussi ajouter ici le fait de Landouzy que nous avons cité à propos de l'athétose, et dans lequel il y avait une ancienne lésion de noyau extra-ventriculaire du corps strié 4.
1 Feey (Journ. of nerv. and ment, dis., 1890, XV) a trouvé récemment, dans la chorée, les lésions de la polynévrite. - Wrany; Revue des Sciences médicales, I, pag. 220. 3 Dickinson ; Ibid., Vil, pag. 65.
1 Rolland (Bulletin de la Société anatomique , 4 juin 1886) a trouvé, à l'autopsie d'un enfant clioréique, des tumeurs pseudo-kystiques des plexus choroïdes ;
Handford (Brain, juillet 1889, pag. 129; Revue des Sciences médicales, XXX.V, pag. 168) a noté, dans deux cas, une hyperémie notable, avec coagulations inlravasculaires et hémorrhagies multiples, dans le cerveau et la moelle.
Voy. aussi Ruffini ; Riforma medica, 22 août 1889 ;
Dana ; Brain, avril 1890, pag. 71 (Revue des Sciences médicales, XXXVI, pag. 53o) ;
Grasset, 4e édit., loin. II. 44
Un mot encore, avant de conclure, sur les résultats de {'expérimentation.
Raymond a confirmé les données cliniques de Charcot. Avec l'appareil de Veyssière, il lèse la partie postérieure de la couche optique et détruit la capsule interne chez un chien. L'animal, une fois revenu de la secousse de l'opération, présente du côté opposé des secousses involontaires rappelant plus ou moins la chorée.
Antérieurement (1866), Chauveau avait fait des expériences tendant à attribuer, au contraire, à la moelle le rôle prépondérant dans la chorée. Chez les chiens choréiques, il coupe la moelle : les mouvements choréiques persistent ; il en conclut que ni le cerveau ni le cervelet ne sont le siège de l'excitation et que c'est la moelle qui est le point de départ. Mais l'incision de la moelle dorsale diminua les mouvements convulsifs de la queue et des membres inférieurs.
Legros et Onimus ont également fait des expériences sur des chiens choréiques. Quand on excitait les cordons postérieurs de la moelle avec un scalpel, les mouvements choréiques s'exagéraient dans une proportion énorme. Ils disparaissaient, au contraire, si l'on refroidissait la moelle avec un courant d'air, et réapparaissaient par l'application d'eau chaude. L'excision des racines postérieures ne diminuait pas les secousses, mais l'excision plus profonde les faisait entièrement disparaître. Ces expérimentateurs concluent de ces faits que le siège de la chorée doit être dans les cellules nerveuses des cornes postérieures, ou dans les fibres qui relient ces cornes aux cellules motrices.
Rosenthal, chez un chien choréique, fait une injection de petites graines de fleurs par la carotide interne gauche. L'animal perd les mouvements volontaires, mais les convulsions choréiques deviennent plus violentes. On trouve à l'autopsie une embolie de l'artère sylvienne gauche. Ces troubles circulatoires, en suspendant le fonctionnement des ganglions moteurs, avaient augmenté les mouvements choréiques ; probablement, ajoute Rosenthal, par irritation des centres de coordination situés dans le mésocéphale et le cervelet.
Angel Money1 a repris l'étude expérimentale de la chorée en déterminant des embolies capillaires par des injections de diverses substances (arrow-root, fécule de pomme de terre, carmin) chez des chiens, des
Wollenberg; Berl. kl. Woch., 22 septembre iSijo, n° 38, pag. S77 {Revue des Sciences médicales. XXXVIII, pag. 56) ; Turner ; Lancet, 1S90, pag. no5;
Kr.3emer (loc. cit.) a trouvé de volumineux hématomes recouvrant les deux hémisphères.
1 Angel Money; Société royale de Médecine et de Chirurgie de Londres, 26 mai i885 (Semaine médicale, iS85, pag. 196) ; — Lancet, iSSâ, I, pag. 980 ; — et Brit. med. Journ., 17 juillet 1886, pag. 99.
Dickinson (Lancet, 2 janvier 1886) a combattu assez récemment les conclusions d'ANGEL Money ; sur i5S sujets atteints d'embolie, la chorée a été signalée seulement 3 fois .
chats, des lapins et des cobayes. L'embolie capillaire du cerveau produit certains mouvements forcés qui ne présentent qu'une analogie éloignée avec la chorée; celle de la moelle épinière,en revanche, détermine l'apparition de mouvements choréiques très nets, non accompagnés de paralysie ou de spasme ; il y a, en même temps, exagération des réflexes spinaux.
Il est facile de voir, au milieu de tout cela, que la plus grande confusion règne encore dans toutes les questions d'anatomie et de physiologie pathologique de la chorée. Il n'y a rien de définitif; on n'a surtout rien acquis de général. La danse de Saint Guy reste donc toujours une névrose sans lésion fixe. Seulement les observations de Charcot (Raymond, Oulmont, etc.) et les faits analogues de l'École anglaise prouvent qu'il y a un grand nombre de chorées symptomatiques de lésions cérébrales, et doivent attirer tout simplement l'attention sur ces régions, dans toutes les autopsies de choréique qu'on peut être appelé à faire dans l'avenir.
Depuis notre deuxième édition, Raymond a consacré un important chapitre de son Article à l'anatomie pathologique de la danse de Saint-Guy. Des tableaux très intéressants récapitulent79cas de chorée suivis de mort et d'autopsie 1 (de i85o à 1878J. Il conclut de ces tableaux et de leur interprétation :«i. Que, chez les individus ayant succombé dans le cours d'une chorée qui pendant la vie semblait simple, leë lésions du cerveau - et du cœur sont les plus communes de toutes; 2. Que les désordres limités à l'encéphale sont rares : le plus souvent la moelle et le cœur sont atteints en même temps ; 3. Que l'hyperémie est surtout fréquente ; puis vient le ramollissement, puis l'encéphalite chronique ; 4- Que le mécanisme du ramollissement est souvent facile à établir ; presque toujours il y a des dépôts sur les valvules, plusieurs fois même on a découvert l'embolus dans les vaisseaux encéphaliques; 5. Qu'à l'exception de cette dernière lésion, on n'a presque jamais rencontré rien qui soit comparable à ce que nous avons vu dans les états choréiformes symptomatiques: »
Plus loin, après avoir passé en revue les diverses théories de physiologie pathologique proposées, le même auteur termine ainsi : « Arrivé à la fin de cette longue discussion, nous ne pouvons malheureusement guère en tirer que des conclusions négatives. L'aspect général des mouvements choréiques, les lésions trouvées à l'autopsie des individus ayant succombé dans le cours de la maladie, militent en faveur d'une altération ou plutôt d'un trouble accidentel des centres nerveux. Il est
1 On peut y joindre un fait de Chambard, in Encéphale, 1882, II, pag. 278.
2 Tout récemment, Turner (Société de pathologie de Londres, 17 mai 1892) a signalé l'hypertrophie des grandes cellules pyramidales des couches profondes de l'écorce.
probable que le plus souvent le corps oplo-slrié en est le point do départ, parce que l'exagération et l'incoordination s'accompagnent parfois de parésie et assez souvent d'anesthésie ; parce que la chorée est fréquemment unilatérale, comme les paralysies qui surviennent dans le cours des lésions des organes indiqués; parce qu'une hémichorée a été plus d'une fois le précurseur d'une hémiplégie ; parce que l'on a vu, en même temps qu'elle, des paralysies faciales n'ayant point le caractère périphérique. L'hémichorée ordinaire peut symptomaliquement ne pas différer de l'hémichorée due à des lésions cérébrales. Le siège de l'hémichorée cérébrale étant déterminé, on peut admettre que celui de l'hémichorée vulgaire est le même '. — Si le processus a son origine dans les ganglions encéphaliques, il est impossible de supposer qu'il y reste limité. On a trouvé fréquemment des lésions de la moelle*; Stiebel et Triboulet ont signalé des douleurs prévertébrales, spontanées ou provoquées ; certains des mouvements ont le caractère réflexe, et les efforts des malades pour les réprimer n ont d'autre effet que de les exagérer. — Les excitations physiques sont-elles constantes ? Les phénomènes sontils au contraire purement réflexes? Existe-t-il une prédisposition diathésique ou humorale? Y a-t-il irritation? Est-ce au contraire un affaiblissement des éléments nerveux (impaireds nervous poweri? Nous n'en savons absolument rien. Les théories ont pu séduire, elles ont pu entraîner momentanément la conviction; mais celles qui semblaient le mieux établies ont fait leur temps : la voie est ouverte à l'observation et à l'expérimentation pour élever sur leurs ruines une doctrine plus solide et plus durable 3. »
' Gallerani et Lu-ssana (Arch. ital. di Biol., 1891, XV, pag. 396 ; anal, in Revue des Sciences médicales, XL, pag. 40 ont provoqué récemment, chez les animaux (chien, lapin, pigeon), des mouvements choréiques par l'excitation chimique des centres moteurs cérébraux.
2 Nous avons vu, au chapitre du tabès, que l'on a observé, dans plusieurs circonstances, des mouvements choréiformes au cours de l'ataxic locomotrice.
Tout récemment, Rossolimo (Revue Neurologique, 10 novembre 1893, n° 21, pag. 586) est revenu sur ces manifestations, auxquelles il a donné le nom d'amyotaccie.
La paralysie générale s'accompagne également de mouvements choréiformes (Sage ; Thèse de Lyon, 1884).
Pierret (Thèse de Foucherand, i883) attribue la chorée à une lésion des deux tractus moteurs situés sur toute la hauteur de la moelle et comprenant les fibres motrices qui se rendent aux cornes antérieures. Le faisceau pyramidal serait « choréigène» dans toute l'étendue de son parcours.
3 Wood (The Journ. of nerv. and ment, dis., avril i8g3, n° 4, pag. 241 ; Revue Neurologique, 3o mai 1893, n° 10, pag. 264), qui est revenu tout récemment, après avoir expérimenté chez des chiens, sur la physiologie pathologique des mouvements choréiques, attribue leur production au défaut ou à la faiblesse de l'action inhibitoire de la moelle, qui n'exerce plus son contrôle habituel sur les cellules motrices "spinales. .. En effet, la quinine, qui est un stimulant de cette fonction inhibitoire, arrête les mouvements lorsqu'on l'administre à certaines doses, au lieu que l'atropine, agent qui paralyse cette même fonction, quadruple les mou-
Actuellement certains auteurs tendent à faire de la chorée, comme des pseudo-rhumatismes, une manifestation infectieuse 1 ; d'où sa fréquence dans l'infection rhumatismale aiguë et à la suite de diverses maladies zymotiques. Quant à sa présence dans le rhumatisme chronique, la diathèse rhumatismale proprement dite, qui fait partie du groupe des affections à nutrition ralentie, elle résulterait d'invasions microbiennes favorisées par le milieu arthritique. Mathis a isolé chez les choréiques, en 1886, un microbe qu'il a inoculé avec succès à des chiens -'.
Pianèse 5 a, plus récemment, trouvé dans la moelle d'un choréique, un microbe qu'il a cultivé et qui, inoculé à des chiens (muqueuse nasale, chambre antérieure de l'œil), a donné des cultures pures dans les centres nerveux de ces animaux.
Richet4 a provoqué une chorée expérimentale en injectant à un cheval le sang d'un chien choréique.
Triboulets,qui a tout récemment résumé les données concernant cette importante question et fourni quelques arguments nouveaux, a trouvé dans le sang des malades des staphylocoques et des streptocoques. Les troubles de la chorée «sentent» d'ailleurs, d'après lui, la maladie infectieuse ; en effet: i° il existe des symptômes de polynévrite ; 20 les complications de la chorée (endocardite, poussées rhumatismales, rhumatisme cérébral) sont d'ordre infectieux ; 3° la marche de la maladie est cyclique ; 4° dans 4/5 des cas, la chorée coïncide avec quelque maladie infectieuse ou lui succède B. — La chorée, fonction d'infections diverses, ne surviendrait toutefois que chez des sujets prédisposés.
Duchâteau '• admet, dans sa récente thèse, trois types de chorée : i° chorée hystérique, 20 chorée infectieuse, 3° chorée auto-toxique (l'auto-
vements choréiques. D'où l'indication de la quinine dans la thérapeutique de la chorée.
1 Saquet (Thèse de Paris, i885) voit dans les troubles articulaires, si fréquents chez les choréiques, des pseudo-rhumatismes infectieux.
2 Mathis ; Société des Sciences médicales de Lyon, 1886.
3 Pianèse ; 4e Congrès de la Soc. ital. de médecine interne et Riforma medica, i4 juillet 1891 (Semaine médicale, 28 octobre 1891, et Revue des Sciences médicales, XXXIX, pag. 68).
* Richet; Société de Biologie, 9 avril 1892.
5 Triboulet ; Du rôle possible de l'infection dans la chorée; essai de pathogénie. Thèse de Paris, février i8g3. — L'auteur expose et discute les six grandes théories qui se partagent la faveur des médecins : 1. théorie anatomique ; 2. théorie réflexe ; 3. théorie dyscrasique ; 4- théorie névrosique ; 5. théorie rhumatismale; 6. théorie microbienne .
6 N'oublions pas, enfin, que l'on a observé des épidémies de chorée (voy. Lagnee; Deut. med. Woch., 1S88, n° 5i), et qu'il a été constaté de l'albuminurie chez les choréiques, comme chez les sujets atteints d'une maladie infectieuse.
Wichmann; Deut. med. Woch., 1890, n° 29. ■ Duchâteau, Thèse de Paris, 1893.
Voy. aussi Blake ; Am. Journ. of the med. se, mai 1893 (Revue Neurologique. 3oj^un i8y3, n° 12, pag. 333).
intoxication étant amenée par diverses circonstances physiologiques ov pathologiques : puberté, grossesse, anémie). Mais la question de terrain et de prédisposition né vropathique dominerait toute sa pathogénie.
Enfin Pianèse 1 vient de consacrer à la palhogénie de la choréc un nouveau mémoire très original, d'une importance capitale, et dont voici les conclusions :
« i. De la moelle épinière d'une jeune fille morte d'une atteinte de chorée vulgaire à forme grave et généralisée, il réussit à isoler un bacille long de 2 à 4p, large de i/4 à i/2p., dépourvu de cils, doué de mouvements lents ; il végète sur les terrains ordinaires de culture et prend sur la gélatine un aspect caractéristique ; sporifique, il croît bien entre 18 à 38 degrés centigrades ; il meurt à -|- 6o° et à — 5°; résiste sept jours à la dessiccation rapide, treize heures à-l'action de la lumière.
» 2. Les inoculations de cultures pures faites à des animaux de laboratoire (chiens, lapins, cobayes) donnent des résultats positifs lorsqu'elles sont pratiquées dans la chambre antérieure de l'œil, le long de la gaîne des nerfs, sous la dure-mère cérébrale ; ils sont négatifs si l'inoculation est poussée dans le tissu conneclif sous-cutané, les grandes cavités viscérales du corps, et dans le torrent circulatoire.
» 3. Lorsque les inoculations ont donné des résultats positifs, les animaux ont présenté un tremblement tantôt général, tantôt limité à certains groupes musculaires (muscles du dos, muscles de l'épaule de préférence); ils devenaient apathiques, timides, s'épouvantaient pour un rien, et poussaient des cris perçants toutes les fois qu'on venait à les toucher brusquement sur la colonne vertébrale. D'ordinaire ces phénomènes apparaissaient 24 heures après l'inoculation ; d'abord peu marqués, ils allaient en s'accentuant les jours suivants ; survenait la contracture, la marche devenait de plus en plus difficile, et la mort arrivait au bout de cinq jours. Les chiens et les lapins inoculés le long du sciatique ont présenté pendant vingt ou trente jours un tremblement général avec contracture, de l'amaigrissement, puis ont fini par se remettre presque complètement.
j> 4- On a fait des ensemencements avec les organes des animaux morts par suite des inoculations.
» Toujours le cerveau, la moelle épinière, les nerfs, ont donné des cultures ; le foie, la rate, etc., n'ont rien produit.
» 5. Les inoculations des cultures stérilisées à l'eau bouillante, à l'autoclave, ou passées au filtre Chamberland, ont donné sur les animaux mis en expérience les résultats suivants : aucune réaction fébrile ni immédiatement après l'injection, ni pendant tout le temps que l'animal restait vivant; quelques phénomènes simulant ceux que présentaient les animaux inoculés avec des cultures pures ; apathie, un
1 Pianèse; Instit. d'anat. path. délia R. Univ. di Napoîi, iSy3 (anal, in Revue Neurologique, 3o octobre i8<j3, n° 20, pag. ûGSJ.
l'UHCiCn SOCIETY
GHORÉE. G37
certain degré d'abattement pendant les premiers jours de l'expérience; puis amaigrissement progressif, entraînant la mort après une période de temps plus ou moins longue, en rapport avec la taille de l'animal.
»6. Il semble que le chemin que parcourent les bacilles dans l'organisme des animaux mis en expérience soit la voie lymphatique.
»y. A l'examen bactériologique des tissus, on a trouvé des bacilles seulement dans la moelle épinière des choréiques ; dans le cerveau, la moelle, les nerfs des animaux d'expérience.
*8. Le résultat de l'examen histologique des organes d'un choréique peut ôlre ainsi résumé ; forte hyperémie de la substance nerveuse centrale, avec de nombreuses hémorrhagies punctiformes ; petits foyers d'inflammation très limiLés, périvasculaires, disséminés d'une façon variable ; légère myélite péri-épendymaire ; un commencement de dégénération des cordons de Goll; dans la moelle lombaire, infiltration des cellules de la corne grise, principalement de l'antérieure. Les muscles sont crevassés et présentent la dégénérescence cireuse; un haut degré d'hyperémie du foie et de la rate ; hémorrhagies intracapsulaires ; gonflement, trouble et nécrose de l'épithélium des tubes rénaux ; les poumons sont farcis d'hémorrhagies, il s'y est formé du pigment. — Chez les animaux inoculés avec la culture pure, on trouve : hyperémie de toute la substance nerveuse centrale; infiltration pigmenlaire des cellules des cornes antérieures et postérieures de la moelle ; forte hyperémie de la rate ; hyperémie à un haut degré du foie et très petites taches de nécrose ; gonflement, trouble et nécrose de l'épithélium des tubes rénaux. — Et, chez les animaux inoculés avec les cultures stériles : la même altération des cellules ganglionnaires de la moelle épinière; un peu d'hyperémie de la substance nerveuse centrale; dégénération principalement adipeuse des endothéliums des vaisseaux du foie ; tuméfaction trouble, formation de vacuoles, et là encore nécrose de l'épithélium des tubes rénaux ».
, Diagnostic'. — Il faut d'abord distinguer les mouvements choréiques des diverses espèces de tremblement . Le tremblement est constitué par des oscillations rythmiques de part et d'autre de la position normale ; les mouvements choréiques, au contraire, sont des contractions vraies, mais folles et anormales ; le membre est entraîné de ci de là, irrégulièrement. Ces caractères séparent nettement la chorée de la paralysie agitante, de la sclérose en plaques et de toutes les autres espèces de tremblement.
Les contractions anormales et irrégulières du choréique ressemblent plutôt aux mouvements de ïatuxique. Seulement les mouvements du choréique se produisent au repos, comme dans les mouvements volontaires ; ils ne sont pas exagérés par l'occlusion des yeux, etc.
1 G. Guinox 0OC- oit).
Physiologiquemcnl, il y a les mêmes rapports enlre la chorée el l'ataxie locomotrice qu'entre la paralysie agitante et la sclérose en plaques. Dans ces dernières maladies, le trouble porte sur la contraction musculaire ; dans les deux premières, les contractions se font bien, mais les muscles qui se contractent ne devraient pas le faire. Dans la paralysie agitante et la chorée, ces troubles se présentent au repos ; dans la sclérose en plaques et l'ataxie locomotrice, ils ne se produisent que dans les mouvements volontaires.
La maladie de Friedreich se distingue de la chorée de Sydenham par son caractère familial, sa démarche ataxo-cérébelleuse, la présence du signe de Romberg, la dysarthrie beaucoup plus marquée que dans la chorée, la scoliose, le pied bot, l'abolition des réflexes tendineux, le nystagmus, le vertige, l'incurabilité habituelle des accidents.
Dans la maladie des tics, les mouvements sont systématisés, brusques, convulsifs, et non gesticulatoires et arrondis comme dans la chorée. Ils ne provoquent jamais d'incoordination au cours des mouvements volontaires, et s'accompagnent souvent, par contre, de coprolalie, d'écholalie et d'échokinésie. Les idées fixes des tiqueux (phobies, manies) diffèrent aussi des troubles psychiques, exceptionnels d'ailleure, que l'on observe dans la chorée. De plus, la volonté parvient (au prix d'un intense malaise, il est vrai) à supprimer momentanément le tic, au lieu qu'elle est sans action sur les mouvements choréiques. Enfin la maladie des tics est généralement incurable.
Les secousses du paramyoclonus respectent généralement la face ; elles sont habituellement provoquées par des excitations périphériques et peuvent aboutir à une véritable tétanisation ; mais elles ne troublent pas les mouvements volontaires.
La chorée fibrillaire, décrite par Morvan présente tous les caractères du paramyoclonus (secousses arythmiques, irrégulières, provoquées par des excitations périphériques, respectant la face et cessant pendant l'exécution des mouvements), avec cette seule différence que les secousses ne portent pas sur l'ensemble des muscles, mais seulement sur un certain nombre de fibres ou de faisceaux.
Le tic de Salaam (spasmus milans), qui se montre dans les premiers mois de la vie, se caractérise par la production de spasmes cloniques des muscles du cou, provoquant une brusque inclinaison de la tète, d'arrière en avant, comme dans un mouvement de salutation. Ces spasmes surviennent sous forme d'accès habituellement répétés plusieurs fois par jour; il sont généralement considérés comme une manifestation comitiale, essentielle ou symptomalique d'un néoplasme encéphalique.
Sous le nom de chorée électrique- , Dubini a décrit le premier, en
1 Moiivan; Gazette hebdomadaire, 12 avril 1S90.
2 Voy. Janowicz ; Thèse de Paris, 1891.
GHORÉE. 689
1846, une maladie {chorée de Dubini) qui ne parait guère avoir de la chorée que le nom.
Ce sont de fortes secousses, se succédant à intervalles déterminés, avec fièvre, s'accompagnant d'attaques convulsives et pouvant laisser à leur suite des paralysies avec déviation de la face, se terminant le plus souvent (36 fois sur 38) par la morl, après laquelle on trouve une congestion de la moelle et un épanchement séreux dans les méninges. La durée de l'affection varie de quelques jours à plusieurs mois.
Hcertel de Birkenfeld a repris la question en 1848, et montré que cette maladie, distincte de la chorée vraie, est due à une irritation congestive delà moelle se terminant quelquefois par une apoplexie spinale.
En 1857, Pignacca (de Pavie) a fait un Mémoire sur ce sujet, et enfin, en 1875, Stefanini a publié deux nouvelles observations, dont l'une avec myélite et l'autre avec congestion des centres nerveux.
C'est donc là une maladie aiguë de la moelle, se manifestant par des mouvements choréiformes, et peut-être, d'après Stefanini, sous la dépendance du paludisme ; Grocco1 a, plus récemment, proclamé sa nature infectieuse. — En tout cas, ce n'est pas une chorée vulgaire.
On a encore donné le nom de chorée électrique2, en France, à une névrose absolument différente de celle des Italiens, que nous venons de décrire.
La chorée électrique française [chorée de Bergeron ou électrolepsie) est un spasme musculaire (occupant surtout les muscles du cou), dont les caractères principaux sont : le rythme, la brusquerie (comme électrique) des mouvements, et la curabilité radicale et immédiate par une seule administration de tartre stibié à dose vomitive ou par la faradisation (Guertin).
Ces formes, bien étudiées par Berland1' et par Guertin4, n'appartiennent pas à la chorée proprement dite. Elles peuvent servir de transition entre la danse de Saint-Guy vraie et la chorée rythmique de l'hystérie, dont nous retrouverons l'étude dans le chapitre consacré à cette dernière névrose.
1 Grocco; Ann. univ. de Méd. e Chir., novembre 1884 (Revue des Sciences médicales, XXVII, pag. 187).
1 II faut se garder de confondre ces syndromes avec cette autre névrose électrique qui consiste dans un dégagement d'électricité par les cheveux ou les extrémités du sujet (Voy. notamment Péré, in Progrès médical, juillet 1884.)
3 Berland ; Thèse de Paris, 16 novembre 1880.
4 Guertin; Thèse de Paris, 1881, n° 267.
Voy. aussi Leclec et Royer; Revue de Médecine, février 1887 ; Pitres ; Gazette médicale de Paris, 7 avril 1888; Bouveret et Gurtillet ; Lyon médical, 19 octobre 1890; Janowicz; Thèse de Paris, juillet 1891 ;
Massalongo; Ri forma medica, 1893 (anal, in Revue Neurologique, 3i juillet 1893, n° 14, pag. 3g6).— Cet auteur rapporte la chorée électrique de Bergeron à des troubles gastriques, à une auto-intoxication d'origine stomacale ; il lui donne le nom de myoclonie électroïde et propose de la traiter par la médication évacuante.
La sclérose cérébrale, qui présente fréquemment des mouvements ehoréiformes limités à une moitié du corps, s'accompagne d'habitude de crises épilepliformes, de phénomènes spasmodiques, et de troubles cérébraux beaucoup plus accentués et beaucoup plus constants que dans la chorée.
Nous nous occuperons, au chapitre suivant, du diagnostic de la chorée et de Yathétose.
L'attaque d'hystérie se distingue par ses mouvements à très grande amplitude, par la cessation rapide des accidents, leur caractère paroxystique, par les autres manifestations hystériques, etc. Du reste, l'hystérie peut se manifester, dans l'intervalle des attaques, par des mouvements choréiques classiques [pseudo-chorée hystérique de Debove) 1 ou par des mouvements rythmés spéciaux que nous décrirons plus tard.
Joffroy2 a vu récemment une chorée rythmée hystérique succéder à la chorée de Sydenham.
Enfin, on doit cherchera déterminer, étant donné le diagnostic de la névrose, si l'on a affaire à une chorée symplomalique de lésion cérébrale ou à la chorée vulgaire. Dans le premier cas, on aura une forme généralement hémichoréique, le début brusque apoplecliforme, l'hémiplégie, souvent l'hémianesthésie, les autres phénomènes cérébraux et les antécédents du malade.
Pronostic. — La chorée n'est peut-être pas aussi bénigne qu'on le dit généralement. Il y a beaucoup de cas légers, qui durent peu et disparaissent pour toujours ; mais les cas sérieux durent longtemps et récidivent facilement.
Anslie 3 avance que la danse de Saint-Guy est bien moins grave quand elle se développe avant la puberté que si elle naît après. L'absence de complications, de phénomènes psychiques, est un bon signe. Dans les familles prédisposées à la folie, la chorée serait peu grave, mais elle serait un signe précurseur de dégradation mentale, comme nous le verrons plus loin. Anstie ajoute que, quand la durée de la maladie dépasse six semaines à deux mois, le traitement échoue.
Traitement /'. — Les saignées, préconisées par Sydenham et par Bou-
1 Debove ; Société médicale des hôpitaux, 10 octobre 1890; Perret ; C/wrée et hystérie, in Province médicale, 5 septembre 1891 ; Auché ; Progrès médical, 5 décembre 1891 ;
Dettling ; Chorée arytl unique hystérique. Thèse de Lyon, janvier 1892 ; Weir Mitchell ; Mecl. Neics., 4 mars iS<j3.
2 Joffroy ; Société médicale des hôpitaux, 3 avril 1S91 ; Voy. aussi Séglas ; ibid., 10 avril 1891.
3 Anstie ; Revue des Sciences médicales, V, pag. 109.
'• Voy., pour la plus grande partie de ce qui va suivre, l'excellente Revue critique de Leblanc, in Journal de Thérapeutique, 1879
GIIORÉE.
teille, sont aujourd'hui abandonnées. Nous trouverons, du reste, un assez grand désordre dans la thérapeutique de cette névrose.
L 'indication causale se présente quelquefois : quand il y a des vers intestinaux1, quand il y a lieu de favoriser l'établissement de la menstruation, quand il y a quelque diathèse, comme la syphilis2, le rhumatisme (bains de vapeur et surtout bains sulfureux), la scrofule (iode, iodure de potassium), etc. Si le cerveau ou la moelle sont en cause, il y a peu de ressource en général ; mais, en tout cas, c'est de ce côté qu'on dirigera un traitement approprié 3.
Nous prescrirons, en même temps, le régime général des maladies nerveuses: repos intellectuel et moral, bonnes conditions physiques, distractions, grand air, etc. — On y associera un régime tonique, le quinquina, souvent le fer.
La gymnastique, préconisée par Blache, fortifie le système nerveux et régularise les actions musculaires. On prescrit d'abord des mouvements simples et cadencés. L'enfant étant dans la position verticale, on lui fait fléchir et étendre les genoux, frapper le sol, allonger les bras, produire un mouvement de balancement régulier du corps avec chants rythmés. Plus tard, on a recours au pas réglé, à la course, au saut, au trapèze. Ces manœuvres doivent être répétées tous les jours, sans atteindre jamais la fatigue *.
Parmi les agents médicamenteux, tous les antispasmodiques ont été employés : valériane, assa fœlida, oxyde de zinc (pilules de Méglin). Ils peuvent rendre quelques services, mais uniquement comme moyen adjuvant du traitement.
Les narcotiques, les agents comme l'opium, la belladone, ne sont guère indiqués que dans les cas graves sans sommeil et contre l'insomnie elle-même. Dans ce cas, le chloral vaut mieux; Gairdner, Frérichs, Russel, Bouchut, Verdalle, ont vu la chorée guérir par ce moyen3; Gœltz et Auger l'ont traitée avec succès par les lavements de chloral0. — Le chloroforme a été aussi employé en inhalations jusqu'à narcose complète ou incomplète, mais l'indication s'en présente rarement.
1 Voy. le fait de Wade ; Revue des Sciences médicales, l, pag. 860.
2 Fhanceschi {The Lancët, 3i juillet 188G) a récemment observé un cas de chorée syphilitique qui a guéri par le traitement spécifique.
3 Dans les cas de grossesse, il pourra y avoir indication à provoquer l'avortcment.
4 Récamier envoyait les enfants atteints de la danse de Saint-Guy suivre au pas les tambours battant larclraite.— Trousseau les faisait placer devant l'instrument appelé métronome, ou encore devant le, long balancier d'une horloge de village, et leur commandait de mettre leurs mouvements en mesure avec les oscillations cadencées de ces objets (Leblanc).
' Voy. aussi Raskett; Lancet, 9 avril 1892.
Barrs {The Lancet, 20 mai 1893, pag. 1181) est revenu tout récemment sur l'emploi de ce moyen et préconise son administration, systématique et prolongée à haute dose, dans les cas particulièrement graves.
6 Gceltz et Auger; Gazette hebdomadai) e, 1875, pag. 5o.
Zeigler a récemment obtenu des succès avec le nitrite d'amylc en inhalations, de 3 à 6 ou 10 gouttes, trois fois par jour'.
Oulmont a préconisé Yhyoscyamine : deux à six pilules par jour de 1 milligr. chacune; l'amélioration survenait vers le huitième ou le neuvième jour du traitement. Sur 5 adultes traités ainsi, 2 ont été guéris et 3 très améliorés. La durée totale du traitement a été de 20 à Go jours2.
Bouchut a administré Yésérine à 24 enfants. Ce moyen arrête les mouvements pendant la durée de son action, et peu à peu les modère, de façon à guérir la maladie dans une moyenne de temps de dix jours. On fait des injections sous-cutanées de 2 à 5 milligr., et l'action dure de une à deux ou trois heures. Elle s'épuise rapidement, mais peut être renouvelée. On donne ainsi jusqu'à i5 à 20 milligr. par jour5. — Cadet de Gassicourt n'a obtenu aucun résultat avec le même moyen 1 ; Riess5, au contraire, s'en est très bien trouvé.
La strychnine est préconisée par Trousseau; elle paraît peu utile et souvent dangereuse. Dickinsond a vu cependant un cas extrêmement grave de chorée, contre lequel tous les traitements avaient été impuissants, guérir complètement en quatorze jours par l'usage de 5 minimes de teinture éthérée de phosphore et de 3 minimes de teinture de noix vomiquc. — Le sulfate d'aniline, recommandé par Turnbull, est abandonné.
Massei 1 a cité un cas de chorée du larynx amélioré par les attouchements à la cocaïne s (badigeonnages avec la solution au i/5).
Dans un cas de chorée rhumatismale très intense, Dresch donna à une petite fille de 10 ans 6 gram. de salicylate de soude. Il y eut quelques vomissements, de l'insomnie, quelques phénomènes cérébraux ; mais cela n'eut pas de suites, et la névrose fut guérie en huit jours. Bouchut °, qui rapporte ce fait, ajoute que plusieurs de ses malades ont été très améliorés par ce médicament.
Ziemssen insiste sur les préparations arsenicales, données déjà par
' Zeigler; Revue des Sciences médicales, XII, pag. 1 3 1 . - Oulmont ; Bulletin de Thérapeutique, LXXX1X, 1875.
3 Bouchut ; lbid., 1875.
1 Cadet de Gassicourt ; Journal de Thérapeutique, 1870.
4 Riess; Berl. kl. Woch., 3o mai 1887, pag. 3q-2 (Revue des Sciences médicales, XXXI, pag. u3).
Voy. aussi Lodderstjedt ; Berl. Id. Woch., 1888, 17.
c Dickinson ; Dubl. Journ. of med. Se, janvier 1879 (Compendium annuel de Thérapeutique de Bouchut, 1880, 6).
Voy. aussi Benedikt ; Berl. kl. Woch., 6 octobre 1890, pag 929.
; Massei ; Société française d'otologie et de laryngologie, 4 avril i8S5 (Semaine médicale, iS8j, pag- i35).
s Voy. la Thèse de Pradal. Montpellier, iS85.
'■' Bouchut ; Compendium de Thérapeutique, 18S0, 34.
Telle est également la conclusion de Dresch {Bulletin général de Thérapeutique, 3o avril i8go).
GHORÉE. 693
Romberg, Aran et Guersant. On les emploie à doses assez élevées : 5 à 8 gouttes de liqueur de Fowler chez les enfants. 8 à 12 chez les adultes, trois fois par jour. L'amélioration survient après huit jours, et quatorze jours suffisent pour réduire la chorée au minimum '. Eulenburget Lewis Smyth ont employé ces mêmes agents en injections hypodermiques, mais c'est une opération très douloureuse pour un résultat douteux ; Widerhofer2 assure cependant avoir obtenu, chez 22 enfants sur 23, une amélioralion notable au bout de là 2 semaines, et la guérison complète au bout de 3 à 4 semaines.
Perroud préconise aussi les injections hypodermiques de liqueur de Fowler: 4 à 5 gouttes par injection, et une injection tous les jours ou seulement tous les deux ou trois jours. Sur 29 chorées, 16 (simples et récentes), soumises au seul traitement arsenical, ont guéri : 10 des i3 autres (anciennes et récidivéesi, soumises à des traitements complexes et aux injections d'arsenic, ont également guéri, mais après un temps plus considérable 3.
L 'électricité a été essayée. Le courant induit auraitréussi quelquefois enlrelesmains de Duchenneet de Becquerel. Les auteurs contemporains préfèrent le courant continu ; quelques-uns galvanisent le sympathique, d'autres la moelle, d'autres les nerfs et la moelle, ou les nerfs seuls. Nous avons déjà cité les expériences qui prouvent l'action paralysante des courants continus, spécialement chez les chiens choréiques. — C'est une question encore à l'élude.
L'électrisation, dit Leblanc, doit être pratiquée sur la région vertébrale, avec un courant ascendant tellement faible que les malades en aient d'abord simplement conscience. Les séances, quotidiennes, d'une durée initiale d'une minute à une minute et demie, peuvent être graduellement prolongées jusqu'à deux ou trois minutes.
En somme, ajoute le même auteur, cette méthode est d'une puissance incontestable ; mais il arrive souvent, pour elle comme pour d'autres moyens de traitement, qu'après avoir produit dès les premières séances une amélioration marquée, elle paraisse ensuite n'avoir plus que des effets beaucoup moins puissants 1 .
1 Voy. le fait d'HENROT ; Société médicale de Reims, Bulletin, 1873, 11; — et, plus récemment: le travail de Pomel ; Bulletin de Thérapeutique, 1880, 2, — les faits de Gheadle (The Practitionncr, février 1886), etc.
2 Widerhofer; Wien. mecl. Bl., 1886, n° 1 (Revue des Sciences médicales, XXVIII, pag. 68).
Voy. aussi Fruwald ; Jaltr. f. Kinder, 1887, XXIV, 1 et 2.
3 Perroud; Lyon médical ; anal, in Compendium de Bouchut, pag. 101. Voy. aussi les Thèses de Pomel ( Paris, 1879) et Garin (Lyon, 1879).
4 Verhoogen (Journal de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacologie de Bruxelles, 1893, n" 25 ; anal, in Revue New ologique, i5 octobre i8g3, n° 19, pag. 549) a obtenu, dans deux cas, une guérison complète, en un mois, par l'emploi de ce moyen.
Voy. aussi Gautier ; Revue internationale d'électrothérapie, janvier 1891
CM
L' hydrothérapie est un puissant moyen. Dupuylren prescrivait des bains froids donnés par immersion et par surprise. « Il l'aisail saisir le malade par deux personnes qui lui tenaient, l'une les deux bras, l'autre les deux jambes, et le plongeaient rapidement dans une baignoire d'eau froide, d'où elles le sortaient aussitôt. Cette immersion était répétée cinq à six fois dans l'espace d'un quart d'heure ou vingt minutes ; puis, essuyés avec soin et vêtus, les malades devaient prendre un certain exercice pendant une heure environ.
» Ces bains ou immersions peuvent être remplacés par de simples lotions froides, ou plus avantageusement par des douches en pluie, répétées deux à trois fois dans le courant de la journée, et. durant, chacune à peine une à deux minutes » (Leblanc).
Joffroy a préconisé, de préférence, le drap mouillé, dont on peut répéter l'application deux fois par jour.
Les pulvérisations d'éther [avec l'appareil de Richardson) le long de la colonne vertébrale rentrent dans la même catégorie de moyens, car elles paraissent agir par le refroidissement 1 .
Une séance de trois à cinq minutes tous les jours suffit dans les cas légers ; « on peut en faire deux, trois et quatre dans les cas graves II n'est pas exceptionnel de remarquer une amélioration dès la première séance, et, d'après les observations de M. Jaccoud, confirmées par celles de Zimberlin, de Rose, de Lyons en Angleterre, et du D1' Mazade, laguérison est souvent complète en quelques jours.
» Nous devons ajouter que la méthode n'a pas donné des résultats aussi satisfaisants entre les mains d'autres praticiens, parmi lesquels nous citerons Henri Roger, Bergeron, Schutzenberger, etc.» (Leblanc).
Les bains sulfureux, d'abord préconisés par Baudelocquc, comptent de nombreux partisans (Blache, Grisolle, Trousseau, Sée, Simon): un bain par jour, d'une heure au plus, à 3o ou 3i° (i5 à 3ogram. de sulfure de potassium pour 100 litres d'eau). L'amélioration, écrit Blache, se manifeste ordinairement après le deuxième ou le troisième bain ; rarement est-on obligé d'en faire prendre plus de dix à douze, et dans un cas, même, on vit un enfant ne plus présenter aucun mouvement choréique dès le cinquième bain (Leblanc).
Nous signalerons enfin la méthode perturbatrice de Gillette par le tartre stibié2. Le premier jour, on administre ogl',20 dans 100 gram. d'eau sucrée, par cuillerée, d'heure en heure; le deuxième jour, o8r/,o ; le troisième jour, ogr,6o. On s'arrête deux à quatre jours : il y a une amélioration sensible de la chorée. On recommence une série de trois jours en donnant ob'r,25, puis, ogr,5o, et enfin o^yS. Après une seconde interruption, on fait une nouvelle série de ogr,5o. ogr,6oeto8r,90. On cherche à obtenir la tolérance.
1 Lubelski (de Varsovie) a préconisé les pulvérisations de chlorure de méthyle.
2 Voy. Peslerbe ; Thèse de Montpellier, 1877.
GHORÉE.
Bouley et Marotte, au contraire, ne craignent pas de produire des vomissements etde la diarrhée. Ils donnentosr,5oIepremier jour, 1 gram. le lendemain, en deux fois, à une heure d'intervalle.
C'est là une méthode perturbatrice dangereuse. En tout cas, c'est l'action hypocinélique del'émétique que l'on cherche à utiliser1.
Gowers, dans le môme ordre d'idées, a préconisé l'apomorphinc.
Fulton 2 a traité avec succès une chorée généralisée et rebelle avec les injections hypodermiques de curare.
On injecte d'abord 3 dixièmes de milligr. ; puis on augmente tous les jours de la môme quantité. On éleva ainsi la dose jusqu'à 2 milligr. et demi ; la guérison fut complète en six semaines. On n'a pas constaté le moindre accident pendant tout ce traitement.
A la fin de ce chapitre et comme résumé du traitement, nous allons donner le tableau par lequel Leblanc termine sa Revue :
Tableau résumé du traitement rationnel de la chorée (Leblanc) Éloigncnient des causes accessibles (aménorrhée, anémie, etc.).
chorees